I. V. Pitres et Régis. Ouv. cité. Les Impulsions, ch. ii
102 l'imagin\tio>'
sant par quels degrés, et suivant quelles lois, la transformation de rimage-mouvernent en simj)le image.
Tout d'abord l'image ne cesse pas de susciter des actes, mais ces actes se transforment, se détournent de leur but ou deviennent sans but, se dissipent en gestes et en paroles.
]^]tudions le passage de l'acte au geste. J.c geste marque la transition entre l'acte et le langage ; il est l'acte qui finit et le langage qui commence. Il est ime réduction d'acte ; ainsi le geste de la colère est l'acte de frapper indiqué, ébauché, non exécuté (Bell). Mais l'acte, ainsi réduit, semble n'avoir plus de raison d'être, ne répondre plus à une fin. Pourquoi donc continue-t-il néanmoins de se produire? Par reflet de l'habitude, répond Daravin ; il n'y aurait là qu'un phénomène de survivance. En fait, le geste est autre chose qu'un acte désaflccté, à savoir un acte désorienté ou plutôt dévié, s'éloignant plus ou moins de sa destination première, mais n'étant jamais sans destination aucune. D'ailleurs, quand matériellement il cesse d'être un acte, moralement, ou d'intention, il continue d'en être un. Ainsi l'homme irrité veut bien limiter, mais non pas ne faire aucunement sentir les ell'ets de sa colère ; il la crie ou la jette au visage d'un geste indigné ; c'est sa façon de la satisfaire ou de la réaliser. A ses yeux, le geste ou la parole est à quelque degré un acte, et, d'une manière générale, l'expression est, en eiîel, subjectivement, le succédané, et objectivement, le dérivatif de l'action réelle.
Comme elle tend à se réaliser en mouvement.
l'imagination et l activité motrice to3
rimage tend à se traduire en paroles. Ces deux tendances, à vrai dire, se confondent ; ou, si Ton veut qu^elles soient distinctes, elles s'équivalent et se remplacent.
Parler, c'est avant tout et d'abord se décharger, si j'ose dire, du poids de sa pensée ; ce n'est qu'accessoirement et ensuite communiquer sa pensée aux autres. Aussi le besoin de parler est-il primitivement celui de tout dire; l'indiscrétion est naturelle. La légende du roi Midas pouvant cacher ses oreilles d'àne, non s'en taire, est l'expression pitorresque et vivante de cette loi psychologique. On ne peut tenir sa langue ; pour le plaisir de parler, on se compromet, on se trahit. Quand les criminels se dénoncent eux-mêmes, ce n'est pas nécessairement, comme on pourrait le croire, par repentir et soif d'expiation, ce peut être simplement par incapacité de retenir l'aveu qui leur monte aux lèvres. Ainsi dans le roman de Dostoïewsky ^, l'assassin Raskolnikoff vient confesser d'abord son crime, non à la justice, mais à la prostituée Sonia. Or l'idée de cette confession l'épouvante ; il voudrait la chasser de son esprit; elle lui fait physiquement horreur, et elle n'est moralement, à ses yeux, qu'une faiblesse honteuse. (( Il s'arrête indécis devant la porte, se demandant : Faut-il dire qui a tué Elisabeth ? » Mais cette « question était étrange, car, au moment où il la faisait, il sentait l'impossibilité, non seulement de ne pas faire cet aveu, mais même de le dilTérer d'une minute. Il ne savait pas encore pourquoi cela était