CHAPITRE XIV
Du désir ardent que quelques âmes saintes ont de recevoir le Corps de Jésus-Christ.
VOIX DO DISCIPLE
1 . Combien est grande , ô mon Dieu, l'a bondance de douceur que vous avez réservée à ceux qui vous craignent 1 !
Quand je viens à considérer avec quel désir et quel amour quelques âmes fidèles s’approchent, Seigneur, de votre sacrement, alors je me confonds souvent en moi-même, et je rougis de me présenter à votre autel et à la table sacrée de la Communion, avec tant de froideur et de sécheresse; d’y porter un cœur si aride, si tiède, et de ne point ressenlir cet attrait puissant, cette ardeur qu’éprouvent quelquesuns de vos serviteurs, qui, en se disposant à vous recevoir, ne sauraient retenir leurs larmes, tant le désir qui les presse est grand, et leur émotion profonde.
Ils ont soif de vous , ô mon Dieu , qui êtes la source d’eau vive; et leur cœur et leur bouche souvient également pour s’y désaltérer. Rien ne peut rassasier ni tempérer leur faim que votre sacré Corps , qu’ils reçoivent
* Ps. XXX, 23.
412 l’imitation de jésus-christ.
avec une sainte avidité et les transports d'une joie ineffable.
2. Oh î que cette ardente foi est une preuve sensible de votre présence dans le sacrement !
Car ils reconnaissent véritablement le Seigneur dans la fraction du pain, ceux dont le cœur est tout brûlant, lorsque Jésus est avec eu x *.
Qu’une affection si tendre, un amour si vif, est souvent loin de moi !
Soyez-moi propice, ô bon Jésus, plein de douceur et de miséricorde! Ayez pitié d’un pauvre mendiant, et faites que j’éprouve, au moins quelquefois, dans la sainte Communion , quelques mouvements de cet amour qui embrase tout le cœur, afin que ma foi s’affermisse, que mon espérance en votre bonté s’accroisse, et qu’enflammé par cette manne céleste, jamais la charité ne s'éteigne en moi.
3. Dieu de bonté, vous êtes tout-puissa$i pour m’accorder la grâce que j’implore, pour me remplir de l’esprit de ferveur, et me visiter dans votre clémence , quand le jour choisi par vous sera venu.
Car encore que je ne brûle pas de la même ardeur que ces âmes pieuses, cependant, par votre grâce , j’aspire à leur ressembler, désirant et demandant d etre compté parmi ceux nii ont pour vous un si vif amour, et d’entrer ^ans leur société sainte.
1 Luc., xxiv, 49.