LIV. III. CHAP. LVIII
pute sur le degré plus ou moins élevé de leur gloire.
Il vaut mieux prier les Saints avec larmes et avec ferveur, et implorer humblement leurs glorieux suffrages , que de chercher vainement à pénétrer le secret de leur état dans le ciel.
8. Ils sont heureux , contents : qu'avonsnous besoin d’en savoir plus, et n’est-ce pas assez pour réprimer tous nos vains discours?
Ils ne se glorifient point de leurs mérites, parce qu’ils ne s’attribuent rien de bon , mais
a u’ils attribuent tout à moi , qui leur ai tout onné par une charité infinie.
Ils sont remplis d’un si grand amour de la Divinité, d’une joie si surabondante, que comme il ne manque rien à leur gloire , rien ne peut manquer à leur félicité.
Plus ils sont élevés dans la gloire , plus ils sont humbles en eux-mêmes : et leur humilité me les rend plus chers , et les unit plus étroitement à moi.
C’est pourquoi il est écrit : Qu’ils déposaient leurs couronnes au pied du trône de Dieu , qu’ils se prosternaient devant l’Agneau , et qu’ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles l .
9. Plusieurs recherchent qui est le premier dans le royaume de Dieu 2 ; lesquels ignorent s’ils seront dignes d’être comptés parmi les derniers.
* Apoc., îv, 10; v, H. — * Mattb., xvm, 1.
C’est quelque chose de grand, d’être le plu»
petit dans le ciel , où tous sont grands : parce que tous seront appelés et seront en effet les enfants de Dieu.
Le moindre des élus sera comme le chef d'un peuple nombreux , tandis que le pécheur, après une longue vie , ne trouvera que la mort l .
Ainsi, quand mes disciples demandèrent qui serait le plus grand dans le royaume des deux , ils entendirent cette réponse :
Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n entrerez point dans le royaume des deux . Celui donc qui se fera petit comme cet enfant, sem le plus grand dans le royaume des deux *.
Malheur à ceux qui dédaignent de s’abaisser avec les petits , parce que la porte du ciel est basse, et qu’ils n’y pourront passer.
Malheur aussi aux riches qui ont ici leur consolation 9 , parce que, quand les pauvres entreront dans le royaume de Dieu , ils demeureront dehors poussant des hurlements.
Humbles, réjouissez-vous ; pauvres, tressaillez d’allégresse , parce que le royaume de Dieu est à vous *, si cependant vous marchez dans la vérité.
C’est une grande misère que le penchant cju'ont les hommes à s’inquiéter de mille vaines questions , tan-
1 Is., lx, 2î; lxv, 20. — * Matth., xvm. 4. — 3 Luc., VI, 24. — * Ibid., 20.
LIT. Ht. CHAP. L1X.
dis qu’à peine songent-ils aux vérités les plus importantes. Ils veulent tout savoir, excepté la seule chose indispensable. Leur orgueil se complaît dans des spéculations presque toujours dangereuses, ou au moins stériles pour le salut. En s'efforçant de pénétrer des mystères impénétrables, ils s’égarent dans leurs pensées , et ne saisissent que l’erreur, au moment même où ils croient ravir à Dieu son secret. Voilà le fruit des travaux dont ils se consument sous le soleil. Ah ! qu’il y a de profondeur et de véritable science de l’homme, dans ce conseil du Sage : Ne recherchez point ce qui est au-dessus de vous, et ne scrutez point ce qui est plus fort que vous ; mais pensez sans cesse à ce que Dieu vous prescrit, et gardez-vous de sonder curieusement toutes ses œuvres : car il ne vous est pas nécessaire de voir de vos yeux ce qui est caché *. Songeons à nous-mêmes, à nos devoirs, au compte rigoureux qu’il nous faudra rendre de nos œuvres et de nos paroles. Il y a bien là de quoi nous occuper et remplir tout notre temps : il ne nous est donné que pour cela.