‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 38 sur 81 · Ann, médico-pêych,, année 1854, p · texte numérisé non relu

Ann, médico-pêych,, année 1854, p

2. Moreau de Tours, ouvrage cité. Il nous a semblé que H. Moreau de Tours exprimait ces yérités d'une manière particulièrement sail-

• lante. Voili pourquoi nous lui avons emprunté ses descriptions. Mais le fond lui est commun avec la plus grande partie des aliénistes. On peut lire par exemple dans le D*" Christian (Étude sur la mélancolie, mémoire récompensé par la Société médico-psychoiogique) Tcxcellente description du lent passage de la mélancolie pure et simple à la folie mélancolique.

Les malades instruits et intelligents se rendent compte du profond changement qui s'opère en eux : a II me semble, disent-ils, que tout ce qui est autour de moi est comme jadis; et cependant il doit s'être fait quelque changement » [Griesinger, Traité des maladies mentales, p. 205).

Plus tard, ce n'est pas seulement le moi qui est troublé, le monde extérieur parait lui-même changé. < J*eQtends, je vois, je touche, disent plusieurs lypémaniaques, mais je ne suis pas comme autrefois ; les objets ne viennent pas à moi, ils ne s'identifient pas avec mon cire; mi nuage épais, un voile change la teinte et l'aspect des corps. Les corps les mieux polis me paraissent hérissés d'aspérités, etc. 9 (Esquirol, I, p. 205).

C'est alors une période de doute infiniment cruelle. La physionomie exprime l'effarement. Ou suis-je? Que me veut-on? Que faire? Mais pourquoi ?..<i.. etc. Toutes ces questions viennent sans cesse sui* les lèvres du patient et trahissent ses angoisses.

Encore un pas, et la confusion entre les phénomènes objectifs et les phénomènes subjectifs est complète. Le malade, plongé dans un véritable état de rêve, incapable d'apprécier les choses comme elles sont, en vient à croire à la réalité objective de ses sensations modifiées subjectivement.

 ce moment, la folie est déclarée. Mais alors le malade ne doute plus, il sait. Il sait qu'on veut le tuer, qu'il est voué à une mort ignominieuse ; il sait et il sent qu'on l'empoisonne, qu'on Téleetrise, qu'on le

108 L'IHAGISATIOS.

ticulier de chaque malade. Onns les différentes Formes de la manie, elles sont |;;cnéralement accompagnées d'iiallucinalions; puis, quand le fon n'est pas condamné par ia dépression de ses facultés et la faiblesse de son système nerveux à ce qu'on appelle l'jncohérencu, quand il est capable de raisonner et d'enchaîner des idées, le fou justifie ces iialliicina lions à sa manière par des motifs qu'il raisonne et qui rentrent, avec la logique parliculièrc de l'imagination et de la passion des insensés, dans un délire systématisé. Mais il est des cas où ces impulsiuns ne reconnai3|ent aucun mobile, ou du moins aucun mobile nettement appréciable. Le malade (et il n'en est que plus malheureux) ne peut pas les justifier : il n'essaye pas de le faire. Il hilte même plus ou moins longtemps contre elles, jusqu'au moment fntal où il lui est impossible de résister. Cette fonne d'aliénation mentale, qui s'appelle folie impulsive, a été décrite avec le plus grand soin et d'une façon fort intéressante par M. le D' Dagonel.

Le malade ainsi frappé passe par deux phases. La première est caractérisée par l'affaiblissement, on est tenté d'aller jusqu'à dire par l'anéantissement momentané du moi, à coup sûr par le vague, par la rareté, par la pauvreté des idées. L'attention est dans une

magnétise; il rlécril les mncliines avec lesquelles an le torture; lau^s ses chimèrei sont devenues Hes rcaîili's.

La nature nifimE îles uiée» ilôlii-anti^s varie k l'inQul et dépend i la fuii lies iidïr'i habituelles du malade, du milieu dans lequel II n vécu, de son degré d'insiruclian, de sa puissance d'imagination. Sonventc'eit une eirconatance loule Foi'tultc, un lointain aouienir du pimf., qui donne l'idée dominante.

Page 1