‹ L'ImaginationChapitre 47 sur 110 · I. tliuoT. Ouv. cité, p · texte numérisé non relu

I. tliuoT. Ouv. cité, p

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toujours réapparaître, étant latents, non éteints. L'image est donc toujours, dans son principe ou dans sa nature, semblable à elle-même, elle se meut entre deux limites : Faction impulsive et l'idée pure, ou plutôt elle oscille de l'une à l'autre. La représentation pure ne doit même pas être conçue comme le terme fatal, l'aboutissant dernier du développement de l'image ; elle n'est qu'une phase de ce développement. Une image peut être tenue en échec par d'autres images, autrement dit être enrayée dans son élan vers l'action ou la croyance, elle peut même "disparaître, étant reconnue fausse ou illusoire ; mais tant qu'elle se maintient devant l'esprit, elle se maintient comme une action et une foi implicites, action et foi qui se retrouvent dans les circonstances favorables. C'est le système entier de nos croyances et de nos actes, c'est-à-dire en somme la masse organisée de nos images qui, pesant sur une image donnée, l'écrase, l'annihile, la réduit à un état d'engourdissement et de mort apparente ; mais que ce système, lui-même instable, fasse place à un autre système, à une combinaison psychologique nouvelle, et toutes les images, étant mises en liberté, recouvreront les propriétés actives qu'elles semblaient avoir perdues. Il ne se produit donc pas de transformation radicale et complète dans la nature des images, mais les lois de la mécanique mentale commandent le développement des images et mesurent à chacune sa puissance et ses moyens d'action. Or comme, parmi les images, il y a, si on peut dire, plus d'appelées que d'élues, ce sont naturellement les images les plus nombreuses, les images arrêtées dans leur développement qui ont

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paru les plus importantes, les images par excellence ou proprement dites. C'est pourtant là une pure apparence ou illusion que la psychologie dissipe. Il faut remonter à Torigine de la vie mentale pour retrouver toutes les propriétés des images : leur tendance à se réaliser sous forme d'actes, à s'objectiver sous forme de croyances, à s'épanouir sous forme de représentations. Si une de ces propriétés paraît se manifester seule, un examen attentif montre qu'en réalité elle implique à quelque degré les deux autres. Si une de ces propriétés paraît prépondérante, on observe qu'elle ne détruit pas, mais absorbe à son profit les deux autres, les forces vives des images pouvant se transformer en forces latentes, l'équilibre psychique étant ainsi toujours maintenu.

L'imagination fixée, survivant aux actes qu'elle inspire et aux habitudes qu'elle forme. — Le parti pris imaginatif.

L'imagination mobile, dépassant le présent, anticipant l'avenir. — Principe de l'instabilité iniaginative : l'ignorance ou mépris des faits, la méconnaissance des lois de la réalité. — Sa loi : le rythme émotif, alternative d'exaltation et de dépression, d'enthousiasme et de dédain. — Exemples : le caractère fantasque. Rousseau, Musset, etc.

Phase d'exaltation du sentiment : l'imagination constructive, lïf cristallisation (Stendhal). — Phase de dépression: l'imagination destructive. — Fait typique : l'engouement. — Procédés secondaires de l'imagination emphatique et dénigrante : l'agrandissement et le rapetissement.

Toute imagination décrit la courbe qui rejoint l'enthousiasme au dégoût. — Conclusion pratique : la tolérance se fonde sur la connaissance de la mobilité inhérente au tempérament imaginatif.

Selon ce qui a été dit au chapitre précédent, on peut distinguer trois degrés ou trois formes d'imagination : l'imagination qui engendre les actes, et dont la formule poétique est la foi soulevant les montagnes, — l'imagination qui n'engendre plus que des croyances, ou la foi sans les œuvres, — l'imagination qui n'implique ni la croyance ni l'action, ou imagination pure. La première est celle de riiomme d'action, la

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seconde, celle du croyant, la troisième celle du contemplatif, de l'artiste et du savant. îl n'y a pas de relation constante et nécessaire entre la croyance et l'action : on a opposé souvent la foi et les œuvres. 11 n'y en a pas davantage entre la force des convictions et la Fietteté des représentations, témoin rem[)iredes préjugés. On est donc tenté de dissocier l'imagination et de considérer comme des états distincts les phases successives de son développement. C'est là une erreur, d'ailleurs en quelque sorte naturelle, et qu'on pourrait définir une interprétation simpliste de la réalité des faits.

Après qu'on a évité cette erreur, il reste encore à choisir entre deux conceptions qui s'excluent : celle de l'imagination toute formée, et de l'imagination on voie de formation. Car, de même que la volonté cesse d'être, la décision prise et l'acte accompli, l'imagination se retire, ses représentations étant fixées. On ne peut donc la concevoir qu'en mouvement et* en marche, autrement dit à l'œuvre ; dans ses œuvres, elle n'apparaît plus, ou n'apparaît que raidie, pétrifiée, et comme morte. Ce n'est pas qu'à vrai dire l'imagination cesse d'être, par une sorte d'épuisement, du seul fait d'avoir été. De même que la volonté n'est pas véritahlement absente des décisions qu'elle a prises, tant ([u'elle continue de s'y tenir, l'imagination ne peu! être dite détachée de ses représentations tant qu'elle ne les a pas rejetées ou remplacées par d'autres. Dequclle manière faut il tlonceiitendre qu'elle s'alTaihlit ets'éteint? C'est ce qu'on va montrer par des exemples.

En premier lieu, l'imagination se retire d'actes qu'elle a d'abord inspirés, et cesse d'en être le principe. Ainsi la majeure partie peut-être de nos actes, et

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j'entends de ceux qui intéressent notre moralité, s'exécutent en dehors de toute idée, de tout sentiment, par l'impulsion d'un motifadopté jadis, mais qui n'apparaît plus, et qui, s'il apparaissait, peut-être ne serait plus approuvé. Notre ligne de conduite est tracée par des habitudes devenues rituelles, sacrées. L'ordre de nos distractions, de nos plaisirs, et aussi de nos devoirs, est commandé par des motifs inconscients, des représentations éteintes.

En dehors des actes, qui survivent ainsi aux croyances dont elles sont issues, nous avons encore les croyances qui subsistent d'elles-mêmes, sans point de contact avec leurs objets. A-ton pris par exemple le parti d'aimer une personne pour telle qualité reconnue ou supposée en elle? on la dispense désormais de tout mérite, on l'accepte telle qu'elle est, on ne la discute plus, on ne la juge plus, on ne se la représente même plus. On la voit à travers Timage autrefois formée. Bien plus, cette image, à lafm, n'est plus remémorée ; elle se ternit, s'efface ; elle continue d'agir comme principe de foi et d'amour, quand elle a cessé d'être, quand elle ne représente plus rien. Tel est souvent le secret des amours constantes et fidèles.

11 est permis de refuser le nom d'imagination à la représentation ainsi fixée dans les croyances et les actes, qui ne se renouvelle plus, ne vit plus et n'est plus consciente. L'imagination serait alors proprement Fesprit en travail, la pensée agissante, par là même aussi, flottante, qui cherche sa voie, et, l'ayant trouvée, ne s'arrête point, mais la poursuit, l'achève et en cherche une autre.

Quels sont les caractères de l'imagination ainsi

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conçue 1^ Tout d'abord elle ne s'installe pas d'emblée et à demeure dans la réalité, elle ne se borne pas à l'enregistrer, à en prendre possession^ mais elle la construit ou reconstruit librement, travaille à la refondre. Elle est, « dans l'ordre intellectuel, l'équivalent do la volonté dans l'ordre das mouvements », elle a « un caractère téléologique )>, n'agit « qu'en vue d'un but » et s'oppose par là à « la connaissance qui, elle, se borne à constater » (Ribot). Sans doute elle n'est pas condamnée à se développer dans le monde de la chimère et du rêve; le vieux mol de fantaisie, par lequel on la désigne, n'est pas nécessairement synonyme de caprice ; elle n'est aucunement incompatible avec le bon sens ; elle a même son entrée dans la réalité, étant créatrice d'actes. Mais elle n'est pas enchaînée à la réalité ; elle s'en échappe et s'en dégage à toute heure. Elle est en deçà ou au delà ; elle plane au-dessus ou reste à côté. Ainsi elle ne s'enferme pas dans le présent, le seul temps qui soit réel. Au contraire, on dirait qu'elle y étoulTe ; elle se transporte plus volontiers dans le passé et dans l'avenir. « Nous errons, dit Pascal, dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient... Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent, et si nous y pensons, ce n'est que pour en prendre la lumière pour disposer de Tavenir. Le présent n'est jamais notre lin ; le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre tin '. »

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