‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 28 sur 81 · Annales médico-psychologiquei, mars · texte numérisé non relu

Annales médico-psychologiquei, mars

I 8! L'IMAGISATION. 1

I aurSt'. L'hypnotisé auquel on affirme qu'il est inca- J

I pable dû se lever reste comme paralysé sur sa chaise. |

I On lui affirme qu'il peut marcher, il marche.

Enfm, la suggestion agit aussi sur les seQ.i, et ce □'est pas là le moins étonnant de ces phénomènes. « Quant à ce <[ui regarde le sens de l'ouïe, on peut arriver à faire imaginer aux personnes hypnotisées qu'elles entendent jouer sur nn instrument de musique un air déterminé, alors qu'en réalité il ne se produit aucun son. Le sens olfactif peut être aussi facilement induit en erreur. En voici un exemple. C. D., lorsqu'il fut hypnotisé, fut prié do sentir tes doigtsde l'opérateur. 11 répondit qu'il ne sentait rien. Celui-ci, ■ appliquant alors sous le nez du sujet ses doigts fermés contra le pouce, lui dit d'aspirer pour prendre une prise de tahae. La suggestion eut aussitôt son effet. Le patient aspira un moment et présenta ensuite tous les phénomènes qu'éprouverait une personne qui viendrait de prendre une poudre sternutatoire. Pour ce qui regarde le sens du goût, les hallucinations et les illusions dont il peut être frappé par suggestion sont innomhrahles. Dites a une personne convenablement disposée par l'hypnotisme qu'elle mange de la rhubarbe, qu'elle mâche du tabac ou quelque autre de ces substances désagréables dont quelques malades des asiles se plaignent amèrement, et l'effet suivra vos paroles. C'est ainsi qu'un certain C. H. étant hypnotisé, on plaça devant lui un verre d'eau pure qu'on l'amena à prendre pour du brandy. Il le

(. D' Pbilipps (Donnd (}e firps). h ^^'^ùnie.

loua comme excellent — cette eau avait bien pour lui le goût du brandy — et il en demanda d'autre tout en buvant avec avidité. Dans un second cas, J. K., étant dans le même état anormal, fut invité à boire un peu d'eau fraîche, et tandis qu'il obéissait, l'opérateur en but un peu lui-même qu'il cracha aussitôt en émettant une expression de dégoût et d'horreur. Immédiatement cet acte suggéra fortement au sujet que l'eau était mauvaise et même empoisonnée, si bien que, dans cette persuasion, il la rejeta avec hor-

reur*.

Enfin, d'une manière générale, l'hypnotisme met bien remarquablement en lumière quelle est sur toutes les facultés de l'individu la puissance de l'image suggérée et acceptée. Non seulement l'esprit, mais les sens et le corps tout entier du patient se conforment, par leurs sensations comme par leurs actes, à ridée que leur imagination leur donne d'eux-mêmes et de leur état. Ainsi une personne à qui on a relevé le bras en lui disant qu'on lui fait supporter un fardeau se persuadem qu'elle a le bras réellement chargé d'un poids très lourd, et elle éprouvera une fatigue visible'.

Il peut rester beaucoup à faire pour marquer les conditions physiologiques dans lesquelles se développent ces névroses et pour bien établir le caractère du trouble organique ou fonctionnel sous la dépen-

1. Annales médico-psychologiques, novembre 1860 et mars 1866.

2. On trouvera un grand nombre de faits analogues dans les études de N. Ch. Hicbet sur le Somnamhulispie nropoqu^. {l^vuç Pl)ilQS(h phi<|ue, octobre et novembre 1880,

84 L'ISIAClNiTION.

dance duquel elles se trouvent, mais ce qui est acquis, c'est la similitude des symptômes, c'est l'analogie profonde qui se manifeste entre ces états.

Et en cfl'et, il nous est aisé maintenant de ramener à l'unité les étits extraordinaires dont nous venons d'esquisser les caractères principaux. Cet état d'inertie morale et d'impressionnabiiité que le braidisme produit pour un moment chez des intelligences saines, il est chronique chez les sujets du somnambulisme ou artîQciel ou naturel, de l'extase et de la catalepsie. Un savant consciencieux, que nous avons déjà cité plusieurs fois. Al. Bertrand, s'est laissé aller en un endroit à parler du pouvoir du somnambule et de l'extatique sur leur organisation. C'est là une expression absolument fausse et tout à fait contradictoire à Celte d'inertie morale, si heureusement trouvée et si abondamment justifiée par le même auteur. Il est sans doute une influence, un pouvoir, si l'on veut, qui agit profondément sur les sens et sur l'organisme du malade. Mais, prétendre que le malade exerce luimême cette action, cela est insoutenable. La puissance qui agit, c'est l'image ; mais ici l'image, on l'a vu, est véritablement une puissance supérieure a la volonté de l'individu, étrangère à lui, extérieure à lui, pour ainsi dire, qu'elle soit suggérée et imposée par un autre homme ou qu'elle soit enfantée par les mouvements aveuyles du cerveau et déterminée par des associations toutes fatales dont la mémoire ne peut même pas conserver le souvenir.

Telle est, en résumé, la loi de tout ce groupe d'états dans lesquels on ne surexcite l'image qu'en

Page 1