RÉSUMÉ SUR LES NÉVROSES
affaiblissant, avec les autres fonctions de la vie^ la volonté personnelle. L'intensité de l'image ainsi livrée à elle-même n'apporte à l'individu ni inspiration, ni force ; elle ne fait qu'entretenir en lui une agitation stérile et douloureuse, incapable de se gouverner et de se connaître, incapable même de résistance et qui, pour peu qu'elle se prolonge, conduit à la folie ou à la mort.
Il est vrai, toutes les maladies que nous venons d'étudier ont généralement ce caractère qu'elles sont intermittentes et séparées brusquement du reste de la vie par un oubli profonde Cet oubli bienfaisant et procteur aide l'individu à retrouver, une fois la crise terminée, l'intégrité de sa raison, ou à en continuer tout au moins l'exercice normal et régulier. Le somnambulisme et rhypnotisme suspendent, nous l'avons montré, les fonctions de la vie intellectuelle. Cette suspension même, si extraordinaire et si merveilleuse, contribue donc à sauver les esprits atteints. Car, supposez que des causes intérieures, durables et prolongées, imposent à Tintelligence ébranlée des imagitions qui se renouvellent nuit et jour, vous trouverez alors quelque choses de pire que les suggestions, vous aurez l'irrésistibilité des impulsions les plus atroces; vous aurez enfin tous les phénomènes de l'hallucination et de la folie que nous allons maintenant étudier.
• 1. Ici cependant, plus que partout ailleurs, les nuances sont extrêmement nombreuses. Il est des hystériques, par exemple, qui se souviennent de leurs hallucinations, de leurs mouvements, du petit drame que leur imagination leur a fait exécuter et auquel a pris part tout leur être. Mais précisément, chez de tels sujets, la maladie devient chronique ; elle se rapproche de plus en plus de Va\véivaX\ou V»\^\^.
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L'image renversant l'ordre des facultés intellectuelles, sans les suspendre.
L'hallucination. — L'idée fixe, etc.
On a vu au commencement de ce volume en quoi consiste l'hallucination. C'est une image qui ne correspond pas, comme la sensation, à un objet présent, mais qui a cependant la vivacité, la netteté, par suite l'extériorité apparente d'une sensation réelle. Ce que veut dire ce dernier mot d'extériorité, chacun le comprend. Dans une sensation proprement dite, nous constatons sûrement que l'homme que nous voyons est bien là, hors de nous, qu'il constitue vraiment un objet extérieur à nous. Quand nous pensons, dans notre état ordinaire et en santé, à une personne absente, nous constatons, non moins sûrement, que l'image que nous nous formons de cette personne est tout intérieure. C'est la même différence qui existe entre la représentation d'un air de musique que nous chantons intérieurement et l'audition d'un morceau que des violons ou un piano exécutent k Q^<Aa^^iîss-
gg LIMAGINATION.
de nous. DaDA l'hallucinatinn, la représenlalioa intérieure qui, en fait, existe seule, est teltemeiit forteiprellti riissemble de tout point aux sensations normales, à colles qui sont provoquées par quelque chose de réel, d'extérieur à nous.
Quand nous ne Faisons que nous représenter à volonté des personnes ou des choses, nos sens, faiblement occupés par des images sur lesquelles nous conservons notre action, restent parfaitement accessibles aux impressions du dehors. Nous pouvons donc faire la comparaison : nous pouvons constater comment la sensation qui s'impose à nous et dont nous ne pouvons ni supprimer l'existence, ni changer la nature, ni altérer les rapports, répond sûrement à quelque chose d'étranger et d'cxlérieur, tandis que l'image dont nous avons eu l'initiative, que nous pouvons chasser de notre esprit, que nous pouvons enfin supposer autre qu'elle n'est, est bien un phénomène qui lève uniquement de causes intérieures à nous pourre ainsi dire. Si donc, par suite de certaines circonstances dont nous aurons bientôt à parler, l'image devient tellement forte qu'elle s'impose irrésistiblement, et que ni notre esprit ne peut se porter sur un autre objet, ni notre sens même s'ouvrir à des impressions différentes, alors notre état sensoriel est exactement le même que quand il est affecté par un objet extérieur. En résumé, l'hallucination est une image» agrandie et exagérée, mais une image. Elle suppose évidemment une modification cérébrale analogue, quoique plus forte, à celle qui, dans l'état normal, accompagne l'action de l'imagination. Mais comme
Fimagination ordinaire ne fait elle-même que reproduire plus faiblement la modification cérébrale que provoquent les impressions sensorielles, on voit comment l'image hallucinatoire ramène tout naturellement une modification cérébrale semblable à celle de la sensation proprement dite.
On a souvent agité la question de savoir quelle était dans le phénomène de Thailucination la part des sens et de l'organe et la part de l'esprit. On s'est demandé si l'esprit n'était pas là autant et même plus malade que le corps. Que l'hallucination entraîne souvent la folie, cela est incontestable; mais la folie est alors un fait distinct, bien qu'habituellement associé, nous aurons à le démontrer plus tard. Ce sur quoi l'on hésite le plus dans la discussion dont nous parlons, c'est sur a nature même de l'hallucination.
Or, l'esprit n'est pas nécessairement troublé et dérangé par le seul fait que les sens sont hallucinés. D'abord, il est possible (on en a vu des exemples) que l'esprit, malgré toute la vivacité et l'extériorité apparente de l'image, lutte contre les apparences et trouve dans la comparaison raisonnée des circonstances des motifs de croire qu'il est le jouet de ses propres sens. Il est des gens qui, sous l'influence d'un mal périodique, comme une maladie de cœur, ont périodiquement des hallucinations dont ils se rendent très bien compte : ils en savent l'origine et, la crise une fois terminée, n^y voient plus aucun danger pour leur intelligence. Mais on doit dire encore plus. L'hallucination peut entraîner l'erreur du jugement sans qu'il y ait autre chose qu'une simple evï:e.\3X