‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 35 sur 111 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

DE L\ ï ME I10YAr,E DK H SilME CHOIX.

^.,^':^ LLE semble dure à plusieurs

; "^Y^-V '^'^''^ parole : Renoncez à vous-

r-1 k^^^ »»<^»it-'. wo»7c;5 yofre cvaix et siii-

,'y^S^ ^^^ Jésus. (Luc, 9, 23. )

d'enlendre eeite dernière sentence : lîetirezvowi de moi , mnudils ; allez au feu élernet. l3Iauli.,2o,/ii.)

Ceux (|ui n)aintenant écoutent volontiers et suivent la parole de la croix, ne craindront pas alors d'entendre l'arrêt d'une éternelle condamnation.

Ce signe de la croix paraîtra dans le ciel lors(7uele Seigneur viendra pour juger.

Alors tous les disciples de la croix , qui pendant leur vie se sont conformes à Jésus crucifie, s'approcheront avec, une grande confiance de Jésus-Christ leur juge.

2. Pourijuoi donc craignez-vous de porter la croix, par laquelle on arrive au royaume du ciel?

Dans la croix est le salut, dans la croix la vie, dans la croix la protection contre nos ennemis.

Dans la croix est l'abondance des douceurs

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/i ^56 IMITATION

& célestes , dans la croix est la force de Tame , P dans la croix la joie de l'esprit , la consommait lion de la vertu , la perfection de la sainteté.

Il n'y a de salut pour l'ame, ni d'espérance de la vie éternelle , que dans la croix.

Prenez donc votre croix et suivez Jésus , et vous parviendrez à la vie éternelle.

Il vous a précédé portant sa croix ; il est mort pour vous sur la croix , afin que vous portiez aussi votre croix, et que vous aspiriez à ' mourir sur la croix.

Car si vous mourez avec lui, vous vivrez avec C lui ( Rom. G, 8) ; et si vous partagez ses souf- ^|ï frances, vous partagerez sa gloire. ■

5. Ainsi tout est dans la croix, et tout consiste à mourir , et il n'est point d'autre voie qui mène à la vie et à la vraie paix intérieure, que la voie de la sainte croix et de la mortification continuelle.

Allez où vous voudrez , cherchez tout ce qu'il vous plaira , vous ne trouverez point au-dessus '^^7 une voie plus élevée, ni au-dessous une voie '^ plus sûre que la voie de la sainte croix.

Disposez et arrangez tout selon vos désirs et vosvues,etvoustrouverezque,bongré,malgré, il vous faut toujours souffrir quelque chose ; et ainsi vous trouverez toujours la croix.

^^y Car ou vous sentirez de la douleur dans le corps, ou vous éprouverezdes peines dans l'ame.

DE JE s es- en RI ST. 457

4. Tanlôt Dieu vous délaissera , tantôt vous serez exercé par le prochain; et qui plus est, vous serez souvent à cliarge à vous-même. Et cependant nul remède, nul soula(jement qui puisse vous délivrer ou alléger vos maux ; mais il vous faudra souffrir tant qu'il plaira à Dieu.

Car Dieu veut que vous appreniez à souffi-ir les peines sans consolation , et que vous vous soumeltiez à lui sans réserve , et que vous deveniez plus humble par la tribulation.

Nul n'a le cœur si touché de la Passion de Jésus-Christ , que celui à qui il est arrivé de souffrir quelque chose de semblable,

La croix est donc toujours préparée , et elle vous attend partout

Vous ne pouvez la fuir, quelque part cjue vous alliez ; puisque partout où vous irez, vous vous porterez et vous vous trouverez toujours vous-même.

Regardez en haut, regardez en bas, tournez-vous au-dehors , rentrez au-dedans : toujours vous trouverez la croix ; et il faut que partout vous jjreniez patience , si vous voulez jouir de la paix intérieure et mériter la couronne éternelle.

5. Si vous portez de bon cœur la croix, ellemême vous portera, et vous conduira au terme désiré, où vous trouverez la lin de vos souffrances ; mais ce ne sera point ici-bas.

Si VOUS la joortez à regret , c'est un fardeau

pour vous, et vous vous chargez davantage; et cependant il vous faut la porter.

Si vous rejetez une croix, vous en trouverez certainement une autre , et peut-être plus pesante.

G. Croyez-vous échapper à ce que nul mortel n'a pu éviter ? Quel saint a été en ce monde sans croix et sans tribulation ?

Jésus-Christ lui-même , noire Seigneur , n'a pas été une seule heure dans toute sa vie sans f^ peine ni souffrance : Il fallaU , dit-il, que le j, Clirist souffrît, qu'il ressuscitât d'entre les morts '; et qu'il entrât ainsi dans sa gloire. (Luc, 24,6.) ^

Gomment donc cherchez-vous une autre voie, / que cette voie royale delà sainte croix? \

7. Toute la vie de Jésus-Christ a été une j croix et un martyre ; et vous , vous cherchez le repos et la joie !

Vous vous trompez; oui, vous vous trompez si vous cherchez autre chose que des tribulations à souffrir ; car toute cette vie mortelle est pleine de misères, et environnée de croix.

Et plus un homme aura fait de progrès dans la vie spirituelle, plus les croix qu'il trouvera ( seront souvent pesantes, parce que la peine de ^ son exil croît à proportion de son amour.

8. Affligé en tant de manières , cet homme n'est pas néanmoins sans quelque consolation «t-^iJ;^

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qui le soulage ; parce qu'il sent s'accroître les fruits de sa patience , en portant la ci'oix.

Car lorsqu'il s'y soumet de bon cœur, tout le poids de son affliction se change en une douce confiance que Dieu lui donnera ses consolations. El plus la chair est abattue par les afflictions, plus l'esprit est fortifie par la graee int(:rieure.

Quelquefois même l'amour des tribulations et des adversités, qui fait aimer à l'hommela conformité à Jésus crucifié, le fortifie tellement , qu'il ne voudrait pas être sans doulour et sans affliction; parce qu'il se croit d'autant plus agréable à Dieu , qu'il pourra souffrir pour lui plus de choses pénibles.

Ceci n'est point la vertu de l'homme, mais la grâce de Jésus-Christ, qui opère si puissamment dans une chair fragile, que les clioses qu'elle abhorre et fuit naturellement, elle les lui fait aimer et entreprendre par la ferveur de l'esprit. 9. Il n'est pas naturel à l'homme de porter la croix , d'aimer la ci'oix , de châtier son corps et de le réduire en servitude , de fuir les honneurs , de souffrir volontiers les outrages, de se mépriser soi-même et de souhaiter d'être méprisé , de supporter les adversités et les pertes, et de ne désirer aucune prospérité dans ce monde.

Si vous ne regardez (jue vous, de vous-même

VOUS ne pouvez rien de tout cela ; mais si vous vous confiez dans le Seijjneur, la force vous sera donnée d'en haut, et le monde et la chair seront soumis à votre puissance.

Vous ne ci-aindrezpas même le démon votre ennemi , si vous êtes armé de la foi, et marqué de la croix de Jésus-Christ.

10. Disposez-vous donc comme un brave et fidèle serviteur de Jésus-Christ , à porter courageusement la croix de votre maître crucifié par amour pour vous.

Préparez- vous à souffrir bien des adversités, des disgrâces dans celle misérable vie : car c'est là votre partage, quelque part que vous soyez , et ce que vous trouverez infailliblement en quelque lieu que vous vous cachiez.

11 faut qu'il en soit ainsi ; et il n'y a d'autre remède à tant de maux et de douleurs que de vous supporter vous-même.

Buvez avec amour le calice du Seigneur , si vous désirez être son ami, et avoir part à sa

Remettez-vous à Dieu des consolaiions, afin qu'il en dispose comme il lui plaira.

Mais pour vous, tenez-vous prêta supporter des tiibulalions , et regardez-les comme des consolations d'un gi'and prix : car les souffrances de la vie présente n'ont aucune proportion avec kl fjloire future, et ne sauraient vous la mé-

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DE JÉSUS -CHRIST. \'l\

?7/tT(Rom., 8, 18), quand seul vous les supporteriez toutes.

il. Quand vous en serez venu à trouver douces les tribulations , et à les aimer pour Jésus- Christ , alors estimez-vous heureux, parce que vous avez tiouvé le pai'adis sur la tciie.

Tant que la soullrance vous sera pénible, et que vous chercherez à la fuir , vous serez malheureux , et la tribulation que vous fuirez vous suivra partout.

12. Si vous vous disposez, comme vous le devez, à souffrir et à mourir, vous vous sentirez bientôt soulajjë , et vous trou\erez la paix.

Quand vous auriez été ravi, avec Paul , jus- (ju'au troisième ciel , vous ne seriez pas assuré pour cela de n'avoir plus de contradictions à souffrir. Je lui montrerai , dit Jésus, combien il faut qu'il souffre pour mo)i nom. (Act,, 19, IG.)

Il ne vous reste donc qu'à souffrir, si vous voulez aimer Jésus et le servir sans relâche.

13. Plût à Dieu que vous liissiez digne de soufirir quelque chose pour le nom de Jésus ! Quelle gloire il vous en reviendrait! Quelle joie pour tous les saints de Dieu ! Et quelle éditîcation pour le prochain î

Car tous recommandent la patience, quoique peu cependant veuillent souffrir.

Vous devriez bien endurer avec joie quelque

chose pour Jésiis-Chrisl, lorsque tant d'autres souffrent beaucoup plus pour le monde.

14. Tenez pour certain que votre vie doitétie une mort continuelle ; et que plus on meurt à soi-même, plus on commence à vivre pour Dieu.

Nul n'est propre à comprendre les choses du ciel, s'il ne se soumet à supporter les adversités pour Jésus-Christ.

Rien de plus agréable à Dieu, rien en ce monde de plus salutaire pour vous, que de souffrir de bon cœur pour Jésus-Christ.

Et si vous aviez à choisir, vous devriez plutôt souhaiter d'endurer des afflictions pour lui, que d'être comblé de consolations , parce que vous seriezpar là plus semblable à Jésus-Chrisi, et plus conforme à tous les saints.

Car notre mérite et notre progrès dans la perfection ne consistent pas à goûter des douceurs et des consolations, mais plutôt à supporter de pénibles épreuves et de grandes tribulations.

15. Assurément, s'il y avait eu, pour le salut des hommes , (juelque chose de meilleur et de plus utile que de souffrir, Jésus-Christ, sans doute , nous l'aurait appris par ses paroles et par son exemple.

Or, il exhorte clairement à porter la croix, el les disciples qui le suivaient , et tous ceux qui voudraient le suivre : .Si quelqu'un^ dil-il, veut

venir après moi, qu'il renonce à soi-même, qu'il porte sa croix, et qu'il me suirve. [hue, 19, 25

Ainsi, après avoir tout lu el tout examiné, que ce soit là notre dernière conclusion : // nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu, f Act. , 14, 21 . )

RÉFLEXION

^^ETEZ, jetez les yeux sur Jésus, l'auteur et le cousomniateur de notre foi , regardez-le parmi ses souffrances. Chrétiens, c'est de ses blessures que vous êtes nés : il vous a enfantés à la vie nouvelle parmi ses douleurs immenses ; et la grâce qui vous sanctifle, et l'esprit qui vous régénère, est coulé sur vous avec son sang de ses veines cruellement déchirées. Enfants de sang, enfants de douleurs , quoi ! vous pensez vous sauver parmi les délices ! On s fait un certain art de délica tesse ; on en affecte même plus qu'on n'en ressent. C'est un air de qualité de se distinguer du vulgaire, par un soin scrupuleux d'éviter la moindre incommodité : cela marquequ'on est nourri dans un esprit de grandeur. O corruption des mœurs chrétiennes 1 quoi ! est-ce que vous prétendez au salut, sans porter imprimé sur vous le caractère du Sauveur? N'entendez-vous pas l'apôtre saint Paul qui vous dit que « il a tant souffert afln que » vous suiviez son exemple, et que vous marchiez

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