‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 6 sur 81 · LA CONNAISSANCE ET L'IMAGE · texte numérisé non relu

LA CONNAISSANCE ET L'IMAGE

des circonstances qui l'ont précédé, accompagnée suivi dans un certain ordre, à une distance déterminée du moment actuel.

Mais pouvons-nous connaître et nous souvenir sans nous représenter les choses auxquelles nous pensons? Pouvons-nous, par exemple, nous souvenir d'un air de smusique sans qu'une espèce d'ondulation a^aibli, emble encore, comme un lointain écho, faire vibrere doucement notre oreille, au point que d'imperceptibles mouvement de la tête et du corps marquent la mesure? Pouvons-nous nous souvenir d'un spectacle sans que nos yeux le cherchent encore, sans que nous en suivions les formes et les contours, sans que nous en contemplions les couleurs, et ainsi de suite?... Évidemment non. Or, se représenter ainsi les sensations disparues, c'est retrouver dans son esprit une image d'un objet absent, c'est imaginer. L'imagination* est donc comme un reste affaibli de la sensation primitive; c'est la sensation primitive qui paraît tendre à se raviver ou à se reproduire. Ainsi, disait Henri Regnault, je n'aurai qu'à fermer les yeux : l'Orient m'apparaîtra de nouveau.

L'imagination ou la formation des images est tellement mêlée à nos connaissances et à nos souvenirs, que des philosophes célèbres ont voulu réduire toute l'intelligence à la sensation, c'est-à-dire à la sensation actuelle et présente et à la sensation renouvelée ou image. A notre avis, c'est un tort. Il est bien vrai que

1. Provisoirement au moins, nous employons indistinctement les mots image et imagination comme synonymes et comme ne désignant qu'un pur phénomène.

8 L'IHAGINAnOH.

nous ne pouvons penser à une chose snns nous la représenter, sans l'iinnginer. Il est certnin (jue nous ne pouvons nous empêcher de revèlir d'une forme corporelle les idées les plus spirituelle», et rguc les idées les plus générales se fixent dans notre esprit sous la forme d'un être ou d'un objet particulier qui sert, pour ainsi dire, de repi-éscntant au genre ou a l'espèce tout onlière.Mais l'acte par lequel l'esprit groupe les images et, après un choix réfléchi, fait de telle ou telle réunion d'images un ensemble en quelque sorte compact et indivisible, l'inévitable mouvement par lequel II va de celle-ci à celle-là, non à une autre, l'cfTort par lequel il vérifie et cherche à perfectionner le hon arrangement de ces systèmes d'images, tout cela est quelque chose de réel : tout cela est aussi distinct des sensations actuelles ou renouvelées, matière de la connaissance, que l'art des proportions, des reliefs et du contour, est distinct du bronze ou du marbre, ou de toute matière eniîn à laquelle il a donné In forme d'une statue. Pas plus que le bronze ou le marbre ne s'arrangent d'eux seuls, les sensations et les images ne forment des ensembles liés sans y être amenées par l'effort suivi d'un principe dont sans douta nous ne pouvons pas connaître exactement la nature intime, mais dont nous pouvons dire qu'il est essentiellement ami de l'ordre, de l'harmonie, de l'unité, et que par conséquent il est un lui-même.

Ainsi distinguée des phénomènes de la sensation et de l'intelligence proprement dites etdusouvenir, auxquels elle est constamment mêlée, l'imagination peut nous apparaître comme jouant dans la vie de l'esprit

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