LIV. III. CHAP. XLVI
qu'il est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet autre vous délaisse. Arrive-t-il des circonstances qui vous forcent de recourir à eux , tous commencent à s’excuser. Le premier dit : J’ai acheté une terre; il faut nécessairement que je Vaille voir : je vous supplie de m’excuser. Un autre dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs; et je vais les éprouver : je vous supplie de m’excuser. Un autre ait : J’ai épousé une femme , et c’est pourquoi je ne puis aller * . Voilà les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'abandonnez point ceux qui vous aiment , ceux qui espèrent en vous : toujours vous êtes près d’eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous lassez d'entendre leurs gémissements, d’écouter leurs plaintes, de recueillir leurs larmes. Rien n’est du-dessous de votre tendisse : cet homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts, vous l’assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur , et votre main retourne son lit pour y reposer ses infirmités 2 : puis, quand sa tâche est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans l’éternelle paix.