LIV. III. CHAP. LÏX
car je ne trouve que faiblesse et inconstance dans tout ce que je vois hors de vous.
Il n’est point d’amis qui puissent me ser- ' vir, point de protecteurs qui me soient de secours, ni de sages qui me donnent un conseil utile , ni de livre qui me console , ni de trésor assez grand pour me racheter, ni de lieu assez secret pour m’offrir un sûr asile, si vous ne daignez vous-même me secourir, m’aider, me fortifier, me consoler, m’instruire et me prendre sous votre garde.
4. Car tout ce qui semble devoir procurer la paix et le bonheur, n’est rien sans vous, et réellement ne sert de rien pour rendre heureux.
Vous êtes donc le principe et le terme de tous les biens, la plénitude de la vie, la source inépuisable de toute lumière et de toute parole j et la plus grande consolation de vos serviteurs est d’espérer uniquement en vous.
Mes yeux sont élevés vers vous ; eu vous je mets toute ma confiance, mon Dieu, père des miséricordes.
Sanctifiez mon âme, bénissez-la de votre céleste bénédiction, afin qu’elle devienne votre demeure sainte, le siège de votre éternelle gloire , et que , dans ce temple où vous ne dédaignez pas d’habiter, il n’y ait rien qui offense vos regards.
Itegardez-moi y Seigneur, dans votre immense bonté ; et, selon l'abondance de vos mi -
344 l’imitation de jésüs-chrïst.
séricordes *, exaucez la prière de votre serviteur misérable , exilé loin ae vous dans la région des ténèbres et de la mort.
Protégez et conservez l’âme de votre pauvre serviteur au milieu des dangers de cette vie corruptible; que votre grâce l’accompagne et le conduise par le chemin de la paix, dans la patrie de l’éternelle lumière. Ainsi soit-il.
Quand on a tout parcouru , tout entendu , tout vu , il faut en revenir à cette parole qui renferme toute sagesse et toute perfection : Dieu seul. « Considérez, « disait un humble religieux de saint François , des « mille millions de créatures plus parfaites que celles « qui sont à présent , tant dans les voies de la nature « que dans les voies de la grâce. Réitérez à l'infini a votre multiplication, et comparez ensuite ces créa- « tures si parfaites au grand Dieu des éternités ; dans « cette vue, elles deviennent à rien. Je prenais, ajou» « tait-il, un grand plaisir dans cette multiplication; « et de voir qu’en même temps que l’Etre de Dieu « paraissait, ces créatures qui se montraient si excel- « lentes et si pleines de gloire , se retiraient d’une « rapidité incroyable dans leur centre qui est le néant. « Et voyant que le grand Dieu était en moi , et plus « en moi que je n’y étais moi-même, j’en ressentais « une joie inexplicable, et je ne pouvais comprendre o comment il était possible d’avoir Dieu en soi et « partout au dehors de soi , et de s’occuper des créa- « tures. J’étais ravi qu’il fût seul éternel^ seul immuaa ble, seul infini, et je vous dis en vérité, qu'en di- « saut : En mon Dieu tout est Dieu, ma volonté a était touchée d’un si grand et si ardent amour, .« qu'il me semblait que tout l'être créé disparaissait