‹ L'Imitation de Jésus-ChristChapitre 144 sur 306 · LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XXI. I y · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME. — CHAPITRE XXI. I y

Aimable et doux Jésus, donnez-moi de me reposer en vous plus qu’en toutes les créatures ; plus que dans la santé, la beauté, les honneurs et la gloire : plus que dans toute puissance et dans toute dignité; plus que dans la science, l’esprit, les richesses, les arts; plus que dans les plaisirs et la joie, la renommée et la louange, les consolations et les douceurs, l’espérance et les promesses; plus qu’en tout mérite et en tout désir; plus même que dans vos dons et toutes les récompenses que vous pouvez nous prodiguer; plus que dans l’allégresse et tous les transports que l’àme peut concevoir et sentir; plus enfin que dans les Anges et dans les Archanges, et dans toute l’armée des deux; plus qu’en toutes les choses visibles et invisibles, plus qu’en tout ce qui n’est pas vous, ô mon Dieu!

2 . Car vous êtes seul infiniment bon, seul très haut, très puissant; vous suffisez seul, parce que seul vous possédez et vous donnez tout; vous seul nous consolez par vos douceurs inexprimables; seul vous êtes toute beauté, tout amour; votre gloire s’élève au-dessus de toute gloire, votre grandeur au-dessus de toute grandeur; la perfection de tous les biens ensemble est en vous, Seigneur mon Dieu, y a toujours été, y sera toujours.

Ainsi, tout ce que vous me donnez hors de vous, tout ce que vous me découvrez de vous-même, tout ce que vous m’en promettez, est trop peu et ne me suffit pas, si je ne vous vois, si je ne vous possède pleinement.

Car mon cœur ne peut avoir de vrai repos , ni être entièrement rassasié, jusqu’à ce que, s’élevant au-dessus de tous vos dons et de toute créature, il se repose uniquement en vous.

3. Tendre époux de mon âme, pur objet de son amour, ô mon Jésus, Roi de toutes les créatures, qui me délivrera de mes liens, qui me donnera des ailes' pour voler vers vous et me reposer en vous!

Ps. LIV, 7.

Oh ! quand serai-je assez dégagé de la terre pour voir, Seigneur mon Dieu, et pour goûter combien vous êtes doux'.

Quand serai-je tellement absorbé en vous, tellement pénétré de votre amour, que je ne me sente plus moi-même, et que je ne vive plus que de vous, dans cette union ineffable et au-dessus des sens, que tous ne connaissent pas!

Mais maintenant je ne sais que gémir, et je porte avec douleur ma misère.

Car, en cette vallée de larmes, il se rencontre bien des maux qui me troublent, m’affligent, et couvrent mon âme comme d’un nuage. Souvent ils me fatiguent et me retardent : ils s’emparent de moi; ils m’arrêtent, et, m’ôtant près de vous un libre accès, ils me privent de ces délicieux embrassements dont jouissent toujours et sans obstacle les célestes esprits.

Soyez touché de mes soupirs et de ma désolation sur la terre !

4. O Jésus! splendeur de l'éternelle gloire % consolateur de l’âme exilée! ma bouche est muette devant vous, et mon silence vous parle.

Jusqu’à quand mon Seigneur tardera-t-il de venir?

Qu’il vienne à ce pauvre qui est à lui , et qu’il lui rende la joie. Qu’il étende la main pour relever un malheureux plongé dans l’angoisse.

Venez, venez : car sans vous, tous les jours, toutes les heures s’écoulent dans la tristesse, parce que vous êtes seul ma joie et que vous pouvez seul remplir le vide de mon cœur.

Je suis oppressé de misère, et comme un prisonnier chargé de fers, jusqu’à ce que, me ranimant par la lumière de votre présence, vous me rendiez la liberté, et jetiez sur moi un regard d’amour.

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