‹ L'ImaginationChapitre 91 sur 110 · I. Ouv. cité, p · texte numérisé non relu

I. Ouv. cité, p

IMAGI^ATIO^ SCIENTIFIQUE 205

nerveux) et favorisant le retour de ces esprits (Des CARTES, MALEBRAiNCnE) — commc la propriété qu'aurait le cerveau de garder les sensations à la façon dont le phosphore garde les impressions lumineuses (Lu\s) — comme un enregistrement des sensations dans le cerveau, analogue à celui des vibrations sonores sur la plaque phonographique (Delboeuf, Guyau) — comme un phénomène d'aimantation (Sollier), etc. Les théories sociologiques ne sont souvent de même que des métaphores développées (exemple : la sociétéorganisme). La biologie, par ses hypothèses sans cesse renouvelées, jamais définitives, sur les éléments nerveux, leur forme, leur structure, leur arrangement, leur mécanisme, par d'autres encore, comme la phagocytose, apporte sa contribution à ce qu'on a appelé (( la mythologie scientifique ». Mais c'est dans la métaphysique, quoiqu'elle s'en défende, que triompherait cette forme d imagination. Là l'hypothèse s'impose par l'impossibilité de savoir ; elle se développe librement, étant sans contnMe, invérifiable ; elle se soutient d'elle-même, mole sua stat, se défend par sa beauté constructive et expressive, par sa largeur, sa fécondité apparente (elle parait expliquer ce qu'elle embrasse), son art logique. Elle est une conception de l'ensemble des choses, d'ailleurs légitime, en tant qu'elle se donne pour telle, illusoire et trompeuse seulement quand elle s'érige en dogme, et prétend atteindre Totre même des choses, la réalité absolue. Donc l'esprit scientifique fait à l'imagination sa part ; il lui reconnaît le droit de former des hypothèses, même fictives, il lui retire seulement celui de prendre ces hypothèses pour la réalité ; il laisse le

champ libre à la conception, et se contente de resserrer en de justes limites le champ de l'afFirmation. Malheureusement l'esprit franchit bientôt, par une ^ pente naturelle, la ligne de séparation qu'on établit, au nom de la logique, entre la conception et le jugement. On commence par déclarer qu'on présente une simple vue des choses, on finit par croire, on se laisse aller à dire qu'on a trouvé l'expression de la réalité même. On se persuade insensiblement que les choses sont telles que l'imagination les présente, et que le monde s'organise sur le plan des constructions de l'esprit. Une conception ingénieuse et brillante est prise pour une explication, une comparaison suivie, pour une preuve véritable et solide. La fiction, chassée de la science, y rentre ainsi par surprise. Les métaphysiciens ne sont pas les seuls qui vivent dans, l'enchantement de leurs rêves in vérifiés. La science a aussi ses illuminés, ses croyants, divisés en Ecoles, autant dire en Eglises ou en sectes. En veut-on une preuve? « Prenons l'hypothèse de l'évolution. Il n'est pas besoin de rappeler sa haute portée philosophique et l'immense influence qu'elle exerce sur presque toutes les formes de la connaissance humaine. Néanmoins elle reste encore une hypothèse. Mais, pour beaucoup, elle est un dogme indiscutable et intangible, élevé bien au-dessus de toute controverse, lis l'acceptent avec la ferveur intransigeante des croyants : nouvelle preuve de la connexion essentielle entre l'imagination et la croyance; elles croissent et décroissent pari passu\ »

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