‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 39 sur 81 · L'IDÉE FIXE ET LES IMPULSIONS DE LA FOLIE · texte numérisé non relu

L'IDÉE FIXE ET LES IMPULSIONS DE LA FOLIE

impossibilité absolue de se fixer. Quelquefois une sorte de gaieté mobile et sans raison déyeloppe dans ses facultés une exaltation incohérente; mais plus souTeot un malaise anxieux, une lassitude croissante, aggravée par l'insomnie, une faiblesse irritable, une impressionnabili^é extraordinaire, des appréhensions sans motifs, entretiennent dans le sujet, avec uQe dépression universelle des facultés, une souffrance iqdéfinissable. Profondément découragé, sans savoir poi^rquoi, il devient indifférent à tout, au bien comme au mal. Alors, la première suggestioi]i ou impulsion qui se présentera trouvera la place vide: elle epvahira donc l'imagination, puis la pensée tout entière avec une force irrésistible. C'est là que commence )a seconde phase du mal^

Une fois que le malheurei^x est en proie à de tels tourments, il lui semble que le seul moyen pour lui de se débarrasser d'intolérables souffrances, c'est de céder à l'impulsion, c'est d'accomplir le projet dont la représentation l'obsède et le poursuit. Et, chose horrible à dire, à son point de vue de malade, si l'on peut ainsi parler, il n'a pas tort. C'est un des signes auxquels on peut le mieux distinguer la monomanie homicide du crime proprement dit, responsable et

1. Le très judicieux Marc, dans son traité fort utile et fort intéressant encore (II, 106) disait à peu près la même chose : a Lorsque la monomanie homicide se manifeste, elle est constamment précédée de phénomènes propres à indiquer une altération au moins commençante des facultés intellectuelles ; troubles des excrétions ou des sécrétions, tristesse, agitation, précédée quelquefois d'une gaieté folle et non motivée. Le malade est ordinairement ombrageux, taciturne, et surtout ne confie qu'avec une extrême répugnance à autrui les secrets de so|i cœur. »

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punissable. L'acte une fois commis, dit Eaquirol, « le mononianiaque est calme ut comme satisfait. Il a tu^, tout est fini, le but est atteint, i Maudsley dit plus encore; il parle d'un o soulagement exlraordinaire. » L'individu semble retrouver le calme, il recouvre la parole et le raisonnement. Il rend tranquillement compte de son acte. C'est plus tard seulement que la conscience revient à une appréciatioa plus juste, et alors éclate un désespoir sincère avec la pensée du suicide'. Quoi qu'il en soit, cette conviction qui s'impose au malade redouble, au moment des plus fortes impulsions, on îe conçoit, la vivacité de l'excitation. C'est alors aussi que l'imitation exerce sa terrible influence; tout ce qui est vu ou entendu, l'imagination facilement exaltée pousse à le reproduire. Mais ce qui prouve à quel point l'inertie morale se concilie avec la plus étrange et la plus épouvantable violence, c'est que si la moindre circonstance suffit pour déterminer l'instant du meurtre ou du suicide, a dans un très grand nombre de cas aussi le moindre obstacle, la circonstance la plus futile, ont pu détourner la pensée de l'individu et faire cesser les mouvements qui l'agitaient. C'est dans ce but que l'on voit des malheureux fuir le lieu oîi les idées qui

1. V. D'' Dagonst, Lei impuUioni da;is la folie et la folie impuUive, p. 39. Haudsiej, Le crime et ta folie (liïbliatlièque scientifique inleraationale). La rulie impulsive s été décrite par beaucouii d'suleurs (oa vient d'en ivoti des exemplca devant \tii yeui). eous lei nome de mononianic homicide, de monoingiiie Bulcidc. Le D'' Daguiict, cotnme beaucoup d'autrei iliénislet (le 0' J.-P. Pniret, etc.), ne croit pas ù une tbiie ne lésant qu'une partie de l'intellij^nce, et il suppi'ime le mnt de mouoinanie. Voyei la 3* édition de taa savant ouvra^'o sur les maladies menliles (J.-B. BaJUiëre, 4876).

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les tourmentent semblent se développer et s'accroître, h

En résumé, faisant abstraction des divers modes de résistance ou de coopération des facuUés intellectuelles qui, plus ou moins atteintes et plus ou moins capables de réagir, compliquent d'une manière ou d'une autre les phénomènes morbide* de l'économie, et organisent ainsi tel ou tel type d'aliénation mentale, nous pouvons arriver à la conclusion suivante.

Dans la folie impulsive comme dans la folie ordinaire, l'idée fixe, c'est-à-dire l'imagination qui s'impose et qui pèse sur l'activité de l'individu, nous apparaît avec les mêmes caractères, elle se développe et agit selon les mêmes lois; et ces lois ont avec celles de l'hallucination la plus remarquable analogie. Que l'intelligence et la volonté de l'individu cessent de gouverner le mouvement des images, soit pour avoir été dépossédées violemment par un trouble organique plus fort qu'elles, soit pour avoir abdiqué peu à peu par leur propre faute, on voit quelle est dans ces deux cas la tyrannie de l'image et sa puissance envahissante. L'esprit semble raisonner sur elle ; et il ne fait en définitive qu'en augmenter l'action déraisonnable, qu'en multiplier les conséquences absurdes. L'activité se déchaîne et s'exalte, impétueuse et irrésistible... en apparence. Au fond, la volonté n'est pas seulement affaiblie, elle est nulle ou tend à le devenir. C'est précisément cette violence qu'elle subit, mais ne détermine pas et surtout ne dirige pas, qui est la cause principale de son anéantissement progressif.

Quant à la marche de la maladie, on l'a vu, voici comment elle procède :

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1° Aflsiblissement de la volonté et de fattention, de leur pouvoii- sur lé groupement et la succession (tes idées, d'où liberté plus grande laissée à la production automatique des images.

2° Développement du certains troubles internes dont la nature et dont le siège précis ne sont qa'im. parfaitement connus, mais dont l'inlluence sur la production et sur l'exagération des images est certaine.

5° Actioil envahissante de l'image ainsi provoquée; elle modifie les sensations pour les rendre Conformes à elle-même, elle les groupe autour d'elle en obscurcissant celles qui lui sont opposées, en exagérant celles qu'elle tient à prolonger parce qu'elles concordent avec elle ; elle bouleverse enfin, par la substitution d'un ordre qui lui convient h l'ordre rationnel et naturel, les associations, les jugements, les raisonnements, les déterminations et les actes.

Bref, si nous ne commandons pas ii nos imaginations, elles nous commandent, et celui qui peiit agir sur elles nous commande à notre insu. Ainsi pourraJl-ort résumer tout ce qui p

le rSve, diqiinutif dès éCàts précédents.

Entré lèâ étàté d'imagifiation que caractérisent ces névi*osës dites à boh droit èxtraorditlaires et les états de U Yie ïioriïialëy il y à des intermédiaires. En premier lièti viéht lé sotilmeil.

En ce qui regarde le corps, le sommeil ii'est certàineméiit p&i lïiie maladie : c'est hti acte tout physiolôgi(}Ue. En ^(fët, il n*est pas un ùrgane qui né se repose en ralèMissàtit ses mouvèmenis, et le sommeil est pàrtièulièreitieitt le tepàs du cerveau. Quant à l'esprit et à se^ diTersés facultés, le sommeil ordinaire^ tie les fcftecte pa^ ôômmè le fait une maladie, telle èjtié réliéfïàtiôn meotale par exemple. Le sommeil est un état court, doiit le dénouement est arrêté pai* (Hràfiëé, et të éêtiâHèTh^ h'k tien de pétiWeùx :

i; fUbtis éktepiikini hlen étiteiklu, cètMht somineils cdniateifi, certaiû$ états de somnotence maladive. Nous ne parl«DS ici que du somnieil proprement dil.

il ne laisse ni dans la sensibilité, ni dans la volonté, ni dans l'intelligence, aucune trace fâcUiîuse; aucune de ces facultés n'a besoin de lutter pour retrouver après lui ses habitudes antérieures et sa vertu. Cependant, le sommeil, tant qu'il duru, trouble ou intervertit le développement de nos facultés intellectuelles. L'attention est relâchée, la conscience s'éteint ou s'affaiblit, l'effort libre de la volonté devient impossible: les associations d'idées perdent toute logique. Knfio, les points de ressemblance avec l'état de l'esprit dans l'hallucination et la folie sont nombreux : ils le sont notamment pour le seul phénomène intellectuel dont nous nous occupons et dont nous avons entrepris d'étudierles vicissitudes, c'est-à-dire pour l'imagination. Il existe, on s'en souvient, une tendance automatique ou, pour mieux dire, spontanée de l'imagination, et qui consiste à renouveler, bien que plus ou moins atîaiblies, les sensations une fois éprouvées, A l'état ordinaire et dans la veille, celte tendance est enrayée par différentes causes, telles que les sensations et les perceptions actuelles, le souvenir Tolontaire pt réHécbi, l'ordre de nos jugements et de nos raisonnements... Or, dans le sommeil, les sens estérieurs se ferment, l'organe du la pensée se repose, l'attention, qui exige, tout homme en fait l'expérience et le sait, un effort parfaitement appréciable du cerveau, l'attention, disons-nous, se suspend, et par là même toutes les facultés de l'entendement entrent dans une période de résolution. Toutes les causes qui affaiblissent ou qui arrêtent la spontanéité de l'image cessent donc d'agir. D'autre part « le cerveau n'est

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jamais envahi simultanément dans toutes ses parties par le sommeil. Il ne s'endort que par régions et partiellement' . b Celte spontanéité de l'imagination peut donc, quant à elle, subsister, et, par le seul fait de la suppression des obstacles, subsister plus puissante, donner des résultats plus saillants. Effectivement, si l'on peut concéder qu'il est des sommeils sans rêves, dans lesquels le repos des facultés comme celui des organes est aussi complet qu'il est possible, il est encore plus de sommeils remplis par des rêves, c'esl-à-dirc par des imaginations plus ou moins suivies. Ceci est encore un fait que l'expérience de cbacun peut confirmer. Il n'y a là aucune difficulté.

Mais ce premier fait va nous aider à retrouver et à expliquer touto la série de ceux qui caractérisent l'état de l'imagination dans le sommeil. La spontanéité de l'imagination s'accuse, parce qu'elle ne rencontre plus ses obstacles accoutumés. Nous comprenons donc aisément que ses productions régnent sans partage dans l'esprit du dormeur. Par le fait que les autres facultés, abdiquant, la laissent se développer seule, elles la livrent à elle-même.

Plus d'antagonisme par conséquent entre les sensations actuelles et les images. Donc, les images doivent être prises pour des réalités. Le réel et l'imaginaire ne font plus qu'un. Ce que l'esprit tire de ses propres conceptions, il le pose, pour ainsi dire, en face de lui comme s'il le percevait vraiment du dehors ; il lui prête une existence extérieure, il l'objective, suivant

1. Lu}B, liecherckei tur le lyttèmc ccrébro-aldnal-, >i. ■\M'—

m flHAGrSATION.

l'expression consacrée. « En l'-'bsence des perceptions véritables, les conceptions du rêve paraissent des perceptions. Si pendant Tétnt de veille je songe à une personne qui e^t en Italie, ei l'Italie me fait penser à l'arc de Titus, Titus aux Juifs, ceux-ci à Pîlate, etc-, je ne trouve là rien de surprenant. Si j'ai les mêmes idées dans un songe, j'aurai rêvé que, de France, je me suis trouvé subitement transporté en Italie, que l'Italie s'est changée en Judée, Tilus en Pilate, etc.'. » Plus d'antagonisme non plus entre l'imaffination et la conscience. Le dormeur ne rentre pas on lui^nême; toutes les pensées que dans l'état de veille il attribuerait, à juste titre, à sa réflexion personnelle, il croit les recevoir d'une influence exlérieure et les entendre exprimer par une voix étrangère. Les observateurs ont rapporte beaucoup d'exemples de ce fait, qui est encore commun au rêve et à la folie. Que d'aliénés parlent d'eux à la troisième personne et prêtent h des interlocuteurs imaginaires tous les soupçons, tous les doutes capables d'irriter les passions qui les tourmentent! Ainsi, pendant son sommeil un orateur ou un savant s'entendra opposer par un adversaire pressant des objections qui ne seront autres que celles que, la veille, il avait lui-même entrevues ou méditées. Nouvel exemple de la tendance de l'esprit à tout objectiver dans ses rêves, à laisser l'imagination revêtir d'une forme sensible tous les phénomènes de la vie animale nu intellectuelle qui subsistent encore ebez le dormeur.

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