ALI
qui ont sous les yeux l'exemple d'individus plus âgés. On trouve qu’elles sont presque identiques : le bénéfice de l'exemple est pratiquement nul.
Il semble que chez le jeune chat, l’imitation développe l'instinct prédateur, La mère apporte à ses petits des souris vivantes, les lâche et les poursuit devant eux. Or Yerkes a étudié le comportement, à l’égard des souris, de jeunes chats élevés dans l’isolement. Ils n’y font aucune attention avant l’âge de quatre semaines. À ce moment, l’un d’eux leur donne la chasse, présentant le type achevé de l'instinct (poursuite, capture, grondement, jeu, mise à mort). À la fin du deuxième mois, l'instinct est apparu d’une façon indépendante chez tous les animaux observés.
Les observations de Craig [16], sur des pigeons élevés dans l’isolement, montrent qu’ils ne savent pas boire ni trouver de l’eau; mais si on pique au fond du vase avec la pointe du crayon, le pigeon plonge son bec dans l’eau et si elle arrive dans l’intérieur de la bouche, ilse met à boire. On voit à quoi se réduit ici l’imitation.
Le rôle de l’exemple est donc, du moins dans les faits qui viennent d’être analysés, nettement accessoire : de plus la valence motrice ne s’attache qu’à un de ses aspects. Mais il se peut, du moins chez les animaux supérieurs, que les autres aspects acquièrent, de ce fait, une valeur ; que de véritables habitudes se greffent sur les instincts, donnant plus de relief à la notion d'imitation. C'est alors que la tendance à se réunir, à suivre, s’attache à la perception d’une forme ou d’une allure déterminée, que le geste de becqueter, de boire, etc., prend une signification indépendante de la sollicitation par l’objet. Nous retrouvons ici quelque chose d’analogue aux transferts étudiés chez l’enfant. On peut admettre que l’attitude de la poule qui becquète et laisse retomber le grain, n’a d’abord pour effet que de renforcer la valeur du stimulant venant de l’objet, mais que la vie commune tend
à en faire un signe plus précis et que les individus s’habituent à régler leur allure l’un sur l’autre.
Small [65], Berry [4], ont observé qu’un rat se met à creuser là où il voit creuser un autre. Kinnaman, voit un singe fouiller dans le trou où un autre vient de plonger son bras, regarder, en baissant la tête, dans la direction . où un autre regarde et, toujours par imitation, sauter sur une table, monter à un arbre. Watson [78] a fait des observations analogues sur les singes : la mère chasse l’enfant du trou où 1l regarde, pour y regarder elle-même, alors que de sa première place, elle ne pouvait pas apercevoir l’objet. Berry [4] plaçant un rat blanc avec un de ses congénères qui sait s’échapper d’une cage, trouve que le premier ne tarde pas à suivre partout le second, et qu'il s'intéresse au mécanisme sur lequel il le voit agir. Porter [52] fait la même expérience sur des oiseaux et voit qu'ils se
placent de manière à profiter de l’action de celui qui sait ouvrir la cage et qu’ils sont même conduits parfois à une ébauche d’imitation. On ne sera pas surpris de retrouver chez les chimpanzés étudiés par Kühler [87], des faits de ce genre, qui prennent un aspect quasi-humain.
Il est évident que c’est surtout chez les animauxsociaux qu’on rencontrera ces imitations. Et cela, non seulement parce que la vie sociale favorise ces transferts, mais parce que les instincts qu’elle implique en sont la base affective. Nous avons vu le rôle joué par l'instinct grégaire, mais les sentiments de rivalité, de jalousie, chez des êtres habitués à la vie commune, s’ajoutent continuellement à l’attrait propre de l’objet pour donner à la vue des actes des autres une signification motrice et affective particulière.
L'évolution va-t-elle plus loin ? L'objet, le résultat finissent-ils par disparaître, laissant place, comme chez l’enfant, à une imitation autonome ? Cet affranchissement semble solidaire d’une activité de jeu, telle qu’elle existe
chez les animaux supérieurs, surtout pendant leur jeunesse, c’est-à-dire là où des instincts inachevés se complètent par des exercices. Ces jeux prennent souvent la forme de limitation de soi-même. Un singe (Cebus), observé par Watson [78] s’amusait à dresser sur son extrémité une grande cuiller de table, qu’il laissait ensuite tomber : il répéta ce jeu quinze fois de suite : l’auteur le compare à l'enfant qui frappe sur la table avec sa cuiller. Un autre jeu favori de ce singe était de frapper avec une noix ou quelque autre objet, petit, dur, rond de préférence : dans un cas, il le répète cent cinquante fois en une heure. Un Rhesus jouait avec un petit objet, le laissait tomber, le reprenait et ainsi de suite. Les Chimpanzés de Kühler [86 et 37], jouent avec toute sorte d’objets, semblant exploiter avec ténacité des résultats « intéressants » obtenus fortuitement au cours de manipulations quelconques : c’est ainsi qu’ils se barbouillent de couleurs, entremêlent et nouent des fils de fer ou des fétus de paille dans leur grillage, se servent de divers objets comme ornements ; certains de ces jeux se généralisent par imitation et deviennent des modes dans le petit cercle de la station.
Jusqu'ici les actes subordonnés à l’exemple” d'autrui, restaient dans le domaine des instincts ou des habitudes. Mais l’imitation peut-elle construire des actes vraiment nouveaux pour l’animal ?
Pour Watson [77], l’imitation vraie serait « un regroupement relativement instantané de vieilles habitudes. » En ce sens, il est difficile d’en trouver d’authentiques chez les animaux. Il ne suffit pas que tous les mouvements élémentaires soient familiers, il faut qu’ils puissent être combinés. Chez l’homme lui-même, remarque Watson, de tels faits sont rares. (Je ne puis imiter sans tâtonnements une nouvelle danse, bien que tous les mouvements élémentaires m’en soient connus, mais le maître de danse
en est capable). Mais on peut encore saisir l’influence de limitation dans les tâtonnements par lesquels se réalise un acte, dans des circonstances qui finiraient par lui donner sa forme : elle intervient pour abréger les essais en limitant l’indétermination du problème.
Dans l’état actuel des recherches, on peut dire que malgré les contradictions de certains résultats, l’imitation constructive, sous les deux formes qui viennent d’être définies, n’a chez les animaux qu’un domaine des plus restreints.
Une méthode consiste à suggérer l’acte en forçant l’animal à l’exécuter passivement.
Thorndike [972] avait remarqué que des chats rentraient d'eux-mêmes par la porte dans la cage d’exercice. Fermant cette porte, il prend alors l’animal par la peau du cou, le soulève et le laisse tomber dans la cage par une ouverture du toit. Trois chats ainsi traités n’ont jamais essayé d'emprunter spontanément ce chemin (50, 60 et 75 essais).
Des chiens, des chats, un singe (Cebus), doivent manœuvrer le mécanisme d’une cage pour se libérer. Après les avoir laissés s’exercer vainement pendant quelques minutes, l’expérimentateur leur prend la patte et les force à plusieurs reprises à agir sur le mécanisme ; au bout de dix à quinze minutes, l’animal livré à lui-même est soumis à une nouvelle épreuve : jamais il n’imite spontanément le mouvement passif (Il ne faut pas oublier que ces animaux peuvent arriver par essais et erreurs à la solution du problème). Il faut dire que ces résultats négatifs sont en opposition avec ceux de Cole [12] sur le raton laveur (raccoon), avec lequel la première expérience aurait réussi : trouvant la porte fermée, l’animal grimpe sur la cage et se laisse tomber par l’ouverture supérieure.
On comprend pourquoi ces tentatives échouent en général. Comme le remarque Thorndike, il faudrait que
pa
les signaux sensoriels pussent s’associer avec une impulsion motrice, qui manque quand le sujet est manié passivement par l'opérateur : son intervention est plutôt faite pour provoquer des inhibitions. Nous avons montré que l'enfant ‘se prête au contraire aux indications fournies par le mouvement passif, qu’il y participe activement, de sorte que l’action mécanique qu’il subit n’est qu’un guide et non une cause du mouvemeüt.
Mais on peut employer d’autres méthodes. On montre soi-même à l’animal comment il faut procéder, ou onle lui fait montrer par un animal dressé. Ici encore, malgré les divergences des observateurs, on constate généralement que la méthode donne peu de résultats, ou n’en donne qu'avec les animaux les plus intelligents.
Thorndike n’a pas réussi à apprendre à un chien à ouvrir une boîte en agissant devant lui sur le mécanisme.
Des chats sont retirés l’un après l’autre, d’une grande cage s’ouvrant par le sommet : en général, ils grimpent près de la porte, dès que l’expérimentateur arrive. Mais un individu qui ne prend pas spontanément cette habitude, n'imite pas non plus, après 80 épreuves, deux autres chats déjà dressés. Si deux groupes de chats sont dressés à grimper, l’un à l’approche de l’expérimentateur, l’autre à un signal,il n’y a pas d'imitation de la part d’un individu d’un groupe quand il est mis avec les autres.
Dans les expériences de Sheperd [62], un raton dressé doit, pour avoir à manger, monter sur une plate-forme, par un plan incliné, partant d’une boîte où 1l peut sauter
du plancher de la chambre. Son exemple n’abrège pas les tâtonnements des autres individus. Chez la souris dansante, Yerkes n’a pas obtenu l’imitation de l’acte d’un individu dressé qui s’échappe d’une cage par une échelle. Deux groupes étant dressés à ouvrir une porte, l’un en tirant, l’autre en poussant, il n’y eut jamais d'imitation de l’un à l’autre.
En regard de ces expériences négatives, citons quelques résultats considérés par leurs auteurs comme positifs.
Berry [3] pense que le rat blanc est capable d’apprendre quelques actes par imitation, que la présence de l'individu dressé qui s’échappe de la cage accélère l’éducation de son congénère. Un chat a refusé de tourner un bouton qui lui permettait d'ouvrir la porte avant de l'avoir vu faire par un chat dressé. Le même auteur a vu imiter des actes, comme rouler une balle dans un trou, tirer une corde à nœuds, etc.
Porter [52], qui considère comme critérium de l’imitation le changement de méthode chez un animal dressé, par l’exemple d’un camarade, croit en avoir observé des exemples chez les oiseaux.
Même en admettant ces résultats positifs, l’imitation paraît singulièrement restreinte. Il est difficile de la distinguer de l’apprentissage personnel. Elle peut se traduire par une localisation du champ de l'attention, mais les mouvements mêmes de l’animal dressé et, à plus forte raison, ceux de l’expérimentateur, n’ont aucune valeur comme excitant des mouvements correspondants de l’animal (1). Seuls les objets sur lesquels cette action s’exerce
en possèdent une d’ailleurs trop peu précise pour déter-
miner sans tâtonnements l’acte complexe et jusqu’à un.
certain point nouveau qu'il s’agit de réaliser. Nous vérifions donc sur ce point notre thèse de l'incapacité générale d’un animal de copier des mouvements qu’il voit accomplir par un animal semblable.
Nous avons réservé l’étude d’un groupe spécial, où limitation a toujours été considérée comme jouant un rôle très important : celui des singes. Il s’en faut pourtant
(1) Taornprke a fait une enquête sur le rôle de l’imitation dans le dressage. Mais les réponses données par quatre célèbres dresseurs d’ani-
maux sont peu cohérentes, et montrent surtout qu'il y a loin de la
pratique d’un art à l'analyse sévère de ses procédés.
de beaucoup qu’elle soit chez eux ce qu’on pense d’ordinaire.
Thorndike [72], n’a pas réussi à apprendre à un Cebus à ouvrir une porte, par l’une des deux méthodes décrites plus haut. Il a même prétendu, que nourri régulièrement à une table sur laquelle on le porte, il n’y revint pas spontanément.
Watson [78], n’a obtenu aucun résultat dans des conditions qui semblaient très favorables. Deux singes (Rhesus), vivaient ensemble et se témoignaient une grande affection depuis plusieurs années. B. (le plus jeune) était sauvage, agité quand J.était loin de lui. J. appelait B.avec un certain cri et lui mettait ses bras autour du cou. B. aimait à se reposer sur J.en entourant sa poitrine de ses bras. Si B. ne se calmait pas, J.le berçait et le caressait. Quand J.allait dans une partie de sa cage, B. le suivait. Si on posait un bol de lait sur le sol, B. ne venait boire que si J. le précédait. J. prit l’habitude de sauter sur l’épaule de l’expérimentateur quand il entrait et l’appelait. B. forma la même habitude. Si J. pour quelque raison refusait de venir, B. refusait aussi... Il n’entrait pas dans la cage que J. ne l’y eut précédé..., ete. Cependant Watson n’a pas réussi à mettre en évidence une influence de l’imitation dans les problèmes suivants proposés à ces animaux:
19 Imitation de l’expérimentateur par les animaux : (tirer un fruit avec un rateau, avec un drap, le tirer du fond d’une boîte avec une fourchette, le faire sortir avec un bâton d’un cylindre de verre ouvert aux deux bouts, etc.) :
20 Imitation de J.par B. (J.est préalablement dressé par essais et erreurs) : lever une porte au moyen d’une poignée, ouvrir une porte en tirant un bouton.
On notera que les singes formaient d'eux-mêmes rapidement des habitudes de manipulation, mais sans influence sensible de l'exemple. Dans les premiers problèmes, ils se bornaient à agir d’une façon banale sur le râteau, le drap, le bâton, sans s’en servir pour agir sur le fruit.
D’autres observateurs, Haggerty [80], Shepherd [63], Kinnaman [34], Hobhouse [81], ont obtenu quelques résultats positifs dans des expériences semblables aux précédentes (il s’agit toujours d’attraper un fruit avec un râteau, un crochet, un drap, un nœud coulant, de le faire sortir d’un tube, de pousser sous le fruit suspendu, une tige pivotante qui permettra de l’atteindre, etc.). Malheureusement l'influence de limitation reste douteuse : ce n’est qu’une impression : il y a toujours des tâtonnements, que l’on suppose seulement avoir été abrégés.
Il faudrait d’ailleurs faire des distinctions. Les singes supérieurs et surtout le Chimpanzé, comme l’a montré Hobhouse [31], résolvent beaucoup plus vite tous ces problèmes, et paraissent capables d’imitations plus étendues. Cette impression se précise dans les belles expériences de Kôühler [86], les plus importantes qu’on aït faites sur les anthropoïdes. Mais il s’agit toujours d’actes que l’animal connaît ou « comprend ». Le regroupement dont parle Watson, — qui n’est jamais instantané — implique chez l’homme une décomposition analytique rapide de l’acte en mouvements imitables et, si notre thèse est exacte, cette pure imitation des mouvements élémentaires est la forme la plus évoluée, peut-être purement humaine de l’imitation. Le singe n’imite pas de gestes à vide ; il n’imite pas non plus, contrairement au préjugé populaire, des grimaces de l’homme, quoi qu’il puisse répondre par des expressions affectives spontanées simiesques à une provocation humaine. Aristote disait que de tous les animaux le plus imitateur, c’est l’homme. On a critiqué cette formule en disant qu’elle s’appliquerait plutôt au singe : mais le philosophe ancien s’était montré meilleur observateur et s’était fait une idée plus juste de la véritable imitation.
Des
Nous avons étudié dans l’Imitation une grande foncton mentale, dont il serait inutile de souligner l’importance. Par elle, le milieu social exerce sur la formation mentale de l’enfant une influence aussi grande que celle du milieu physique lui-même. En ce sens, il serait tout aussi impossible d'expliquer la genèse de l’esprit en faisant abstraction de la réalité sociale, qu’en ne tenant pas compte de l’expérience physique. C’est par limitation que l’enfant s’assimile la plupart des formes supérieures et différenciées d’activité, et la plus différenciée de toutes, leur substitut universel, le langage.
Mais constater l'influence de la société sur la formation de la conscience individuelle, ce n’est pas renoncer à expliquer le mécanisme de cette influence par des lois très générales, dont l’extension dépasse sans doute infiniment le domaine de la psychologie humaine. C’est ce que nous avons tenté de faire en cherchant comment l’enfant du premier âge apprend à imiter.
Cette étude nous a montré d’abord que Fsontle et d’une manière plus générale, la représentation de l’acte, ne possède pas d'emblée son efficacité spéciale, mais Pacquiert, en stimulant d’abord, en contrôlant ensuite les « essais ».
- Examinant ensuite de plus près ce mécanisme, nous avons trouvé que l’action de l’exemple était dans la plupart des cas beaucoup plus indirecte. En effet, puisque
l’acte du modèle et celui de l’enfant sont le plus souvent perçus d’une manière très différente, la fonction de contrôle de l’exemple ne s’exerce, en général, que sur la partie extérieure de l’acte, sur ses effets objectifs. Mais ceux-ci prédéterminent en grande partie les mouvements euxmêmes, en vertu de l’organisation héréditaire des réactions sensori-motrices. À cette cause formatrice essentielle viennent s’adjoindre des influences convergentes : d’abord celle d’une expérience qui transforme les instincts en adaptations habituelles plus précises, et qui agit sur l’enfant dans le même sens que sur l’homme ; enfin, celle de l’éducation, au sens étroit du mot, c’est-à-dire de ce dressage qu’on ne peut guère qualifier d’artificiel, et qui, chez la plupart des enfants, intervient pour accélérer l’évolution normale des habitudes. Mais, au cours de cette adaptation, la loi du transfert tend à subordonner, de plus en plus, à la perception des mouvements du modèle, les actes qui dépendaient d’abord d’objets ou de signaux spéciaux. La véritable imitation date du moment où cette solidarité avec les effets sensibles communs confère au geste d'autrui une valeur suggestive, une signification motrice et affective. Elle peut donc devenir constructive, créatrice ; elle peut remplir sa fonction sociale, non seulement en généralisant des réactions individuelles comprises dans le cadre des actes déjà familiers, c’est-à-dire en produisant des mouvements d’ensemble, mais encore en permettant à l'individu de s’assimiler des façons d’agir nouvelles pour lui, qu’elles viennent de la tradition collective ou d'initiatives individuelles vraiment originales.
C’est encore par les lois du transfert que nous avons cru pouvoir expliquer la conscience de l’imitation et ses progrès. L’assimilation va de l’extérieur à l’intérieur, des effets objectifs aux mouvements qui les produisent. La conscience d’imiter nous a paru inséparable du développe-
ps
ment de la notion du moi chez l'enfant. L’imitation permet à l’enfant de se mirer dans la personne d’autrui. Cette représentation objective est le noyau sur lequel se condensent les impressions affectives personnelles, incapables de devenir par elles-mêmes des objets de pensée distincts.
Enfin, nous avons rattaché à cette assimilation ses aspects affectifs : sympathie, envie, jalousie. Nous les avons vus naître aux dépens des sentiments souvent assez différents et se caractériser de mieux en mieux avec le progrès de l’imitation.
Si l’on tient les résultats précédents pour acquis, il
resterait cependant, pour rendre cette conception tout à fait satisfaisante, à la préciser sur un point d’une importance capitale, qui touche à l’un des plus grands problèmes de la Psychologie, mais qui exigerait une nouvelle étude.
On ne peut nous reprocher de faire dépendre l’imitation d'associations accidentelles. Les transferts étudiés ont pour base l’existence même de la famille et de la société, et les causes profondes qui subordonnent l'enfant à homme. Mais ce rôle des associations exclut-il complètement l’idée d’une préformation instinctive ? L'expression d’instinct d'imitation n’a-t-elle aucun sens ?
Nous avons cherché à limiter le rôle de l’instinct, en montrant son importance dans les réactions sensorimotrices qui président à la vie de relation en général, aux rapports de l’organisme avec le milieu physique. Mais nous avons rejeté l’idée que la perception de la personne humaine et de ses actes, puisse déterminer une imitation instinctive, ce qui ne signifie pas que l’imitation ne doive rien à l'instinct, bien au contraire.
Si l’homme est, comme le dit James, l’être qui a le
t-2h NP) Saad
plus d’instincts, c’est aussi l’être chez lequel il est le plus difficile de mettre en évidence l'instinct pur. Il n’y a pas
Guillaume 15
d’acte sans racines instinctives ; il n’y en a guère qu’on puisse mettre entièrement à son compte. Ce qui s’offre à notre observation, c’est l'instinct préçisé par l’expérience et par la tradition, ce sont des actes dont les phénomènes associatifs ont déjà modifié l’aspect. Il en résulte que nous ne pouvons le déterminer, semble-t-il, que comme un résidu de nos analyses.
La notion de tendance instinctive est légitime quand il s’agit d’une réaction excito-motrice définie, c’est-à-dire quand on indique avec précision les excitations qui la sollicitent et les effets objectifs auxquels elle aboutit. La préformation de la tendance est alors celle du circuit nerveux qui lui correspond, sa force est l’excitabilité propre de cet appareil, dont la sensibilité pourra varier sous diverses influences (comme celles que supposent, par exemple, les théories humorales). Mais cette notion perd toute précision quand on note seulement un caractère général des réactions et des excitations. Non seulement on réalise une abstraction, une qualité occulte, qui ne fournit aucune explication véritable, mais la valeur du terme comme simple désignation d’une classe de faits demeure tout à fait équivoque. Parler d’instinct de conservation, ou d’instinct d'imitation, c’est employer une expression très vague, qui ne nous apprend nullement quels actes cet instinct inspire à l’individu, ni dans quelles conditions il les accomplit, et ne permet pas de les distinguer d’une foule d’autres qui pourraient rentrer dans ce cadre conceptuel, mais qui ne sont pas réels ; enfin, cette indétermination même de la notion, laisse Le réactions proprement instinctives, He avec la masse des actes qui en sont dérivés sous l'influence de l’association, de la coutume et de la réflexion. 2 ee
La solution du problème ne consisterait-elle pas K 2
abandonner cette recherche d’une définition abstraite, î
pour revenir à une détermination expérimentale plus
exacte des réactions sensori-motrices primordiales ? Ces faits primitifs mieux connus, on pourrait sans doute suivre leur évolution ultérieure et montrer comment ils se compliquent sous l'influence des phénomènes associatifs. C’est cette méthode que nous avons cherché à appliquer, sans nous dissimuler tout ce que notre analyse des faits primitifs avait d’incomplet.
On n’explique pas complètement qu’un enfant soit plus envieux qu’un autre, par l’attraction plus énergique qu’exercerait sur lui l’objet désiré. C’est le fait de le voir entre les mains d’un autre, qui le rend pour lui si désirable. De même dans le choix du modèle, ce n’est pas seulement
la séduction de l’acte, mais le prestige de l’agent qu’il faut - considérer. Alors, nous serons tentés de dire qu'il s’agit d'un penchant du caractère inné, d’une pré-disposition déjà définie, qui attendait, sous je ne sais quelle forme d'existence virtuelle, qu’une expérience ultérieure, celle de l’homme et des relations sociales, vint lui donner un contenu réel. Mais cette entité est, comme nous l’avons vu, peu satisfaisante : il faudrait pouvoir pousser plus loin notre recherche. Il faudrait remonter, au delà des dispositions à l’égard des personnes ou des situations dans lesquelles elles jouent un rôle, jusqu’aux réactions primitives impliquées dans les relations de l’enfant avec les personnes. L’analyse en est difficile à cause de l’ex- __ trême complexité de cette idée d'homme, qui devient le pôle de la vie affective : un très grand nombre de réactons primitives sont donc intéressées, toutes les fois : qu’elle est éveillée : par là s’expliquent les différences individuelles d'énergie et de qualité des tendances dérivées. Pour aller plus loin dans cette analyse, qui n’a été - qu’esquissée, il faudrait sans doute élargir la base d’ob- servations. Si la méthode des monographies de sujets - suivis pas à pas dans leur développement mental convenait à l’étude de l’histoire individuelle de limitation et
du mécanisme de ses progrès, c’est au contraire une méthode comparative, appuyée sur les données de la pathologie et de la psychologie animale, ainsi que sur les enquêtes sociologiques, qui s’appliquerait à la détermination des diverses tendances primitives élémentaires qui entrent dans la composition des faits d’imitation et en déterminent l'orientation et l'amplitude.
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