I. Le Rire, p. i55. Paris, F. Alcan. 1900, in-iS
l'imagination et ta mémoire 59
Est-ce à dire que, pour prendre son vol, Timagination n'aurait qu'à s'abstraire de l'action ? Quelquesuns l'ont prétendu, et M. Bergson le répète avec insistance et avec force.
« Si le détachement de la vie, dit-il, était complet, si rame n'adhérait plus par l'action à aucune de ses perceptions, elle serait l'âme d'un artiste comme le monde n'en a point vu encore. Elle excellerait dans tous les arts à la fois, ou plutôt elle les fondrait tous en un seul. Elle apercevrait toutes choses dans leur pureté originelle, aussi bien les formes, les couleurs et les sons du monde matériel que les plus subtils mouvements de la vie intérieure ^ . »
Mais n'est-ce pas toujours là l'illusion de la colombe, qui, sentant la résistance de l'air, se persuade qu'elle volerait mieux dans le vide? L'auteur nous paraît se complaire dans l'idéal ou plutôt la fiction d'une psychologie élyséenne. Il part d'une conception aristocratique et mystique de l'imagination. Il suit jusqu'au bout l'antithèse trompeuse de l'art et de l'action, de l'imagination et de la perception : l'action est une déchéance ; la vie, c'est le paradis perdu ; l'art, c'est le paradis retrouvé. La perception est adaptée à l'action, utilitaire, et partant étroite ; l'imagination plane au-dessus de la réalité ; rien ne retient son vol, n'arrête son essor. Guyau a combattu cette opposition absolue de l'art et de la vie ; ses arguments peuvent être en partie discutables, sa thèse au fond est juste. En tout cas, il ne nous est pas permis d'enfermer l'imagination dans Fart, a Dans la viepra-