LIV. III. CHAP. XLV
autre chose que des hommes fragiles, quoique plusieurs nous croient et nous appellent des anges.
* A qui croirai-je , Seigneur ! à qui , si ce n’est à vous ? Vous êtes la vérité qui ne trompe point, et qu’on ne peut tromper.
Au contraire , tout homme est menteur 1 , faible, inconstant, fragile, surtout dans ses paroles; de sorte qu’on doit à peine croire d’abord ce qui parait le plus vrai dans ce qu’il dit.
A. Que vous nous avez sagement avertis de nous défier des hommes ; que l’homme a pour ennemis ceux de sa propre maison 3 ; et que si quelqu’un dit : Le Christ est ici, ou il est là *, il ne faut pas le croire ! ;
Une dure expérience m’a éclairé : heureux si elle sert à me rendre moins insensé et plus vigilant 1
Soyez discret, me dit quelqu’un, soyez discret; ce que je vous dis n’est que pour vous. Et pendant que je me tais et que je crois la chose secrète , il ne peut lui-même
T arder le silence qu’il m’a demandé; mais, ans l’instant, il me trahit, se trahit lui-même et s’en va.
Éloignez de moi, Seigneur, ces confidences trompeuses; ne permettez pas que je tombe entre les mains de ces hommes indiscrets , ou que je leur ressemble.
1 Ps. LU, 9. — * Mich., Vil, 2. — Matth., xxiv, 23.
Mettez dans ma bouche des paroles invariables et vraies ; et que ma langue soit étrangère à tout artifice.
Ce que je ne peux souffrir en autrui, je dois m’en préserver avec soin.
5. Oh ! qu’il est bon , qu’il est nécessaire pour h paix, de se taire sur les autres, de ne pas tout croire indifféremment, ni tout redire sans réflexion , de se découvrir à peu de personnes , de vous chercher toujours pour témoin de son cœur, de ne pas se laisser emporter à tout vent de paroles ; mais de désirer que tout en nous et hors de nous s’accomplisse selon qu’il plaît à votre volonté !
Que c’est encore un sûr moyen pour conserver la grâce céleste , de fuir ce qui a de l’éclat aux yeux des hommes, de ne point rechercher ce qui semble attirer leur admiration j mais de travailler ardemment à acquérir ce qui produit la ferveur et corrige la vie!
A combien d’hommes a été funeste une vertu connue et louée trop tôt !
Que de fruits , au contraire , d’autres ont tirés d’une grâce conservée en silence durant cette vie fragile, qui n’est qu’une tentation et une guerre continuelle !
RÉFLEXION
Ne vous appuyez pas sur les hommes, car ils vous manqueront tôt ou tard. L’homme est faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à tout rapporter à soi. Le moindre caprice l’cloigne, le moindre intérêt suflit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tej