‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 63 sur 111 · En quoi donc , Seigneur · texte numérisé non relu

En quoi donc , Seigneur

5. A vous offrir de tout votre cœur à la volonté divine ; à ne chercher vos intérêts ni dans les petites choses , ni dans les grandes , ni dans le temps . ni dans l'éternité ; de sorte que , regardant du même œil , et pesant dans la même balance les biens et les maux, vous m'en rendiez également grâces.

Si vous êtes si ferme et si constant dans l'espérance , que , privé de la consolation intérieure, vous prépariez votre cœur à soutenir de plus dures épreuves; si, loin de vous justifier comme ne méritant pas de tant souffrir , vous louez ma justice et ma sainteté dans tout ce que j'ordonne; alors vous marchez dans la voie

DE JÉSUS-CIIRISi. 255

droite et véritable de la paix, et vous aurez l'espérance certaine de revoir mon visaj^e dans l'allégresse.

Que si vous parvenez à un parfait mépris de vous-même, sachez que vous jouirez alors d'une paix abondante, autant qu'il est possible en cette vie d'exil.

RÉFLEXION

|E souhaite fort que vous ayez la paix au-tledans. Vous savez qu'elle ne se peut trouver que dans la petitesse, et que la petitesse n'est réelle qu'autant que nous nous laissons rapetisser sous la main de Dieu en chaque occasion. Les occasions dontDieusc sert consistent d'ordinaire dans la contradiction d'autrui qui nous désapprouve , et dans la faiblesse intciieurc que nous éprouvons. 11 faut nous accoutumer a supporter au-dehors la contradiction d'autrui , et au-dedans notre propre faiblesse. Nous sommes véritablement petits quand nous ne sommes plus surpris de nous voir corriger au-dehors, et incorrigibles au-dedans. Alors tout nous surmonte comme de petits enfans , et nous voulons être surmontés; nous sentons que les autres ont raison , mais que nous sommes daus l'impuissance de nous vaincre pour nous redresser. Alors nous désespérons de nous-mêmes , et nous n'attendons plus rien que de Dieu. Alors la correction d'autrui, quelque sèche et dure qu'elle soit.

nous paraît moindre que colle qui nous est due. Si nous ne pouvons pas la supporter, nous condamnons notre délicatesse encore plus que nos autres imperfections. La correction ne peut plus alors nous rapetisser, tant elle nous trouve petits. La révolte intérieure, loin d'empêcher le fruit de la correction , est au contraire ce qui nous en fait sentir le pressant besoin. En effet , la correction ne peut se faire sentir qu'autant qu'elle coupe dans le vif. Si elle ne coupait que dans le mort, nous ne la sentirions pas. Ainsi , plus nous la sentons vivement, plus il faut conclure qu'elle nous /i^ est ûécessajre.

FÉMELON.

GBAPIÏBE XXVI

DE LEXCELLENCE DE LA LIUEBTE DE I-KSPRIT QU'ON OBTIENT ILLTOT PMI UNE IlLMlfLE PlilÉUE QUE PAU LA LECiLBE.

cj^f^^y^ EiGNEUR, c'est l'œuvre d'un rlAr^i^'^ homme parfait, de ne;

L""^rl jamais de 1 application aux chol :, L^^-^M I ses du ciel , de passer au milieu tl"^.^^^*"J des soins du monde sans se

j\ préoccuper d'aucun soin , non par indolence , mais par le privilège d'une ame libre qu'aucune affection déréglée n'attache à la créature.

v{^ 2. Je vous en conjure, ô Dieu de bonté ! dé-

livrez-moi des soins de celte vie , de peur que je n'en sois trop embarrassé ; des nombreuses nécessités du corps, de peur que la volupté ne me séduise; de tous les obstacles qui arrêtent l'ame, de peur que , brisé par l'affliction , je ne perde courage.

Je ne parle point de ces choses que la vanité humaine recherche avec tant d'ardeur; mais de ces misères qui , par la malédiction commune à tous lesenfans d'Adam, appesantissent péniblement l'ame de votre serviteur , et l'empêchent d'entrer, toutes les fois qu'elle voudrait, dans la liberté de l'esprit.

5. O mon Dieu , douceur ineffable ! changez pour moi en amertume toute consolation de la chair, qui me détourne de l'amour des biens éternels, et m'attire misérablement à elle par la vue d'un bien délectable et présent.

Que je ne sois point vaincu , mon Dieu , que je ne sois point vaincu par la chair et le sang ; que le monde et sa gloire passagère ne me trompent point ; que le démon et ses ruses ne me supplantent point.

Donnez-moi la force pour résister, la patience pour souffrir, la constance pour persévérer.

Donnez-moi, au lieu de toutes les consolations du monde, l'onction si suave de votre Esprit ; et au heu de l'amour charnel , répandez en moi l'amour de votre nom.

4. Je vois que îe boire , le mang^er, le vêtement , et les autres choses qui ser\ ent au soutien du corps, sont à charge à une ame fervente.

^aites que j'use de ces soulagemens avec modération, et que je ne les recherche point avec trop d'ardeur.

Les rejeter tous, cela n'est pas permis , parce qu'il faut soutenir la nature; mais votre loi sainte défend de rechercher le superflu et ce qui flatte davantage ; car autrement la chair se révolterait contre l'esprit.

Que votre main , je vous en supplie, me conduise entre ces deux extrêmes, afin qu'instruit par vous , je ne donne.dans aucun excès.

RÉFLEXION

ousles livres les plus admirables mis ensemble, nous instruisent moins que la croix. 11 vaut mieux d'être cruciGé avec Jésus-Christ, que de ire ses Souffrances : l'un n'est souvent qu'une belle spéculation , ou tout au plus qu'une occupation affectueuse; l'autre est la pratique réelle, et le fruit solide de toutes nos lectures et oraisons. Souffrez donc en paix et en silence : c'jest une excellente oraison que d'être uni 'a Jésus sur la croix. On ne souffre point en paix pour l'amour de Dieu, sans faire une oraison très-pure et trèsréelle. C'est pour cette raison (îu'il faut laisser les

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livres ; et les livres ne servent qu'à préparer cette oraison de mort àsoi-mCme. Vous connaissez l'endroit où saint Augustin , parlant tlu dernier moment de sa conversion, dit qu'après avoir lu quelques paroles de l'Apôtre, il quitta le livre , « et no » voulut point le continuer de lire, parce qu'il n'en » avait plus besoin, et qu'une lumière de paix 0 s'était répandue dans son cœur. » Quand Dieu nourrit au-dedans , on n'a pas besoin de la nourriture extérieure. La parole du dehors n'est donnée que pour procurer celle du dedans. Quand Dieu , pour nous éprouver , nous ôte celle du dehors , il la remplace par celle du dedans pour ne nous abandonner pas à notre indigence. Demeurez donc en silence et en amour auprès de lui. Occupez-vous de tout ce que l'attrait de la grâce vous présentera dans l'oraison, pour suppléer à ce qui vous manque du coté de la lecture. Oh ! que Jésus- Christ, parole substantielle du Père, est un divin livre pour nous instruire ! Souvent nous chercherions dans les livres de quoi flatter notre curiosité, et entretenir en nous le goût de l'esprit. Dieu nous sèvre de ces douceurs par nos infirmités ; il nous accoutume à l'impuissance, et à une langueur d'inutilité qui attriste et qui humilie l'amourpropre. Oh 1 l'excellente leçon ! Quel livre pourrait nous instruire plus fortement?

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OL'E LAMOUK-PUOPRE NOUS ELOIGNE EXTllEMEitlE.NT OU SOUVElUiN fllEN.

ON fils , il faut donner tout poui tout, et ne vous rien réserver.

Sachez que l'amour de vousmême vous nuit plus qu'aucune |- chose du monde.

Selon l'amour et l'affection que vous ressentez , chaque objet vous attache plus ou moins.

Si votre amour est pur, simple et bien règle, vous ne serez esclave d'aucune chose.

Ne désirez point ce qu'il ne vous est pas pci mis d'avoir ; n'ayez rien de ce qui peut vous embarrasser et vous priver de la liberté intérieure.

Il est étrange que vous ne vous abandonniez pas à moi du fond du cœur , avec tout ce que vous pouvez désirer ou posséder.

2. Pourquoi vous consumer d'une vaine tristesse ? Pourquoi vous fatiguer de soins superflus ? Arrêtez-vous à mon bon plaisir et vous ne souffrirez aucun dommage.

Si vous cherchez ceci ou cela , si vous voulez être en tel ou tel lieu, pour avoir vos aises et pour votre plus grande satisfaction, vous ne serez jamais en repos , ni exempt d'inquiétude , parce qu'en

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tout VOUS trouverez quelque défaut, et partout quelqu'un qui vous sera contraire.

3. Ce qui vous sert donc n'est pas d'acquérir ou d'accumuler les biens extérieurs , mais plutôt de les mépriser et de les arracher de votre cœur jusqu'à la racine ; et n'entendez pas ceci uniquement de l'argent et des richesses , mais encore de la poursuite des honneurs et du désir des vaines louanges , toutes choses qui passent avec le monde.

Le lieu est un faible rempart si l'esprit de ferveur y manque ; et cette paix qu'on cherche au-dehors ne sera point stable , si dans votre cœur elle manque de son véritable fondement, c'est-à-dire , si vous n'êtes pas appuyé sur moi. Vous pouvez changer, mais vous n'en deviendrez pas meilleur.

Car, dès que l'occasion naîtra et que vous l'aurez saisie, vous trouverez ce que vous avez fui, et pis encore.

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4. Prière pour obtenir la pureté du cœur et la céleste sagesse.

[ffermissez-mot, mon Dieu, par la grâce de l'Esprit-Saint. Faites que sa vertu fortifie en moi l'homme intérieur, qu'elle dégage mon cœur de toute sollicitude et de toute inquiétude; ne souffrez point qu'il se laisse emporter au désir d'aucune chose vile ou précieuse; mais

que je regarde touscs choses comme passagères , et moi-même comme devant passer avec elles.

Car il n'y a rien de stable sous le soleil, oit tout est vanité et affliction d'esprit. (Eccl., 2, il ). Oh ! qu'il est sage cehii qui juge ainsi !

5. Donnez-moi, Seigneur, la sagesse céleste, afin que j'apprenne à vous chercher et à vous trouver avant tout , à vous goûter et à vous aimer par-dessus tout, et à ne compter tout le reste que pour ce qu'il est, selon l'ordre de votre sagesse.

Accordez-moi d'éviter prudemment l'homme qui flatte, et de supporter patiemment celui qui contredit.

Car c'est une grande sagesse de ne se point laisser agi ter à tout vent de paroles, et de ne point [)rêter l'oreille aux perfides accens des sirènes. Ainsi on avance sûrement dans la voie où l'on est entré.

REFLEXION

'amour -PROPRE, avide et timide, craint toujours de manquer : il s'accrocheà tout, comme une personne qui se noie se prend a tout ce qu'elle trouve, même a des ronces et à des épines, pour se sauver. Plus on ôte à l'amour-propre, plus il s'efforce de reprendre d'une main ce qui échappe à l'autre. Il est inépuisable en beaux prétextes : il se replie comme un serpent, il se déguise, il prend

toutes les formes; il invente mille nouveaux besoins, pour flatter sa délicatesse et pour autoriser ses relâchemens. lise dédommage en petits détails des sacrifices qu'il a faits en gros : il se retranche dans un meuble, dans un habit, un livre, un lien qu'on n'oserait nommer : il lient à un emploi, à une confidence , a une marque d'estime , a une vainc amitié. Voilà ce qui lui tient lieu des charges , des honneurs, des richesses, des rangs que les ambitieux du siècle poursuivent : tout ce qui a un goût de propriété , tout ce qui fait une petite distinction, tout ce qui console l'orgueil abattu et resserré dans des bornes si étroites, tout ce qui nourrit un reste de vie naturelle , et qui soutient ce qu'on appelle moi ; tout cela est recherché avec avidité. On le conserve; on craint de le perdre; on le défend avec subtilité, bien loin de l'abandonner : quand les autres nous le reproclient, nous ne pouvons nous résoudre a nous l'avouer à nousmêmes : on est plus jaloux la-dessus qu'un avare ne le fut jamais de sou trésor.

HOSSl'I'l'.

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