LIVRE QUATRIÈME. — CHAPITRE PREMIER
11. O grâce admirable et cachée du Sacrement, connue des seuls fidèles serviteurs de Jésus-Christ! car les serviteurs infidèles, asservis au péché, ne peuvent en ressentir l’influence.
La grâce de l’Esprit-Saint est donnée dans ce Sacrement; il répare les forces de l'âme, et lui rend sa beauté première, que le péché avait effacée.
Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu’elle inspire, que non seulement- l’esprit, mais le corps languissant, en reçoit une vigueur nouvelle.
12. Et c’est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite.
Car c’est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la consolation de ceux qui voyagent sur la terre, et l’éternelle félicité des Saints.
Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant d'indifférence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le salut du monde!
O aveuglement! ô dureté du cœur humain, d’être si peu touché de ce don ineffable, qui semble perdre de son prix à mesure qu’on en use davantage!
13. Si cet adorable Sacrement ne s’accomplissait qu’en un seul lieu, et qu’un seul prêtre, dans le monde entier, consacrât l’hostie sainte, avec quelle ardeur les hommes n’accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce prêtre unique, pour voir célébrer les saints mystères ?
Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs lieux, afin que la miséricorde et l’amour de Dieu pour l’homme éclatent d’autant plus, que la sainte communion est plus répandue dans le monde.
Je vous rends grâces, ô Jésus! pasteur éternel, qui, dans notre exil et notre indigence, daignez nous nourrir de votre corps et votre sang précieux, et nous inviter, de votre propre bouche, à la participation de ces sacrés mystères, di-
sant : Vene\ à moi, vous tous qui porter votre fardeau avec travail, et je vous soulagerai' .
RÉFLEXION
Tout ce qu’offrait de plus grand, de plus imposant, de plus saint, le culte de l'ancienne alliance, n’était qu'une légère ombre des mystères de l’homme-Dieu. David célèbre avec pompe le retour de l’arche à Jérusalem : mais cette arche était vide, elle ne renfermait pas le Sauveur du genre humain. Salomon bâtit un temple magnifique : il en fait, en présence du peuple saisi de respect, la dédicace solennelle; des victimes sans nombre sont immolées, mais ces victimes, qu’est-ce? de vils animaux dont le sang ne peut apaiser la souveraine Justice. Le monde demeurait dans l'attente du salut annoncé, lorsque voilà qu’au moment prédit, s’accomplissent les promesses aperçues et saluées de loin par les Patriarches, durant leur pèlerinage sur la terre 2 . Le Désiré des nations 3 , le Dominateur, l’Ange de l'alliance’', celui dont le nom est Jéhovah 3 , vient dans son temple 6 , et le vrai sacrifice de propitiation remplace à jamais les sacrifices figuratifs 1 . Au fond du tabernacle, sous les voiles du sanctuaire repose l’Hostie toujours vivante, l’Agneau de Dieu, qui 6 te le péché du monde 3 . Le même qui est assis à la droite du Père 3 , est là présent, et sa voix nous appelle : Preneç et mangeq, ceci est mon corps : buveç, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, répandu pour la rémission des péchés* 3 . Mangej, ô mes amis ! Buvej, enivrej-vous, mes bien-aimés " ! vous tous qui aveç soif , venej à la source 11 dont les eaux rejaillissent dans l’éternelle vie' 3 . Ceux qui, refusant de se désaltérer à cette source pure, s’en vont cherchant à l'écart des eaux furtives"', Dieu leur prépare un breuvage assoupissant, et leurs yeux se ferment. Dans ce sommeil, il leur semble qu’ils ont faim et qu’ils mangent, et au réveil leur âme est vide. Altérés, ils rêvent qu’ils boivent, et ils se réveillent pleins de lassitude, et ils ont encore soif, et leur âme est vide' 3 . Veneq donc : je suis le pain de vie : celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif' 3 , (fui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour 17 . Seigneur, je crois et j’adore : mon âme, haletante de désir, s’élance vers vous : et puis soudain
1. Matth. xi, 28. — 2. Hebr.,xi, 3 . — 3 . Agg. 11, 8. — 4. Malach. ni, 1. — 3 . Jer. xxiii, 6; — 6. Malach. ni, 1. — 7. Ibid., 3 . — 8. Joann. 1, 29. — 9. Ps. cix, 1; Hebr. 1, 3 . — 10. Matth. xxvi, 27, 28. — 1 1. Cant. v, 1 . — 12. ls. lv, 1. — 1 3 . Joann. iv, 14. — 14. Prov. îx, 17. — i 5 . 1 s. xxix, 10, 8. — 16. Joann. vi, 35 . — 17. Ibid., 55 .