L'AME ET LES IMAGES
Tâme qui est le principe de la vie, non de la vie séparée de chaque élément, sans doute, mais de la vie complexe et harmonieuse qui résulte de l'ensemble de ces vies élémentaires unies et subordonnées à cette même âme. Mais cette âme est aussi le principe de la tendance qui établit dans nos images, dans nos sensations, dans nos mouvements, l'ordre de la pensée, de la liberté et de l'amour. Elle est exposée à de douloureuses défaillances, quand le conflit de causes étrangères surexcite jusqu'à la révolte les forces qu'elle groupe et gouverne ; mais sa présence et son action se font sentir depuis la naissance jusqu'à la mort*.
Comment l'âme ou l'esprit groupe et ordonne les images, comment elle en fait sortir cette seconde espèce d'imagination que chacun envie et que chacun loue, qui embellit et charme la vie, qui élève l'homme au-dessus de lui-même, qui enflamme les cœurs de tout un peuple, sans laquelle, enfin, la science serait aussi impossible que la poésie et les beaux-arts, c'est ce qu'il nous reste à étudier.
i. Voyez noire livre l'Homme et l'animal, IV" partie.
YIII
De Taction de l'esprit sur les images. — Il fait effort pour les réunir.
U y met une expression.
Dans les chapitres qui précèdent, nous avons mis surtout en saillie la tendance toute spontanée qu'ont les images à se renouveler d'elles-mêmes, à obséder l'esprit de l'homme, à modifier de mille manières ses sensations et ses mouvements. Mais l'esprit à son tour agit sur les images. Jusque dans les états maladifs que nous avons étudiés, il se trahit par sa lutte même, par les phases variées ou de la résistance qu'il oppose ou de l'effort douloureux qu'il fait pour dominer ces manifestations irrésistibles et mobiles d'une puissance étroitement liée à lui, et cependant distincte de lui.
Dans l'état normal, l'esprit agit tout d'abord sur les images pour former avec elles des groupes cohérents qui répondent aux diverses réalités avec lesquelles il s'est trouvé en contact, et qu'il \eut ^^ iîÇi^\fe^^\&s2t
18(1 L-|aAGINATIOH.
S0U3 luurs formes les plus esaenlielltis, les plus permanentes, les plus générales. En un mot, avec des images clioisies sous lesquelles il s'habitue très vite à voir des groupes d'êtres semblables en nombre indéfini, l'esprit forme des idées. C'est là le début des opérations propres à l'entendement. Mais ce n'est pas là ce que nous voulons examiner. Dans ces opérations, l'image est aussi effacée et aussi réduite que possible : elle n'est là que pour faciliter les souvenirs, les rapprochements, les comparaisons, les raisonnements, en un mot tout le travail scientifique de l'intelligence. Or, la langue a réservé plus spécialement les noms d'imagination, d'œuvres et de travaux d'imagination pour ces actes complexes où les images, quoique groupées et ordonnées par l'esprit, dans des fins voulues par l'esprit, gardent néanmoins leur relief, occupent et plaisent par elles-mêmes, et savent enfin retrouver, pour les charmer eux aussi, les sens dont elles émanent.
Pour que les images aient la vertu de noua délecter ainsi sans fatigue, il faut que l'esprit conserve au milieu d'elles la possession et la conscience de luimême. C'est à quoi il ne peut réussir pleinement ni dans les cas de rêveries incohérentes, ni dans celui des impulsions prolongées et des idées fixes, c'est-àdire quand les images s'imposent à lui malgré lui. Et cela se comprend : nulle activité ne jouit que d'ellemême et de son propre développement. Si donc nous jouissons souvent par les images, c'est que nous agissons sur elles, en allant les chercher, en les réunissant, en les combinant. Du moment où l'esprit a
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pu exercer sur elles une action de cette nature, il en est le maître, au moins dans une très grande mesure. Loin de l'enlever à lui-même, elles ne font que lui donner des occasions favorables d'augmenter avec l'intensité de son action celle de ses plaisirs. Aussi l'homme éprouve-t-il partout le besoin de réunir des images et de ae donner lui-même à lui-même une représentation à laquelle il communique une forme pai-ticulière venant de lui, cette forme fût-elle d'ailleurs sans but et sans raison, Ce besoin est tellement inhérent à la nature humaine qu'on le retrouve non seulement chez les enfants, mais chez les membres les plus dégrades et les plus malades de notre espèce. Un observateur ingénieux et compétent a très bien relevé chez les fous les différentes manifestations de cette faculté'. Chaque espèce de maladie mentale a son genre d'imagination qui s'exprime par des récits, par des essais de composition, par des dessins, par des décorations et des accoutrements, et enfin par des accumulations d'attributs voulant être symboliques. Les dessins des maniaques sont, nous dit-on, compliqués et invraisemblables. Ceux dos aliénés à idées de persécutions sont généralement symboliques : les conceptions qui remplissent leurs récits oraux ou leurs compositions écrites sont étranges et touchent quelquefois à l'horrible. Les mégalomanes tendent à l'effet dans tout ce qu'ils disent comme dans tout ce qu'ils font. Le malade atteint de paralysie générale vise
1. D'J[aiSiinon(médecinrlerBsiledeBlDis),Ite('i'magina(i(in ilaiii la faite. Études tur les deSEina, plans, descciplioiiB e\ coalumes des ■lli'nÔB, Annal. médiai-ps^sbologiques,iieem\ire IRTfi.
L'IMAGiMATIOS.
cesse à ses I
e un dessin 1
aussi au grandiose : mais il mélaage sans cesse i hautes visées des niaiseries naïves. II trace u insignifiant, auquel il prête une importance considérable, contraste qui se retrouve toujours dans ses paroles et dans ses actes. Ces derniers aliénés, on le sait, s'acheminent à l'annihilation des facultés, à la démence,.,. Et, touteroîs, les déments eux-mêmes, pour peu qu'ils puissent encore faire un très léger effort, aiment le merveilleux : ils l'aiment naïf et enfantin. Non seulement ils se plaisent à entendre raconter des histoires de cette nature; mais de temps à autre ils en composent de leur façon, et ils dessinent. Sans doute, l'état de leurs organes ne leur permet rien de suivi : leur main comme leur pensée s'égare k chaque pas ; « ils déraillent » avec une très grande acilité dans leurs dessins comme dans leurs discours. Une même figure, si tant est qu'ils commencent jamais d'en tracer une reconnaissable, se transforme vingt fois sous leur plume ou leur crayon pour finir par un fouillis inextricable. On voit aisément dans ces exemples curieux quel est l'obstacle qu'oppose l'organisme aux tentatives que fait l'esprit du malade pour créer avec des images plus ou moins bien combinées un tout qui soit sien. Mais l'aliéniste auquel nous empruntons ces observations le dit à bon droit : chez le malade comme chez l'homme sain d'esprit, c'est une même faculté qui agit. Là elle avorte, ici elle produit des œu\Tes vivantes et belles. Mais là comme ici, l'esprit veut agir sur les images; et quand il a conscience de pouvoir le faire à un degré quelconque, il est heureux. Si l'idiot peut tenir un crayon dans sa