Pascal, Pensées (édition Havet), art
R L-ISUGISiTlON.
par des particules odonantes émanées de corps étrangei's, la langue excitée agréablement ou désagréablement par un mets, par une boisson ; c'est enfin éprouver plus ou moins de gêne ou de liberté dans le jeu des fonctions de la vie, suivant l'état où se trouvent tels ou tels de nos organes, suivant que les vaisseaux sanguins se resserrent ou se dilatent, que le cours du sang se ralentit ou s'accélère, que les os restent ou non dans leur place normale, que les liquides nécessaires à l'économie sont sécrétés en quantité suffisante et sans excès, etc.
Connaître, ce n'est pas seulement être affecté par les objets extérieurs : c'est surtout porter son attention sur les objets eux-mêmes pour distinguer les rapports de ces objets avec les autres objets et avec noua ; ce n'est pas seulement sentir sa propre activité limitée par tel ou tel phénomène : c'est discerner plus ou moins bien d'eîi vient ce phénomène, à quoi il tient, à quoi il tend; c'est, au milieu des sensations variables et fugitives qu'un objet ou un phénomène nous cause actuellement ou noua rappelle, distinguer en lui des caractères qui doivent nécessairement se retrouver, non pas dans un grand nombre, mais proprement dans une infinité d'autres semblables à lui.
Se souvenir, c'est encore connaître, assurément; mais plus particulièrement, c'est porter son attention sur des faits qui ont jadis affecté nos sens, mais qui ne les affectent plus; c'est reconnaître par la pensée le rapport qui n existé entre tel fait et nous-mêmes, qui en avons été affectés d'une manière ou d'une autre; c'est aussi, c'est surtout re'placer ce fait nu milieu