CHAPITRE XVIll
DES tXi;MI'LiS lits SAINTS.
^^|^^x\, ONTEMPLEZ les excmplos vivans
x>%4ii:^v^l (les saints Pères en qui ont brillé
^^.ji.S» Iq vraie perfection et la religion ;
^ el vous verrez cjue ce que nous
^^ faisons est bien peu de chose, et
presque rien.
qu'est-ce c|ue notre vie, comparée avec la leur ?
Les saints et les amis de Jésus-Ciirist ont servi le Sei(jneur dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité , dans le travail el dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations , dans une infinitéde persécutions et d"opprol>res.
riâ^ii'-r
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2. Oh ! que de pesantes tribulations ont souffertes les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Vierges , et tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Ciirist!
Car ils ont liai leur ame en ce monde, pour la posséder dans la vie cierncUe. (Jean, 12, 25.)
Oh ! quelle vie austère et détachée les saints Pères ont menée dans le désert ! quelles longues et dures lentaîions ils ont essuyées! que de fois ils ont été tourmentés par l'ennemi ! ([ue de fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! quelles rigoureuses abstinences ils ont pratiquées ! quel zèle et quelle ardeur pour leur avancement spirituel ! quels rudes combats pour dompter leurs passions! quelle intention pure et droite dans le service de Dieu !
Pendant le jour ils travaillaient, et la nuit ils se livraient à de longues prières, quoique durant le travail ils ne cessassent point de prier en esprit.
3. Tout leur temps était employé avec fruit ; les heures qu'ils donnaient à Dieu leur semblaient courtes , et ils trouvaient tant de douceur dans la contemplation, qu'ils en oubliaient le soin de leur réfection corporelle.
Ils renonçaient à toutes les richesses , aux dignités , aux honneurs , à leurs amis et à leurs jjarens; ils ne voulaient rien du monde : à peine prenaient-ils ce qui était nécessaire pour la
A^ito
DE JÉSUS-CHRIST. Bl
vie; s'occuper du corps, même dans la nc'cessilë , leur était une affiictioii.
Ils étaient donc pauvres des biens de la terre, mais très-riciies en grâces et en vertus.
Tout leur manquait au-dchors,- mais au-dedans ils étaient fortifiés par la grâce et les consolations divines.
4. Us étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu, et ses amis familiers.
Méprisés du monde , ils se regardaient euxmêmes comme un néant; maïs ils étaient chéris de Dieu , et précieux devant lui.
Us se conservaient dans une vraie Iiumilité , ils vivaient dans une obéissance sainte , ils marchaientdansla charité et la patience ; aussi avançaient-ils chaque jour dans la vie de l'esprit, et acquéraient-ils de grands mérites auprès de Dieu.
Ils ont été donnés pour modèles à tous les religieux, et ils doivent plus nous porter à avancer dans la piété , que le grand nombre des tièdes à nous relâcher.
o. Oh ! quelle était la ferveur de tous les religieux au commencement de leur sainte institution!
Oh ! quelle ardeur pour l'oraison ! quelle émulation de vertu ! quelle vigueur dansla discipline ! quel respect et quelle obéissance ils montrèrent tous pour la règle de leur institut !
■iM
Leurs traces abandonnées aiteslent enccre qu'ils furent viaiment saints et parfaits, ces hommes qui, en combattant si généreusement, foulèrent aux pieds le monde.
3Iaintenant on regarde comme excellent celui qui n'a point transgressé la règle, et qui a pu porter avec patience le joug qu'il s'est impose !
(). 0 tiédeur et négligence de notre élat, qui nous fait dégénérer si vite de l'ancienne ferveur, et trouver même la vie ennuyeuse à force d'abattement et de lâcheté !
Plût à Dieu qu'après avoir vu tant d'exen)ples de fervour, vous ne laissiez pas s'assoupir entièrement en vous le désir d'avancer dans la vertu !
RÉFLEXION
[ui donnera à mes yeux une source de larmes pour que je puisse , jour et nuit, déplorer les blessures que le péché a faites a mon ame, et aussi ce relâcliemcut effrayant qui , tous les jours , fait de nouveaux progrès parmi les chrétiens? Hélas! où sont-ils ces chrétiens des premiers jours de l'Eglise? Ils ont brillé dans le monde comme d'éclatantes lumières; au milieu des hérétiques, des impies, des hommes corrompus, ils ont montré, aux yeux de l'univers , le spectacle d'une vertu sans tache, d'une vie toute céleste; et leurs onne-
DE Ji!>US-CHRIST. 53
uns ont fini par dexenir leurs imilateurs. Et quel homme aurait pu voir tant d'humilité, de douceur, de renoncement, de chasteté , sans se sentir louché de la grâce, et porté à suivre de si nobles exemples? Aujourd'hui les chrétiens semblent quitter en foule le chemin droit par où marchaient leurs devanciers, pour se jeter a travers les précipices. Car, où sont, de nos jours, ceux qui renoncent pour Dieu à tout ce qu'ils possèdent , qui disent au monde un éternel adieu, pour travailler dans la retraite à mériter la vie éternelle, qui souffrent patiemment les injures, et qui ne cherchent point à y répondre par d'autres injures?
SAIiVT EPHIîEJI.
* CHAPITRE XTX.
DES EXERCICES D l rV BO^ RLLIG!î:LX.
A vie d'un Ijon religieux doit
être ornée de toutes les vertus,
afin qu'il soit tel au-dedans
pj^ijl qu'il paraît aux hommes au-
dehors.
Et certes il doit être encore
i ^-Ao
WW/ bien plus parfait intérieurement qu'il ne le pa-
raît devant les hommes , parce que Dieu nous :^Â refïarde , et que nous devons, partout où nous aII/^
sommes , le révérer profondément, et marcher en sa présence avec la pureté des anges.
Chaque jour nous devons renouveler notre résolution, et nous exciter à la ferveur, comme si c'était le premier jour de notre conversion , et dire ;
Aidez-moi , Seigneur mon Dieu , dans mon bon propos et dans votre saint service ; et faitesmoi la grâce de bien commencer aujourd'hui, car ce que j'ai fait jusqu'ici n'est rien.
2. Notre progrès dépend de nos résolutions, et l'on a besoin d'une grande diligence si l'on veut avancer beaucoup.
Si celui qui prend de fortes résolutions manque souvent, que sera-ce de celui qui n'en forme que rarement, ou avec moins de fermeté.^
Toutefois nous abandonnons nos résolutions de diverses manières, et une légère omission de nos exercices cause presque toujours quelque dommage.
Les résolutions des justes sont fondées sur la grâce de Dieu , plutôt que sur leur propre sagesse; et, quelque chose qu'ils entreprennent, c'est toujours en lui qu'ils mettent leur confiance.
Car l'homme propose , mais Dieu dispose ; et l'homme n'est pas le maître de savoie. (Jérém., 10, 25.
o. Si quelquefois, par un motif de piété, ou
i^mfji
DE JESUS-CHUIST. 55
pour rulilité du prochain , on omet un exercice ordinaire, il sera facile ensuite de réparer cette omission.
Mais si on le quitte légèrement, par dé{j^oiii ^^|^ ou par négligence, c'est une omission très-hlà- -/f ' mable, et l'on sentira qu'elle est nuisible. Fai- l sons tous nos efforts, et nous manquerons en- ^/Oti core aisément en beaucoup de points.
Nous devons néanmoins nous proposer toujours quelque cliose de fixe , et principalement contre les obstacles qui nous retardent le plus.
Il faut examiner et régler également notre extérieur et notre intérieur, parce que l'un el l'autre servent à notre avancement.
4. Si vous ne pouvez pas vous recueillir continuellement, faites-le de temps en temps, et au moins deux fois le jour, le malin et le soir.
Le matin , formez vos résolutions : le soir, examinez votre conduite : quelles ont élé en ce jour vos paroles, vos actions et vos pensées; car, peut-être en cela avez-vous souvent offensé Dieu et le prochain.
Tenez-vous prêt , en homme de cœur, contre H^î/ les artifices du démon; répi'imez l'intempérance , et vous réprimerez plus aisément tous les autres désirs de la chair.
Ne soyez jamais tout-à-fait oisif, mais lisez, ou écrivez , ou priez , ou méditez , ou travaii-
^'r\Xi
lez à quelque chose d'utile au bien commun.
Il faut néanmoins s'adonner avec discrétion aux exercices du corps , et ils ne conviennent pas éj^alement à tous.
5. Ce qui sort des pratiques communes, ne doit pas être montré au-dehors ; car les exercices particuliers se font plus sûrement en secret.
Gardez-vous cependant d'être lâche dans les exercices comnmns, et trop ardent pour ceux de votre choix ; mais après avoir rempli pleinement et fidèlement ce qui est de devoir et d' obligation, s'il vous reste du temps, employez-le pour vous-même, selon le mouvement de votre dévotion.
Tous ne peuvent pas suivre les mêmes exercices ; l'un convient mieux à celui-ci , fautre à celui-là.
On aime même à les diversifier selon le temps, car il y en a qu'on goûte plus aux jours de fêtes, et d'autres aux jours ordinaires.
Les uns nous sont nécessaires au temps de la tentation, et les autres au temps de la paix et du repos.
Certaines pensées nous plaisent dans la tristesse, et d'autres quand nous goûtons de la joie en Dieu.
G. Aux approches des principales fêles, on doit renouveler ces pieux exercices, et implo-
rer avec plus de ferveur les suiïraj>es des saints.
Il faut nous proposer de vivre , d'une fête à l'autre, comme si nous devions alors sortir de ce monde , et passer à la fête éternelle.
Et pour cela , dans ces saints temps , préparons-nous avec soin, vivant avec plus de piété, et gardant nos observances avec plus d'exactitude, comme devant bientôt recevoir de Dieu le prix de notre travail.
7. Et si ce moment est différé, croyons que nous ne sommes pas assez bien préparés, ni encore dignes d'une si grande gloire, qui sera manifestée en nous au temps marqué , et appliquons-nous à nous mieux disposer à ce passage.
Heureux, dit l'évangéliste saint Luc, le serviteur que son maUre , quand il viendra, trouvera veUlant! Jetons dis, en vérité, qu'il l'établira sur tous ses biens. ( Luc, 12 , 4i. )
UÉFLEXION.
^ATO>s-.\ous donc do travailler a notre salut. Le grand jour du Seigneur ne saurait être éloigné. Que celui qui désire sincèrement se sauver, prenne garde de faire comme le voyageur qui s'endort au milieu du chemin , et que la fondre vient
o3 IMITATION
I J(M^^^^^#£?sf^ tout à coup frapper. Nous ne sommes ici que des voyageurs et des étrangers. Nous devons donc nous efforcer sans cesse de faire une ample provision de trésor pour nous introduire dans la cité éternelle, ^// '^fM *î'^^ ^^^ notre véritable patrie. Nous sommes , sous le rapport de la vie spirituelle , semblables a des , marchands. Efforçons-nous de nous procurer Jé-
f J|j)x. sus-Christ, qui est comme une pierre précieuse de la plus grande richesse , aOn de le posséder à jamais. Ou bien , si Ton veut , Jésus-Christ est une vigne, et nous en sommes les rameaux. Efforçonsnous de ne point demeurer stériles , de peur que ^M^°!f^ le maître . s'il ne nous voit porter aucun fruit , ne Ï^^^^/.\J nous coupe et ne nous jette au feu éternel. Nous ^•^^-'/i Vi sommes une bonne semence : prenons garde que f^^y^/ ,>' l'ifi personne d'entre nous ne devienne semblable à l'^'i',! ,% t^. l'ivraie. Nous sommes tous conviés aux noces de 'i^^5|v?î| ^:, l'époux; et si quelqu'un s'y présente sans être re- r^j/'il' ] \\ vêtu de l'habit nuptial , il sera précipité dans les i J^l ténèbres extéiieures. Wîî!'^
I)i: JÉSLS-CUKIST.
ClïAPITRî:: XX.
DV L'iMOril DE LA SOLITUDE ET DU SILKNCT.
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HERCHEZ un temps propice pour vj^^^)i/|w//2^, ^' vous occuper de vous-même, et .S^"^ ÈfAWv k'^
■»■* Laisse/, les lectures de pure curiosité; lisez plutôt ce qui est propre à toucher le cœur , que ce qui occupe l'esprit.
Si vous vous dëroJDez aux entretiens superflus, aux courses inutiles; si vous fermez l'oreille aux nouvelles et aux bruits du monde , vous trouverez assez de temps pour vous livrer à de pieuses méditations.
Les plus {grands saints éviiaienî, dès qu'i's le pouvaient, le commerce des hommes, et pr('féraient vivre en Dieu dans le seciet.
2, Un ancien a dit : Toules les fois que i'aï été parmi les hommes , j'en suis revenu moins "i^T^^^^^ o l;^^-— ^ ho urne. (Sén. , Ép. 7. ) C'est ce que nous éprou- /^^^U\ K^^^ vons trop souvent après de îon{]s enîrctiens. ^^tl^ '^^W^^,
Il est plus aisé de se taire tout-à-fait que de TcC^ / r^V\i ^^^l ne pas excéder en paroles. < V)
Il est plus aisé de se tenir caché chez soi, (ju!' de s'observer suffisamment au-dehors.
\j Celui donc qui veut parvenir à la vie inté- > rieure et spirituelle doit , avec Jésus, se retirer V de la foule.
1^ Nul ne se produit avec sécurité , s'il n'aime ^ à demeurer caché.
6, Nul ne parle avec confiance , s'il ne se tait volontiers.
Nul ne gouverne sans crainte, s'il n'aime pas à se soumettre.
Nul ne commande sans danger , s'il n'a pas appris à bien obéir.
5. Nul ne se réjouit avec sécurité, s'il n'a en '^^-^-^^ soi le témoignage d'une bonne conscience. "'^Y'^t
Cependant la confiance des saints a toujours ^^kf, été pleine de la crainte de Dieu ; et pour avoir C
excellé en vertus et en grâces, ils n'ont été ni ^ , [1/^^ moins vigilans ni moins humbles. \f,
'^"-fÛ Au contraire, l'assurance des méchans naît \
de l'orgueil et de la présomption , et n'aboutit qu'à les tromper.
Ne vous promettez jamais de sûreté en cette vie , quoique vous paraissiez être un bon reli- -^^\^m\y^^'- S'^"^ ou un pieux solitaire. /^©t^^f/vUK^^^C; 4. Souvent les meilleurs dans l'estime des v# hommes ont couru les plus grands dangers, à !\ cause de leur trop de confiance.
r Ainsi il est plus utile à plusieurs de n'être ? pas tout-à-fait exempts detentations, maisd'étre ^^ souvent attaqués, de peur que, vivant dans une
DE JÉSLS-CIIRIST. CI
entière sécurité, ils ne s'enorgueillissent, et ne se livrent même avec trop de liberté aux consolations extérieures.
Oh ! si l'on ne cherchait jamais les joies qui passent, si jamais on ne s'occupait du monde , (juelle conscience pure on conserverait !
Oh! si l'on retranchait toute vaine sollicitude, si l'on ne pensait qu'à son salut et aux choses divines, et si l'on plaçait en Dieu toutes ses espérances , de quelle paix et de quel repos on jouirait !
5. Nul n'est digne des consolations célestes , s'il ne s'est exercé avec tidélité dans la sainte componction.
Si vous voulez la sentir au fond du cœur, entrez dans voire cellule , banni.^sez-en le bruit du monde, selon ce qui est écrit : Soyez touchés de componclion , même en reposant dans voire lit. ( Ps. 4 , 5. )
Vous trouverez dans votre cellule ce que souvent vous perdrez au-dehors.
La cellule devient douce à qui en aime le séjour; celui qui ne sait s'y tenir, la prend en ^ dégoût.
Si , dès le commencement de votre conversion , vous êtes fidèle à la garder , elle deviendra votre plus chère amie et votre plus douce consolation.
G. Dans le silence et le repos, l'ame pieuse ^(
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fait des progrès, et pénètre les mystères cachés de l'Écriture.
Là , elle trouve des sources de îaimes dont elle se lave ei se purilie toutes les nuits, pour s'unir d'autant plus lamilièrement à son Créateur , qu'elle vit plus éloignée du tumulte du monde.
Celui donc qui se st'p:ire de ses connaissances et de ses amis, Dieu s'approchera de lui avec les saints an.'jes.
Mieux vaut se tenir caché et avoir soin de son ame , que de s'oublier soi-même , et faire des miracles.
Il est louable , dans un religieux , de sortir rarement, de n'aimer ni à être vu des hommes, ni même à les voir.
7. Pourquoi voulez-vous voir ce qu'il ne vous est pas permis d'avoir? Le monde passe et sa concupiscence. ( I, Jean, 2, i7. )
Les désirs des sens entraînent çà et là ; mais quand l'heure est passée , que rapportez-vous , qu'un poids sur la conscience et un cœur dissipé?
Tel sort gaîment, qui revient dans b tristesse ; et le soir passé dans la joie attriste le lendemain.
Ainsi toute joie des sens s'insinue avec douceur; mais à la lin elle blesse et donne la mort.
Que pouvez-vous voir ailleurs, que vous ne voyiez où vous êles? Voilà le ciel , la lerre, et tous les ëlémens; or, c'est d'eux que tout est fait.
8. Que verrez-vous, quelque part que ce soit, qui puisse long-temps durer sous le soleil?
Vous croyez peut-être vous rassasier ; mais vous n'y parviendrez jamais.
Quand tout ce qui existe sei'ait présent à vos yeux, que serait-ce, qu'une vaine vision?
Levez les yeux au ciel vers Dieu , et priez pour vos pèches et vos në(>ii{fences.
Laissez les clioses vaines aux hommes vains; pour vous, occupez-vous de ce que Dieu vous a commandé.
Fermez sur vous votre porte , et appelez à vous Jésus , voire bien-aimé.
Demeurez avec lui dans votre cellule; car vous ne trouverez point ailleurs une paix si profonde.
Si vous n'en étiez point sorti , et que vous n'eussiez rien entendu des bruits du monde , vous vous seriez mieux maintenu dans une douce paix. Dès que vous prenez plaisir à entendre des nouvelles, il faut que vous supportiez ensuite le trouble du cœur.
RÉFLEXION
I'est l'Esprit de Jésus-Christ qu'il faut écouter au-dedans de nous-mêmes , et qui nous parle
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Ci IMITATION
par ses inspirations, par ses vocations intérieures, par ses attraits et par ses touches secrètes, par ses impressions amoureuses et par ses grâces prévenantes. Il faut l'écouter avec attention, et observer ses momeus favorables où il veut répandre dans votre cœur la pure lumière de la sagesse et de la grâce. Il faut se rendre bien attentif quand ce divin Esprit frappe à la porte de ce même cœur, pour s'y faire entendre en qualité de docteur et de maître. C'est en ces temps heureux qu'il faut être tranquille , et parfaitement dégage du bruit et du tumulte des créatures. 11 faut être libre de toute inquiétude, de toute passion forte; en un mot^ il faut un silence et une récoUection parfaite pour entendre intérieurement la voix de Dieu. Quand le Créateur parle , il faut que la créature cesse de parler/ et qu'elle se taise par un grand recueillement. L'Esprit de Dieu , qui ne se plaît a demeurer que dans un cœur paisible et tranquille , ne vient jamais dans une ame agitée, ou souvent troublée par le désordre et le bruit que causent ses passions , et l'émotion de ses sentimens : il n'habite point aussi dans une ame dissipée , distraite , qui aime l'épanchement , et qui cherche a se répandre au-dehors par ces discours inutiles et ces conversations si ennemies de la vie intérieure.
BOSSUET
, ^^ ^^^ 1 vousvoulezfairequelquepro- ■^^-■^ grès, conservez-vous dans la crainte de Dieu, et ne prenez }>W pas trop de liberté ; mais contenez tous vos sens sous la
discipline, et ne vous livrez point à une sctte joie.
Ouvrez votre cœur à la componction, et vous trouverez la dévoiion.
La componction produit beaucoup de Mens, que le relâchement lait d'ordinaire perdre bien vile.
Chose étrange, qu'un homme puisse en cette vie se donner tout entiei' à la joie, lorsqu'il considère son exil, et à combien de périls son ame est exposée.
2. A cause de la légèreté de notre cœur et de l'oubli de nos défauts, nous ne sentons pas les maux de notre ame ; et souvent nous rions sans sujet , quand nous devrions bien plutôt pleurer.
11 n'y a de vraie liberté, ni de solide joie, que dans la crainte de Dieu, et dans la bonne conscience.
Heureux qui peut se débarrasser de tout ce qui porte à la distraction , pour se recueillir tout entier dans une sainte componction !
Heureux qui rejette tout ce qui peut souiller sa conscience ou l'appesantir !
Combattez en homme de cœur : une habitude se surmonte par une autre habitude.
Si vous savez laisser là les hommes , ils vous laisseront aussi faire ce qu'il vous plaira.
5. N'attirez point à vous les affaires d'autrui ; et ne vous embarrassez point dans celles des grands
Ayez toujours l'œil sur vous d'abord, et reprenez-vous surtout vous-même, préférablement à tous vos amis.
Si vous n'avez pas la faveur des hommes , n'allez point vous en attrister ; mais que voire peine soit de ne pas vous conduire avec la rëfj;ularitë et la circonspection qui conviendraient à un serviteur de Dieu et à un bon religieux.
Il est souvent plus mile et plus sûr de n'avoir point beaucoup de consolations en celte vie , surtout quand elles viennent des sens.
Cependant, si nous sommes privés des consolations divines , ou si nous les sentons rarement, c'est notre faute ; parce que nous ne cherchons point la componction du cœur, et que nous ne rejetons pas entièrement les vaines consolations du deliors.
l^^.:^)tmm.
4. Reconnaissez que vous êtes indi,fjne des consolations divines , mais que vous méritez plutôt de grandes tribulations. ^
Quand l'homme est pénétre d'une componction parfaite , le monde entier lui devient alors amer et insupportable.
L'homme de bien trouve assez de sujets de gémir et de pleurer.
Car, soit qu'il se considère lui-même, soit qu'il envisage son prochain , il sait que personne ne vit ici-bas sans tribulaiion ; et plus il s'examine de près , plus profonde est sa douleur.
Un sujet de juste douleur et de componction intérieure, ce sont nos péchés et nos vices , dans lesquels nous gisons tellement ensevelis , que rarement pouvons-nous contempler les choses du ciel.
5. Si vous pensiez plus souvent à voire mort qu'à la longueur de la vie, nul doute que vous n'eussiez plus d'ardeur pour vous corriger.
Si vous faisiez aussi de profondes réflexions sur les peines de l'enfer et du purgatoire, je suis persuadé que vous supporteriez volontiers le travail et la douleur, et que vous ne redouteriez aucune austérité.
Mais, parce que ces vérités ne vont pas jusqu'au cœur , et que nous aimons encore ce qui nous flatte, nous demeurons froids et négligens.
ut^M:
6. Souvent c'est incli{>ence de l'âme , si notre misérable corps se plaint si aisément.
Priez donc humblement le Seigneur qu'il vous donne l'esprit de componction , et dites avec \c Prophète : Nourrissez-7noij, Seigneur^ du pain des larmes, et abreuvez-moi de pleurs en abondance. (Ps. 79, (i.)
RÉFLEXION
^^Jell'i que la componction n'a pas élevé audessus de lui-mcrae, celui qui n'a pas trouvé en elle un asile assuré contre l'erreur, ne peut voir ni la terre, ni les choses terrestres, comme elles sont véritablement. En effet, puisqu'il n'est que trop vrai que notre vue ici-bas est sans cesse exposée à être fascinée, que nos oreilles peuvent être trompées , que la langue n'est pas toujours libre de s'exprimer comme elle le voudrait; celui qui veut connaître la vérilédoit s'isoler du monde, et chercher cette tranquillité profonde, ce calme que ne trouble aucune tempête, où les yeux, uniquement occupés de la considération de Dieu, ne sauraient être détournés par aucun autre objet , et où les oreilles ne sout plus attentives qu'a écouter la parole de Dieu et cette mélodie suave des célestes cantiques, dont le charme le rend tellement maître de l'ame, que, ravie tout entière par ces divins accords, elle ne s'en voit qu'avec peine arrachée pour
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^^v. .ijkjj^refç^^rs^
vaquer aux besoins indispensables du corps. A plus forte raison, le tumulte des affaires du siècle et les intérêts charnels ne peuvent-ils Tcnlever a ses saintes méditations : car, comment les murmures de la tempête qui mugit si fort au-dessous d'elle l'alteindraieut-ils à la hauteur où elle a su se placer?
ï'f^Z^'OA SA^T JEAN-CURYSOSTÔME.
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