‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 96 sur 323 · LIV. III. C.IIAP. VI · texte numérisé non relu

LIV. III. C.IIAP. VI

se repose pas dans mes dons, mais en moi par-dessus tous mes dons.

Ne croyez pas tout perdu cependant, s’il vous arrive de sentir, pour moi ou pour mes Saints, moins d’amour que vous ne voudriez.

Cet amour tendre et doux que vous éprouvez quelquefois , est l’effet de la présence de la grâce , et une sorte d’avanl-goût de la patrie céleste j il n’y faut pas chercher trop d’appui, parce qu’il passe comme il est venu.

Mais combattre les mouvements déréglés de l’âme , et mépriser les sollicitations du démon , c’est un grand sujet de mérite , et la marque d’une solide vertu.

3. Ne vous troublez donc point des fantômes, quels qu’ils soient, qui obsèdent votre imagination.

Conservez une résolution ferme, et une intention droite devant Dieu.

Ce n’est point une illusion, si vous êtes soudain ravi en extase, tôt vous retombiez dans les pensées misérables qui occupent d’ordinaire votre cœur.

Car vous souffrez alors plus que vous n’agissez ; et tant qu’elles vous déplaisent et que vous y résistez, c’est un mérite et non pas une chute.

4. Sachez que l’antique ennemi s’efforce d’étouffer vos bons désirs, et de vous éloigner de tout pieux exercice ; du culte des Saints, de la méditation de mes douleurs et de ma mort, du souvenir si utile de vos péchés, de

quelquefois et nu’aussi-

162 L IMITATION DE JÉ9ÜS-CBB1ST.

l’attention à veiller sur votre cœur, et du ferme propos d’avancer dans la vertu.

Il vous suggère mille pensées mauvaises, pour vous causer du trouble et de l’ennui, pour vous détourner de la prière et de3 lectures saintes.

Une humble confession lui déplaît, et s’il pouvait, il vous éloignerait tout a fait de la communion.

Ne le croyez point, et n’ayez de lui aucune appréhension, quoiqu’il vous tende souvent des pièges pour vous surprendre.

Rejetez sur lui seul les pensées criminelles et honteuses qu’il vous inspire. Dites-lui :

Va, esprit immonde ; rougis, malheureux ; il faut que tu sois étrangement pervers pour me tenir un pareil langage.

Retire-toi de moi, détestable séducteur, tu n’auras jamais en moi aucune part : mais Jésus sera près de moi comme un guerrier formidable, et tu demeureras confondu.

J’aime mieux mourir et souffrir tous les tourments, que de consentir à ce que tu me proposes.

Tais-toi donc , ne me parle plus 1 ; je ne t’écouterai pas davantage, quoi que tu fasses pour m’inquiéter. Le Seigneur est ma lumière et mon salut : qui craindrai-je 1 ?

Quand une armée se rangerait en bataille contre moi , mon cœur ne craindrait pas 8 . Le

* Marc., iv, 39. — * Ps. xxvi , 1. — 8 Ibid., 3.

L1V. 111. CIUP. VI. 16S

Seigneur est mon aide et mon Rédempteur *.

5. Combattez comme un généreux soldat • et si quelquefois vous succombez par fragilité, reprenez un courage plus grand, dans l’espérance d’être soutenu par une grâce plus forte ; et gardez-vous surtout de la vaine complaisance et de l’orgueil.

C’est ainsi que plusieurs s’égarent, et tombent dans un aveuglement presque incurable.

Que la chute de ces superbes qui présumaient follement d’eux-mêmes, vous soit une leçon continuelle de vigilance et d’humilité.

RÉFLEXION

Tous ceux qui disent , Seigneur , Seigneur , ri enteront pas dans le royaume des deux; mais celui qui fait lu volonté démon père qui est au ciel, celui-là entrera dans le royaume aescieux a : c’est par les œuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à obéir, jamais il ne se relâche, il ne se décourage jamais. Dans l’amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance , il loue , il bénit également celui qui frappe et qui guérit 3 , selon ses divins conseils , impénétrables à la créature. La tentation vient-elle réprouver , il combat , il résiste avec paix , parce qu’il ne compte point sur ses propres forces, et n’attend la victoire que du secours d’en haut. S’il succombe quelquefois , ii se relève aussitôt sans trouble , humilié , mais non abattu. Son repentir, quoique profond, est calme, parce qu’il est exempt de l’irritation de l’orgueil. Ses fautes l’affligent, et ne l’étonnent point. Il connaît sa fragilité, et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s’il lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu’on appelle des biens, que veut-il?

1 Ps. xvtn 15. — * Matth., vu, 21. — 3 Deuter., xxxil, 39.

ce que Dieu veut :il n’a point d’autre volonté, ni d’autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à ses transports, loin de murmurer, et loin de se plaindre, il s’avoue indigne de le posséder, et la privation, qui le purifie, enflamme encore son ardeur. O Jésus, qu’elles sont merveilleuses les voies par où yous conduisez les âmes qui vous aiment, qui ont soif de vous 1 ! Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les délaissez dans les larmes : maintenant vous les prévenez , et puis elles semblent vous appeler en vain , comme l’épouse du divin cantique. Epreuves de tendresse et de miséricordes! Ainsi épurées, ces âmes élues peu à peu se dégagent de leurs liens ; elles s’élancent vers vous, et un dernier effort d’amour les porte au pied du trône où vous vous montrez sans voile. Alors la jouissance, alors l’allégresse et l’éternel rassasiement : Satiabor cùm apparuerit 2 !

Page 1