‹ L'Imagination Etude PsychologiqueChapitre 8 sur 81 · CONFLIT DE L'ESPKIT ET DES IMAGES. H · texte numérisé non relu

CONFLIT DE L'ESPKIT ET DES IMAGES. H

quand il composait son œuvre. Voilà l'état du jeune peintre dont nous lisions plus haut la lettre éloquente : voilà le signe ou tout au moins la promesse du génie. Maintenant, chacun comprendra qu'entre ces deux états si opposés, celui dans lequel l'esprit est asservi par ses imaginations et celui dans lequel il les domine, il y ait un grand nombre d'états intermédiaires se rapprochant plus ou moins de l'un ou de l'autre de ces extrêmes. Quelques-uns de ces états sont permanents : d'autres sont transitoires. Parmi ces derniers, il en est qui viennent à intervalles irréguliers et n'apparaissent que chez peu d'individus, comme il en est qui se reproduisent à intervalles réguliers chez tous les hommes. On peut dire encore que beaucoup de ces états se manifestent d'euxmêmes, spontanément, et que quelques-uns sont artificiellement provoqués. Essayer de surprendre et de décrire les péripéties de cette espèce de conflit entre l'esprit et les images, montrer sous quelles conditions ce conflit doit aboutir à l'ordre ou au désordre, à la confusion ou à l'harmonie, c'est une tâche difficile, mais intéressante, et où nous espérons que l'attention bienveillante du lecteur voudra bien nous suivre jusqu'au bout.

Les images. — Des diiïérentcs formes de l'image. De la production des images.

Nous voudrions étudier d'abord l'action de l'image sur l'esprit, et l'étudier dans les états où cette action domine ou surpasse celle de l'esprit proprement dit. Mais ayant tout il nous faut savoir bien exactement ce qu'est l'image : revenons sur les explications sommaires que nous avons données tout à l'heure, et essayons de les préciser davantage.

On l'a vu, l'image est un phénomène psychologique qui reproduit, affaiblie, la sensation passée. Il y a huit jours, vous avez visité le Panthéon, vous l'avez regardé, vous Pavez vu de vos propres yeux : aujourd'hui, bien que vous vous en trouviez éloigné, vous le voyez encore en esprit, c'est-à-dire vous l'imaginez. Mais si l'image est une reviviscence de la sensation, y a-t-il autant de sortes d'images qu'il y a d'espèces de sensations?Les cinq sens extérieurs — la vue, l'ouïe, le toucher, le goût, l'odorat, et le sens interne par

U nMAMNATIOS.

lequel nous sentons l'élat de nos organes, sont-ils tous également capables d'imaginer ce qu'ils ont une fois senli? lis le sont tous, mais pas au même degré. Le mot image que noua employons ici dans un sens général se rapporte plus ordinairement à l'exercice du sens de la vue. Une image, en effet, c'est avant tout une réunion de formes et de contours que l'œil peut suivre en réalité ou mentalement. C'est donc le sens de la vue qui a fourni de quoi désigner l'ensemble de ces phénomènes dont nous commençons l'étude. Et cela n'est pas sans raison. Quand notre pensée se reporte vers un temps qui est écoulé, vers des lieux où nous ne sommes plus, de quoi est-elle immédiatement occupée? De quoi demeure-telle plus particulièrement remplie? Des images où elle retroute les lieux mêmes et leurs espaces visibles avec les choses et les personnes qui s'y trouvaient : si nous nous représentons les conversations et les discours de ces dernières, nous nous figurons encort de prefcruncc et avec un iLlief plus iccuae leurs physionomies, leurs attitudes, les gestes qui accomp ignaient leurs paroles. C'est que 1 exercice de la vue se mêle a 1 exercice de tous les autres sens et qu il est plus fréquent, ou, pour mieux dire, plus constant que celui de tous les autres. Notre goût ou notre odorat, par exemple, no sont éveillés qu'à intervalles Oses. Du matin au soir nos yeux sont ouverts. Il est rare que nous ne puissions voir les corps que nous goûtons ou que nous touchons, les personnes que noua entendons. De plus, nous savons des anatomistes que les organes du sens de la vue sont, dans l'homme tout au moins, capables de suf-

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