SENSATWW, IMAGE ET MOUVEMENT
nous, la vérité de ces deux propositions que nous avons déjà formulées : 1" Tout organe tend à vivre de sa vie propre, c'est-à-dire à (ig;ir, à sentir, à imaginer pour son propre compte. « Il n'est, dit profondément Montaigne, aucun de nos organes qui n'ait ses passions à lui, qui ne s'endorme ou ne s'éveille sans notre congé. ■ '2° Tout orgone tend àvîvre àc la vie de tous les autres, à agir pour eux et avec eux, à jouir et à souffrir de leurs plaisirs et de leurs souffrances. Ces deux tendances sont aussi marquées l'une que l'autre dans la vie, 11 est donc cisc de le comprendre : si une circonstance quelconque exagère les passions et les exigences propres à un organe, c'est celui-là qui donnera le ton à tous les autres; car il bénéficiera, pour ainsi dire, de la tendance qu'ils ont tous à sympathiser entre eux et à se mouvoir de concert. Nous □eus expliquons ainsi les anomalies, les caprices, les exagérations pathologiques dont nous avons donné la description. Toutes ces maladies de l'imagination, ou plutôt toutes ces maladies de l'intelligence provoquées par l'imagination, tiennent à la cause que voici : l'un des éléments du tout a exagéré sa vie et son action au point de ne pas laisser les autres éléments vivre en liberté selon leur nature. De là tous les phénomènes àe l'hallucination et de l'illusion ; de là les impulsions irrésistibles ; de là tes hypereslhésies du somnambule ; de là le pouvoir qu'a l'expérimentateur sur ceux qu'il endort et auxquels il peut suggérer, avec les images qu'il veut, des sensations, des idées, des volontés correspondantes. . .
Mais si chaque organe peut ainsi enfanter des images
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qui s'imposenlà la communauté organique et la tyrannisent, ce qui mérite de nous étonner, ce n'est pas qu'il y iiit dos somnambulei^ et des extatiques, ce n'est pas qu'il y ait des hallucinés et des rêveurs, c pas qu'il y ait des monstres et des malades; c'est qu'il y ait des gens sains d'esprit et des imaginations, nous ne dirons même pas puissantes et belles, maïs simplement harmonieuses.
Quand les physiologistes nous exposent que chaque cellule de l'économie est douée d'une activité individuelle et qu'elle évolue à sa façon, quand ils ajoutenl que toutes ces évolutions particulières luttent chacune de leur ci'itédans une concurrence vitale incessante.et que l'organisme, théâtre de cette lutte, oscille toute la vie entre la monstruosité ou la dégénérescence et la mort, nous nous demandons d'où vient que c'est malgré tout la vie qui triomphe. La réponse que nous trouvons, c'est que l'organisme n'est pas une simple agglomération ou ime rencontre accidentelle de forces ennemies; c'est que ces existences élémentaires sont à la fois indépendantes et gouvernées, qu'elles sont subordonnées et soumises à une existence supérieure. Dans l'homme est une unité active qui ne se meut pas seulement, mais qui veut ; qui n'est pas seulement impressionnable, mais qui sent; qui, plus encore, a conscience de son activité, peut réfléchir sur elle et se poser elie-même comme but où tend, avec un ordre que cette tension même suffit à régler, le déterminisme aveugle des forces inférieures.
Or, la question que nous nous posons ici est analogue; c'est la même question, pour mieux dire. C'est