‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 282 sur 323 · LIV. IV. CHAP. TV · texte numérisé non relu

LIV. IV. CHAP. TV

2. Si la grâce était toujours donnée* aussitôt qu’on la désire , ce serait une tentation pour la faiblesse de l’homme.

C’est pourquoi l’on doit attendre la grâce de la ferveur avec une confiance ferme et une humble patience.

Lorsqu’elle vous est cependant ou refusée ou ôtée secrètement , ne l’imputez qu’à vousmême et à vos péchés.

C’est souvent peu de chose qui arrête , ou qui affaiblit la grâce; si pourtant l’on peut appeler peu de chose, et si l’on ne doit pas plutôt compter pour beaucoup, ce qui nous prive d’un si grand bien.

Mais, quel que soit cet obstacle, si vous le surmontez parfaitement, vous obtiendrez ce que vous demandez.

3. Car, dès que vous vous serez donné à Dieu de tout votre cœur, et que, cessant d’errer d’objets en objets au gré de vos désirs, vous vous serez remis entièrement entre ses mains , vous trouverez la paix dans cette union, parce que rien ne vous sera doux que ce qui peut lui plaire.

Quiconque élèvera donc son intention vers Dieu avec un cœur simple , et se dégagera de tout amour et de toute aversion déréglée des créatures, sera propre à recevoir la grâce, et digne du don de la ferveur.

Car Dieu répand sa bénédiction où il trouve des vases vides ; et plus un homme renonce parfaitement aux choses d’ici-bas, plus il t>e

méprise et meurt à lui-même , plus la grâce vient à lui promptement , plus elle remplit son cœur, et l’affranchit et l’élève.

A. Alors, ravi d’étounement , il verra ce

3 u’il n’avait point vu , et il sera dans l’abonance , et son cœur se dilatera , parce que le Seigneur est. avec lui , et qu’il s’est lui-même remis sans réserve et pour toujours entre ses mains.

C’est ainsi que sera béni l’homme qui cherche Dieu de tout son cœur, et qui ri a pas reçu son âme en vain

Ce disciple fidèle, en recevant la sainte Eucharistie , mérite d’obtenir la grâce d’une union plus grande avec le Seigneur, parce qu’il ne considère point ce qui lui est doux, ce qui le console , mais , au-dessus de toute douceur et de toute consolation , l’honneur et la gloire de Dieu.

RÉFLEXION

Bien qu'on doive aimer Dieu pour lui seul, il est permis de désirer scs dons , pourvu qu’on demeure pleinement soumis à sa volonté sainte. Les grâces les plus précieuses ne sont pas toujours les grâces senties, celles qui, pour ainsi dire, inondent l’àme de lumière et de joie. Elles peuvent, si l'on n'y prend garde, exciter la vaine complaisance. Souvent il est plus sûr de marcher en cette vie dans les ténèbres de la pure foi, d’èire éprouvé par la tristesse, la souffrance, l’amertume , et de porter la Croix intérieure comme Jésus, lorsqu’il s'écriait : Mon Pèrel pourquoi m’avez-vous

i Ps. XXIII, 4.

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