CHAPITRE LVl
QUE NOUS DEVONS RENONCER A NOUS-MÊMES ET IMITER JEStS-CHRlST EN PORTANT LA CROIX.
ON fils, VOUS ne pourrez passer en moi qu'autant que vous sortirez de vous-même.
Comme ne rien désirer audehcrs donne la paix intérieure; ainsi renoncer intérieurement à soi-même unit à Dieu.
Je veux vous apprendre la parfaite abnégation de vous-même en ma volonté, sans contradiction et sans murmure.
Sinvez-moî (Mattli. , ix, ix) ; je suis la voie , la vêrïlé et la vie. { Jean , lA, 6. )
Sans la voie on n'avance pas : sans la vérité on ne connaît pas , sans la vie on ne vit pas : je suis la voie que vous devez suivre, la vérité que vous devez croire, la vie que vous devez espérer. Je suis la voie qui n'égare point, la vérité qui ne trompe point , la vie qui ne finira jamais.
Je suis la voie la plus droite, la vérité souveraine , la véritable vie, la vie bienheureuse , la vie incréée.
Si vous demeurez dans ma voie , vous connaiyy^ Irez la vérité; et la vérité vous délivrera (Jean , 8 ^ 32) , et vous obtiendrez la vie éternelle.
DE JÉSUS-CHUIST. 549
2. Si i'o/(s voulez parvenir à la vie, gardez mes coinniaiidcmciis. (3IaUli. , li), 17.)
Si vous voulez connaître la vérité , croyez en moi. Si vous voulez être parfait, vendez tout.
Si vous voulez être mon disciple, renoncez à vous-même.
Si vous voulez posséder la vie bienheureuse, méprisez la vie présenle.
Si vous voulez être élevé dans le ciel , liumiliez-vous sur la terre.
Si vous voulez rég^ner avec moi , portez la croix avec moi.
Car les serviteurs de la croix trouvent seuls la voie de la béatitude et de la vraie lumière.
5. Seigneur Jésus , puisque votre vie était pauvre et méprisée du monde, donnez-moi de vous imiter et d'être méprisé du monde.
Car le servilenr n'est pas plus (jrand que son Seigneur, ni le disciple au-dessus de son niaUre. (Ibid., 10,24.)
Que votre serviteur s'exerce à se former sur voire vie, parce que là est mon salut et la vraie sainteté.
Tout ce que je lis ou entends hors de là ne me console ni ne me satisfait pleinement.
4. Mon fils, puisque vous savez cela et que vous avez lu toutes ces choses , vous serez heureux si vous les pratiquez. (Jean , 13 , 17. )
Celui qui connatl et observe mes commande-
Ni
WJFi
mens, c'est celui-là qui m aime; elje l'aimerai aussi, et je me manifesterai à lui , et je le ferai asseoir avec moi dans le royaume de mon Père. (Jean, 14, 21. — Apoc, 5, 21. )
5. Seigneur Jésus , qu'il soit fait selon voire parole et votre promesse : rendez-moi digne de ce bonheur.
J'ai reçu de votre main la croix; je l'ai portée et je la porterai jusqu'à la mort, telle que vous me l'avez imposée.
Cci'tes, la vie d'un bon religieux est une croix; mais elle conduit au paradis.
J'ai commencé, il n'est plus permis de retourner en arrière ; il n'y a plus à s'arrêter.
6. Courage, mes frères ! marchons ensemble; Jésus sera avec nous.
Pour Jésus , nous nous sommes chargés de cette croix; continuons pour Jésus de porter la croix. Il sera notre soutien , celui qui est noire clief et notre guide.
Voilà notre roi qui marche devant nous ; il combattra pour nous !
Suivons avec courage ; que nul n'appréhende les terreurs; soyons prêts à mourir généreusement dans cette guerre, et ne souillons pas notre gloire de la honte d'avoir fui la croix.
^ 65>'^^ii^4^;N^(C^-^^^^jTj^NSi..i^
DE JKSUS-CIIRIST.
KEFLEXION.
^ELUi qui me veut servir, qu'il me suive; qu'il nrimito, qu'il soit avec moi. qu'il passe par les mômes voies . mon Père V honorera à ce prix, comme il m'a liouoré moi-même. II a fallu tout perdre, tout abandonner, tout prodiguer, tout haïr. Marche après moi, chrétien, si tu veux arriver où j'arrive. Marchez, Jésus, je vous suis. En aurai-je le courage? Hélas! vous me dites comme a Pierre : Tu ne peux pas encore me suivre, mais lu me suivras dans la suile. 0 Sauveur! je ne dirai pas que je vous suivrai partout : je n'ose le dire : je sens ma faiblesse. J'en ai le désir : aidez ma volonté faible. Inspirez-moi une volonté forte et courageuse.... Accoutumons-nous, à l'exemple de Jésus, dans tout ce qui nous flatte , de rapprocher toujours en notre esprit, le plus vivement que nous pourrons, la pensée de la mort. Mais accoutumons-nous a joindre toujours ces deu\ idées : gloire et plaisir de la terre, éternelle confusion ; et encore ces deux-ci : croix et mortiflcation, gloire et félicité éternelle. C'est a force d'y penser souvent qu'on joint ensemble des idées qui paraissent si éloignées l'une de l'autre; mais plutôt c'est a force d'entrer dans celte pratique. Il faut faire autant qu'on peut violence aux sens, de peur qu'ils ne prévalent et ne nous séduisent.
pÇ^^!^^?Mf),#W
-/cr.
CHAPITRK LVll.
QCE L'nOMME NE DOIT PAS SE LAISSER TIÎOP ABATTRE QUAND IL TOMBK EN QlELQl ES FAITES.
ON fils, la patience et l'huniilitc dans les traverses me plaisent plus que beaucoup de consolation et de ierveur dans la prospérité.
Pourquoi vous attrister d'une chose légère qu'on a dile contre vous? Fût-elle plus grave, vous ne devriez pas en être ému.
Laissez tomber cela ; cette épreuve n'est pas nouvelle : ce n'est pas la première pour vous , et ce ne sera pas la dernière si vous vivez longtemps.
Vous avez assez de courage tant qu'il ne vous arrive rien de fâcheux.
Vous conseillez mêmebi(n les autres, et vous savez les fortifier par vos |)aroles ; mais lorsqu'une soudaine affliction se présente à votre porte , vous manquez de conseil et de force.
Considérez votre extrême fragilité dont vous faites si souvent l'expérience dans les moindres occasions : et toutefois , c'est pour votre salut que Dieu permet toutes ces choses.
2. Bannissez l'affliciion de votre cœur le mieux (jue vous pourrez ; et si elle a pu vous atteindre,
\cr^i
^v-Xi-
DE J [iSUS-CriRIST. OOO
n'en soyez puint abattu ni long-temps afjité.
Souffrez au moins avec paticjice , si vous ne pouvez souffrir avec joie.
Lorsque vous êtes peiné d'entendre certaines choses , et que vous en ressentez de l'indignation, modérez-vous, et veillez à ce qu'il n'échappe de votre Ijouche aucune parole peu mesurée qui scandalise les faibles.
L'émotion excitée s'apaisera bientôt, et le retour de la grâce adoucira ramerlume intérieure.
Je suis toujours vivant , dit le Seigneur, tout prêt à vous secourir et à vous consoler plus que jamais , si vous vous confiez en moi , cl si vous m'invoquez avec ferveur.
3. Armez- vous de constance, et préparez-vous à de plus grandes souffrances.
Tout n'est pas perdu , quoique souvent vous soyez dans le trouble, ou tenté violemment.
Vous êtes homme et non pas Dieu ; vous êtes chair et non un ange.
Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans le même degré de vertu, quand celle persévérance a man<]ué à l'ange dans le ciel, el au premier homme dans le paradis?
C'est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent , et j'élève jusqu'à ma divinité ceux qui reconnaissent leur faiblesse.