‹ L'imitation de Jésus-ChristChapitre 67 sur 111 · CHAPITRE XXXU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXU

BNEGAT.ON DE .SOi . ET PU RE.NOACEME.NT A TOL'TE CLPIDITÉ.

âvïS

ON fils, vous ne pouvez jouir

d'une liberté parfaite, si vous

ne renoncez entièrement à

vous-même. ^

Ils vivent dans I'esclava{;e ^^J/J^i'v,

tous ceux qui conservent l'es- ^ ^^'^^ propriété, et qui s'aiment eux-mêmes :

curieux, inquiets, cherchant toujours ce ]\wu^j^^i(f^^i ^

qui flatte leurs sens, et non les intérêts de Jésus- Christ. On les voit se repaître d'illusions, et former mille projets qui se dissipent.

Car tout ce qui ne vient pas de Dieu périra.

Retenez bien cette courte mais profonde parole : « Quittez tout , et vous trouverez tout ; » renoncez à vos convoitises , et vous trouverez * le repos. »

Méditez cette leçon ; et quand vous l'aurez mise en pratique , vous comprendrez tout.

2. Seigneur, ce n'est pas l'œuvre d'un jour ni un jeu d'enfants : mais dans ce peu de mots est renfermée toute la perfection religieuse.

3. Mon fils , vous ne devez point vous rebuter ni perdre courage lorsqu'on vous propose la voie des parfaits; mais plutôt vous efforcer de parvenir à cet état sublime , ou au moins y aspirer de tous vos désirs.

Ah î s'il en était ainsi de vous ! si vous en étiez venu au point de ne plus vous aimer vous-même, mais d'être entièrement soumis à ma volonté et à celle du supérieur que je vous ai donné! alors j'arrêterais sur vous mes regards avec complaisance , et toute votre vie se passerait dans la joie , dans la paix.

Il vous reste encore bien des choses à quitter, et si vous ne m'en faites l'entier sacrifice, vous n'obtiendrez point ce que vous demandez.

Je vous conseUle, pour vous enrichir, d'achc

•va

ter de l'or éprouvé par le feu ( Apocal. , 3, 18) ; c'est-à-dire !a célesie sagesse, qui foule aux. pieds toutes les choses d'ici-bas.

Préférez-la à toute la sagesse du siècle, à tout ce qui plaît aux hommes ou vous plaît en vousmême.

4. Vous devez échanger ce qu'il y a de grand et de précieux dans les choses humaines , contre une chose vile.

Car elle paraît vile et petite, elle est presque entièrement oubliée, cette véritable sagesse du ciel qui ne s'élève point en elle-même, et qui ne cherche point à êlre admirée sur la terre, que plusieurs préconisent de bouche, mais dont ils s'éloignent par leur vie : c'est cependant cette perle précieuse qui est cachée au grand nombre.

RÉFLEXION

, 'oNmedit : Qui liait son ame dans ce monde, la (jar dora dan s lavie éternelle. Cette morale n'est pas seulement proposée a mou admiration : on m'ordonne d'y conformer ma vie. A la suite de ces paroles , en voici d'autres non moins irapcratives : Si quelqu'un me sert , qu'il vienne après moi , et il me suivra partout où je serai. On me presse de laisser la le monde : j'obéis , je renonce au monde, je ne vois plus, dans tous les objets qui s'offrent à mes regards, qu'une vapeur d'un moment. En-

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flammé de l'amour des biens éternels , je foule sous les pieds tous les biens de la terre : lorsqu'une voix accoutumée a triompher de ma faiblesse, pour m'élever a sa force, vient encore se faire entendre à mon oreille, elle me crie : Maintenant, mon ame est dans le trouble. Qu'est-ce a dire? Comment puis-je marcher après vous, quand vous vous arrêtez de défaillance? Comment supporter des épreuves sous lesquelles succombe la force ellemême? Sur quel fondement m'appuyer, quand la pierre ferme manque? Mais je crois entendre cette même voix, la voix démon Seigneur, me répondre au-dedans de moi-même, et me dire . Tune m'en suivras que mieux , alors que je me place au-devant de toi pour t'aider. Dans cet état de faiblesse où tu me vois, reconnais-toi toi-même. Je m'abaisse pour félevér. Oui, ô divin Médiateur I Dieu pour nous commander, homme pour nous apprendre à souffrir ; ce trouble auquel votre charité pour nous consent à descendre , cette faiblesse que vous vous êtes imposée à vous-même, vous ne les endurez que pour moi , que pour me consoler dans celle contre qui j'aurai trop souvent la nécessité de combattre.

SAI?iT AtGUSTIHî.

D!i LIMCONSTAKCE DD COEUR ET DE LOBLICATIO^ DE SE

PHOPOSEB DlEi; POIH FIN DER.MÈllE. ^k

^-, ON fils, ne croyez pas à votre af-

lec[ion ; celle qui est maintenant

I^Si ^^'"^ bientôt changée en une

^^ autre.

^ Tant que vous vivrez, vous

serez sujet au changement, même malgré vous :

tour à tour triste et gai, tranquille et inquiet,

fervent et sans dévotion; tantôt actif, tantôt

paresseux, tantôt grave, tantôt léger.

Mais l'homme sage et vraiment instruit des choses spirituelles demeure ferme au milieu de ces vicissitudes, ne prenant point garde à ce qu'il sent en lui-même, ni de quel côté souffle le vent de l'inconstance, mais arrêtant toute son attention sur la fin bienheureuse à laquelle il doit tendre.

C'est ainsi qu'au milieu de tant d'événemens divers, fixant sur moi seul l'œil simple de son intention , il pourra demeurer inébranlable et toujours le même.

2. Plus l'œil de l'intention est pur, plus on marche avec assurance au milieu des tempêtes.

Mais cet oeil s'obscurcit en plusieurs , parce

'ir

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qu'il se tourne bientôt vers chaque objet agréable qui se présente.

Car il est rare de trouver quelqu'un tout-àfait exempt de la honteuse recherche de soimême.

Ainsi, autrefois les juifs vinrent à Béthanie, chez Marthe et Marie, non pour Jésus seulement, mais aussi pour voir Lazare. (Jean , 12, 9.)

Il faut donc purifier l'œil de l'intention , afin qu'il soit simple et droit , et qu'il me regarde au-delà de tout ce qui est entre lui et moi.

RÉFLEXION

^n ! ou essuyez vos larmes pour toujours , et recevez votre consolation en ce monde ; ou n'y cherchez plus d autres consolations, ni d'autres plaisirs que ceux de la grâce et de Tinnocencc. Fixez-vous euGn : je ne parle ici que pour l'intérêt même de votre repos. Quelle vie pénible que ces révolutions perpétuelles de crime et de repentir I Vous le savez : éternellement combattu , et par ces troubles secrets qui vous rappellent a l'innocence, et par ces penchans infortunés qui vous rentraînent dans le vice : toujours occupé , ou a pleu- J^ji rer vos faiblesses, ou à surmonter vos remords ; jamais heureux ; soit dans le crime , où vous ne trouvez point de paix ; soit dans la vertu, où vous ne pouvez vous faire une situation durable. Ayez S^

lO

donc pitié (le votre ame; fixez- vous enfin : établissez une paix solide dans votre conscience : mettez à profit ces derniers traits de miséricorde que la bouté de Dieu laisse encore tomber sur votre cœur. Peut-être touchez-vous a cette dernière inconstance qui va terminer, par l'endurcissement , toutes les inégalités de votre vie; et que, comme un arbre plus d'une fois mort et déraciné, selon l'expression d'un apôtre , vous allez rester toujours sur le côté que vous tomberez. Fixez donc dans le devoir toutes les agitations de votre ame, afin que, fondé et enraciné dans la charité , vous ne soyez plus un de ces hommes temporels dont parle Jésus-Christ , qui ne croient en lui que pour un peu de temps, et que vous puissiez un jour aller recevoir dans le ciel la couronne du salut et de Timmorfalité , promise a ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin.

Massillon.

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