I. Imagination créatrice, p
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esse; l'esprit pratique, ou, d'un mot, Fimagination. au point de vue du devenir et du désir, fieri ; autrenrient dit, il considère les choses, non en tant que telles ou telles, mais en tant que pouvant entrer dans telles ou telles combinaisons et servir à tels ou tels desseins. L'esprit spéculatif tient compte de tous les faits et n'établit entre eux d'autre distinction que celle qui se tire de leur importance réelle; 1 imagination choisit librement entre les faits et juge de chacun d'eux selon notre convenance ou nos caprices. L'esprit spéculatif est désintéressé, impersonnel, mécanisteetfata listedans sa conception des choses; l'imagination est une vision des choses anlhropomorphiquc et anthropocentrique ; elle est la réalité, non fidèlement et objectivement reflétée, mais réfractée à travers un tempérament, c'est-à-dire à travers des besoins, des préjugés et des passions.
La volonté étant plus primitive, plus radicale et plus foncière en nous que Tintelligence, l'imagination est de même plus tôt et plus profondément développée que la connaissance proprement dite. Autrement dit, notre connaissance est naturellement et essentiellement imaginative ou subjective, et devient fort tard, et toujours im[)arfaitemont, spéculative ou objective. On peut dire encore que nos sens nous donnent une connaissance des choses seulement relative à nos besoins ', et que l'imagination, allant
I. Cf. Locke: « Nos facultés n'étant pas proportionnées à toute l'étendue des êtres, ni à aucune connaissance des choses claire, parfaite, absolue et déga^^ée de tout doute et de toute incertitude, mais à la conservation de nos personnes, on qui elles se trouvent telles (jucllcs doivent être pour l'usage do cotte
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plus loin encore dans cette direction utilitaire, arrange les choses selon nos désirs, ne retient des données des sens que ce qui a trait à nos préoccupations et à nos desseins, et souvent tire à soi ces données, ainsi simplifiées, dans le sens de nos espérances ou de nos craintes. Nous partons tous de la perception erronée, fantaisiste, laquelle nous est comme naturelle. La perception, je ne dis pas nette et précise, mais simplement juste, est une acquisition tardive de notre esprit, un produit lent et précaire de l'éducation scientifique. L'imagination s'éveille en même temps que les sens et la mémoire, et, au lieu de les suivre, elle les dirige et les entraîne ; au lieu de s'y conformer, elle les déforme. Dès l'origine, elle est ainsi la plus active, la plus forte de nos tendances intellectuelles, elle est notre faculté prépondérante.
Cette faculté se distingue entre toutes nos facultés représentatives. Le mode de penser Imaginatif, tel qu'il apparaît chez l'homme primitif, l'enfant, le poète, et qu'on oppose à la pensée abstraite du savant, est la représentation des choses à l'usage et à l'image de l'homme, l'assimilation du cours des phénomènes naturels au jeu des volontés humaines, ou mieux l'assimilation, au sens physiologique du terme, l'absorption de la nature par l'esprit de l'homme, la sélection opérée entre les choses selon nos convenances, nos besoins, nos préoccupations et nos passions, l'attention exclusive donnée en chacune
vie, elles nous servent assez bien clans cette vue, en nous donnant seulement à connaître d'une manière certaine les choses qui sont convenables ou contraires à notre nature » ÇEssai sur l'Entendement humain, liv. II, ch. xi, § 8).
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d'elles à ce qui intéresse notre vie physique et morale, ou à ce qui nous présente seulement Timage de notre nature, de nos sentiments, et nous paraît, à ce titre, un objet digne de notre sympathie. L'imagination est, en un mot, la représentation des choses en fonction de notre personnalité.
De là vient son orientation générale, son unité de direction. En tant qu'il imagine, notre esprit, au lieu de recevoir l'empreinte des choses, s'empreint dans les choses. Il a pour objet l'idéal, c'est-à-dire la réalité, non telle qu'elle est, mais telle que nous voulons ou désirons qu'elle soit. Il ne connaît qu'une loi, celle de notre tempérament, mais il obéit nécessairement à cette loi. Ainsi le peintre voit nécessairement la campagne d'un autre œil et d'un autre esprit que l'agronome, l'agronome que le géologue, etc. Bien plus, deux peintres, qui ont des tempéraments différents, auront des interprétations de la nature nécessairement différentes. C'est une vérité banale, mais importante, que Tôppfeu développe ingénieusement ainsi :
(( J'appelle sous vm chêne, dit-il, vingt-cinq artistes, aussi dilîérents que possible, et leur montrant mon âne qui paît dans la prairie, je les prie de peindre la prairie et mon àne. Faites, leur dis-je, c'est poui voir. Ils se mettent à l'œuvre et j'obtiens ainsi vingt cinq copies d'un même modèle. Chose singulière 1 Pas deux ne sont identiques, toutes diffèrent.
« Toutes diffèrent et cojiendant le modèle e>l unique! Bien plus, toutes sont également booiies. agréables, belles même, mais toutes par des côtés différents.
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« Mais voici la contre-épreuve. Je congédie vingtquatre de mes peintres, et montant sur mon âne, j'y prends en croupe le vingt-cinquième restant. Quittant alors la prairie, nous allons choisir un autre site : c'est un escarpement à demi rocheux, à demi boisé, puis un autre : c'est un bouquet de hêtres recouvrant de rustiques cabanes ; puis un autre : c'est un vaste lointain où les collines succèdent aux collines, les bois aux prés ; ci et là les nuages projettent sur la contrée de mouvantes ombres. A chacun de ces sites mon peintre s'est mis à l'œuvre. Ce sont ici quatre modèles différents et un même copiste. Chose singulière ! Les copies se ressemblent par une foule de traits ! Toutes sont également bonnes, agréables, belles même, mais toutes par les mêmes côtés. Mon homme n'a donc pas fidèlement copié, ou bien, évidemment, de quatre modèles différents seraient issues quatre copies aussi diff'érentes que les modèles.
« L'unité des modèles n'implique donc pas l'unité des copies, et la diversité des modèles n'implique pas la diversité des copies. »
Autrement dit, le peintre croit voir la nature, et il l'imagine ; il croit la copier, et il l'interprète, et son image, son interprétation portent la marque de son esprit, de son tempérament ; il croit représenter les choses et il se représente lui-même. Et ce qui est vrai du peintre est vrai du géologue, de l'agronome, du simple promeneur ; chacun a une vision artificielle, personnelle et pourtant exacte et réelle des choses. Tant notre perception est l'œuvre de l'imagination, et tant celle-ci reflète le caractère, les préoccupations et les passions I
L'imagination n'est pas seulement sous la dépendance générale du tempérament ou de la volonté ; elle subit encore toutes les fluctuations, trav^erse toutes les phases, revêt toutes les formes et comporte tous les degrés de la volonté.
/Vinsi la volonté a peine à se former ; elle ne possède pas d'emblée ses moyens d'action, son assurance ; après qu'elle a réussi à se constituer, elle a peine à se maintenir, elle subit des échecs, elle a des découragements, des défaillances ; elle est perpétuellement en lutte contre les choses et contre elle-même. Elle passe par des crises ; elle s'abandonne et se trahit, puis se reprend ; elle évolue et se transforme, elle se fortifie ou se dissout ; elle n''est pas, elle devient.
L'imagination de même « ne surgit pas tout armée; elle traverse une période d'essai )) (Ribot). Au début, elle assemble ses matériaux, se documente; elle ne sait pas s'inspirer de la réalité ; elle la copie servilement ou la trahit grossièrement. Souvent elle avorte, soit qu'elle manque de matériaux ou ne sache pas tirer parti de ceux qu'elle a, et aboutisse à des créations étriquées, informes, pauvres et banales, soit qu'elle manque d'élan, d'ardeur, de foi en elle-même et ne sache pas faire vivre ses créations. ^I. Rihot caractérise ainsi l'analogie « entre la forme avortée de l'imagination créatrice (plus exactement entre la seconde des deux formes avortées de limagination que nous avons reconnues) et les impuissances de la volonté :
« Sous sa forme normale et complète, la volonté aboutit à un acte, mais chez les indécis et les abou liques, la délibération u»' linil jamais ou la résolution
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reste inerte, incapable de se réaliser, de s'afFirmer pratiquement. L'imagination créatrice, elle aussi, sous sa forme complète, tend à s'extérioriser, à s'aflirmer en une œuvre qui existe, non seulement pour le créateur, mais pour tout le monde. Au contraire chez les purs rêveurs, l'imagination reste intérieure, vaguement ébauchée ; elle ne prend pas corps en une invention esthétique ou pratique. La rêverie est l'équivalent des velléités ; les rêveurs sont les abouliques de l'imagination créatrice ^ »
La volition, ou manifestation passagère de la volonté, peut être prise pour une réduction de la volonté, considérée à l'état chronique, ou du caractère. Si on la considère, non toute formée, mais en voie de formation, elle est une idée en marche, qui se fait sa place, et se met à son rang dans le système complexe de sentiments et d'idées qui constitue notre moi. Cette idée est elle-même un système particulier, un centre d'attractions et de répulsions, elle a son cortège d'idées et de sentiments et est tenue en échec par d'autres idées et d'autres sentiments ; elle est perpétuellement en voie de transformations et d'adaptations, d'échecs et de succès partiels, jusqu'à ce qu'elle aboutisse à un succès ou à l'échec définitif et complet, à l'œuvre accomplie ou manquée. La genèse de la volition nous offre donc le type parfait de l'évolution de l'image. La genèse du caractère nous offrirait de même celui de l'évolution de l'imagination.
Dès lors nous n'aurons qu'à analyser la volonté