LA CONNAISSANCE ET L'IMAGE
un rôle très inégal, très divers, très changeant, et d'une importance indiscutable.
Mais si l'esprit ne peut penser sans le concours des images qu'il réunit et qu'il élabore, si par conséquent les images se retrouvent dans toutes les opérations de rintelligence, où s'arrêtera notre étude? N'est-ce pas l'entendement tout entier que nous sommes obligés d'explorer? Non : car la langue a réservé plus spécialement le nom d'imagination pour désigner ces phénomènes où l'image, jouant son rôle à elle, développe et fait sentir, par un certain nombre d'effets particuliers, l'action qui lui est propre. Dans les actes de la pensée proprement dite, les images n'ont qu'une importance toute secondaire : elles tendent sans cesse à s'affaiblir, leurs traits les plus saillants s'effacent aussitôt, leurs caractères les plus vivants s'ignorent ou s'oublient promptement. Non seulement l'esprit ne s'arrête sur aucune d'elles avec complaisance, mais il les évoque en un tel nombre et avec une telle rapidité, que son indifférence à l'égard de leurs origines sensibles et de leurs éléments figuratifs est évidente. Ce qu'il veut, c'est s'assurer des caractères les plus généraux des objets auxquels il pense et des rapports qui, unissant un nombre considérable de ces objets, lui permettent de les saisir dans un acte unique. Là donc, l'image n'est que la matière indispensable, mais la matière en quelque sorte vile et dédaignée, de nos connaissances. En revanche, il est dans notre vie intellectuelle des circonstances où nous nous plaisons à retenir, pendant un temps plus ou moins long, des images, et à les contempler telles
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que les sensations primitives nous les ont léguées, avec lours caractères particuliers et individuels. Dès lors, non seulement les images nous phiiscnl en tant qu'images, mais elles s'imposent à nous, elles réagissent sur nos sens, elles pèsent sur nos déterminations. L'esprit, même quand il les organise librement, selon ses préférences, ne cherche pas à les atténuer. Loin de làl II se flatte d'en aviver les couleurs, d'en varier et d'en prolonger les charmes, d'en goûter tout à son aise et d'en faire admirer les beautés. L'înteUigence pourtant n'est pas toujours maîtresse à ce point dus images. Une distinction capitale, bien connue d'ailleurs et pour ainsi dire classique, est tout d'abord à noter. Dans tel cas, les images dominent tellement l'esprit de l'homme, qu'il oublie, néglige ou méconnaît toute réalité; il ne croit pas ses sens mêmes; il s'abandonne tout entier aux apparences qui viennent l'assaillir; et ne les contrôlant plus, il les laisse se reproduire en lui comme au hasard, de telle sorte que sa conduite, inspirée par ces apparences confuses et incohérentes, devient aux yeux de tous les autres hommes inexplicable. Voilà l'état du fou, de celui, par exemple, qui, léchant la pierre d'un mur, croit déguster une pèche ou une orange. Dans un autre cas, l'esprit s'empare des images nombreuses, précises et fortement colorées qui l'obsèdent : il fait parmi elles un choix : celles qu'il conserve, il les combine d'aprèsun plan net et arrêté qu'il leur impose ; et l'ensemble, fixé par des moyens matériels (sons, lignes, couleurs), reproduit alors sa pensée personnelle, l'idée qu'il méditait, le sentiment qui l'animait,