‹ L'imagination: poëmeChapitre 12 sur 14 · PAGE 207, TERS · texte numérisé non relu

PAGE 207, TERS

Sur leâ bords où vos mers reçoivent sur leur seîii

D'heureux navigateurs un innombrable essaim ,

O Maldives ! combien j'aime la noble fête

Qu'aux vents , maîtres des mers ^ tous les ans on apprêtée !

Les insulaires des Mâldiyes offrent des sacrifices à un cer-f tain génie ou roi des vents« Voici en quoi ils Consistent* On fait construire exprès de petites barques qu'on remplit de parfums , de gomme , de fleurs et de bois odoriiérans* On met le feu à ces barques ^ qu'on abandonne ensuite au gré des eaux et des venta. Un nuage de fumée s'élève jusqu'au ciel, et porte une agréable odeur au génie des airs , qui , selon les idées de ces peuples , se trouve très flatté d'un pareil sacrifice. D'autres honorent le roi des vents à moins de frais j il se contentent de jeter dans la mer un certain nombre de coqs et de poules ; mais tous ont un si grand respect pour lui , qu'ils ne manquent jamais , avant de s'embaii^uer, de lui faire des vœux , fidèlement acquittés lorsqu'ils rentrent dans le port ^qu'ils ne se permettent pas même de cracher ou de lancer quelque chose contre le vent, et qu'en mer ils craignent de regarder deiTière eux ver« le point d'où le vent souffle.

Tous les voyageurs ont vu cette fête que Delille a si bien décrite, et ils se sont crus transportés au milieu de l'ancien Archipel de la Grèce. •

9) i^icB ao8i TBAs ao.

Et tout est Dieu pour Tbomme, excepté Dieu loi-memei

DU CHANT VIII. iSy

Bossuet a exprimé la même pensée de la même manière ^ dans son Disœurs sur F Histoire ùni\>erselle.

*0> PAGB 211 , VERS 2.

Rois , princes , potentats , dooiinateurs du monde ,

Atteible2 que du jour l'astre majestueux \

Sèche de ses rayons purs et respectueux

Le rebut adoré des festins qu'il consomme,

Qui trahit dans un dieu les y ils besoins de Thommé;

Voilà vos ornements , vos colliers , vos bijoux ,

Et Fexcrément divin vous enorgueillit tous.

Voltaire , eil traçant d^'un cr^ybn cynique les écarts honteux et les pratiques ridicules de la superstition hunlaiue ^^ avait dit avec moins de pudeur que Delille :

Plus loin du grand Lan;a les reliques musquées Passent de son derrière au cou des plus grands rois.

Ce culte bizarre est établi dans une grande partie dé TAsie, si Ton en croit les témoignages des voyageurs. Les vers par lesquels Delille peint cette dégradation de l'eàpècë humaine , forent très applaudis à TAcadémie française , dans une séance publique où il les récita. On admira surtout la pompe poétique et la magnificence des expressions par lesquels il avait su déguiser tout ce qu'il a de bas et de dégoûtant dans l'objet qu'il se proposait de peindre. La poésie jfrànçaise , essentiellement chaste et modeste , se refuse à tous les détails ignol>^les , que les autres langues admettent plus aisément dans les sujets relevés. Après Racine et Boileau , Delille est un de nos poètes qui ont su le mîeuic peindre en vers des détails de ce genre , en les relevant poui:; alusi dire par la noblesse de l'expression.

'ï PAGE ai3, VERS 4.

Déjà FAmbition acquittant ses promesses , . Sur Fatttel mercenaire entasse ses largesses.

PHilippe de Mmëdoine , Tun des souverains les plus adroits et les plus ambitieux de rantiquitë , avait coutume de tiret ^and parti des oracles en les disposant en sa faveur ; et cette 'Supercherie ëtait tellement connue dans toute la Grèce , que lorsquUb s'exprimaient d'une manière favorable à P]jilippe^ on avait coutume de dire la sibylle Philippise*

") PlOE λl5, VBH» II,

Mais lés grands, dans le fond d^un sanctuaire obscur^ Conservaient du vrai dieu lé culte toujours gur y Et de yaines erreurs ils amiisaient la foule.

C'est une opinion accréditée parmi les savants qui ont tenté de débrouiller le chaos des fables égyptiennes , que les prêtres et les grands avaient une religion plus épurée , et que Ti jée simple et sublime d'un Dieu unique et créateur était conservée dans le fond du sanctuaire où Ton n'admet-» tait que les initiés. Il est difficile cependant de savoir avec quelque certitude quels étaient les dogmes de morale et de religion enseignés dans les mystères de Thèbes , <Jui donnèrent lieu sans doute aux mystères d'Eleusis. L'auteur df ce poëme dit avec raison :

Tandis qu^un peuple saint portait dans le saint lieu L^ loi de FEternel et l'auteur du vrai Dieu | Desjdieux menteurs du Nil , de leurs briUants génies ^ La Grèce dans son sein reçut les colonies.

Il est vraisemblable qu elle en reçut aussi cette doctrine secrète , conservée successivement dans les temples d'Isis el de Cérès , et que les initiés de la Grèce eurent pour m(H dèles et pour /maîtres ceux de Tancienne Egypte, Tout ce qui a percé des cérémonies pratiquées dans les mystères d'Eleusis^ indique qu'il ne s y passait que des chofes sim'

Dt> CHANT VIIÎ. 2t5^'

pks , légitimes et honnêtes , telles que llisage die certaines;' ^lières , des parfums et des fumigations. Mais rien ne prouve, que Tidëe de' la divinité n'y fut point altérée par des croyances populaires j^ il parait , au contraire , qu on y offraitsur les autels , de la myrrhe à Jupiter , du safran à Apollon , de l'encens au soleil , des aromates à la lune , et des semences de toutes les espèces , excepté d^s fôves , à Gyhèle qui re •$sentait la terre , et qui , parmi ses diflFérents noms , cor'^J^^^t ceux de Tellus^ et de Vesta. Ainsi le polythéisme était admis par les initiés de la Grèce, qui rendaiisnt même un culte religieux à des hommes mort^. (i Puisque vous êtes initié , ». jdit Cicéron , vous savez que ceux d'entre les dieux à qui » on doime le premier rang , ont vécu sur la terre a^ant dey^ monter au ciej. a Au reste , il est possible que le" ^ litiations égyptiennes , en passa^^ dans la Grèce , aîf ^ ^^ussi * changé de nature , et qu'elles se soient rapprochées de la mythologie de ce peuple iïigénieux. Il ne résulte pas néces-\ saireraient des erreurs ou des fraudes pieuses d'Eleusis ,. qu'un culte plus pur et plus raisonnable ne fût pas offert au- Virai Dieu dans les, temples d'Egypte , et l'on ne peut fairetiu reproche à Delille d'avoir adopté cette opinioi} hono-v rable pour la sagesse et la philosophie d'un peuple à qui, les nations les plus célèbres de l'antiquité durent les sciences^ les arts et la civilisation •

Lorsque de mille états la folle idolâtrie Dégradait Isl raison sans servir la patrie ^ ■ Xifi sénat s'emparant des superstitions , . / "^

Employa sagement leui's folles visions.'

A. mesure que Kppie étendait ses cônqueteA e% r^çuUit^

les limites de sa domîoation , la politique du sëuat associait, ppur ainsi dire , les dieux des vaincus aux destinées des ■vainqueurs. Tous les cultes étaient reçus dans une ville qui devenait la métropole du monde ^ les temples se multipliaient avec les victoires , et dés que les Romains furent aiiaîtres dp Tunivers , ils eurent la sagesse de bâtir le Panth; ^1. Us avaient reconnu que Tinfluebce des opinions rer l'îv- *^. ^^ offrait les moyens les plus sûrs de gouverner les hommes j ils affectèrent de n'en rejeter aucune. Les empereurs suivirent , à cet égard -, les maxinies de la république. 'Aurélien , vainqueur de Zéi^bie , et conquérant de Palinyre , rapporta de Balbeck le culte du- soleil , et lui fit élever un mple superbe sur le mont Quirinal ; il voulut luiïnémedé' être le pontife j et , pour cacher aux peuples de rOri^cont'obscurité de sa naissance, il permit k ses flatteurs '4e publier qu'il était fils du dieu du jour. Il y avait peutêtre moins d'orgueil que de politique dans cette &ble qui Xious parait si ridicule. L'établissement du christianisme , dont l'esprit ne pouvait s'accorder avec tant de vaines superstitions , amena la première époque d'intolérance religieuse qu'on trouve dans les annales du peuple romain.

*4) ÇAGB 220 , V«R8 20. "

^ Q Paies, disait-il, reçois mes sacrifices,

Protège mes brebis , protège mes génisses ! etc.

Il est aisé de reconnaître dans cette prière une imitation ^ celle qui se trouve dans le quatrième livre des Fastes d'Ovide. Delillena conservé que lès principaux traits du poète latin , et par cela seul il est supérieur à son modèle , ^ui a gâté ce beau morceau par une excessive prolixité.

«5) PAGE 221, yERS a3.

Pirair'ic quelle heureuse et sage politique Joiguit à tous les dieux de Tempire italique Un dieu bien plus obscur et plus puissant «ncor ? Le dieu Terme est son nom.

Les fictions que les Romains ajoutèrent aux fables de Ja Grèce ont , en général , moins de grâce et d'intérêt. « Toute 3^ cette poussière latine , a dit Rivarol , disparaît devant la » cendre poétique d'Ilîon. » Il y «l cependant une allégorid que Rome n'a point reçue de la Grèce , et qui méritait d'être rappelée ici comme une grande leçon de sagesse et de politique. Cest celle du dieu Terme. — Quand Tarquin-le- Superbe voulut élever sur le Capitole le temple que Vun de ses prédécesseurs , Tarquin l'Ancien , avait voué à Jupiter , il fiallut pour le construire déplacer beaucoup de statues et de chapelles. On les éloigna de ce lieu sans éprouver aucune résistance 5 mais le dieu Terme , plus solidement établi par Numa , brava tous les efforts 3 il fallut le laisser au milieu du nouveau temple. Les pontife^ publièrent que tous les dieux avaient "respectueusement cédé leur place à Jupiter 5 mais que Jupiter lui-même, par respect pour le droit de propriété , avait consacré dans son temple la place du dieu Terme. Le dieu Terme fut d^abord représenté sous la figure d'une grosse pierre carrée ou d'une souche. Dans la suite , on lui donna une tête humaine , placée sur une tête pyramidale 5 mais il était toujours sans bras et sans pieds , afin , dit-on , qu'il ne pût changer de place. Les limites des champs étaient regardées comme tellement sacrées , que ceux qui avaient l'audace de les changer , étaient dévoués aux furies , et qu'il était permis de les tuer. — Il n'y a pas ,

26a îiOTES

je le répète , d'allëgorîe plus ingénieuse et plus juste daRSi

toute la mythologie des Grecs , qui d'ailleurs honoraient un

dieu proleclcur des limites , sous le nom de Jupiter-Horius..

Au reste , le culte du dieu Terme ëtait simple et pur , comme

la justice aux premiers âges du monde. On lui offrait du lait ,

ctes fruits et quelques gâteaux. Les possesseurs des terres

^ui se touchaient , se rendaient près de la borne qui séparais

Içurs champs ) ils Tornaient d'une^uirlande de fleurs , et la

ff ottaient d^huile dans le dessein dç la conserver plus long-.

tçmps. On immolait des agneaux qui servaient ensuite au

repas des familles réunies , et la concorde était toujours in-.

\Qquée p^r les assistants.

' " . . '^) PAGE aa6, VERS aa.

Que dis-rje ? ô dieu du jour ! estril quelque^ morteU Qui ne traient consacre des temples , des autels , etc.

Le so eil a ^té le premier et le plus universel objet de^ ridolâttie i c'était le Baal des Chaldéens , le Moloch des. Chananéens , le Béefphegor des Moabites , V .Adonis des, Phéniciens ou des Arabes , le Saturne des Carthaginois ^ TOsiris des Egyptiens , le Mithras des Perses , le Dyoni". ^ius des Indiens et Vjévpollon ou le Phébus de? Gçecs el des Romains. Cet astre a aussi été adoré sous son propre nom. Les anciens habitants du Pérou ne reconnaissaient pas. d'autre divinité , et ils regardaient leurs empereurs conune. ses descendants. On peut aussi mettre au nombre des ador. rateurs du\soleil les habitans de la Floride , des Apalaches ,^ et enfin les Lapons , les Natchés et les Tensas *, pçup^es du Mississipi.

»7) PAGE 328, VERS la.

Dieu , le vrai Dieu s'avance ; il veut que je publie \ Pe sa religion la sublime folie.

BV CflÀNt VIÏÎ. 26s

JLe poète a voulu consacrer ici une exîpression dé l'un des pères de l'église , qui a appelé le mystère de la Rédemption i ^ ^tultitiam crucis.

»8) PACK a34> VERS i5.

Ces lieux mêmes, ces lieux cù je peins leur fureur y Tout n'y parle-t-il pas de nos guerres sacrées ? etc.,

Delille fit autrefois ces vers dans une abbaye du Poitou J il était loin alors de penser que des causes à peu-près semblables étaient sur le point d'avoir les mêmes résultats dans les mêmes lieux.

Page 1