UV. IV. CHAP. II
car la parole de Dieu est la lumière de l’âme, et votre Sacrement le pain de vie.
On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les trésors de l’Eglise.
L’une est la table de l’autel sacré, sur le-
2 uel repose un pain sanctifié, c’est-à-dire le orps précieux de Jésus-Christ.
L’autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte, qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints.
Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l’éternelle lumière, de nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des autres docteurs, cette table de la doctrine sainte.
5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce qu’afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l’agneau figuratif, mais votre très-saint Corps et votre Sang.
Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais dont ils goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles, et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices du ciel.
6. Oh ! qu’elles sont grandes, qu’elles sont glorieuses les fonctions des prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres,
de le tenir entre leurs mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres hommes!
Oh ! qu’elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères taches, pour recevoir si souvent Y Auteur de la pureté !
Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d’honnête, rien que d’utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au Sacrement de Jésus-Christ.
7. Qu’ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu’elles soient pures et élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel et de la terre.
C’est aux prêtres surtout qu’il est dit dans la Loi : Soyez saints, parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu 1 .
8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout* puissant, nous qui avons été revêtus du sacer doce, afin que nous puissions vous servir dignement, avec une vraie piété et une conscience pure.
Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes, et de former, en esprit d’humilité, la ferme résolution de vous servir désormais avec plus de ferveur.
» Lev., XIX, 2; xx, 7.
uv. IV. CIUP. XI.
RÉFLEXION
Qu’est-ce que la terre? Un lieu d’exil, une vallée de lames, comme l’appelle l’Eglise. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui est la vie de son intelligence ; il y cherche, au milieu de maux sans nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel, qui est la vie de son cœur : et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le doute, l’opinion, l’erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a cru des biens se change eu amertume. Il trouve au fond de tout le vide et l’ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle-même : il a besoin de support, et malheur à lui s’il met sa confiance dans les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent pour le tromper le nom d’ami : tandis que leur bouche lui sourit, ils lui tendent des pièges dans l’ombre, et quand à force de ruses, de mensonges et de basses noirceurs, ils l’ont enveloppé de leurs rets , tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui elle dévorent, comme l’hyène dévore sa proie. Lamentable condition ! Mais Dieu n’a pas abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il l’éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l’anime, il la console par la foi d’une vie meilleure, par l’espérance de posséder, après ces jours d’épreuve, le bien auquel elle aspire, le bien infini, qui est lui-même. Et ces dons merveilleux d’un amour inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine Eucharistie, y sont offerts à «os désirs sans autre mesure que ces désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste Sacrement . nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière in créée, le Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l’Auteur de la grâce , le Consommateur de la foi , le gage immortel de notre espérance : la chair crucifiée pour nous s’incorpore à notre chair, le sang qui a sauvé le monde se mêle à notre sang; uh saint baiser unit notre âme à l’âme du Rédempteur ; sa Divinité nous pénètre, et consume en nous tout ce que le péché avait corrompu : l’ami fidèle repose dans notre sein « il nous P ar l e i il nous dit : Pose-moi comme vu
404 l’imitation de iéscs-christ.
sceau sur ton cœur: car l’amour est plus fort que la mot't 1 : et alors, embrasés de cet amour ardent comme le feu *, nous ne -voyons plus que le bicn-aimé, nous n’avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de notre pèlerinage s’évanouit dans les joies du Ciel.