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l'imagination esthétique 298
ténues, trop immatérielles. Il y a dans Tait idéaliste, plus exactement afl'eclif, un secret mépris pour la forme sensible qu'il emploie, et un curieux effort pour s'en alléger et la réduire. Ainsi en peinture « les préraphaélites ont essayé, par l'effacement des formes, des contours, des apparences, des ombres, de faire apparaître les choses comme de simples sources d'émotion, en un mot de peindre des émotions ^ )>.
« Il serait facile, dit M. Ribot, de montrer par l'histoire de la littérature et des beaux-arts que les formes vagues ont » toujours « obtenu la préférence^ » dans l'art afleclif. Mais un « seul exemple contemporain, complel, créé systématiquement », suffit pour l'établir : c'est le symbolisme qui pousse à l'extrême rigueur, tranchons le mot, à l'absurde, les tendances logiques de cet art.
Le symbolisme s'applique à ôter aux mots toute valeur représentative, toute signification objective ou réelle, et à ne leur laisser qu'une valeur affective, que (( la propriété d'émouvoir ». A cet effet, il détourne les mots de leur sens usuel, lequel est net et précis ; il les prend en un sens nouveau , contraire à la tradition , ou conforme à une tradition abolie ; ainsi il autorise, bien plus, il suscite et appelle l'interprétation libre, nous disons : le contresens, les symbolistes disent : le sens personnel, subjectif, mystérieux et profond. Plus exactement, les mots valent, non par le sens, mais par l'accent ; ils éveillent le sentiment dans l'âme, ils font vibrer par sympathie « les voix intérieures ».