‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 79 sur 81 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

tout l'honneur, une fantaisie passagère dont les éléments leur viennent presque tous de réminiscences obscures et d'associations involontaires. Autour d'un regard ou d'un sourire ou d'une parole, ils construisent tout un rêve de bonheur auquel ils croient, uniquement parce qu'il leur semble qu'ils le voient et qu'ils le touchent, tant leurs passions, préparées de longue date, se prêtent ii enfanter des images qui les flattent ! tant les représentations qu'ils arrangent ainsi leur paraissent vivantes et leur donnent l'illusion de la vérité! A qui ressemblent-ils alors? A l'extatique et au rêveur chez qui une seule idée suggérée évoque et groupe aussitôt toute une série d'images? ou a l'artiste qui, l'âme séduite par tel ou tel trait particulier d'une scène, d'une physionomie, d'un paysage, se représente et construit un tableau dans lequel tout s'accorde avec le caractère dominateur? Ils ressemblent un peu à l'un, un peu à l'autre, et tiennent le milieu entre les deux. Ils ajoutent seulement une certaine préoccupation de leur plaisir personnel, que le second dépasse, mais que le premier n'atteint même pas. Ils se passionnent pour la nouveauté, avant même d'avoir pu l'expérimenter et la reconnaître. Libres encore de l'imaginer telle qu'ils la désirent, ils la parent de tous les attraits, compatibles ou non, qu'ils sont avides de posséder. Puis, ils s'en fatiguent et s'en dégoûtent promptement, parce que la réalité ne ressemble jamais assez à l'image qu'ils s'en formaient : et souvent l'excès de leur désencha ntemenl égale celui de leur enthousiasme passé. Ainsi sommes-nous presque tous, compromettant nos jouissances par nos re-

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grets ou nos désirs, faisant dîvci'sion h un ennui par un souci nouveau. Heureux encore si, tirant parti de cette faiblesse, nous savons du moins aller de progrès en progros, toujours attirés par des images, non sculeinent plus riantes et plus llaticuses, mais miens ordonnées et plus conformes aux exigences de l'esprit.

L'esprit, à Trai dire, n'est jamais complètement étranger à ces phénomènes. S'il les sent, c'est qu'il y participe. S'il peut parvenir à grouper toutes ces représentations et à y trouver une expression de luimême, c'est que, primitivement, chacune d'elles avait déjà mis en jeu son activité. Cette activité, sans doute, avait pu languir et s'oublier quand elle ne faisait que répondre à des sollicitations multiples et changeantes. Mais, fuialement, il n'est aucun de ces phénomènes qui ne puisse, à un moment donné, faire sentir son influence sur la conscience, puis entrerdans des combinaisons que le principe de cette conscience ordonne et empreint de son unité. L'activité qui se sent plus ou moins confusément dans les fonctions des sens et celle qui, après avoir pris, en réfléchissant sur ellemême, une conscience nette de sa nature, se retrouve, se représente, s'imagine partout, n'émanent donc pas de deux principes séparés ou juxtaposés l'un à l'autre. il n'y a là qu'un seul et même principe, qui est l'âme : quand il arrive a se connaître, à s'aimer et à se vouloir, c'est-à-dire à vouloir son propre développement, nous l'appelons plus particulièrement esprit,

Si ce principe laisse trop souvent tomber son activité dans des régions obscures où elle se fragmente et tend à s'annihiler, souvent aussi elle cherche à s'éle-

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ver au-dessus d'elle-même, à régler ses aspiratious et son travail sur un idéal qui ne peut être réalisé que dans une tout autre nature. Quand l'àme s'élève jusque- là, elle est assurément au-dessus de cette région mixte et moyenne de l'imagination où tous les modes d'action de l'être humain ont leur rôle et leur emploi. Cependant, il est incontestable que l'esprit, dans cette conception d'un idéal, ne fait que dégager, développer et agrandir, jusqu'à l'iniini, ce qu'il a trouvé de meilleur en lui-môme. Le centre de tous les phénomènes humains est ainsi dans l'esprit et dans lu conscience. Se chercher, se connaître et se développer le plus possible, voilà donc la faculté par excellence, ou plutôt unique, de noire nature. L'imagination n'est pas une faculté spéciale, une puissance vraiment à part et singulière : nous groupons sous ce mot les formes cbangeanles, les phases nombreuses et graduées de cette lutte de tous les instants dans laquelle l'esprit, sollicité par les impressions de la nature, tantôt s'abandonne à elles, tantôt les ressaisit, les organise et s'efforce do faire rayonner, dans les ensembles harmonieux qu'il forme avec elles, sa divine et immortelle heauté.

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