CHAPITRE IX
TRADITION GÉNÉRALE DE LA SAINTETÉ PARFAITE, PERPÉTUELLE ET INDÉFINIE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE.
La tradition générale et perpétuelle de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu a été mise récemment dans un grand jour. — Elle implique la prérogative de l’immaculée Conception. — Nous allons le prouver. — Art. i. De l’origine de cette tradition générale. — Elle remonte aux apôtres, elle a traversé tous les siècles. — Art. ij. Points de doctrine consacrés par cette tradition. — En Marie tout est prodige, tout est miracle. — § i. Points de doctrine relatifs k l’origine de Marie. — La Mère de Dieu prédestinée a la sainteté, lorsque Dieu décréta de toute éternité le mystère de l’Incarnation. — Dieu la choisit lui-même ; — la créa lui-même; — la fit digne de lui. — C’est la cité sainte; ses fondements sont saints, elle est bâtie sur des montagnes saintes. — L’origine de Marie est sans cesse comparée a l’origine du Verbe éternel qui sortit de la bouche de Dieu. — Par son origine Marie est un prodige. — § il Points de doctrine relatifs à la sainteté parfaite, perpétuelle, indéfinie de la Mère de Dieu. — L’idée de la Mère de Dieu et l’idée de pécheresse s’excluent dans la pensée de l’Eglise. — Eloquence des SS. Pères pour éloigner de Marie toute idée de tache, de souillure, d’imperfection spirituelle. — Efforts pour exprimer sa parfaite sainteté. — Son nom de sainte Vierge, de sainte Marie, prouve qu’elle est sainte par excellence. — Marie a été comparée k la rose, au lis, et k d’autres symboles naturels de la pureté, de l’innocence et de la sainteté, tels que la colombe, l’agneau, la brebis. — Marie a été comparée aussi aux objets les plus saints du culte hébraïque, tels que le temple, le sanctuaire, le tabernacle, la table des pains de proposition, l’arche du Testament, etc ; — puis, au paradis terrestre avant la chute, au ciel, au trône de Dieu. — Marie a été déclarée supérieure en sainteté k toutes les créatures intellectuelles, aux Anges, aux Séraphins et aux Chérubins. — Les Pères ont dit que Marie occupe le second rang avec la divinité qui occupe le premier; — qu’il n’y a pas de milieu entre elle et sou Fils ; — qu’elle est parente de Dieu, fille de Dieu ; une espèce de divinité terrestre. — Une sainteté aussi éminente et aussi parfaite renferme évidemment le privilège de l’immaculée Conception. — Art. iii. Quelques témoins remarquables de la tradition générale, même parmi ceux
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qui ont nié la prérogative de Marie. — S. Méthode, S. Ephrem, S. Jean Damascèue, S. Anselme, S. Bernard, S. Thomas d’Acquin. — Art. iv. Conséquences de la tradition générale. — Elle a suffi aux défenseurs de l’immaculée Conception pour soutenir leur opinion; — elle explique leur assurance et leurs succès. — La vérité était sensiblement de leur côté. — L’événement les justifie.
La preuve tirée de la définition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu, en faveur du privilège de son Immaculée Conception, est, on peut le dire, une conquête de la théologie moderne , le fruit des études que S. S. Pie IX a ordonnées avant la définition du mystère, le résultat des travaux remarquables entrepris récemment sur les monuments de la tradition catholique (1).
Bien longtemps, les défenseurs de l’immaculée Conception de Marie avaient recueilli dans les écrits des Pères et dans les anciennes liturgies, de nombreux passages où Marie était appelée sainte, très-sainte, la plus sainte des créatures ; et puis, immaculée , innocente, pure, sans tache et sans souillure. Mais la conséquence qu’ils tiraient de ces prémisses paraissait peu concluante, parce que ces expressions isolées, tout en affirmant dans Marie une sainteté éminente, immense, ne semblaient point indiquer nécessairement un degré de sainteté qui comprît la sainteté originelle. Les anciens docteurs qui ont nié le privilège de l’immaculée Conception, ont appliqué toutes ces épithètes à Marie, et quelquefois
(1) Le grand mérite du R. P. Passaglia, dans son savant ouvrage sur l’immaculée Conception, est d’avoir placé cet argument dans tout son jour, et de l’avoir pour ainsi dire épuisé.
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ils ont enchéri sur elles. Ils n’y voyaient donc point une preuve convaincante du privilège de la Mère de Dieu (1).
Une étude approfondie des monuments de la tradition catholique a démontré que ces expressions ne sont pas isolées comme on a pu le croire d’abord, mais qu’elles appartiennent à un vaste système d’éloges, et, si j’ose parler ainsi, d’admiration, d’extase vis-à-vis de la Mère de Dieu, système qui fait partie de la croyance et de la tradition de l’Eglise, et prouve que la sainteté de Marie dépasse en réalité tout ce qu’on peut en dire et tout ce qu’on peut en penser. Cette étude a fait voir que l’idée de la Vierge Mère de Dieu, se résume dans celle d’une sainteté indéfinie, sainteté qui égale tout ce que la puissance infinie de Dieu peut opérer par la grâce en une créature, tout l’amour qu’il peut porter à l’être le plus privilégié, c’est-à-dire que Marie a reçu du Seigneur autant de grâces qu’il pouvait lui en donner, autant de dons qu’une créature pouvait en recevoir, et, par conséséquent, qu’il est impossible de dénier à la Mère de Dieu aucune grâce possible.
De là cette croyance générale, exprimée de mille manières dans les écrits des saints Pères , que Marie est une créature extraordinaire, prodigieuse, unique dans son genre ; une créature en qui tout est merveille, tout est prodige, tout est miracle; une créature pour qui la divine Providence a établi un ordre de choses spécial, ou plutôt qui constitue elle-même
(1) C’est la remarque fort juste de Pétau, et de plusieurs autres théologiens distingués.
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un ordre de choses à part. Tous les siècles l’attestent, en fait de sainteté et de vertu, Marie dépasse toutes les créatures ; par sa pureté, par son innocence, elle est la reine et la souveraine de toutes; elle a reçu, à elle seule, plus de dons que tous les autres élus ensemble; elle dépasse en pureté, en beauté et en sainteté les neuf chœurs des anges; elle a été faite à l’image de son divin Fils; elle est fille, épouse et mère de Dieu, auquel elle tient par des liens intimes et indissolubles; entre elle et Dieu il n’y a point de milieu ; après Dieu elle est le plus saint des êtres; enfin cette immensité de grâces qu’elle a reçues, est la mesure de la gloire et de la puissance dont Dieu l’a investie dans le ciel.
Telle est l’idée que l’Eglise a eue en tout temps de la Mère de Dieu; tel est le véritable type de la sainte Vierge.
Il faut être frappé de cécité pour ne pas voir que la notion traditionnelle d’une pareille sainteté, d’une sainteté vraiment indéfinie, toute miraculeuse, que les anges n’ont pas atteinte, que le langage humain ne saurait exprimer, que la sainteté de Dieu seul dépasse, renferme celle de la sainteté originelle. Il faut fermer ses yeux à la lumière pour ne pas voir que cette tradition manque de sens et ment pour ainsi dire à elle-même, si la Mère de Dieu a été en naissant esclave du démon, souillée du péché originel, comme le reste des hommes.
Pour que cette preuve vraiment magnifique du privilège de la Mère de Dieu apparaisse ici dans tout son éclat, nous résumerons en quelques pages les points de doctrine qui constituent la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Vierge Mère de Dieu, nous en cite-
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rons quelques témoins remarquables, et de leurs témoignages nous déduirons, par une conséquence rigoureuse, moralement nécessaire, le grand privilège de Marie. Mais avant tout il importe d’indiquer l’origine de cette tradition.
ARTICLE i.
De l’origine de la tradition générale de la sainteté parfaite, perpétuelle et indéfinie de la Vierge, Mère de Dieu.
Les sectes modernes ont prétendu que la haute idée que les fidèles conçoivent aujourd’hui de la Mère de Dieu, et la vénération affectueuse qu’ils professent pour elle, ne remontent point au berceau de l’Eglise, mais datent d’une époque plus récente. Elles en marquent l’origine, les unes au règne de saint Grégoire-le-Grand, qui gouvernait le peuple de Dieu à la fin du VIe siècle et au commencement du YIlme ; les autres au Concile d’Ephèse, qui fut célébré en 431. Toutes en général attribuent le respect et la confiance que les fidèles professent de temps immémorial pour la Mère de Dieu, aux combinaisons d’un enseignement humain et aux artifices de la hiérarchie catholique.
Ces déplorables illusions attestent leur aveuglement incurable tout autant que leur profonde ignorance ; car la moindre attention suffit pour voir que l’idée de la haute sainteté de la Vierge Mère de Dieu est née dans l’Eglise au temps même des Apôtres, de la connaissance claire, évidente des anciennes prophéties, de la foi aux
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mystères dont la bienheureuse Vierge Marie avait été ou l’objet ou l’instrument, et du spectacle éblouissant de ses vertus héroïques.
Ce que le Saint-Esprit avait dit d’elle; ce que son divin Fils lui a témoigné d’amour; ce qu’elle a supporté de souffrances et de persécutions avec le Sauveur pour le salut des hommes, suffisait sans aucun doute pour faire concevoir de la Vierge Mère aux premiers disciples du divin Maître, cette haute idée qui n’a jamais péri dans l’Eglise.
Et qui peut douter que les Apôtres n’aient vu en Marie la femme illustre et mystérieuse, que Dieu avait promise à nos premiers parents dans le paradis terrestre, et qui devait, d’après cette promesse, écraser un jour la tête du serpent infernal? Ignoraient-ils peut-être que Marie était la Vierge, annoncée par le prophète Isaïe comme la mère d’Emmanuel, ou du Dieu avec nous? Marie avait dit elle-même que Dieu, en la rendant mère, avait accompli les promesses faites à Abraham et à sa race (i). Le vieillard Siméon remerciait le Seigneur de voir accomplir en Jésus et en Marie les merveilles qui avaient été dans la bouche de tous les prophètes (2). La salutation angélique surtout avait dû faire sur les premiers disciples une profonde impression. Quoi! Dieu avait daigné adresser à Marie un prince de sa cour
(1) Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et seminiejus in sæcula. » Luc. h.
(2) « Sicut locutus est per os sanctorum, qui a sæculo sunt, prophetarum ejus.» Luc. n.
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céleste pour la saluer au nom de la Sainte-Trinité ellemême, pour la proclamer 'pleine de grâces! Un ange descendu des cieux, dans une forme sensible, était venu lui dire que le Seigneur était avec elle, qu’elle était bénie au-dessus de toutes les femmes, qu’elle avait trouvé grâce devant Dieu, qu’elle avait été choisie pour devenir la Mère du Messie, qu’elle donnerait le jour au Fils du Très-Haut, par l’opération du Saint-Esprit, qui l’ombragerait de sa toute-puissance ! Sainte Elisabeth, inspirée de Dieu, avait confirmé tous ces éloges; et Marie elle-même, remplie d’un saint enthousiasme à la vue des merveilles que Dieu opérait en elle et par elle, avait entonné ce magnifique cantique d’actions de grâces, que tous les siècles répètent après elle et en son honneur ! Comme elle l’a prédit, toutes les générations la proclament bienheureuse, toutes reconnaissent que le Tout- Puissant a fait en elle de grandes choses : en fallait-il davantage pour pénétrer les premiers chrétiens d’une vénération profonde et d’une admiration sans bornes envers la Mère de Dieu?
En outre les Apôtres et les premiers disciples avaient été témoins de la tendre affection de Jésus pour sa sainte Mère; ils avaient appris de la bouche de celle-ci les mystères de l’enfance et de la jeunesse de Jésus; ils avaient reçu avec elle les dons du Saint-Esprit, après l’avoir contemplée aux pieds de la croix, où elle avait offert avec son Fils le grand sacrifice delà Rédemption. Ils avaient admiré pendant sa vie son humilité, sa douceur, sa patience, son courage, sa modestie, sa charité, sa prudence, sa sainteté; et après sa mort ils ont su
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qu’elle était montée au ciel, pour y régner à jamais comme la reine des anges et des saints.
Lorsqu’on songe que les Apôtres et les disciples ont médité tous ces événements à la lumière des anciennes prophéties, après la descente du Saint-Esprit, on se fait facilement une idée de l’impression que ces faits ont dû produire sur eux et sur les premiers chrétiens. Si au bout de dix-huit siècles entiers ces circonstances mystérieuses nous remplissent encore d’étonnement et d’amour pour cette Vierge incomparable, quel effet n’ont-elles pas produit sur les personnes qui en furent témoins? Pour que tous les siècles chrétiens eussent de la Vierge Mère de Dieu la plus haute idée, et professassent pour elle la plus vive admiration et le plus sincère amour, enfin pour que les idées et les sentiments dont ils étaient eux-mêmes pénétrés passassent dans l’esprit et dans le cœur de tous les fidèles, ne suffisait-il point que les Apôtres et les premiers disciples enseignassent aux premiers chrétiens les mystères dont Marie avait été l’instrument et l’objet?
Voilà en réalité, la première source de la tradition générale de la sainteté parfaite, perpétuelle et indéfinie de la Mère de Dieu.
Si dès l’origine les fidèles, qui professaient une si grande admiration pour Marie, n’ont pas généralement reconnu d’une manière claire et précise le privilège de l’immaculée Conception qui était contenu dans cet ensemble de faveurs célestes dont, de l’aveu de tous, elle avait été comblée, c’est que Dieu, dans sa sagesse infinie, a voulu réserver la connaissance explicite et claire
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de ce mystère aux temps modernes, pour y faire éclater une manifestation nouvelle de son amour envers Marie, et exciter ainsi dans nos cœurs une dévotion plus généreuse envers elle et un désir plus ardent de l’imiter.
Voici toute l’économie de la divine Providence dans le développement de ce dogme.
Le privilège de Marie fut connu tout d’abord explicitement, et professé en termes précis par un petit nombre de saints docteurs ; il fut connu implicitement par la multitude des fidèles qui avaient de la Mère de Dieu une idée si haute que s’ils avaient eu l’occasion d’analyser leur croyance, ils n’eussent pas manqué d’y découvrir la révélation du privilège de l’immaculée Conception. Lorsque l’hérésie obligea l’Eglise à éclaircir des vérités de foi, telle que l’universalité du péché originel, dogme qui semblait jeter une certaine obscurité sur le privilège de Marie, Dieu a multiplié les témoins de ce privilège, et en a fait pénétrer la connaissance dans le peuple fidèle. Les contestations soulevées plus tard ont contribué puissamment à ce but. C’est ainsi que la croyance à la sainteté parfaite et indéfinie de Marie est devenue de plus en plus claire, et que le grand nombre des docteurs et des fidèles ont été amenés à reconnaître la sainteté originelle de cette créature privilégiée, dont la sainteté au fond n’avait pas de bornes. C’est ainsique la croyance à la prérogative de l’immaculée Conception, d’implicite qu’elle était, est devenue explicite, et d’obscure qu’elle était, est devenue claire. C’est ainsi enfin que la révélation divine de ce mystère a fini par éclater à tous les yeux.
Mais voyons comment l’admiration que les Apôtres et
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les premiers disciples avaient conçue pour la Mère de Dieu s’est manifestée dans le cours des siècles suivants. Nous en trouverons l’expression dans les monuments écrits de la tradition catholique, et dans quelques points de doctrine qui ont toujours fait partie de l’enseignement public de l’Eglise.
ARTICLE II
Expression de la tradition générale de la sainteté parfaite , perpétuelle , indéfinie de la Mère de Dieu. — Points de doctrine relatifs à son origine, et à sa sainteté.
Du magnifique concert d’éloges et de louanges que tous les siècles chrétiens ont chantés en l’honneur de Marie, c’est à peine si nous pouvons faire retentir ici quelques faibles échos.
Cependant nous ne désespérons point de faire apprécier le sentiment général de l’Eglise, tant les monuments que nous rappelons sont éclatants, et si je puis parler ainsi, décisifs pour notre cause.
Ce que les saints Pères et les anciens docteurs ont écrit de la vie et des mystères de la bienheureuse Vierge, aboutit toujours, en dernière analyse, à cette conclusion que Marie, de quelque côté que l’on envisage sa personne, ses actions et ses destinées, est un grand miracle, un vrai prodige.
« L’épouse de Dieu, disait au IVe siècle le grand saint Ephrem, par laquelle nous avons été réconciliés
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avec lui, est un miracle inouï, et impénétrable à notre esprit (1). »
S. Jean Damascène appelle Marie un abîme de miracles (2).
« Tout ce qui vous concerne, dit saint Germain de Constantinople, ô Vierge sainte, est extraordinaire et justifié en soi (3). » Et ailleurs : « Moi aussi, ô Mère de Dieu, j’oserai vous louer, puisque vous possédez en vous les merveilles des merveilles qui dépassent notre esprit et nos pensées (4). »
L’Eglise grecque chante, entre autres éloges de Marie: « O Vierge bénie et tout à fait sainte, ô miracle inexplicable, ô prodige incompréhensible, ô salut des mortels (5) ! Tous vos mystères, ô Mère de Dieu dépassent nos pensées (e,)! »
Ce langage est celui de tous les anciens, qui enseignent d’une voix unanime que les mystères de la Mère de Dieu sont ineffables, et que tout ce qui la concerne appartient aux opérations miraculeuses du Seigneur. S’ils parlent de son origine, miracle ; des grâces qu’elles a reçues, miracle; de la sainteté dont elle a été
(1) S. Ephrem. Oper. gr. lat. t. m. p. 328.
(2) S. Joan. Damasc. Oper. t. n. p. 849.
(3) « Omniatua, Dei genitrix, incredibilia miraque suut; omnia naturam exceduut, cuncta rationem et potentiam. » S. Gerraan. Constantinop. In S. Marier zonam. ap. Combefis. Orig. rerumque Constantinop. pag. 239. Paris. 1664. S. Gerra. Orat. in dormit. Deip. apud Nieodem. ‘EopTo^pop-tov. pag. 666. Venet. 1836.
(4) Id. Orat. in dormit. Deip. ap. Combefis. Auctar. p. 1446.
(3) Paracletice. p. 596. ed. Venet 1853.
(6) Pentecostarion. p. 35. ed. Venet. 1857.
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douée, miracle; des vertus qu’elle a pratiquées, miracle; des bienfaits qu’elle nous a procurés, miracle ; de la protection qu’elle exerce, miracle; de sa vie, miracle; de sa mort, miracle; de son assomption, miracle; de sa gloire dans le ciel, miracle encore, et toujours miracle, parce qu’en la Mère de Dieu tout sans exception est merveille et prodige.
Pour se faire une juste idée de l’admiration que l’Eglise catholique a toujours professée envers Marie, il faut parcourir les nombreux discours composés en l’honneur de cette divine Vierge, et récités à ses fêtes, les hymnes qui célèbrent ses grandeurs, les prières qu’en tout temps les fidèles lui ont adressées. Jamais, de nos temps, on n’a prononcé en l’honneur de Marie la vingtième partie des louanges et des éloges que l’Eglise lui a adressés au premier âge, dans les siècles de ferveur. Le savant religieux qui a écrit, sur le mystère de l’immaculée Conception l’ouvrage remarquable que nous avons déjà cité (1), a réuni au moins huit mille témoignages des SS. Pères et des livres liturgiques de toutes les églises du monde chrétien, en l’honneur de la Mère de Dieu ; et cependant ceux qui liront en entier les homélies, les sermons, les commentaires, les traités et les prières dont ces témoignages sont extraits, verront de leurs yeux que le savant auteur ne leur a point emprunté la centième partie des éloges qu’ils contiennent.
Impossible à nous de parcourir ce champ immense;
(1) L’ouvrage du R. P. Passaglia, qui est consacré presqu’exclusivement à l’explication des monuments de la traditon, a 210-i pages grand in-4°, sans les préfaces et les tables.
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mais au fond, pour établir notre thèse de la manière la plus convaincante, la chose n’est pas nécessaire.
Nos lecteurs comprendront sans peine la valeur de la tradition générale de la sainteté indéfinie de Marie, si nous parvenons seulement à leur faire bien saisir l’idée que les SS. Pères et l’Eglise ont toujours eue, en premier lieu, de l’origine de la Mère de Dieu; en second lieu, de sa prodigieuse sainteté : ces deux idées principales expliqueront tout le reste.
Points de doctrine relatifs à l’origine de la Mère de Dieu.
Tous les anciens, même ceux qui n’ont pas songé au privilège de l’immaculée Conception ou qui l’ont nié, ont parlé de l'origine de la Mère de Dieu en termes si pompeux, avec une admiration si profonde, qu’ils ont rendu à ce privilège, indirectement et sans y songer, un éclatant hommage.
Le don de la grâce originelle est évidemment contenu dans l’ensemble des prérogatives et des merveilles qu’ils exaltent et glorifient en Marie à propos de sa prédestination, de sa conception et de sa naissance. Pour s’en convaincre il suffit de jeter un coup d’œil rapide sur les écrits où ils parlent de ces mystères. Suivons-les un instant et la vérité nous éblouira.
D’abord les saints Pères nous disent d’une voix unanime que Marie a été prédestinée de toute éternité comme la Mère de Dieu, et que son type a été conçu dans la
pensée divine avec le mystère de l’Incarnation, auquel il appartient. De toute éternité Dieu a voulu que la Mère de son Fils fut créée avec des perfections telles que le Verbe divin pût s’incarner dans son sein ; et que cette Vierge choisie pour accomplir ses desseins miséricordieux sur la terre, fût digne de sa destinée.
« On lit dans les Cantiques, écrit Didyme d’Alexandrie au IVe siècle, Il fut choisi au milieu de 'plusieurs milliers... La Mère de Dieu a été choisie de préférence à toutes les créatures, pour l’Incarnation du Fils de Dieu (1). »
Saint Epiphane, au Ve siècle, s’exprime ainsi: « Le sein de Marie a été préparé , par une bonté extraordinaire de Dieu et par un miracle prodigieux de sa puissance , comme le temple et la demeure du Verbe incarné (2). »
« C’est à bon droit, dit Sophronius, que l’Ange salue et proclame pleine de grâces la Vierge qui a été choisie et préférée (à toutes les créatures) comme Mère de Dieu (5).»
« Oui, elle est vraiment sainte, s’écrie Tarase, patriarche de Constantinople au VIF siècle, celle qui a conçu d’une manière mystérieuse, celui quiseul est saint. Et comment ne serait-elle point (aux yeux de Dieu) une
(1) « Legiturin canticis : Electus ex millïbus... Deipara electa est præ omnibus ad Incarnationem. » Didym. De Trinit. Lui. c. 6. p. 559.
(2) a Hujus (MariæJ utérus, velut templum ac domicilium, ad divini Verbi incarnationem, singulari est Dei benignitate magno et stupendo mysterio prœparatus. » S. Epiphan. Ilœr. 79. n. 3. pag. 1039.
(3) a Dei genitrix electa et prœelecta, jure abAngelo salutatur et prædicatur gralia plena. » Sophron. Ad Panlam etEustoch. de Virg. Assumpt. c. S. inter op. S. Hieron.t. xi.p. 96.
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oblation immaculée, pure, sans tache, de la nature humaine, cette Vierge que Dieu avait prédestinée avant la création du monde ; et qu’il avait choisie au milieu de toutes les générations pour devenir sa demeure exempte de toute souillure (1) ? »
Dans la liturgie grecque, même doctrine.
« Voici qu’elle naît, lisons-nous à la fête de la Conception de Marie, celle qui, avant sa conception, fut prédestinée comme la Mère de Dieu, vrai trésor de la, virginité (2). »
Parmi les Pères de l’Eglise latine même croyance.
« Par la montagne d’Ephraïm, dit saint Grégoire-le- Grand, on peut entendre la bienheureuse Vierge Marie, la Mère de Dieu ; car elle a été une montagne qui par la dignité de son élection a dépassé la hauteur de toutes les créatures élues. N’est-elle pas évidemment une montagne sublime, cette Vierge qui, pour arriver jusqu’à la conception du Verbe éternel, a fait monter le sommet de ses mérites au-dessus de tous les chœurs des anges ? Isaïe a prédit la dignité sublime de cette montagne, lorsqu’il a dit : Dans les derniers jours il y aura au sommet des montagnes, un mont préparé, qui sera la demeure duSeigneur. Ce mont s’est trouvé au sommet des montagnes, parce
(1) « Ipsa veresancta quæ ewn, qui unice sanctus est, arcana rationc concepit... Quomodo Virgo a creatione mundi prœdestinata , et ex omnibus generationibus præelecta, in impollutum domicilium... non honore digna et pura et impolluta exstet, et oblatio immaculata humanæ naturæ? » Tarasius. Orat. in præsent.üeip. ap. Passaglia pag. 1152.
(2) « Eccenascitur quæ anteuterum prœdestinata fuit Dei nostri Mater, virginitatis thésaurus. » Sergius Ilagiopolitan. in Menœis ad. via Dec. p. 57.
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que la hauteur de Marie a brillé au-dessus de tous les saints : il 11e se serait point trouvé au sommet des montagnes, si sa divine fécondité n’avait élevé Marie au-dessus de la hauteur des anges mêmes (1). »
« Jésus-Christ, dit la Liturgie Mozarabe, s’est choisi celle dont il naquit... Elevons nos mains suppliantes vers la miséricorde du Tout-Puissant quia choisi d’avance la Vierge Marie, comme un lit de modeste beauté, alin qu’elle mit au jour son Fils unique, le salut du monde (2) . » Celle que Dieu avait choisie pour sa Mère devait être l’œuvre de Dieu seul. Aussi les saints Pères écartent-ils de sa naissance toute intervention de la nature, pour attribuer sa création à la main du Seigneur. Ils l’appellent un temple, un tabernacle qui n’a pas été construit de la main des hommes, mais qui est l’œuvre de Dieu.
« Le Verbe, dit saint Denis d’Alexandrie, n’a pas ha-
(1) « Potest autem hujus montis (Ephraim) nomme beatissinia semper Virgo Maria Dei genitrix designari, nions quippe fuit quæ omnem eledœ creaturæ altitudinem electionis suœ diynitate Iranscendit. Annon nions sublimis Maria, quæ , ut ad conceptionem œterni Verbi pertmgeret, meritorum verticeni supra omnes angelorum choros erexit? Hujus enim montis præcellentissimam dignitatem Isaias vaticinatus est :Eritin novissimis diebus præparatus mons domus domjni, in vertice montium. Mons quippe invertice montium fuit, quia altitudo Mariæ supra omnes sanctos refulsit. Nam nions in vertice montium non fieret, si supra angelorum altitudinem banc divina fecunditas non levaret. » S. Greg. Mag. Comin. in lib. Reg. c. 1. n. 5. pag. 9.
(2) « Hanc Christus elegit de qua natus est... Tendamus ad omnipotentis Dei misericordiam supplices palmas, qui Virginia Mariæ pudici decoris thalamum præelegit , quæ unigenitum Filium suum, mundi salutem, parerct. » Missale Mozarab. p. 415. — « Christus purissimam Virginem Mariam... elegit, fecitque sibi novarn matrem in qua et habitavit. » Or do. initiandi catechumenos, apud Syros. Voy. P. Passaglia. p. 1191.
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bité dans un de ses serviteurs, mais dans son saint tabernacle qui n’est pas fait de la main des hommes, c’està-dire, dans Marie la Mère de Dieu (i). «
«Je vous salue, chantel’Eglise Cophte, ô vous quiètes pleine de grâces, Vierge Immaculée, tabernacle qui n’est pas fait de la main des hommes, trésor de vérité (2). » Sous l’Ancien Testament Dieu ne voulait pas que la main des hommes façonnât les choses saintes qui lui étaient consacrées. Il avait écrit le décalogue de sa main sur les tables de la loi, que les anciens pour ce motif, appelaient un livre qui n’est pas écrit de la main des hommes. Les pierres qui servaient d’autel devaient être prises telles que la nature les avait faites, sans que le fer les taillât : elles n’étaient pas faites non plus de la main des hommes. De là cette épithète, a passé aux choses extraordinaires et divines auxquelles Dieu avait imprimé le cachet de sa main. En appelant Marie un tabernacle qui n’est pas fait de la main des hommes, les anciens ont donc voulu donner la plus haute idée de son origine et de sa création. Ils ont fait entendre que Marie était l’œuvre immédiate de la main de Dieu. Aussi d’autres l’ont-
(1) « Non in servo habitavit (Verbum) sed in sancto suo tabernaculo non manufacio, quod estDeipara Maria. » S. Dionys. Alex. Q. vm. ad Paul. Samosat. op. p. 261. — « Appositum à^EiocuîotïiToç non manufactus, quod ter legitur in N. T. Marc. xiv,58. n. Cor. v. 1. Col- h. 1 1 ,ex seseusuque loquendi potestatem præfert rei singularis ac divinæ. Quura igitur virgo audit oaivvi r. labernaculumnon manufactura, eidem origo asserilur singularis ac plane eximia. » P. Passaglia pag. 1 190. Voy. aussi Preve espoz. degli atli délia commiss. spéciale , p. 56. Roma 1853.
(2) « Ave gratia plena, Virgo inimaculata, tabernaculura non manufactwn, veritatis thésaurus. » Theolochia Cophtorumzy P. Passaglia p. 1075.
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ils appelée le volume écrit de la main de Dieu ou les tables de la loi, par une allusion manifeste aux tables que Dieu grava de son doigt sur le mont Sinaï.
Les saints Pères écartent de la naissance de Marie non seulement l’intervention des hommes, mais encore celle de la nature. Cette pensée se fait jour lorsqu’ils cherchent les causes mystiques de la stérilité de sainte Anne. Pourquoi, se demandent-ils, Marie naquit-elle d’une mère stérile? Ce fut d’abord, à les entendre, pour ouvrir les voies à la croyance de l’enfantement d’une Vierge ; ce fut ensuite pour montrer que Marie était l’enfant de la grâce et non point de la nature.
En sainte Anne la fécondité était éteinte; l’âge avait glacé son sein ; l’action créatrice immédiate était devenue nécessaire ; et la nature ne pouvant plus rien, n’osa point prévenir l’action de la grâce qui procurait la fécondité. Ce fut doncDieu etnon point laforceproductrice de la nature qui créa Marie dans le sein de sa mère (i).
Pour compléter cette doctrine, les saints Pères assurent que les parents de la sainte Vierge, en lui donnant l’existence, ne furent point souillés du désordre de la concupiscence ; qu’aucune affection déréglée ne présida à la
(1) S. Jean Damascène explique très-bien cette doctrine. « Eccur vero Virgo Maria orta est ex sterili ? plane quia oportebat, ut ad id, quod solum sub sole novum futurum erat ac prodigiorum caput, via per prodigia sterneretur, paulatimque ab humilioribus ad sublimiora progressio fleret. Cæterum alia quoque altior diviniorque ratio a me afferri potest. Natura enim gratiæ cedit, statque tremula pergere non sustinens. Quoniam itaque futurum erat ut Deigenitrix Virgo ex Anna nasceretur, natura gratiæ germen antevertere non ausa est; sed mansit fructus expers donec gratia fructum ederet. » S. Joan. Damasc.£/om. i. innativ. Deip. n. 2. t. ir. p. 830.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Conception de la Mère de Dieu. Marie naquit en quelque sorte sous le souffle du Saint-Esprit et par l’action toutepuissante du Créateur. Saint Ildefonse, Fulbert de Chartres, et parmi les docteurs de l’Eglise grecque, Georges de Nicomédie et Nicétas de Paphlagonie, entre autres, écartent de la Conception passive de Marie toute idée de concupiscence (i).
Ainsi les anciens docteurs éloignent de la Conception de Marie toutes les causes réelles ou présumées de la transmission du péché originel ; puis ils arrivent à cette doctrine commune que Marie est l’œuvre immédiate de
Dieu.
« Jésus-Christ, dit l’Eglise Syrienne dans sa liturgie, choisit la très-sainte Vierge Marie, et se fit à lui-même une Mère nouvelle en qui il habita (2). »
« Il a fait cette Vierge si grande , écrit saint Augustin, celui qui a été fait d’elle... Il s’est fait à lui-même saMère, lorsqu’il était encore chez son Père (5). »
« Nous croyons, dit saint Léon-le-Grand, que le Fils de Dieu est venu en ce monde par le sein de la Vierge, choisie pour l’accomplissement de ce mystère de piété, Vierge dans laquelle et de laquelle la Sagesse éternelle s'est construit une demeure (4). » « Le Fils de Dieu, dit le même
(1) Voy. le P. Passaglia, n. 1675, pag. 1869 et n. 1635. p. 1806.
(2) « Christusqui purissimain Virginem Mariam... elegit fecitque sibi novarn matrem , in qua et habitavit. » Ordo initiandi catechumenos apud Syros. Vid. P. Passaglia p. 1191.
(3) « Talein fecit illam (Virginem) qui factus est ex ilia... Fecit sibi Matrem quum esset apud Patrem. t S. Aug. Serin, clxxxvi. t. v. col. 615.
(4) <1 Credimus... Dei Filium... venisse in hune mundum per uterum Virginis
l’immaculée conception
Pontife, a pris la nature humaine, après s’être choisi une Mère qu’il avait faite (i). »
« Le Seigneur, dit Agobard, archevêque de Lyon, au VIIIe siècle, a envoyé son Fils, Dieu le Verbe, afin qu’il prît notre chair et habitât parmi nous, c’est-à-dire dans l’humanité parfaite qu’il prit pour nous de nous, c’està-dire de la sainte Vierge préparée et gardée à cette fin (2). »
L’auteur de la Couronne de Marie , attribuée à saint Ildefonse, n’est pas moins énergique : « Allaitez, dit-il à Marie, celui qui vous a faite si grande, afin qu’il fût fait de vous (5). »
Enfin le pieux Eckbert de Belœil s’écrie : « Noë a construit l’arche pour échapper au déluge ; et Jésus-Christ s’est préparé Marie, afin de racheter le genre humain (4). »
Cette croyance est d’ailleurs universelle, et l’Eglise l’a consacrée en appliquant à Marie, dans ses offices divins, ces paroles de la Sainte-Ecriture : La Sagesse s’est bâtie
in lioc sacramentum pietatis electœ, in qua et ex qua œ dificavit sibi Sapientia domum. » S. Léo M. Sertit, xxv. in nativ. Dni. v. n 2. p. 83.
(1) « Filins Dei... uaturamin se suscepit humanam... electa sibi maire quant fecerat. » S. Léo M. Sem. xxiv. n. 15. p. 80.
(2 J « Dominus... misit Filium suum Deum Verbum ut carofieret... et habitaret in nobis, id est in humanitate perfecta quarn sumpsit pro nobis ex nobis, id est ex sancta Virgine ad hoc prœparata et custodita. » Agobard. Lugd. De fidei veritate c. 6. t. n. pag. 11. ed. Baluz. 1666.
Ço) « Lacta eum qui talem fecit te, ut ipse fieret in te. » S. Ildef. vulgat. inter op. PP. Toletan. t. y. p. 574.
(4) « lllam (arcam) Noe, ut diluvium evaderet, fabricavit ; istam (Mariam) Christus, ut humanum genus redimeret, sibi præparavit. » Eckbertus inter op. S. Beruardi t. v. p. 705. — P. Passaglia a u. 1188 ad 1198, a pag. 1148 ad 1162.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
à elle-même une demeure ; paroles qu’elle a complétées par celles-ci, qui ne sont pas moins significatives : Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle ; la sainteté, ô Seigneur, convient à votre maison.
C’est aussi la doctrine commune des Pères que Dieu a non seulement créé, mais orné de ses dons les plus précieux, celle qui était destinée à devenir la Mère de son Fils. Je n’en citerai que trois témoins.
Dans l’Eglise Syrienne : « Si personne, dit saint Ephrem, ne peut comprendre votre Mère, ô Seigneur, qui pourrait par la pensée vous embrasser vous-même?... Vous l’avez ornée de toutes les manières, ô vous qui êtes son plus bel ornement! Votre Mère, Seigneur, est un prodige (i). » Dans l’Eglise Grecque, Isidore de Thessalonique s’exprime ainsi : « Ce saint rejeton (Marie) que le doigt de Dieu avait peint et orné des formes ineffables de ses grâces, fut le fruit de la prière et de la crainte de Dieu (2). » Dans l’Eglise latine, Pierre Comestor écrit : « Le Dieu courageux et puissant a peint lui-même les murs de sa cité ; il en a jeté les fondements ; il en a bâti les remparts (5). »
(1) « Si matrem tuam mente et intelligentia assequi nemo potest, quis te atlingere se posse credat?... Vides ut omnibus illam decorasti modis, 0 matris tuæ dccus !... Prodigiumest mater tua. » S. Ephrem. Sermo vin denativ. Domini. t. 11. syr. pag. 4-23.
(2) « Fuit vere precum timorisque Dei partus hic salutaris fœtus, qui Dei digito ineffabilibus gratiæ formis depictus et ornatus est. » Isidor. Thessalon. Mariale ed. Maracci p. 18. Romæ. 1631.
(5) « Dominus fortis etpotens muros civitatis suæ depinxit, fundamenta jecit, locavit mœnia. # Petrus Comestor, Serin. de Imm. Concept, ap. Petr. de Alva et Astorga. Radii solis, etc. col. 61-4.
l’immaculée conception
Dieu en créant lui-même sa Mère l’a faite de telle sorte qu’elle fût digne de lui, et ressemblât parfaitement au Fils qui devait naître d’elle ; c’est là encore un point de doctrine attesté mille fois. Ecoutons-en quelques témoins.
« La divine Providence, dit Théodote d’Ancyre, nous a donné Marie, qui fut digne de son Créateur; qui nous obtint de grands biens , qui fut fille d'Adam, mais dissemblable à lui (1). »
A qui ressemble-t-elle, cette Vierge incomparable ? Anastasele Sinaïte répond que c’est à son Fils.
« Qui oserait dire, s’écrie ce docteur, que Marie qui est de la même essence que Dieu (dans son humanité), n’a pas été créée à l’image et à la ressemblance de celui qui est né d’elle ? Comment serait-elle la Mère d’un tel Fils, sans porter en elle-même l'image intacte de sa progéniture (2) ? »
« Marie, dit saint Jérôme, a été d’une pureté si grande qu’elle a mérité d’être la Mère de Dieu (5) ; » et saint Maxime de Turin explique comment elle a acquis ce mérite, en disant : « Marie fut vraiment une demeure digne de
(1) « Hanc nobis conditorc dignam donavit divina providejitia, bonorum conciliatricem, neptem Adamo dissimilem. t Theodot. Ancyr. Orat. in Chr. nativ. n. 12 ap. Galland. ix. 475.
(2,) « Quis mihi, die, quæso... audebit dicere, quod ea, quæ est ejusdem simul cum Deo esseritiæ (quod carnem attinet), non sit ad imaginera et similitudinem ejus, qui ex ipsa natus? Quomodo enim est mater ejusmodi filii, non ferens in se illæsam fœtus sui imaginera? » Anastas. Sinaït. in Ilexacm. 1. vi.
(5) « Propone tibi Mariam quæ tantæ exstitit puritatis ut mater Domini esse raereretur. » S. Hieron. ep. xxn. n. 38. Ad Eustoch. t. 1. p. 120. ed. Vallarsi.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Jésus-Christ, non pas à cause de la forme de son corps, mais à cause de la grâce originelle qu’elle reçut (1). »
A cette époque saint Augustin avait rendu familière l’expression de péché originel. On comprend dès-lors ce que signifie, dans la bouche de saint Maxime, la grâce originelle.
Les trois témoignages que je viens d’alléguer appartiennent à la tradition explicite du privilège de Marie. Je les cite ici pour montrer comment cette tradition formelle s’enchassedans la tradition implicite et en découle.
Saint Anselme fait ressortir d’une manière admirable la sainteté dont Marie a dû être douée dès son origine, afin que son Fils, lorsqu’il naîtrait, lui ressemblât.
Il la compare à la sainteté de Dieu le Père et de Dieu le Fils, et la considère comme une partie de la sainteté dont l’humanité du Sauveur fut douée. « Parce que Notre Seigneur, dit-il, est né d’un père juste selon la nature divine et d’une mère juste selon la nature humaine, il est vraiment juste lui-même dès son origine; et au lieu de l’injustice originelle que tous les autres enfants d’Adam contractent, il a obtenu dès son origine la justice originelle (2). »
Voilà bien la sainteté de Marie comparée à celle de Dieu même, sans restriction ni réserve, comme si la perfection de la Mère en ce monde devait égaler, autant que la chose est possible dans une créature, la perfection du Père qui est dans le ciel.
(1) 1 Idoneum plane Maria Christo habitaculum, non pro habitu corporis, sed pro gratin originali. » S. Maximus Taurin. Serin, v. p. 18.
(2) S. Anselra. De Conceptu virginali. cap. 20. p. 103.
l’immaculée conception
Avant saint Anselme, André de Crète avait exprimé la même pensée. Le divin Sauveur, d’après lui, mérite le nom de saint, d’admirable, d’ineffable, de Très-Haut, parce que tous ces noms conviennent à sa Mère. « Il est saint, dit-il, celui qui est né d’une sainte , il est le Seigneur des saints; il est admirable, celui qui est né d’une mère admirable; il est ineffable, celui qui est né d’une mère ineffable; il est le Fils du Très-Haut, celui qui est né d’une mère Tirs-Haute (i). »
De là cette habitude de considérer Marie comme un enfant très-saint dès le moment de sa création au sein de sa mère, et de n’en parler dès-lors qu’avec admiration.
« Que ce monde nouveau (la Mère de Dieu) est magnifique! s’écrie saint Jean Damascène, quelle création prodigieuse, brillante des plantes de toutes les vertus, et comblée de toutes sortes de biens; digne enfin d’être habitée par le Seigneur qui vient au milieu des hommes (2)! »
(lj « Sanctum quod ex sancla natum est, sanctum ac omnium dorninus sanctorum, sanctum et cujus sit ut sanctitatem impertiat; eximium quod ex eximia nascitur ; inexplicable quod ex inexplicabili prodit ; filius Allissimi qui ex Al lissim a oritur. » Theodot. In Clirisli nutiv. n. 12. ap. Galland. ix. -17 (i. — Voyez une foule d’assimilations pareilles dans l’ouvrage du P. Passaglia n. 1524. pag. 1353. et n. 1325 et scq. Benedicta , benedictus, etc. Le même écrivain a réuni un grand nombre de témoignages des SS. Pères où il est dit que Marie a été comblée de grâces et de dons célestes, afin d’être une Mère digne de lui. Voy. n. 1172 â 1 175 pag. 1124 et seq. et n. 1532, pag. 1368 et seq.
(2) « Quam mundus iste (Maria) magnifiais est !... Quam stupeuda creatio quæ virtutum plantis venusta est, cunctisque bonis aliis nulla penuria laborat ; digna denique prorsus est in qua l)eus ad hommes venions inhabitet ! » S. Joan. Damasc. Orat. u. de Naliv. Deip. p. 857.
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« Qu’il est admirable, dit le même docteur, le sein de la bienheureuse Anne dans lequel, par de secrets accroissements, a été formé ce très-saint enfant. O sein dans lequel fut conçu ce ciel animé plus vaste que l’immense étendue du ciel! O mamelles qui avez allaité la nourrice de celui qui nourrit le monde! O miracle des miracles ! O chose la plus admirable de toutes celles qui nous étonnent! 11 convenait certes de préparer par des miracles les voies au mystère ineffable de l’Incarnation (1). »
Après ces pieuses exclamations, on n’est plus étonné d’entendre les saints Pères, et l’Eglise même, assimiler la Conception de Marie, dans le sein de sainte Anne, à la Conception éternelle du Verbe divin, dans le sein de son Père, et lui appliquer les paroles du livre des Proverbes qui supposent, dans la Mère de Dieu, une origine toute divine.
Placer dans la bouche de Marie ce discours : Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies.... Je suis sortie de la bouche du Très-Haut, comme sa première née, avant toute créature.... En moi se trouve toute grâce de la voie et de la vérité... C’est dire en d’autres termes ce que tous les Pères ont dit de la Mère de Dieu, chaque fois qu’ils en ont parlé ; c’est nous convaincre que l’ori-
(1) « O præclarum Annæ sinum, in quo tacitis incrementis, ex eo auetus et formatas est fœtus sanctissimus ! O uterum in quo animatum cœlura, cœlorum latitudine latius (Maria) conceptum fuit! O ubera ejus lactentia nutricem a quo mundus alitur! O miraculorum miraeula et rerum admirabilium res maxime mirabiles ! Æquum quippe erat ut ad ineffabilem Dei incarnationem iter per miracula sterneretur... » S. Joan. Damasc. Orat. i. in Nar. üeip. ». 2. op. t. n. p. 850.
l’immaculék concept, t. i.
l’immaculée conception
gine de Marie, par la grande sainteté qui la illustrée, ressemble à celle de son divin Fils.
Ces paroles du reste ont été souvent prises à la lettre, comme exprimant dans un sens vrai ce que Dieu a fait pour sa Mère. Ï1 n’est pas rare de rencontrer, dans les prières de l’Eglise et dans les écrits des saints docteurs, des passages où Marie est appelée la fille de Dieu, appellation très-familière dans l’Eglise grecque, ou bien la fille première-née de Dieu, la fille unique de Dieu (i), expressions qui sont propres au Fils de Dieu, dans le genre masculin, et que l’on n’a pu appliquer à Marie dans le genre féminin, sans faire entendre que son origine ressemble sous plusieurs rapports à l’origine du Verbe, et qu’à certains égards elle est divine.
Je ne pourrais prolonger cette série de témoignages implicites et indirects, sans m’avancer sur le terrain de la tradition explicite et directe, où j’ai déjà été forcé de mettre deux ou trois fois le pied. Je m’arrête donc ici avec la conviction d’avoir prouvé fort clairement que toutes les idées généralement reçues dans l’Eglise touchant l’origine, la création et la Conception de la Mère de Dieu, conduisent forcément à cette conséquence, qu’elle a été sans souillure et sans tache. Il est impossible de dire d’une personne conçue dans le péché originel, qu’elle a été choisie et prédestinée de toute éternité pour devenir la Mère du Saint des saints; qu’elle n’est pas le fruit de la nature, mais de la grâce ; qu’elle n’est point l’œuvre de l’homme, mais de Dieu; que Dieu l’a
(1) Voy. plusieurs passages dans l’ouvrage du P. Passaglia. p. 1394 et 1387.
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créée pour lui -même, afin qu’elle fût une demeure digne de lui; qu’il l’a faite à l’image de son Fils, dont elle a toujours conservé la ressemblance ; qu’elle a été ornée de justice et de sainteté, afin de ressembler au Père céleste qui était de toute éternité le Père du Fils dont elle était la Mère dans le temps ; qu’elle a été si juste, si sainte, que l’on peut dire que le Dieu incarné en elle lui ressemblait ; que l’Esprit-Saint a décrit son origine par les mêmes termes que l’origine du Verbe dans le sein de son Père ; qu’elle est vraiment la premièrenée, et la fille unique de Dieu. Ce langage appliqué à une femme qui est née dans le péché originel, serait faux, absurde, blasphématoire; il ferait injure à Dieu et à son Fils. Puisque ces expressions sont l’écho de la tradition catholique tout entière et de la pensée bien connue de l’Eglise, elles signifient évidemment que l’origine de Marie a été immaculée. Ainsi par l’idée générale que les SS. Pères ont eue constamment de l’origine, de la création et de la Conception de Marie, on arrive au dogme que l’Eglise a récemment défini. Ce dogme était virtuellement exprimé dans les monuments de la tradition , que nous venons de rappeler; pour le formuler en termes précis, il a suffi de tirer la conséquence légitime, nécessaire, des points de doctrine admis par tous les fidèles et par tous les docteurs.
Après avoir esquissé rapidement la tradition relative à V origine de la Mère de Dieu , arrêtons-nous un instant aux monuments qui nous attestent la haute idée que l’Eglise a toujours eue de sa sainteté parfaite, perpétuelle, indéfinie.
l’immaculée conception
Points de doctrine relatifs à la sainteté parfaite, perpétuelle, indéfinie de la Mère
de Dieu.
L’idée de la sainte Vierge Mère de Dieu que l’Eglise catholique a professée dans tous les temps, que les saints Pères ont enseignée dans tous les pays du monde, est fondée sur trois vérités proclamées par les monuments de la tradition avec une insistance et un accord admirables : la première, que Marie n’est point pécheresse; la seconde, que Marie est d’une pureté et d’une sainteté parfaites ; la troisième, que la sainteté de la Vierge Mère de Dieu dépasse toute sainteté créée et échappe aux expressions du langage humain.
Dans la doctrine chrétienne, l’idée de la Mère de Dieu et l’idée du péché sont incompatibles. Non seulement les saints Pères n’enseignent point que Marie ressemble au reste des filles d’Adam, mais dans tous leurs discours ils ne semblent craindre qu’une chose, c’est que les fidèles ne confondent Marie avecles autres hommes, et ne la placent au rang des pécheurs. C’est surtout lorsqu’ils expliquent les paroles de la salutation angélique : Vous êtes bénie entre toutes les femmes , c’est-à-dire au-dessus de toutes les femmes, qu’ils s’étudient à éloigner de l’idée de la Mère de Dieu toute notion de péché, de souillure et de tache morale. Saint Bernard qui a nié le privilège de l’immaculée Conception, est le premier à dire que Marie a été bénie de Dieu de telle sorte qu’elle n’a jamais été
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
maudite (i). L’Eglise grecque et ses saints docteurs ont employé, pour exprimer cette croyance, toutes les richesses de leur langue, auxquelles les ressources de nos langues modernes ne sont pas comparables. Ils ont appliqué à la Mère de Dieu plus de quarante épithètes diverses pour nier en elle tout péché, toute faute, tout défaut, toute laideur, toute souillure, toute flétrissure, toute tache, toute corruption, toute contagion, toute blessure, toute imperfection, etc., etc (2); et non contents d’appliquer ces épithètes au positif, au comparatif et au superlatif, ils ont pu, grâces à la fécondité de leur langue, et au moyen de particules augmentatives, élever ce superlatif à un superlatif d’un degré supérieur. Ainsi par exemple ils disent que la Mère de Dieu est non seulement très-immaculée , la plus immaculée des créatures, mais encore, qu’elle est plus que tout à fait immaculée , qu’elle est sur-immaculée , etc. ; en d’autres termes, que sa pureté dépasse de beaucoup tout ce qu’on peut en dire (5).
(1) « 0 sola inter mulieres benedicta et non maledicta ; sola a generali maledicto libéra, et a dolore parturientium aliéna. » S. Bernard. Serin, rv. in Vig. Nadv. n. 3. p. 772. S. Bernard restreint la malédiction au désordre de la concupiscence et aux douleurs de l’enfantement, comme plusieurs autres écrivains ecclésiastiques. Mais cette restriction est arbitraire; et de plus, elle est contraire a la pensée de l’Eglise qui considère le péché originel comme le premier et le principal effet de la malédiction divine. Le langage de St Bernard, entendu dans le sens de l’Eglise, suppose en Marie la préservation du péché originel et le privilège de l’immaculée Conception.
(2) Voy. le P. Passaglia. n. 74 et seq. pag. 52 et seq.
(3) Voy. P. Passaglia. n. 138. pag. 102. etc. Atiributa superlativa, negaiiva.
l’immaculée conception
Il est facile de s’imaginer à quelle idée répondaient ces expressions si nombreuses et si fortes, lorsqu’on s’est rendu compte de la valeur de la seule épithète immaculée que les saints Pères appliquent à la sainte Vierge, comme une qualification caractéristique.
S. Jean Chrysostôme, par exemple, dit que « celui-là est vraiment immaculé qui est affranchi de tout crime, de toute souillure, qui est sans tache, sans iniquité, et sans péché (1). »
S. Cyrille déclare que « personne parmi nous n’est tout à fait immaculé, sans faute (2). »
S. Ambroise dit que « Notre-Seigneur est vraiment immaculé, parce qu’il n’a pas été souillé même par la condition ordinaire de notre naissance^). »
Appliquons l’épithète d’immaculée et de parfaitement immaculée à la Mère de Dieu, dans le sens de ces saints docteurs, et nous arrivons immédiatement à cette conclusion que Marie n’a pas contracté le péché originel.
Dans son beau livre sur la piété de l’Eglise grecque envers Marie, le père Wangnereck pèse l’expression tout à fait sans souillure selon la pensée des anciens, et fait voir que sa signification est universelle dans tous les sens,
(1) « Ille est â[ X.MU.C,;, immaculatus, qui liber est ab omni scelere, crimine et sordibus; qui extra omnem maculam, iuiquitatera et peccatum est constituais. » 8. Joau. Chrysost. In Psalm. cxvm, op. t. v. p. G8a.
(2) « Nullus inter nos prorsus àp-wp-nreç, immaculatus. » S. Cyril. Alex. In Isai. un op. 1. 11. p. 748.
(3) « Idcirco Christus immaculatus, quia nec ipsa quidem nascendi solita conditione maculatus est. » S. Ambros. Comm. in Isai. ap. S. Aug. Contra, n. epist. Pelag. 1. iv. c. n t. x. col. 488.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
et donne l’idée d’une pureté en quelque sorte indélin ie. En traduisant ce mot iravà^pavrc?, tout à fait sans souillure :«I1 importe, dit-il, de remarquer sous combien de rapports et de combien de manières cette expression a un sens universel ; car les Menées (i) appliquent plus de mille fois cette épithète par excellence à la sainte Vierge Marie. Cette qualification implique d’abord V universalité de temps, parce que la sainte Vierge a été sans faute en tout temps, même au moment où sa sainte âme fut créée; ensuite V universalité de lieu , parce que Marie fut sans faute non-seulement au ciel et sur la terre, mais aussi dans le sein de sa mère; puis V universalité de la faute, parce que Marie est exempte de toute faute, et de tout genre de faute, sans excepter le péché originel; enfin V universalité des créatures, parce que la sainte Vierge les surpasse toutes en pureté, en immunité du péché (2). »
Cela signifie que les épithètes appliquées à Marie par l’Eglise grecque, lorsqu’on les entend dans leur sens naturel et purement grammatical, expriment l’immunité de toute tache, de toute souillure, de tout péché, d’une manière générale et vraiment indéfinie.
Ces expressions, employées plus de mille fois dans les Menées seuls, appartiennent aussi au langage habituel des saints Pères. On les rencontre sous la plume de saint Méthode, de saint Ephrem, de Proclus, de Théodote,
(1) O11 appelle ainsi les ofïices mensuels de l’Eglise grecque.
(2) Pietas mariana Grœcorum , etc. interp. Simone Wangnereckio. cent. u. 11. 143. p. 522 etc. in- 18. Monachii 1647. Ces remarques s’appliquent a toutes les expressions synonimes : îtavâu.wp.oç, iravaatavro;, 7vavaf/.c,'XuvrGç, 7ravàç0apTo;, x. t. X.
l’immaculée conception
d’André de Crète, de Sophronius, de saint Germain, de S. Théodore Studite, de George de Nicomédic, d’Ignace de Constantinople, de Tarase, de Théophane, de saint Jean Damascène, et en général de tous les Pères qui ont écrit sur les mystères de la très-sainte Vierge Marie (1).
Cette croyance en la parfaite innocence de la Mère de Dieu, n’est pas moins vive dans l’Eglise latine, où elle a été professée de tout temps. Il serait facile d’en citer de nombreux témoins ; je me bornerai à quatre.
Saint Augustin déclare que tous les hommes sont pécheurs à l’exception de Marie, Mère de celui qui n’a jamais péché. Lorsqu’il s’agit de péché, dit-il, je n’admets aucune contestation, ni controverse au sujet de Marie ; parce que sa parfaite innocence ne peut faire question (2).
« Je vous le demande, dit saint Pierre Damien, comment le moindre défaut a-t-il pu trouver place dans l’âme ou dans le corps de celle qui, à l’exemple du ciel, a mérité d’être le sanctuaire où reposa la plénitude de la divinité (5) ? »
« Loin de nous, s’écrie saint Bernard, la pensée qu’il puisse y avoir la moindre souillure personnelle dans
(1) Voy. le P. Passaglia, n. 143. p. 104 à 110 etpassim.
(2) « Excepta itaque S. Virgine Maria, de qua, propter honorera Domini, nuliam prorsus, cura de peccatis agitur, habere volo quæstionem... etc. » S. Aug. Dénatura et gratia. n. 36. t. x. col. 144.
(3) « Quod rogo vitii in ejus mente vel corpore vindicare sibi potuit locura, quæ ad instar cœli, plenitudini totius divinitatis meruit esse sacrariura? * S. Petrus Damiani. Serm. m . de nativ . D. M. V. t. 11. pag . 234. ed. Venet. 1783.
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cette maison (de Dieu)... Il est tout à fait pieux de croire que Marie n’a jamais commis de péché personnel (1). » Enfin le Concile de Trente déclare que l’Eglise catholique croit que Marie, par un privilège spécial de Dieu, a évité jusqu’au moindre péché véniel (2).
Tout pénétré de cet enseignement de l’Eglise, le pieux cardinal Sfondrati s’écrie, comme nous l’avons déjà remarqué : « Donnez à Marie tel nom que vous voudrez, pourvu que jamais vous ne l’appeliez pécheresse (3)! » On vient de voir que l’idée de Marie et l’idée du péché se combattent et s’excluent.
Voyons maintenant comment l’idée de la sainteté s’identifie avec l’idée de Marie.
L’Eglise qui éloigne de la Mère de Dieu jusqu’à l’ombre de la moindre souillure, lui attribue d’autre part une innocence et une sainteté parfaites.
Tout ce que la langue grecque renferme d’épithètes pour signifier que Marie est pure, innocente, sainte, bénie, vénérable, belle d’une beauté spirituelle et surnaturelle, bienheureuse, sacrée, agréable à Dieu, etc., tout est appliqué à la Mère de Dieu avec un empressement et une profusion étonnantes. Ici encore le langage, malgré son abondance incomparable d’expressions, semble faire défaut aux admirateurs de
(1) « Absit enim ut proprii quidquam inquinamenti domus hæc aliquaudo habuisse dicatur... Omnino pium est crcdere, quod Maria proprium delictum non habuit. » S. Bernard. Serra, n. deAssunipt. n. 8. 1. 1. col. 999.
(2) Concil. Trid. Sess. vi. can. 23.
(3) Card. Sfondrati. Innocentia. vindic. cap. 2. p. 37. ed. Mechlin. 1702.
l’immaculée conception
la Mère de Dieu; ils élèvent ces épithètes au superlatif et au-dessus du superlatif, en disant que Marie est plus que tout à fait sainte, plus que tout à fait pure, plus que tout à fait innocente, et ainsi de suite (1). Ils accumulent même, les unes sur les autres, ces expressions portées au plus haut degré de leur signification, comme s’il fallait que les unes suppléassent au défaut des autres pour bien rendre l’idée de la sainteté dont Marie a été douée (2) ; et comme si la sainteté dans la Mère de Dieu n’était pas seulement un attribut, une qualité, un accessoire, mais sa nature, mais sa substance, ils l’appellent la Sainteté, la Pureté, l’Innocence mêmes (3).
C’est dans la même pensée que la plupart de ces qualifications sont données à Marie comme des noms appellatifs.llien de plus commun dans les prières de l’Eglise, et dans les écrits des saints Pères que ces expressions : La sainte, La très-pure, La très-innocente, etc., pour désigner la Mère de Dieu (4). Cette idée se trouve même au
(1) Voy. le P. Passaglia. Attributs affirmatifs dans le degré positif, ri. 170. p. 125 et seq. ; dans le degré superlatif, 11. 222. p. 166etseq.
(2) Voy. le P. Passaglia, Epithètes agglomérées, n. 247 p. 193 et s.
(3) Voy. le P. Passaglia n. 274. p. 219 et s.
(4) Voy. le P. Passaglia loc. cit. et passim. — Voici deux exemples : « O quæ sola supergressa es omnem puritatem et pudicitiam et virginitatem. »S. Ephrem, Precatio. 1. ad Deip. t. m. op. gr. p. 324. — « Salve sis, sola mater Dei, radio quæ omni lucidior es et omni puritate purior; salve sis, sola Dei mater, quæ omni re es venerabilior... quæ suavitate omni es suavior, omni re nobilior, et omnibus divitiis affluente ditior. » S. Joan. Damasc. Orat. in Deip. annunc. p 838.
fond du nom que toutes les églises donnent à la Mère de Dieu, comme son nom par excellence.
« A quelle époque, dit saint Epiphane, fut-il jamais permis de séparer le nom de Vierge du nom de sainte Marie ? Ces noms unis indiquent les qualités de la personne. L’Ecriture a même coutume d’attribuer aux justes, selon leurs mérites, des noms qui expriment 10111' dignité. C’est ainsi qu’ Abraham fut appelé l’ami de Dieu. De même on dit la sainte Vierge Marie, et ce nom ne sera jamais changé (1). »
Quoique saint Epiphane insiste principalement sur la qualité de Vierge, qu’il attribue ici à Marie, il déclare que la qualité de Sainte fait aussi partie de son nom incommutable, et exprime la notion essentielle que nous en donne la foi.
L’Eglise grecque considère encore de nos jours le nom de Panagia, La tout à fait Sainte, comme le nom propre de la Mère de Dieu, et comme son nom par excellence. Elle l’écrit sur ses images ; elle le répète dans ses cantiques ; elle le place dans la bouche du peuple, et dans celle du clergé. Marie dans son langage ordinaire est La Sainte par excellence (2).
(1) « Quo tempore unquam exstitit, qui satictœ Mariœ nomen appellare auderet, et non rogatus, subinde Virginis vocabulum adjiceret? Nam in adjunctis hujusinodi vocibus virtutis indicia collucent. Quippe justis omnibus, pro eo ac singulos decebat, sua cuique sunt dignitatis attributa nomina. Jta Abrahanm amici Dei titulus accomodatus est... sic sancta maria virgo nuncupatur, nec appcllatio isla aliquando comnmtabilur. » S. Epiphan. Hœres. 78. n. G. pag. 1038.
(2) Vov. le P. Passaglia. n. 250. pag. 174 etseq.
En Occident la même expression domine dans le langage chrétien. La Sainte Vierge est le nom propre de Marie. L’Eglise vénère sans doute beaucoup de vierges saintes, qui ont ou arrosé la terre de leur sang, ou embaumé le champ du père de famille, l’Eglise, du parfum de leurs vertus; mais il n’en est aucune qui ait mérité ou obtenu le nom de La Sainte Vierge par excellence. Ce nom est réservé à la Mère de Dieu.
Ce langage est de tous les temps. Après le malheureux schisme d’Orient, les Grecs, qui accumulaient contre l’Eglise latine tous les griefs que leur malveillance pouvait imaginer, lui reprochèrent un jour la froideur et la sobriété de son langage dans l’emploi des noms qu’elle donne à Marie. « Les Latins, disaient-ils, appellent la très-sainte Mère de Dieu du simple nom de sainte Marie... Par la manière dont ils l’appellent, ils la méprisent (1). »
Ce reproche n’était pas fondé. Ceux qui l’ont articulé auraient dû tenir compte du caractère distinctif des deux langues. Le ton hyperbolique et emphatique de l’Orient est inconnu à l’Occident ; mais le langage des Latins, s’il est moins ampoulé, est peut-être plus énergique dans sa roideur et dans sa simplicité. En appelant Marie, La Sainte Vierge par excellence, nous disons autant dans
(I) i Sanctissimam Deiparam siniplici nomine sanctæ Mariæ nuncupant (Latini)... Sanctam Deiparam etiarn ex appellatione contemnunt » Criminationes (Græcorum) advers. eccles. latin, ap. Coteler. Monum. eccles. grœc. t. m. p. 502 et 507. Ces accusations furent présentées à Innocent III, à la fin du XII, ou au commencement du XIII' siècle, pour servir de base îi des négociations de paix.
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notre style, que ne disent les Grecs, en accumulant une foule de noms qui signifient la même chose (1).
Mais si ce reproche est mal fondé, il n’en atteste pas moins l’idée sublime que l’Eglise grecque a toujours conçue de la Mère de Dieu, et la persuasion intime où elle était que l’on méprise la sainte Vierge, dès qu’on ne lui donne point les titres les plus pompeux, les noms les plus magnifiques.
Aussi, lorsqu’ils expliquent la salutation angélique, les saints Pères ne tarissent-ils jamais sur la plénitude de grâces dont Marie a été comblée, ni sur la sainteté dont ces grâces ont été le principe. Je citerai les belles paroles par lesquelles Sophronius résume la pensée de tous les Pères à ce sujet : « L’Ange dit à Marie : Ne craignez rien, ô Marie ; car vous avez trouvé une grâce immortelle auprès de Dieu ; une grâce plus que resplendissante, une grâce plus que lumineuse, une grâce digne d’envie, une grâce immuable, une grâce qui porte le salut, une grâce perpétuelle; une grâce qu’aucune autre femme n’a trouvée, une grâce que personne n’a connue, une grâce que personne n’a reçue (2). »
Saint Pierre Chrysologue assure que Marie a reçu à
(1) S. Athanase appelle plusieurs lois la sainte Vierge du simple nom de sainte Marie, ou même du nom de Marie sans qualification, dans sa lettre a Epictète. Voy. ses œuvres t. i. p. 902 et 903. L’intention fait beaucoup dans l’application de ces noms. — Du reste le reproche que nous venons de relever, est associé à d’autres accusations futiles; par exemple, que les évêques latins se rasent la barbe; que les fidèles d’Occident font le signe de la croix avec les cinq doigts; qu’on introduit des chiens et des ours dans les églises, etc.
(2) Sophron. Oral, in Annunc. Deip. ap. Nicodem. p. 213. et P. Passaglia p. 1071.
l’immaculée conception
elle seule autant de grâces que tous les autres saints ensemble, et que Dieu lui a donné à la fois tout ce qu’il donne aux autres élus par parties (1). Cette doctrine est passée à l’état d’axiome, et se rencontre dans les écrits des âges suivants (2).
Cette sainteté de la Mère de Dieu a été parfaite dès le principe ; car, avec la grâce sanctifiante, Marie a reçu le don de toutes les vertus que Dieu a plantées dans son âme. C’est en ce sens que les saints Pères ont dit que Dieu avait planté lui-même ce paradis du second Adam, où devaient germer l’arbre de vie, et les plantes des vertus chrétiennes, qui, par la coopération de Marie, ont toujours embaumé l’Eglise de la bonne odeur de Jésus-Christ. Les vertus héroïques que Marie a exercées durant sa vie mortelle, l’humilité, la constance, la chasteté, la pénitence, et en général toutes les vertus que les serviteurs de Marie ont admirées dans leur bonne Mère, appartiennent à ce fond de sainteté parfaite dont Dieu a orné l’âme de la bienheureuse Vierge. A tous les âges les saints Pères se sont plu à le dire, et l’Eglise à le chanter.
Mais rien n’est plus propre à nous faire saisir la haute idée que les fidèles ont toujours eue de la sainteté de la Mère de Dieu, qu’un coup d’œil jeté sur la série de comparaisons dont les anciens docteurs se sont servis, pour expliquer d’une manière aussi exacte que possible l’im-
(1) « Ave gratia plena , quia singulis gratia se est largita per partes; Mariæ \ero simul se totam dédit gratiæ plenitudo. # S. Petrus Chrysol. Serin, cxliii de annunc. pag. 201. ed- Aug. Vind. 1759.
(2) Voy. Sophronius, Udefonsus ap- Passaglia p. 789, 855, 1027, etc.
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mense sainteté de cette Vierge incomparable. Par une gradation successive, ils ont élevé la Mère de Dieu audessus de toutes les créatures, y compris les anges mêmes; et ils l’ont placée à côté de son Fils, proche de Dieu, en la déclarant inférieure à lui seul.
Ecoutons ce concert d’hommages, qui est tout autant l’accent de l’amour que la profession de la foi.
Les premières comparaisons, employées pour mettre en relief la sainteté parfaite de Marie, ont été empruntées à la nature. Les saints Pères comparent Marie à la rose odoriférante qui répand ses parfums de toutes parts, et au lis des vallées qui étonne par son éclatante blancheur, parce que ces deux fleurs sont les symboles naturels de la pureté, de l’innocence et de la sainteté; ils affirment que Marie est bien supérieure dans l’ordre de la grâce à ces fleurs dans l’ordre de la nature.
«Marie, dit l’Eglise grecque, est une fleur virginale de sa nature, elle est la beauté de l'innocence fleurissant par une opération divine (i).» Sophronins l’appelle une fleur d'innocence (2) ; et saint Théodore Studite s’écrie : « Je vous salue, 0 fleur, plus suave et plus belle par tout genre de vertus, que par l’harmonie la plus variée des couleurs! C’est de vous qu’est née une Heur semblable à vous, et qui rappelle parfaitement sa Mère (5). »
« Vous êtes la gloire de la virginité, ô Marie, écrit André de Crète, vous que le Tout-Puissant s’est choisie
(1) Anlholog. die vm. sept. p. 27.
(2) Sophron. in Thesauro hymnol. t. iii. p. 21.
(5) S. Tlieod. Stud. Orat. n. in nativ. Deip. inter op. S. Joan. Damasc. t. h. p. 855.
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comme une rose, au milieu d’un buisson d’épines (i)! »
S. Ephrem appelle Marie un lis d’une blancheur éclatante (2), et l’Eglise grecque lui adresse cette prière : « Dieu le Père vous a choisie, ô Mère de Dieu parfaitement innocente, par l’Esprit divin, pour la demeure de son Fils, comme un lis magnifique, parce qu’au milieu des épines il vous a trouvée éclatante de la beauté virginale : c’est pourquoi, ô épouse de Dieu, nous qui avons été sauvés par vous, nous chantons des hymnes à votre honneur (5). »
Enfin saint Anselme salue Marie comme un lis céleste (4), dont la fleur nous a préparé un testament éternel.
Les saints Pères comparent ensuite Marie à la brebis, à l’agneau et à la colombe, qui sont autant de symboles de la pureté, delà douceur et de l’innocence.
L’auteur de l’homélie attribuée à saint Epiphane appelle Marie une brebis immaculée , qui a enfanté l'agneau de Dieu, qui est Jésus-Christ (5). George de Nicomédie l’appelle un agneau tout à fait immaculé (y) ; et toute l’Eglise grecque, dans l’office du carême, adresse à Marie cette prière : «Le plus grand des miracles a été opéré en vous, ô agneau sans tache; car l’agneau qui ôte les pé-
(1) And. Cret. Oral, in annunc. ap. Galland xiii. 101.
(2) S. Ephrem. Precat. iv. oper. t. ni. p. 550.
(3) Menœa. die xxviu. Aug. p. 151.
(4) S. Anselm. Psalt. p. 505.
(5) Orat. De laud. Deip.'t. n.pag. 294. ed. Petav. 1682.
(6) Georg. Nicom. Orat. in Deip. ingress. in templ. apud. Combefis Auctar. t. i. p. 1279.
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chés du monde, a reçu le jour de vous ! Priez-le pour ceux qui vous vénèrent (i)! »
« Sainte Anne en recevant dans son sein, dit André de Crète, cette innocente colombe, fut remplie d’une joie spirituelle, et offrit à Dieu des hymnes d’actions de grâces (2). »
« Les filles de Juda, dit Jean d’Eubée, tressaillirent de joie, en voyant s’élever jusqu’au Saint des saints, la très-sainte enfant Marie, comme une colombe immaculée (3). »
« Aujourd’hui, dit saint Jean Damascène, la colombe sacrée, l’âme simple et innocente de Marie, que l’Esprit- Saint a consacrée, est sortie de l’arche, c’est-à-dire de ce corps qui a reçu et donné le commencement de la vie à Dieu même, et en s’envolant à ses pieds, elle y a trouvé le repos. Elle est partie pour le monde des intelligences, où dans la terre sans souillure de l’héritage éternel, elle a fixé sa demeure... (4). »
Ainsi la sainte Vierge a été comparée à la colombe, d’abord au moment de sa conception, puis dans sa jeunesse, et aussi après sa mort, comme si les témoins de la croyance générale avaient voulu signifier que la pureté et l’innocence ne lui ont jamais fait défaut (5).
(1) Officium quadrages. Dora. ni. junii p. 283. apud P. Passaglia. n. 385. p. 323, où l’on trouve d’autres témoignages de même valeur.
(2) Antholog. die ix decemb. p. 182.
(3) Joan. Eubœen. Orat. in nativ. Deip. ap. P. Passaglia n. 386. p. 524.
(4) S. Joan. Damasc. Orat. in dormit. Deip. p. 869.
(3) Le R. P. Passaglia, n. 388, pag. 526 et seq. montre qne les Pères ont comparé Marie à tous les ornements royaux, tels que le diadème, le trône, le
Mais leur pensée est encore plus claire, lorsqu’ils comparent la Vierge Immaculée aux objets les plus sacrés du culte hébraïque, comme à autant de figures qui ont annoncé sa pureté et sa sainteté parfaites.
Un des plus pieux et des plus éloquents admirateurs de Marie, saint Germain de Constantinople, dans son homélie sur la Nativité de la sainte Vierge, énumère ces figures ou types, avec une diligence qu’il serait difficile de surpasser.
« Voyez, dit-il aux fidèles, de combien de noms la Mère de Dieu a été honorée, et dans combien de passages les Saintes-Ecritures nous l’ont révélée! Nos livres saints l’appellent successivement vierge, tabernacle, prophétesse, couche nuptiale, maison de Dieu, temple saint, second tabernacle, table sainte, autel, propitiatoire, encensoir d’or, le saint des saints, la gloire des Chérubins, l’urne d’or, les tables du Testament, la verge sacerdotale, le sceptre du royaume, le diadème de la beauté, la corne de l’huile de Fonction, l’albâtre, le candélabre, le paradis, le buisson ardent, la verge d’Isaïe, la terre sainte, la terre qui produit la vérité, l’arche, le trône, la porte, le livre, le tome, la reine, le jour, le ciel l’orient, le soleil, la cité de Dieu (1), »et cette énumération
siège curule, la pourpre, le palais, le trésor royal, en envisageant tous ces objets précieux, connue autant de symboles de la sainteté dont l’àme de Marie fut ornée.
(i) S. Germ. C. P .Orat.in nativ. Deip. in Mariait suo, pag. 2-4. et ap. P. Passaglia. n. 462. p. 372 et seq. S. Jean Damascène fait une énumération du môme genre, dans son homélie sur la mort de la Sainte Vierge, op. t. n. pag. 863 et seq.
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se trouve justifiée par les citations de la Sainte-Ecriture que les anciens Pères dans leurs livres, et l’Eglise dans sa liturgie, ont appliquées à la sainte Vierge, comme autant de symboles de ses prérogatives divines, mais surtout de sa sainteté.
Dans l’emploi de la plupart de ces symboles l’intention est manifeste. Le temple, le tabernacle, le sanctuaire, le propitiatoire, l’autel, l’urne qui renfermait la manne, la table des pains de proposition, le candélabre, la verge d’Aaron, les tables de la loi et le saint des saints étaient considérés parles Juifs comme des choses qui n’avaient rien de profane, mais qui étaient tellement consacrées à Dieu, qu’elles étaient intrinsèquement sanctifiées.
Eh bien, les saints Pères non-seulement comparent la bienheureuse Vierge Marie à ces objets et à ces instruments du culte hébraïque, mais ils affirment que la sainteté de Marie dépasse de beaucoup la sainteté que le peuple de Dieu leur attribuait. « Que Salomon , malgré sa sagesse, garde le silence, dit saint Jean Damascène, et qu’il ne dise plus qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil! O Vierge comblée de grâces divines, ô temple saint de Dieu, que le Salomon spirituel, leprince de la paix s’est construit, pour l’habiter! Ce temple n’est point revêtu d’or, mais il brille de la lumière du Saint- Esprit^). » « Je vous salue, ô Maison de Dieu, qui resplendissez de divines splendeurs, maison pleine de la gloire
(I) S. Joan. Damasc. Oral, de nutiv. Deip. op. t. n. p. 8-48. ap. P. Passaglia n. 469 et seq. p. 380 et seq.
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du Seigneur, maison plus éclatante en esprit, que les Séraphins enflammés (1). »
L’église d’Arménie chante : « Les chœurs célestes bénissent le temple du Verbe éternel; et nous le louons aussi en unissant nos voix au céleste concert (2). »
« Je vous salue, ô temple, maison de Dieu, s’écrie saint Théodore Studite, maison bâtie avec la pureté dont David a dit : Votre temple. Seigneur, est saint et admirable dans la justice (5). »
« Vous êtes, ô Vierge, dit Basile de Séleucie, un temple digne de Dieu (4). »
S’adressant au temple de Jérusalem où Marie s’était présentée à l’âge de trois ans, George de Nicomédie s’écrie : « Ornez le saint des saints, recevez ce tabernacle parfaitement sanctifié, qui pourra recevoir la substance immatérielle (de Dieu) (5). »
St Ephrem appelle Marie, « un tabernacle saint que le divin Beseleel (Jésus-Christ) a construit (6) ;» et Proclus de Constantinople l’appelle « un tabernacle préparé à celui qui a étendu la voûte du ciel et posé les fonde-
(1) Ap. P. Passaglia, ibid. p. 854.
(2) Confess. Armen. p. 53. ap. P. Passagl p. 383. On trouve la même expression dans les prières de l’Eglise de Syrie.
(5) S. Theod. Stud. inter op. S. Joan. Damasc. t. ii. p. 854.
(4) Basil. Seleuc. Orat. in Deip. ap. Conibef. Auctar. t. i. p. 591. On trouve la même expression dans saint Grégoire de Nazianze, carrn. vin. ad Nemes. v. 180-184. op. t. ii. p. 1080. Le P. Passaglia a recueilli d’autres passages, n. 470 et seq. pag. 581 à 384.
(5) Georg. Nicom. Orat. in Deip. ing. templ. ap. Combef. Auctar. t. i. p. 1095.
(6) S. Ephrem. op. gr. t. ni. p. 529.
ments de la terre (1). » Saint Méthode l’appelle l’autel animé du pain de vie (2), et Modeste de Jérusalem lui adresse ces paroles : « Je vous salue, ô propitiatoire tout à fait divin que Dieu a fondé, et d’où est sorti la propitiation de tout l’univers, notre Dieu et Sauveur Jésus- Christ (0). » « Nous célébrons aujourd’hui, dit Théophanes, la fête de la Mère de Dieu, de cette table sur laquelle le pain, qui est Jésus-Christ, fut déposé (4). »
« Célébrons, dit le même docteur, et louons le mont très-saint de Dieu, le candélabre, l’urne, l’arche, la table, la verge, l’encensoir, le trône divin, la porte, le temple, le lit, c’est-à-dire cette Vierge innocente dans laquelle Dieu, sans subir de changement, s’est incarné, et à déifié et élevé au-dessus de la nature ce qu’il s’est approprié par cette union ineffable (5). »
L’Euchologe contient encore cette prière à Marie : « Je vous salue, ô Vierge, le propitiatoire du monde ; je vous salue, urne de lamanne divine ; je vous salue, lampe d'or toute lumineuse, ô épouse de Dieu (6) ! »
« La Mère de Dieu, dit Proclus, est le sanctuaire où le péché ne pénètre point ; le temple sanctifié de Dieu, l’autel des holocaustes d’or pur, le vase d’albâtre, le parfum
(1) Proclus, Oral, in transfig. n. 5. ap. Galland ix. 651. S. Jean Damascène développe cette figure avec complaisance a plusieurs reprises. — Voy. ses œuvres t. n. p. 845, 854, 875, 876, 883. et le P. Passaglia p. 387 et seq.
(2) S. Method, De Simeone et Anna. ap. Galland xm. 819.
(3) Modest- Hieros. Encomion Deip. n. 10. p. 44.
(4) Anthol. die ix dec. p. 183.
(5) Anthol. die xix Jan. p. 344.
(6) Euchol. p. 443. ap. P. Passagl. p. 390.
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précieux, l’éphod sacerdotal, le candélabre d’or. Elle est l’arche intérieurement et extérieurement couverte d’or, c’est-à-dire, sanctifiée selon l’âme et selon le corps (1). »
« Voici, dit Jean d’Eubée, que la nouvelle arche se prépare, qui surpasse infiniment en excellence l’arche de Noë, et l’arche de Moïse : celle-ci ne contenait que les tables de la loi ; celle-là a contenu Dieu même (2). »
Tant de comparaisons, empruntées à la nature et aux institutions sacrées du culte, n’ont pas suffi pour exprimer les sentiments que l’Eglise éprouvait envers la Mère de Dieu ; l’état primitif du premier homme où tout était saint et divin, et le ciel même, ont dû fournir leur part d’images et de figures à l’admiration et à l’amour des pieux serviteurs de Marie.
Ainsi saint André apôtre, pour donner une notion abrégée de la foi chrétienne au tyran qui le martyrisa, disait : « Le premier homme a causé la mort par le bois de la prévarication (l’arbre du bien et du mal), il fallait que la mort fût chassée par le bois de la passion (la croix). Et parce que le premier homme avait été créé d’une terre immaculée, il était nécessaire qu’un homme parfait naquît d'une Vierge Immaculée, afin que le Fils de Dieu qui avait créé l’homme, lui restituât la vie éternelle qu’il avait perdue par la faute d’Adam (3). »
(1) Proclus. Orat. in Deip. ap. Gallandix. 645.
(2) Joan. Evtbœens. Orat. in Concept. Deip. n. 4. ap. Ballerini p. 55. ed. Rom. Saint Jean Damascène développe au long cette figure p. 875. Voy. aussi p. 854, 865, et le P. Passagl. p. 592 et seq. et Hesychius Orat. ii. de B. M. V. in Bibl. PP. grcec.X. ii. pag. 421. Paris. 1624.
(5) Epist. presbgter. et diac. Acliaïæ de martyrio Sti Andreœ. c. 5. ap. Galland. i. 156.
Il est clair que le saint Apôtre compare ici la bienheureuse Vierge Marie, sous le rapport de la pureté et de la sainteté, à la terre dont le corps d’Adam fut formé ; et que, par conséquent, il suppose en Marie une sainteté qui n’a jamais été ni violée ni ternie. La même pensée préoccupait les Pères du Concile de Francfort, au VIIIe siècle, lorsqu’ils disaient que «Notre Seigneur a été formé d’une terre meilleure qu’Adam , puisqu'elle était aussi immaculée et de plus animée, et que le Sauveur a été fait par l’opération du Saint-Esprit (1). »
Je ne citerai point les témoignages des saints Pères qui comparent la sainte Vierge à la terre du paradis, en ce sens que l’une et l’autre furent vierge; que l’une et l’autre produisirent leur fruit par une opération immédiatede Dieu, parce que ces témoignages n’ont point de rapport à la sainteté originelle, mais plutôt à la virginité de Marie, ou à la manière uniforme dont Dieu produisit le premier et le second Adam, à savoir par une création immédiate (2). Le témoignage de saint André, qui a été répété mot à mot par un assez grand nombre de docteurs, suffit pour montrer que l’idée de la terre pure et sans tache dont fut formé le corps d’Adam, rappelait naturellement la pureté et la sainteté parfaites de Marie
(1) « Meiiore quidem terra, etiam animata et immaculata, Spiritu sancto opérante, factus est homo Jésus Christus...» Concil. Francof. an. 794. in Synodica ad episc. Gulliæ et Germaniæ ap. Labbe Coll. Concil. t. vii col- 1041 et 1042. ed. Paris. 1671.
(2) Le P. Passaglia a recueilli beaucoup de ces passages, n. 565 et seq. p. 482 et seq. Cependant la Sainte Vierge a été appelée souvent une terresainte. Vov. le P Passaglia p. 418, 1521, 1528, 1550.
dont Dieu tira, comme d’un second paradis terrestre, le corps du second Adam .
Quoique les saints Pères aient appelé Marie un paradis sous différents rapports, par exemple, parce que le second Adam fut formé dans son sein, comme le premier Adam avait été créé dans le paradis terrestre, et parce que de Marie naquit Jésus-Christ, qui est le véritable arbre de vie, cependant la sainteté du premier paradis, où le péché n’avait jamais paru avant la chute, était dans leur pensée le véritable point de comparaison entre celui-ci et la sainte Vierge. C’est pour exprimer cette pensée qu’ils appellent la Mère de Dieu, un paradis saint, divin, plus saint que le premier, et plus vénérable aussi, parce que Dieu même y a habité.
« Je vous salue, dit l'Eglise Cophte dans ses hymnes, ô paradis saint, ô paradis spirituel de Jésus-Christ, qui à cause du premier Adam est devenule secondAdam (1). »
« O Vierge, s’écrie Théodote d’Aneyre, vous surpassez le paradis de délices (2). »
S’adressant à la Mère de Dieu, saint Jean Damascène s’écrie : « Vous êtes l’Eden spirituel plus saint et plus divin que le premier ; car dans celui-ci n’a habité que l’Adam terrestre ; tandis qu’en vous a habité le Seigneur qui est descendu du ciel (3) ! »
L’auteur des homélies grecques, attribuées à saint Athanase, appelle Marie un paradis planté de la main de
(1) Theotochia ap. P. Passaglia. n. 1301. p. 1524.
(2) Theoilolus Ancyr. Orat. in nativ. Dornini. ap. Galland. ix. 440.
(3) S. Joan. Damasc. Orat. i. in dormit. Veip. t. n. p. 865 et 864.
Dieu (1); et cette expression n’est pas rare chez les saints Pères qui expliquent les prérogatives de Marie.
De l’idée du paradis ceux-ci passent souvent à celle du ciel.
Marie a été comparée au ciel non-seulement comme ayant été la demeure de Dieu, mais aussi comme étant une demeure sainte et digne de Dieu. Les saints Pères l’ont appelée un ciel animé, un ciel saint et bien supérieur au ciel éthéré.
« Celui qui dans sa sagesse, dit l’Eglise grecque, a établi les deux, a orné, par sa bonté envers les hommes, ce ciel animé qui est Marie (2). » « Les témoins oculaires des grâces de Dieu, vous ont célébrée, ô Vierge sainte, comme un ciel d’un genre nouveau qui brilla sur la terre, parce que vous avez reçu dans votre sein Dieu qui est plus que céleste (supercœlestem), et qui a rendu céleste tout ce qu’il s’est approprié (ô). «
« Dieu, dit saint Jean Damascène, a créé sur la terre et d’une nature terrestre, ce ciel nouveau (Marie) comme il a formé autrefois et étendu le firmament du milieu des
fl) S. Athan. op. t. n, p. 407. — Voy. aussi le P. Passaglia n. 1501 et seq. p. 1524 et seq.
(2) Menæa dievm dec. p. 55. ap P. Passaglia p. 982.
(5) Paracletice , p. 550. P. Passagl. n. 1517. pag. 1544 et seq. où l’on peut voir beaucoup de témoignages du même genre. J’en citerai un seul.» Hodie Ücus, qui super intel ligibiles tlironos conquiescit, thronum sanctum sibimetipsi super terram præparavit; qui cœlos in sapientia stabilivit, animation cœlum in sua erga homines benignitate adornavit. » Menæa ad. vin. dec. p. 55. — Cette expression est fréquente chez les Cophtes et les Syriens, comme chez les Grecs, surtout dans leurs livres liturgiques qui expriment la croyance générale de l'Eglise. Voy. le P. Passaglia. n. 1517 et 1518. pag. 1344 et seq. l’immaculée concept, t. i.
l’immaculée conception
eaux. Mais ce nouveau ciel est beaucoup plus divin et plus admirable que le premier (t). »
Des créatures inanimées les saints Pères passent aux créatures animées, aux patriarches, aux prophètes, aux martyrs, enfin aux anges mêmes, et ils élèvent Marie au-dessus de tous.
« Marie, dit Théodore de Jérusalem, dans le second Concile œcuménique de Nicée, est vraiment la Mère de Dieu, créée bien supérieure en éclat et en gloire à toutes les créatures intellectuelles et sensibles (2). »
« Qui 11e s’empresserait point, écrit Amédée de Lausane, au XIIe siècle, d’accourir des extrémités de la terre, pour contempler l’éclat de la majesté vénérable et la figure toute rayonnante d’une douceur accomplie, d’une dignité impériale et d’une autorité unique ? On n’a rien trouvé de semblable à elle parmi les fils et les filles d’Adam; rien parmi les prophètes, rien parmi les apôtres, rien parmi les évangélistes, rien ni dans le ciel ni sur la terre. Car, je le demande, qui pourrait être comparé ou égalé, même dans les nuages, à la Mère de Dieu, parmi les enfants de Dieu (3) ? »
(1) « Hodiein terra ex tcrrena natura cœlum ille condidit quiolira ex aquis firmamcntum compegerat et in altura extulerat. Acsane cœlum istud longe divinius est ac stupendum magis. » S. Joan. Damasc. Uom. de nativ. Deip. n. 3. p. 842. — Le P. Passaglia, pag. 1390 et seq. cite d’autres passages des Pères qui appellent Marie un ciel plus sublime et plus saint que le ciel où Dieu habite. Page 1186 et seq il cite les Pères qui appellent Marie le Temple saint de Dieu.
(2) Theodorus Hierosolym. in Concilio Nicæno n. Collect. Concilier. Mansi. xiii. 1139.
(3) « Quis ergo non properaret, quis non curreret ab extremis terræ, rive-
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Marie est élevée non-seulement au-dessus des saints de la terre, mais aussi au-dessus des anges du ciel.
« Un enfant beaucoup plus saint que les anges, dit Théophane, vient de naître ; cet enfant d’une sainteté et d’une pureté incomparables , donnera le jour à Jésus-Christ qui est la purification, la sanctification et la parfaite rédemption même (i) ! »
Grégoire d’Antioche adresse à Marie cette prière : « Je vous salue, ô jeune enfant, qui êtes la joie de tous, la Mère Vierge, plus belle que toutes les Vierges, plus élevée que tous les ordres de la hiérarchie céleste, souveraine et reine de tous, le bonheur du genre humain (2) ! »
L’Eglise Cophte dans lamème pensée s’écrie : « Je vous salue, ô couche éblouissante du véritable époux. L’honneur dont vous jouissez dépasse celui de tous les saints, vous êtes plus élevée que les Chérubins et plus vénérable que les Séraphins (3). »
Dans l’hymne de la résurrection, l’église Arménienne chante : « Vous êtes, ô Marie, la porte céleste qu’Ezéchiel a vue... vous êtes plus sublime que les Chérubins, o
rend® majestatis decus aspicere, et vultum omnimoda suavitate, imperiali etiam dignitale et singulari præditum potestate, videre? Quippe nihil inveniebatur iili simile in filiis et filiabus Adæ. Nihil taie in prophetis, in apostolis aut in evangelistis. Nihil illi simile cœlum vel terra dedere. Qnis enim in nubibus æquaretur ei aut similis foret Matri Dei inter filios Dei ? » Amedeus Lausan. Hom. vu de laud. B. V. M. hxBibl. Pair. Lugd. t. xx. p. 1275.
(1) Menæa die vu. sept. p. 50. ap. P. Passagl. p. 777.
(2) Greg. Antioch. Clu istus patiens. ap. S. Greg. Naziauz. op. t. h. p. 1554. ap. P. Pass. p. 1547.
(3J Tlieotoclna. ap. P. Passagl. p. 1127.
l’immaculée conception
Mère de Dieu, que nous exaltons dans nos hymnes (1)! » « Je vous salue, dit saint Jean Damascène, ô vous, qui êtes vraiment pleine de grâces ; je vous salue, parce que vous êtes plus sainte que les anges, et supérieure aux Archanges. Je vous salue, vous quiètes pleine de grâces, parce que vous êtes plus admirable que les Trônes, plus puissante que les Dominations, plus forte que les Vertus, plus grande que les Principautés, plus sublime que les Puissances. Je vous salue, vous qui êtes pleine de grâces, parce que vous êtes plus belle que les Chérubins, plus auguste que les Séraphins (2). »
Enfin les Grecs schismatiques, dans leur confession de foi orthodoxe de l’année 1642, rendent hommage à la même vérité : « La salutation angélique nous apprend que Marie a été appelée pleine de grâces, parce que comme Mère de Dieu elle a reçu les grâces divines avec plus d’abondance que toute autre créature ; et c’est pour ce motif que l’Eglise l’élève avec raison au-dessus des Chérubins et des Séraphins (3). »
Après cela que reste-t-il à faire, sinon à comparer la
(1) « Te cœlestera portam quam vidit Ezechiel... Cherubim excelsiorem, Dei genitricem liymno magnificamus. » Eccles. Armena. in Hym. de resurrect. Voy. Breve esposizione degli Atti délia commissione spéciale, p. 48. Roma. 1853.
(2) « Avevere gratiaplena. Ave quoniam Angelis tu sanctior es et Archangelis præstantior. Ave gratia plena, quoniam Thronis es admirabilior, Dominationibus dorainantior, et majoris quam Virtutes virtutis. Ave gralia plena, quæ l’rincipatibus superior es, et Polestatibus sublimior. Ave gratia plena, quæ speciosior es Cherubim et augustior Seraphim...» S. Joan. Damasc. Orat. in Anrtunc. Deip. t. il. p. 838.
(5) Confessioorihod. part, i, q. 42. p. 110 ed. Kimmel. Voy. aussi le P. Pa*saglia. p. 747. 1547.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
sainteté de Marie à celle de Dieu même, et à la placer immédiatement au-dessous de celle du Seigneur ? C’est ce que l’Eglise a fait de tout temps. Saint Ephrem, cet éloquent interprète de la croyance antique, dit que « Marie est notre souveraine après la Trinité, notre consolatrice après l’Esprit-Saint , et après notre médiateur, la médiatrice de tout l’univers, plus élevée sans comparaison et infiniment plus glorieuse que les Chérubins et que les Séraphins ; un abîme insondable de la bonté divine, la plénitude des grâces de la Trinité, comme occupant la seconde place avec la divinité (i). »
Cette expression si forte, employée par un des Pères les plus savants et les plus exacts de l’Eglise, a été répétée au VIIIe siècle par Pierre de Sicile (2), et au XIU° siècle par Isidore de Thessalonique, qui appelle Marie une divinité terrestre , non point en ce sens qu’elle fut une déesse, ou que sa nature fut divine, mais en ce sens que Dieu, par ses grâces, la rendit aussi semblable à lui qu’une créature peut l’être. Si quelques écrivains ont appelé Marie une déesse, c’est absolument de la même manière que sous l’ancien Testament les juges étaient appelés des dieux, et que Notre Seigneur a nommé des
(1) fl'î to. ÊUTEpoc t ri; Seotvito; çépouaa. S. Ephrem. op. gr. t. ni. p. 528 et 529.
(2) Petrus Siculus, Serm. n. adv. Manichæos, ap. Mai. Bibl. nova Pal rum. t. iv. part. ii. p. 66. « Hanc (Mariam) secundam quidem post Deum, sed primam, non dico tempore, sed gloria, inter invisibiles omnes et visibiles creaturas credimus... Nunc adsis nobis, (ô Maria), puritatis animata imago...» et p. 75 : « Decus Deiparæ visibilia omnia et invisibilia excedit, solo Deo excepte, quantumvis gloriosa eteximia. » Vid. Mongitorc. Bibl.sictila. n. 158.
(lieux ses disciples, qui n'étaient que des enfants adoptifs de Dieu. DU estis et filii excelsi omnes (t)...
C’est dans ce sens que l'auteur de l’homélie attribuée à saint Epiphane, déclare que Marie n'est inférieure qu'à Dieu (2).
Pierre d’Argos dit que « Marie a surpassé tous les êtres, excepté son Fils et Dieu (3). «
Amedée deLausanne assure qu’en parcourant les rangs de la hiérarchie céleste, et en scrutant les mystères du séjour bienheureux, on voit que la première, après le Rédempteur, est celle qui a été bénie entre toutes les femmes, qui est pleine de grâces, et qui a mis au monde le
(1) Juste Lipse qui tâchait de plier le latin classique aux idées chrétiennes, nomma plusieurs fois Marie une déesse, Dea ; comme d’autres écrivains puristes appelaient les saints des dieux, Divos. Ici l’intention l’emporte sur les mots. 11 faut se rappeler aussi que dans l'esprit des païens, beaucoup de déesses ne s’élevaient point aussi haut que la Mère de Dieu s’élève dans l’esprit des chrétiens. On aurait donc tort de croire que les écrivains qui ont appliqué le mot païen Dea a Marie aient prétendu lui attribuer la nature divine, dans le sens chrétien. Voy. Isidori Thessalon. Mariale , ed. Maracci. pag. 189 et seq. S. Antonin disait: O Dea ,deiformitate actuum. — «Sanctum erat Mariæ corpus, fateor; non tamen Deus ilia fuit. Eadem et Vi'rgo exstitit, minime tamen ad adorandum proposita... Idcirco mulierem appellavit : Quid mihi , inquit, et tibi mulier? ne quis B. Virginem excellentioris alicujus esse naturæ crederet. » S. Epiphan. Ilær. 79. t. i. p. 1061 «Neque Maria Deus est; neque de cœlo corpus accepit.» Id. Hœr. 78. p. 1055. — S. Jean Damascène dit que les chrétiens n’appellent pas Marie une déesse, ce qui serait imiter les païens. «Mariæ dormitionem celebramus, non Deam esse prœdicamus. Absit ut ita græcarum præstigiarum figmenta imitemur ! » Op. t. n. p. 878.
(2) « Maria, solo Deo excepto, cunctis superior. » S. Epiph. vulg. op t. ii . p. 293.
(5) Petrus Argor. Orat. de Concept. Ueip. n. 12.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Fils de Dieu, sans perdre la gloire de la virginité (t).
« Le chœur des anges bienheureux, s’écrie saint Pierre Damien, les saints prophètes et l’ordre des apôtres voient, ô Vierge sainte, que vous avez été placée à leur tète, après la divinité (2). »
Saint JeanDamascène assure que Marie a dépassé tous les chœurs des anges, pour arriver jusqu’à côté de son Fils au plus haut des deux, de sorte qu 'entre le Fils et la Mère il n'y a pas de milieu (3) ; ils sont en quelque sorte sur le même rang; or la sublimité du rang indique dans le ciel le degré de la sainteté.
Fulbert de Chartres appelle Marie une femme de la divinité (4) : Eckbert, l’image la plus parfaite du véritable soleil, qui est Jésus-Christ (3) ; Anselme de Lucques, un rayon de la divinité (e) ; et une foule d’écrivains l’appellent la fille, l’ enfant de Dieu : ce nom est devenu pour la bienheureuse Viergeun nom propre dansl’église grecque.
Cette église chante : « Marie est vraiment la parente
(1) Anied. Lausan. Hom. i. de laudib. B. M. V.
(2) « Te beatorum cliorus angelorum,
Te sacri vates et apostolorum Ordo, prælatam sibi cernitunam Tost Deitatem. »
S. Tetrus Damiani. op. t. iv. p. 9.
(3) S. Jean. Damasc. Oral, de Dormit. Dcip p. 806. — Voy. le P. Passaglia. il. 360-365. p. 301 . et seq
(4) Fulbert. Serin, de Virg. Àssumpt. ap. Combef. Biblioth. PP. concion. t. vii. p. 660.
(3) Eckbert. Schonaug. Sermo.paneg. in SJeip. inter, op. S. Bernardi. t. v. p. 702.
(6) Anselm. Lucens. Médit. in Salve Reg. n. 3. inter, op. S. Bernardi. t. v. p. 731.
l’immaculée conception
de Dieu,e lie qui est montée au- dessus de tous les chœurs des anges (4) ! »
« Dieu, dit Isidore de Thessalonique, s’est uni Marie par la parenté la plus intime (2). »
«Lorsque la Vierge Immaculée, ditTarasius, la fille de Dieu fut née des deux justes Joachim et Anne, celle-ci s’écria : levez-vous, ô vierges qui portez des lampes, et précédez la Vierge Immaculée, la fille de Dieu qui entre au temple (5). »
« Aujourd’hui, dit saint Germain, est enfantée de la racine de Jesse, Marie, la fille de Dieu ; le ciel et la terre en sont remplis de joie (4). »
Enfin Marie a été appelée le complément delà sainte Trinité, non-seulement, parce que les processions des personnes divines, y compris la procession du Verbe éternel, dans la nature humaine, n’étaient complètes que par la maternité de Marie, mais aussi parce que la Mère de Dieu, pour concourir substantiellement et par sa nature à de si grands mystères, avait participé en quelque sorte à la sainteté divine.
Il est impossible de porter plus haut l’idée de la sainteté de Marie, et de la décrire de plus de manières. Les pieux docteurs témoins de la tradition catholique, afin
(1) Octateuch. p. 49. ap. P. Pass. p. 1370.
(2) Isidor. Thessal. Oral, in Deip. nativ. in Mariale, p. 5. ed. Maracci.
(3) Menœa die vu. sept. p. 49. ap. P. Pass. p. 980. Voy. aussi le meme pag. 299, 967, 1569, 1377, 1387, où la même expression est employée.
(4) A plusieurs reprises Marie est appelée la Fille unique de Dieu , unigenita, comme Notre Seigneur est appelé unigenitus. Voy. le P. Passagl. p. 1587 et 1394.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
d’exprimer moins imparfaitement la sublime idée que l’Eglise avait conçue de la Vierge Mère de Dieu, ont vraiment épuisé toutes les formes du langage humain et toutes les ressources de l’éloquence : cependanttous sans exception, après tant d’enthousiame et d’efforts, s’accordent à dire que le langage leur fait défaut pour rendre exactement l’idée qu’ils ont de la sainteté et des prérogatives de Marie.
L’Eglise latine qui est si riche en louanges et en éloges de la Mère de Dieu, déclare dans l’office de la sainte Vierge, qu’elle ne sait comment exprimer l’idée qu’elle en a conçue : Quitus te laudibus efferam nescio!
L’Eglise grecque dont on a pu remarquer, dans les pages qui précèdent, l’admiration et l’éloquent amour envers Marie, fait le même aveu.
« Lorsque nous voulons vous célébrer dignement, dit-elle, ô la plus innocente des créatures, tout genre d’éloges nous fait défaut (1). »
« La bouche des orateurs les plus éloquents, dit Psellus, ô Vierge Dnmaculée, ne peut vous louer selon vos mérites (2). »
« O la plus sainte des vierges, s’écrie Basile de Séleucie, quelque glorieuses que soient les choses que l’on dit de vous, on est certain de ne point blesser la vérité; car jamais on ne dira tout ce qu’il faudrait dire, selon vos mérites (5). »
(1) Menœa die xxvii. April. p. 11T.
(2) Psellus ap. Allât. De Simeonum script is. p. 239.
(ô) Basil. Seleuc. Oral, in Deip ap. Combef. Auctar. pag. 522. et P. Passagl. p. 263.
l’immaculée conception
« Vous avez prédit avec raison, ô Marie, dit saint Germain de Constantinople, que toutes les générations vous proclameront bienheureuse, vous que personne ne peut louer dignement (1). »
« Quoi d’étonnant, s’écrie Paul diacre, que la trèssainte Vierge dépasse tous les éloges que lui attribue l’éloquence humaine, puisque par ses mérites immenses, elle dépasse la nature de l’homme (2) ? »
Nous nous arrêtons ici. Pour tout esprit sérieux et de bonne foi, il doit être prouvé combien la tradition générale de la sainteté indéfinie delà Vierge Mère de Dieu a été de tout temps éclatante dans l’Eglise. Née des lumières et de l’admiration des apôtres, au berceau de l’Eglise, elle a lui dans les siècles suivants du plus vif éclat, elle a brillé dans toutes les contrées du monde. Les plus célèbres docteurs de l’Eglise l’ont proclamée, et les plus hum-
(1) S. German. G. P. Orat. in dormit. Deip. ap. Combef. Auctar. p. 1-446.
(2) Paul. Diac. Sermode Viry. Assumpt. ap. Martene. Script vet. t. ix. p. 267. — Ou rencontre les mêmes expressions dans l’ouvrage du P. Passaglia. p. 304. 887, 1108, 1366. Ajoutons les passages suivants : « Hanc (Mariam) non hominum lingua, non Angclorum mundo sublimiorem mens sat dignis luudibus efferre possit, per quam datum est nobis Domini gloriam perspicue contueri ! # S. Joan. Damasc. llom. in dormit. Deip. n. 2. t. n. p. 838. — Voy. ibid. n. 5. pag. 839. et Hom. n. in dormit. Deip. n. 1. p. 868. — Venance Eortunat chantait vers la même époque: « Quis tibi (Virgo) digna canat? » lib. vjii. c. 7. p. 286. ed. Romæ. 1786. — Philippe de Bonne-Espérance, mort en 1 182, s’exprime ainsi dans ses commentaires sur le Cantique, livre vi. chap. 9 : « Honor Virginis usque ad id temporis sic excrevit, mundumque universum ejus fama vcl notitia sic implevit, ut non solum veri sed et falsi fideles videantur ejus laudibus exultare, et quos non devotio, eos vel occasio faciat collaudare. Ergo mira et miranda satis hæc Virgo potest dici, quam Angélus et propheta super omnes asserunt benedici. » Yid. Vatrol. Aligne, t. ccm. p. 434.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
blés fidèles font connue. Tousles mots propres à écarter de l'idée de la Mère de Dieu la notion de souillure, de défaut, d’imperfection, de péché, ont été employés dans leurs formes positives, comparatives et superlatives. Tous les mots qui attachent à l’idée de la Vierge Mère de Dieu la notion de la pureté, de l’innocence et de la sainteté ont été employés de la même manière. Lorsque les panégyristes de la sainte Vierge ont voulu mesurer les grâces dontDieu avaitcomblé sa Mère, ils se sont rappelé aussitôt les paroles de l’ange Gabriel, et ils ont reconnu en Marie une plénitude de grâces indéfinie, dont l’esprit humain ne peut sonder les profondeurs. Lorsqu’ils ont cherché à fixer le premier moment où Marie fut sanctifiée, ils ont remonté non-seulement jusqu’à la Conception du Sauveur, jusqu’à la présentation de Marie au temple, jusqu’à sa naissance, mais encore jusqu’à sa Conception, jusqu’à sa prédestination dans les conseils de la divinesagesse,et ils n’ont pu imaginer un seul instant de son existence où elle ne fût sainte. Afin d’exprimer cette sainteté immense d’une manière moins imparfaite, ils ont emprunté les comparaisons les plus frappantes d’abord à la nature, puis aux institutions sacrées, ensuite au ciel, enfin à la divinité elle-même. Lorsqu’ils ont comparé la Mère de Dieu, sous le rapport de la sainteté et des vertus, aux autres créatures, ils l’ont élevée au-dessus des patriarches, au-dessus des prophètes, au-dessus des apôtres, au-dessus des saints de l’Ancien et du Nouveau Testament, au-dessus des saints qui sont sur la terre et au-dessus des saints qui sont dans le ciel, au-dessus des anges, des Archanges, au-dessus des Chérubins et des Séra-
l’immaculée conception
phins, au-dessus de toute la hiérarchie céleste. Ils l’ont assimilée, autant qu’une créature peut l’être, à son Fils et à Dieu même. Ils ont nié qu’il y eût entre Dieu et Marie aucun milieu. Et après des éloges aussi pompeux, qui ne conviennent à aucune autre créature sortie des mains de Dieu, ils finissent par déclarer que personne au monde ne peut exprimer d’une manière parfaite et adéquate l’idée que l’Eglise a toujours conçue de la Mère de Dieu, ni les merveilles de bonté que Dieu a opérées en elle.
Aujourd’hui que l’Eglise a défini le privilège de l’immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, nous voyons clairement que cette prérogative n’est qu’un chaînon de la longue série de grâces et de faveurs dont Dieu a comblé sa Mère ; et que la sainteté indéfinie de Marie, toujours professée par l’Eglise, contient évidemment ce privilège. Mais à l’époque où l’immaculée Conception n’était pas définie, croit-on que la tradition générale, dont nous venons d’esquisser le magnifique ensemble, n’exerçait aucune influence, aucun empire sur les esprits, et ne les inclinait pas naturellement à admettre le privilège de Marie, qui y était virtuellement contenu, et qu’il était si facile d’en déduire? Croit-on que les esprits éclairés n’aient point pressenti cette vérité, du moment que la question fut soulevée? Pour ma part, je suis convaincu que cette tradition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu, si éclatante dans tous les âges, a été le point d’appui principal des défenseurs du privilège de l’immaculée Conception de Marie, dès l’origine de la controverse: elle leur a inspiré dès lors la persuasion intime qu’un jour l’Eglise
I)E LA SAINTE VIERGE MARIE
proclamerait cette vérité que l’instinct chrétien leur faisait déjà découvrir dans l’ensemble des croyances catholiques.
Il faut bien le remarquer, parmi les auteurs qui ont nié l’immaculée Conception de la sainte Vierge, à l’origine de la controverse, il en est plusieurs qui ont rendu un hommage éclatant à la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu, et qui, par conséquent, ont admis implicitement le privilège qu’ils niaient en termes formels. Tels sont entre autres saint Bernard et saint Thomas d’Aquin. Autant il est puéril de citer ces grands hommes parmi les témoins de la tradition explicite et directe du mystère, autant il serait fâcheux de négliger le témoignage qu’ils ont rendu à la tradition implicite et indirecte qui l’atteste. Ces pieux serviteurs de Marie n’ont pas tiré de la tradition générale la conclusion que tant d’autres en tiraient, et que l’Eglise a consacrée de nos jours par un jugement doctrinal; mais ils ont expliqué mieux que personne tous les points de doctrine qui renfermaient cette conclusion, et ils ont donné ainsi un nouveau poids à la tradition générale, qui récélait dans son sein le mystère de l’immaculée Conception.
La démonstration que je viens de donner me parait satisfaisante. Je ne vois qu’un seul perfectionnement à y ajouter, c’est de compléter tous ces fragments, toutes ces courtes sentences que nous avons cités, par quelques discours suivis, afin de donner une idée plus juste de l’élan, de l’entraînement avec lequel les saints Pères ont coutume de parler des prérogatives de Marie. Je citerai
donc ici quelques témoins remarquables de la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu. Parmi ces témoins plusieurs n’ont pas exprimé en termes précis le privilège de rimmaeulée Conception, quelques-uns l’ont même positivement nié.
J’invoquerai d’abord le témoignage de saint Méthode qui, avant la fin du troisième siècle, vers l’an 290, pendant l’ère des persécutions, a parlé de la sainteté de Marie dans les termes les plus magnifiques.
J’invoquerai aussi le témoignage de saint Ephrem qui, au commencement du quatrième siècle, a écrit des homélies et des oraisons en l’honneur de la Mère de Dieu, dignes de l’admiration de tous les siècles.
J’invoquerai enfin, parmi les docteurs de l’Eglise grecque, l’incomparable saint Jean Damascène, qui a résumé dans ses écrits toute la tradition des Églises orientales.
Parmi les docteurs de l’Eglise latine, je citerai saint Ambroise, qui propose la sainteté de Marie aux vierges chrétiennes, comme un miroir de toutes les vertus. Je lui adjoindrai saint Anselme qui, au milieu du moyenâge, a réfïété, dans ses prières à Marie, la croyance de l’Eglise universelle. Puis, je ferai entendre les éloges que saint Bernard, le docteur à la plume de miel, et saint Thomas, le docteur angélique, ont prononcées à la gloire de la sainteté de la Mère de Dieu. Après avoir entendu ces grands docteurs, nous comprendrons mieux encore comment les défenseurs de l'immaculée Conception, avant le jugement doctrinal de l’Eglise, ont puisé les motifs de leur croyance dans les sources de la tradition
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
catholique, et comment les adversaires de ce privilège ont constamment professé les points de doctrine qui le supposent et le contiennent.
ARTICLE III
Quelques témoins remarquables de la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Vierge Mère de Dieu.
Les sectes hérétiques ont prétendu que le langage magnifique, employé dans ces derniers temps par les pieux serviteurs de Marie pour exprimer ses prérogatives, et leurs sentiments d’admiration et d’amour, n’étaient qu’une invention de rhétorique, un amas de pieuses exagérations, condamnées par la vénérable antiquité, ou du moins peu conformes aux principes de la saine théologie. Ces sectes se sont trompées, nous venons de le voir en partie; mais nous le verrons peut-être mieux encore lorsque nous aurons entendu dans quels termes les Pères les plus anciens et les plus vénérables, les martyrs et les confesseurs des premiers siècles, ont parlé de la Mère de Dieu.
Ecoutons en premier lieu saint Méthode, qui eut le bonheur de verser son sang pour la foi vers la fin du IIIe siècle de notre ère.
« Le mystère opéré en vous est étonnant et terrible, ô Vierge Mère, ô trône spirituel, vous qui fûtes digne de Dieu et glorifiée par lui ! Le miracle dont vous êtes l’instrument remplit d’étonnement les habitants du ciel et ceux
l’immaculée conception
de la terre. Nous en avons la preuve dans les cantiques des anges qui chantèrent lors de votre enfantement: Gloire à Dieu au plus haut des deux, paix à la terre, et bienveillance aux hommes! Comme s’ils eussent voulu par ce triple souhait manifester votre triple sainteté! Vous est bienheureuse entre toutes les femmes, vous que Dieu même a comblée de bonheur, parce que par vous la terre a été remplie de la gloire du Seigneur... Si Dieu a entouré V arche sainte, qui fut l'image et le type de votre sainteté, d’un honneur, d’une vénération qui en défendait l’approche à tout le monde, excepté aux membres de l’ordre sacerdotal... quel culte de vénération et d’amour pourrons-nous, nous les moindres des hommes, vous rendre jamais, à vous qui êtes vraiment notre reine? Oui vous êtes vraiment l'arche animée du Dieu législateur ; vous êtes le ciel qui contient ce Dieu que rien ne peut contenir. Lorsque, semblable à un jour lumineux, vous avez brillé dans le monde, ô la plus sainte des vierges, lorsque vous avez enfanté le soleil de justice, l’affreuse obscurité de nos ténèbres a été dissipée; la puissance du tyran (infernal) a été brisée, la mort détruite, l’enfer absorbé, l’inimitié dissoute en face de la paix... et l’univers tout entier a été illuminé de la plus pure, de la plus éclatante lumière de la vérité! Je veux donc vous saluer des cantiques de votre père, ô fille de David, mère du Seigneur et du Dieu de David : recevez, ô la plus douce des vierges, les dons précieux qui ne conviennent qu’à vous, à vous qui êtes supérieure à toutes les générations des hommes, et qui dépassez immensément, en honneur et en gloire, toutes
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
les créatures visibles et invisibles! O heureuse racine de Jessé ! O trois fois heureuse la maison de David dans laquelle vous êtes née ! Dieu est au milieu de vous , et vous n’en serez pas troublée; car le Très-Haut vous a sanctifiée comme son tabernacle (Psal. xlv. 6, 5.). Les promesses et les serments que Dieu a faits à nos pères, ont été accomplis en vous seule, car c’est par vous que le Seigneur a été fait le Dieu des vertus avec nous. Le buisson intact représentait votre image remplie d’un rayon de la majesté divine.... Que dis-je? Moyse, ce grand prophète, n’a-t-il pas déclaré qu’il resta plus longtemps sur la montagne (de Sinaï), alin d’apprendre les mystères qui vous concernaient, ô la plus pure des vierges, et pour comprendre les figures qui vous présageaient? »
Après avoir énuméré d’autres figures ou types évidents, comme il les appelle, de la Vierge Mère de Dieu, le saint Evêque s’écrie de nouveau :
« Vous êtes bénie, ô Vierge sainte, tout à fait bénie et aimée de tous! Votre nom, ô Mère de Dieu, est entouré et rempli de la grâce divine et souverainement agréable au Seigneur!... Vous êtes la tige de la plus belle des fleurs! la Mère du Créateur, la nourrice de celui qui nourrit le monde; embrassant celui qui embrasse tout; portant celui qui porte tout par sa parole; la porte par laquelle Dieu arrive jusqu’à notre nature... le propitiatoire par lequel Dieu sous la forme humaine se fit connaître aux hommes ; le vêtement sans tache de celui qui se revêt de lumière comme d'un manteau (Ps. gui. 2.)! Vous avez procuré au Dieu qui n’a besoin
l’immaculée conception
de rien, la chair qu’il n’avait point, afin que le Tout-Puissant devînt homme, comme il l’avait décrété. Quoi de plus glorieux! quoi de plus sublime! Celui qui remplit le ciel et la terre, celui qui règne sur l’univers, a eu besoin devons!.. Gloire, gloire à vous, ô Mère et servante de Dieu, dont le créancier de tous les êtres est devenu le débiteur. Nous nous devons tous à Dieu ; Dieu s’est dû a vous, 6 Marie! Celui qui a dit: Vous honorerez votre père et votre mère , a observé à votre égard la loi qu’il avait laite pour les autres, et il a glorifié sa mère d’une manière toute divine... Mais le temps et le langage nous manquent, ô amie de Dieu, pour prononcer des éloges égaux à vos mérites! Pour montrer que vous êtes vraiment incompréhensible, un célèbre prophète a dit: Que la maison de Dieu est grande, et que l'étendue de son domaine est sans bornes; il est grand, et il n'a pas de limites; il est sublime etil estimmense{ Baruch. ni. 24, 25.). Oui vraiment c’est de vous, ô Vierge sainte, que cet oracle prophétique a été prononcé, c’est à votre majesté seule, c’est à votre grandeur que ce discours peut être appliqué en vérité; car seule, dans la création, vous avez mérité de participer avec Dieu aux choses qui sont propres à Dieu ; seule vous avez engendré dans votre sein ce Dieu qui est engendré de toute éternité comme le Fils unique de Dieu son Père. Tous ceux qui professent la vraie foi, pensent ainsi (î). »
Que l’on remarque bien ces dernières paroles. Ces
(I) S. Method. episc. Tyr. Ilom. de Simeone et Anna. n. 5, 9, 10, 11. ap. Galland. iii. 807, 815, 816.
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éloges, d'après saint Méthode, ne sont point de pieuses exagérations fruit d’un enthousiasme irréfléchi, ce sont des points de la croyance catholique que professent tous ceux qui ont la vraie foi. Cette doctrine n’était pas nouvelle; elle exprimait l’enseignement des Apôtres.
La même pensée et le même ton régnent dans les écrits du grand saint Ephrem qui, un demi siècle plus tard, était l’oracle de l’Orient. Les homélies et les prières composées par ce saint docteur en l’honneur de la Mère de Dieu, sont de véritables hymnes dont la douce et forte éloquence charme, étonne, entraîne. Voici quelques lignes choisies au milieu de ce concert d’hommages.
« O Marie, Vierge Mère de Dieu, inviolée, intacte, tout à fait pure, tout à fait chaste, vous êtes l’espoir de ceux qui désespèrent, vous êtes notre reine très-glorieuse, très-bonne et très-puissante; vous êtes plus sublime que les habitants du ciel, plus brillante que les rayons et les splendeurs du soleil; plus digne d’hommages que les Chérubins, plus sainte que les Séraphins, incomparablement plus glorieuse que le reste de l’armée du ciel. Vous êtes l’espérance unique de nos pères, la gloire des prophètes, l’amour des Apôtres, l’honneur des martyrs, la joie de tous les saints... Vous êtes vraiment la verge d’Aaron, dont votre divin Fils est la fleur : car de la racine de David et de Salomon a germé Jésus-Christ notre créateur, notre Dieu, notre Seigneur tout-puissant, et seul le Très-Haut. Vous l’avez enfanté Dieu et homme, vous qui restâtes Vierge après votre enfantement, comme
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vous l’étiez avant votre enfantement et dans votre enfantement. Par vous, ô Vierge Marie, nous avons été réconciliés avec Notre Seigneur et Dieu qui est votre Fils bienaimé ! Vous êtes la patrone et le secours des pécheurs abandonnés, le port assuré des naufragés, la consolation du monde, le rachat des captifs, la guérison des malades, la joie des affligés, le salut de tous. Vous êtes la gloire et la couronne des vierges, la joie du monde, 6 souveraine, princesse et reine toute-puissante !... Nous recourons à vous, par nos larmes, ô mère bienheureuse, et nous vous supplions de ne point permettre que votre Fils nous sépare de lui à cause des péchés que nous avons commis; mais faites que nous parvenions jusqu’à lui, jusqu’au séjour d’un ineffable bonheur... Remplissez ma bouche, ô ma souveraine, de l’abondance de vos douceurs; éclairez mon esprit, ô vous qui êtes pleine de grâces; dirigez ma langue et mes lèvres, afin que je puisse chanter vos louanges et répéter surtout avec joie la salutation que l’ange Gabriel vous adressa à Nazareth, cette salutation si digne de vous, qui apporta le salut au monde et qui est encore le remède et le secours des âmes! Permettez, ô Vierge sacrée, qu’un indigne serviteur vous loue selon ses forces et vous dise : Je vous salue, ô vase brillant et choisi de Dieu ! Je vous salue, ô Marie, ma souveraine, vous qui êtes pleine de grâces! Je vous salue, ô Vierge bienheureuse entre toutes les femmes! Je vous salue, étoile lumineuse dont Jésus-Christ naquit! Je vous salue, lumière resplendissante, Mère et Vierge! Je vous salue, vous qui avez engendré merveilleusement le roi du monde ! Je vous salue, vous par qui le soleil de
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justice nous a tous éclairés ! Je vous salue reine et souveraine, à qui tout est soumis ! Je vous salue, cantique des Chérubins et des Séraphins, hymme des saints anges! Je vous salue, paix, joie, consolation, salut du inonde! Je vous salue, bonheur du genre humain! Je vous salue, éloge des patriarches, honneur des prophètes, beauté des martyrs, couronne des saints! Je vous salue, illustre ornement de la hiérarchie céleste! Je vous salue, miracle étonnant de l’univers! Je vous salue, paradis de délices, de toute beauté et d’immortalité ! Je vous salue, arbre de vie notre bonheur et notre jouissance! Je vous salue, lis des vallées, vallée des fidèles, salut du monde ! Je vous salue, résurrection de notre premier père! Je vous salue, la mère de tous ! Je vous salue, la fontaine des grâces et de toute consolation! Je vous salue, le refuge des pécheurs et leur soulagement! Je vous salue, ô trône très-glorieux de notre Créateur! Je vous salue, ô splendeur éclatante et éblouissante des siècles! Je vous salue, ô excellente médiatrice de Dieu et des hommes ; vous la réconciliatrice la plus puissante de toute la terre! Je vous salue, ô notre souveraine, vous qui avez obtenu la paix aux fidèles, et qui régnez sur toutes les créatures! Je vous salue, ô reine des citoyens de la Jérusalem céleste, et souveraine des anges! Je vous salue, porte du ciel, échelle et escalier de tous! Je vous salue, vous qui avez ouvert les portes du ciel, qui avez apaisé nos douleurs, allégé nos souffrances, brisé notre esclavage! Je vous salue, ô clef du royaume céleste! Je vous salue, ô ferme espérance de tous les chrétiens qui recourent à vous. Je vous salue, ô lumière éblouissante, dont le
monde est éclairé! Je vous salue, ô tendre Mère de Jésus- Christ, Fils du Dieu vivant! Je vous salue, vous qui avez porté dans vos bras celui qu’aucun espace ne peut contenir! Je vous salue, vous qui avez élevé et nourri l’auteur de la vie, Jésus-Christ, le Créateur miséricordieux de tous, notre très-doux Seigneur Jésus, qui nourrit tout l’univers, qui aime tendrement le genre humain et qui est le Père tout-puissant de tous (1). »
Ce passage, choisi entre cent autres, donne une idée du saint enthousiasme avec lequel les saints Pères parlaient de la Mère de Dieu, et de l’idée inexprimable que l’Eglise en a eue de tous temps. Saint Ephrem, dans tous ses écrits, professe les mêmes sentiments envers la sainte Vierge, sentiments que les églises d’Orient ont constamment exprimés depuis , par ses propres paroles. 11 écrivait cent ans avant le Concile d’Ephèse, et deux siècles et demi avant le règne de saint Grégoire-le-Grand, auquel certains protestants attribuent l’institution du culte de Marie! Qu’on juge par là de la véracité et du savoir des adversaires du culte des saints et de la gloire de la Mère de Dieu !
Les écrits de saint Jean Damascène résument au VIIIe siècle toute la tradition des églises de l’Orient. Nous avons déjà pu admirer son éloquence et son amour envers la Mère de Dieu. Mais toutes ses homélies sur les mystères delà sainte Vierge ne sont qu’un tissu d’éloges
(1) S. Ephrem, Sermode S. Deigenitricis Mtiriœ laiidibits. op. gr. lat. t. m. p. 57u.
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enthousiastes, on peut dire un long chant d’admiration.
Qu’on en juge par l’extrait suivant.
« A la naissance de Marie, dit-il, Dieu le Verbe a composé un livre nouveau qu’il a tiré du cœur de Dieu son Père, et qu’il a écrit par le Saint-Esprit, qui est la langue de Dieu... O fille sacrée de Joachim et d’Anne, qui avez échappé aux traits enflammés du démon et aux atteintes des principautés et des puissances infernales, qui avez été formée dans la couche du Saint-Esprit et gardée sans la moindre tache, afin de devenir l’épouse de Dieu, et d’être naturellement sa mère! O très-sainte enfant, qui dans les bras de votre mère avez été formidable aux esprits célestes déchus! O très-sainte enfant, qui étiez entourée des anges lorsque vous suciez le lait de votre mère! O fille chérie de Dieu, la gloire de vos parents, que toutes les générations proclament bienheureuse, comme vous l’avez prédit! O fille digne de Dieu, la beauté de la nature humaine! la réparation de notre première mère Eve! Celle-ci était tombée par sa faute; elle a été relevée par votre enfantement! O fille sainte et sacrée, la gloire des femmes ! La première Eve, coupable de prévarication, a fait entrer la mort dans le monde en secondant les ruses du serpent contre notre premier père; mais Marie, en obéissant à la volonté divine, a trompé elle-même le serpent trompeur, et a restitué l’immortalité au monde. O fille toujours Vierge, qui avez conçu, sans le concours de l’homme, un fils qui a Dieu éternel pour père! O fille, qui née sur la terre, avez porté le Créateur du monde dans vos bras maternels! Les siècles se sont disputé la gloire de
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votre naissance! mais le décret éternel de Dieu a mis fin à cette lutte, en choisissant ces derniers siècles qui sont devenus ainsi les premiers. Vous surpassez vraiment en dignité, ô Vierge sainte, toutes les choses créées, car c’est de vous seule que l’ouvrier souverain a pris un corps comme des prémices de notre nature, en formant la nature du divin Sauveur de votre sang. Dieu même a sucé le lait de vos mamelles, et vos lèvres ont été attachées aux lèvres de votre Dieu! O prodige qui surpasse et nos pensées et notre langage (1 )!.... Vous êtes tout entière, ô Vierge sainte, la couche du Saint- Esprit, tout entière la cité du Dieu vivant, que réjouit l’impétuosité du fleuve (Psaum. xlv.), jeveux dire, le flot des grâces de l’Esprit-Saint. Vous êtes belle tout entière, et tout entière proche de Dieu ; car élevée au-dessus des Chérubins et des Séraphins vous avez été placée à côté du Créateur (2) ! »
Nous n’ajouterons rien à ces magnifiques éloges.
Après avoir entendu l’Orient, écoutons les docteurs célèbres de l’Occident.
Et d’abord arrêtons-nous un instant à la doctrine de saint Ambroise, qui propose l’exemple de Marie à toutes les vierges chrétiennes, comme un miracle de vertus et de sainteté.
« Quoi de plus noble que la Mère de Dieu? Quoi de plus splendide que celle que la splendeur même choisit?
(1) S. Joan. Damasc. Hom i. in nativ. Deip. n. 7. t. n. p. 845 et s.
(2) Ibid, il 9. p. 848. — Voy. encore et surtout Ilom. i. in dormit. Deip. n. 8. et seq. p. 862.
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Quoi de plus chaste que celle qui engendra un corps sans la corruption de son corps? Et que pourrai-je dire de ses autres vertus? Elle était Vierge de corps etVierge d’âme; jamais la moindre imperfection n’altéra la droiture de ses affections. Humble de cœur, grave dans son langage, prudente dans ses pensées, aussi peu empressée à parler qu’avide de lire; plaçant son espérance nonpointdans les richesses incertaines, mais dans la prière du pauvre ; appliquée au travail ; modeste dans ses discours; cherchant Dieu pour témoin de ses pensées et non point l’homme ; ne blessant personne, voulant du bien à tous ; témoignant son respect à la vieillesse, n’enviant rien à ses égaux, fuyant la jactance, suivant la raison, aimant la vertu (1). »
Il poursuit ainsi énumérant toutes les vertus de Marie, comme autant de fruits spontanés de la sainteté parfaite dont elle était animée.
Ailleurs il déclare que « Marie n’était pas inférierure à ce qu’il convenait que fût la Mère de Dieu (2). » Il dit que «la salutation d’un ange était réservée à Marie seule, » et qu’à « bon droit elle seule a été proclamée pleine de grâce, puisqu’elle a seule mérité la grâce qui ne fut donnée à personne, celle d’être remplie de Fauteur de la grâce (3). »
Ces expressions indiquent jusqu’où le saint archevêque
(1) S. Ambros. De Virginibus . 1. u. u. 7. t. i. col. 164. ed. Bened. Paris. 1690.
(2) Id. Epist. 63. n. 1 10. t. i. col. 1048.
(3) Id. Comm. in Luc. t. ir. col. 1284,
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de Milan portait l’admiration pour la Mère de Dieu. Mais il est dépassé peut-être, non pas en amour pour Marie, mais en éloquence pour l’exprimer, par le grand saint Anselme à qui l’Angleterre attribue l’institution de la fête de l’immaculée Conception, quoique dans ses œuvres authentiques on ne rencontre aucun témoignage explicite de ce mystère.
Dans son livre sur la conception active de la Vierge, le saint archevêque de Cantorbery s’exprime ainsi :
« Il convenait que la Conception de l’Homme-Dieu s’opérât dans le sein d’une mère très-pure; il convenait qu’elle brillât de la splendeur d’une sainteté la plus grande qui se puisse concevoir après celle de Dieu; cette Vierge à qui le Père se disposait à donner son Fils unique, ce Fils engendré de son cœur, égal à lui et qu’il aime comme lui-même, à le donner pour qu’il fût naturellement un seul et même Fils commun et à ce Père et à cette Vierge ; cette Vierge que le Fils se choisissait pour être substantiellement sa Mère; cette Vierge dans laquelle le Saint-Esprit voulait et devait opérer, afin que d’elle fût conçu et naquît le Verbe dont il procède lui-même (i). »
Mais c’est surtout dans les prières qu’il adresse à la
(1) « Decebat ut illius hominis (Christi) Conceptio de matre purissima fieret. Nempe decens erat, ut ea puritate qua major sub Deo ncquit iutelligi, Virgo ilia niteret, cui Deus Pater unicum filium suum, queni de corde suo æqualem sibi geuitum tanquam se ipsum diligebat, ita dare disponebat, ut naturaliter esset unus idemque commuais Dei Patris et Virginis filius; et quam ipse Filius substantialiter facere sibi matrem eligebat, et de qua Spiritus sauctus volebat et operalurus erat, ut couciperetur et nascerctur illud de quo ipse procedebat. » Sanetus Anselmus De conceptu virginali. c. 17.
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Mère de Dieu que saint Anselme s’abandonne à un pieux enthousiasme, expression fidèle de sa foi et de la croyance générale de l’Eglise.
« O Marie, qui êtes sainte, s’écrie-t-il, et qui parmi les saints avez joui de la plus grande sainteté possible après celle de Dieu, vous êtes une Mère admirable par votre virginité, une souveraine brillant de tant de sainteté, éminente par une si grande dignité, que votre pouvoir et votre puissance doivent être immenses!... Vous êtes bénie entre toutes les femmes, ô vous qui surpassez les anges en pureté, et les saints en piété (1). O Reine des anges, souveraine du monde, Mère de celui qui purifie le monde, comme votre bienheureuse sainteté a été exaltée par votre divin Fils au-dessus de toute autre, à l’exception de la sienne ; ainsi puisse mon cœur vous comprendre et vous vénérer au-dessus de toutes choses, à l’exception de Dieu ! O femme pleine et plus que pleine de grâces, toutes les créatures reçoivent la vie par la surabondance de cette plénitude. Rien n’est égala Marie; rien n’est supérieur à Marie si ce n’est Dieu... O Marie vous avez été bénie non seulement pour vous, mais aussi pour nous (2)! O Vierge Immaculée et bénie à jamais; ô Vierge unique et incomparable, ô Marie Mère de Dieu, ô temple de Dieu, aimé de lui, ô sanctuaire du Saint-Esprit, ô porte du royaume des cieux, par qui, après Dieu, tout l’univers respire (3)! O Marie Vierge Mère, vous êtes
(1) S. Anselm. Oral. xlix. op. p. 279. ed. Gerberon. Paris. 1673.
(2) Id. Orat. li. p. 280 et 281.
(5) Id. Orat. lii. p. 282.
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d’autant plus glorieuse au-dessus de tous les anges et de tous les élus, dans le royaume de votre Fils, que vous avez plus mérité d’être rendue par lui plus heureuse.
«O sainte Mère de Dieu, la plus pure etlaplus digne de toutes les créatures ! O bienheureuse Vierge Marie, temple du Dieu vivant, cour du roi éternel, sanctuaire du Saint-Esprit, vous êtes la Vierge issue de la racine de Jessé; le cèdre du Liban, la rose pourprée de Jéricho, le cyprès du mont Sion, qui par un privilège unique non-seulement dépassez toute comparaison avec les créatures terrestres ; mais surpassez aussi la dignité des anges. Par un miracle nouveau et inouï il vous a été donné que leVerbe, engendré de Dieu avant le cours des siècles, devînt votre Fils dans le temps. Vous êtes la lumière orientale, l’ornement du monde, la noblesse du peuple chrétien ; la reine, et la souveraine des hommes, l’échelle du ciel, le trône de Dieu, la porte du paradis (1). O la plus sainte des vierges, la plus chaste de corps, la plus belle de mœurs, Vierge des vierges dont ni le cœur ni la bouche ne furent jamais souillés, tout entière sans tache; Vierge Immaculée de corps, Vierge Immaculée par l'âme; qui ne devez rien aux lois communes, qui n’avez subi aucun excès (2). »
Si saint Anselme n’excepte point Marie de la loi commune, lorsqu’il raisonne en philosophe sur la théorie du péché originel, il semble l’en excepter indirectement dès qu’il abandonne les subtilités de l’école, pour parler
(1) Id. Oral. liii. p. 283.
(2) Id. Orat. LMii.p. 285.
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le simple langage des enfants de l’Eglise. Tout ce qu’il dit de la sainte Vierge, dans ces belles prières que nous venons de citer, exclut de Marie toute apparence de souillure et de péché, et insinue d’une manière au moins indirecte le privilège de l’immaculée Conception.
Saint Bernard qui s’est opposé, le premier dans l’Eglise, à la fête de ce mystère, a proclamé lui aussi de mille manières différentes, les principes dont le privilège de Marie découle. Il est peu d’écrivains sacrés qui aient fait ressortir, avec autant d’éloquence que lui, la sainteté parfaite, indéfinie de la Mère de Dieu. Choisissons quelques passages remarquables au milieu de mille autres.
« Marie, dit-il, a été bénie de Dieu, entre toutes les femmes, et jamais elle n'a été maudite (i). Marie n’a jamais eu de délit personnel (2). Dieu qui voulait entourer sa Mère d’une gloire extraordinaire dans le ciel, eut soin de la prévenir sur la terre d’une grâce extraordinaire. Il convenait à Dieu de n’avoir pour mère qu’une vierge, et aune vierge den’enfanterqu’un Dieu. Le Créateur des hommes, pour devenir homme, devait se choisir ou plutôt se créer, parmi toutes les femmes, une mère qu’il savait être digne de lui, et devoir lui être agréable. Il voulut donc qu’elle fût Vierge; il voulait, lui qui venait nous purifier de toutes nos taches, immaculé lui-même, naître d’une mère immaculée... Afin que Marie qui devait concevoir et mettre au jour le Saint des saints, fut sainte de corps, elle reçut le don de la virginité; afin
(1) S. Bernard. Servi, n. de Assumpt. n. 8. col. 999.
(2) Id. Serm. iv. in Vig. ISativ. Dni. n. 3. p. 729.
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qu’elle fût sainte d’esprit, elle reçut le don de l’humilité. Ornée de ces vertus, comme de pierres précieuses, et brillant de ce double éclat de l’âme et du corps, cette Vierge royale éclata d’une beauté qui la fit connaître jusque dans la cour céleste, et par laquelle elle fixa sur sa personne les regards des habitants du ciel, s’attira l’amour de son roi, et appela vers elle, des hauteurs du royaume de Dieu, un messager céleste! Quelle miséricorde de Dieu! mais aussi quelle dignité dans cette Vierge!... Un ange fut donc envoyé à la Vierge Marie, qui était vierge de corps et vierge d’esprit, vierge de profession, vierge telle que l’apôtre la décrit, sainte d’esprit et de corps. Ce n’était point une vierge trouvée récemment et par hasard, mais choisie avant les siècles, connue davance par le Très-Haut qui l’avait préparée pour lui même, gardée par les anges, préfigurée par les pères et promise par les prophètes. Pour produire quelques preuves choisies en un si grand nombre, n’est-ce pas cette Vierge que Dieu a prédite, lorsqu’il dit au serpent : J’établirai des inimitiés entre toi et une femme ? et si vous doutez qu’il ait voulu parler de Marie, écoutez ce qui suit : Elle écrasera ta tête! A qui cette victoire estelle réservée si ce n’est à Marie ?... Quelle autre femme cherchait Salomon lorsqu’il s’écriait : Qui trouvera la femme forte ? c’est-à-dire, si notre salut à tous dépend de la main d’une femme, si l’innocence ne peut nous être rendue, si notre ennemi ne peut être vaincu que par elle, il faut qu’elle soit courageuse, et capable d’une si grande œuvre. Sa valeur est grande et précieuse comme les choses apportées des extrémités de la terre ; cette valeur
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n’est ni vile, ni petite, ni médiocre, ni empruntée à la terre ; elle descend des cieux, non point des cieux qui sont les plus proches de la terre, mais des régions les plus élevées du céleste séjour (1)... Comprenez, ô Marie, par le nom du fils qui vous est promis, combien est grande la grâce que vous avez trouvée près du Seigneur (2) !... Marie est cette femme revêtue du soleil, et qui a la lune sous les pieds! Toute espèce de défaut est au-dessous d’elle, et plus que toutes les autres créatures, elle dépasse et foule aux pieds par la sublimité de ses mérites, tout ce que l’on peut imaginer de fragilité et de corruption en ce monde: c’est pourquoi la lune est placée sous ses pieds. Et en disant cela qu’avons-nous dit de grand delà sainte Vierge, puisque nous savons bien qu’elle est certainement élevée au-dessus des chœurs des anges, desChérubins et des Séraphins. C’est à bon droit qu’on le reconnaît, Marie a été revêtue du soleil, puisqu’elle a pénétré au de là de ce qu’on peut imaginer, l’abîme si profond de la divine sagesse ; c’est-à-dire qu’elle a paru plongée dans cette lumière inaccessible, autant qu’une créature le peut sans union personnelle. Les lèvres des prophètes ont été purifiées par ce feu divin; c’est de ce feu encore que brûlent les Séraphins. Marie ne mérita pas seulement d’être touchée extérieurement de ce feu en passant, mais encore d’en être entourée de toute part, et d’y être immergée et enfermée. Le vêtement de cette femme est très-blanc sans doute,
(1) S. Bernard. Hom. n. super Missus est. passim. op. 1. 1. col. 737. et seq. ed. Paris. 1690.
(2) Id. Hom. iii. in Missus est. n. 10. col. 747.
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mais il est aussi très-ardent; car elle a été éclairée d’une manière si parfaite des rayons divins, qu’il n’y a rien en elle, je ne dis point de ténébreux ou d’obscur, ou de moins lumineux, mais qui ne soit tout brûlant de ce feu céleste (1).
« Ne vous étonnez point, ô Marie, de ce qu’un ange s’adresse à vous et de ce que le Seigneur de cet ange soit avec vous! Quoi détonnant que vous voyez apparaître un ange, vous qui vivez d’une manière angélique ? Vous pénétrez jusqu’aux deux non-seulement par vos prières, mais aussi par votre pureté, vertu qui approche la créature de Dieu. Vous êtes une Vierge sainte de corps et d’esprit, à qui il appartient surtout de dire: Notre vie est celle de la cité du ciel. Oui Marie est vraiment montée au-dessus du genre humain tout entier, elle est montée jusqu’aux anges qu’elle a aussi dépassés, pour se placer au-dessus de toute créature céleste (2). Est-il étonnant que Dieu qui est admirable dans ses saints, se soit montré merveilleux dans sa mère (3) ? Non il n’est point de pureté angélique comparable à la virginité de Marie qui fut digne de devenir le sanctuaire de l’Esprit-Saint et la demeure du Fils de Dieu (4) ! L’humanité de Marie fut non-seulement pure par l’exemption de toute tache, mais elle fut pure par un privilège unique de sa nature (5) / »
(1) S. Bernard. Senno insignum magnum. De Assumpt. n. 5. col. 1007.
(2) Id. Sermon deaquœductu. n.0. col. 1015.
(3) Id. Sermo i. super Missus est. n. 9. col. 736.
(4) Id. Sermo iv de Assumpt. n. 6. col 1005.
(5) « Humanitas in Maria non modo pura(fuit) ab omni contaminatione, sed et
Pour exalter la pureté sans tache, l’innocence perpétuelle, la sainteté parfaite de la Mère de Dieu, nous qui croyons au privilège de l’immaculée Conception, que pourrions-nous ajouter à ces paroles de saint Bernard ? Si Marie est plus sainte que les anges, si sa pureté surpasse celle des Chérubins et des Séraphins, si Marie est vierge d’âme et de corps, sainte de corps et d’esprit; si toute sa valeur descend du plus haut des cieux; si elle reçut sur la terre des grâces extraordinaires proportionnées à ses mérites ici-bas et à sa gloire dans le ciel ; si elle fut revêtue de son Fils comme d’un soleil, qui la rendit toute lumineuse du feu divin qui la brûlait à l’intérieur et à l’extérieur; si par sa sainteté elle a captivé les regards de la cour céleste et de son divin Fils, qu’elle attira en elle par ses mérites; enfin si elle fut parfaitement pure, par un privilège unique de sa nature, comment peut-il être vrai qu’elle soit née dans le péché? qu’elle ait été l’esclave du démon? que son âme ait été souillée de la tache originelle ? La sainteté que saint Bernard admire et loue en Marie, exclutévidemment le péché d’origine, et suppose le privilège de l’immaculée Conception.
Saint Thomas d’Aquin, le docteur angélique, parait avoir flotté dans la question de l’immaculée Conception; mais il ne vacilla jamais au sujet de la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu, dont il est un des témoins les plus remarquables. 11 a constamment enseigné que Marie a été toujours sans tache, sans péché, sans
pu r a singularitate natures. » S. Bernard. Serino de nativ. B. M. V. n. 7. col. 1020.
souillure ; qu’elle a atteint le degré de pureté le plus élevé qu’une créature puisse atteindre, et qu’après Dieu elle est le plus saint des êtres. Ecoutons-le. « La sainte Vierge, par cela même quelle est Mère de Dieu, a en quelque sorte une dignité infinie, par la relation qu’elle a avec le bien infini qui est Dieu; et sous ce rapport Dieu ne peut rien créer de meilleur qu’elle. Dieu prépare et dispose toujours ceux qu’il a choisis pour accomplir quelque chose, de telle sorte qu’ils soient aptes à atteindre le but pour lequel ils ont été choisis. C’est ainsi que saint Paul dit : II nous a faits des ministres aptes du Nouveau Testament. (II. Cor. in.) La sainte Vierge a été élue de Dieu pour devenir la Mère du Fils de Dieu ; il est donc certain que Dieu, par sa grâce, l’a rendue apte à cette fin, comme l’ange le déclare d’ailleurs en disant : Vous avez trouvé grâce devant le Seigneur... voici que vous concevrez... Jamais elle n’aurait été apte à devenir la Mère de Dieu, si jamais elle eût péché ; car l’honneur des parents rejaillit sur leurs enfants, comme on lit au livre des Proverbes : Les parents sont la gloire de leurs enfants ; d’où il suit, par une raison contraire, que l’ignominie de la mère retombe sur ses enfants. De plus Marie a une affinité intime avec Jésus-Christ qui a reçu d’elle sa chair ; et il est dit : Quelle alliance peut-il y avoir entre le Christ et Bélial. (IL Cor. vi.) D’ailleurs le Fils de Dieu, qui est sa sagesse, a habité non-seulement dans l’âme, mais encore dans le sein de Marie, d’une manière toute spéciale : et il est dit : La sagesse n entrera point dans une âme pécheresse et elle n'habitera point dans un corps souillé du péché. (Sap. i, 4.) Enfin Marie a dû être
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exempte de tout péché, puisqu’il est écrit d’elle : Vous êtes toute belle , ô mon amie, et il n'y a point de tache en vous (1). (Cant. iv, 7.) » « Dans Jésus-Christ et dans Marie il n'y eut aucune tache morale quelconque (2). » « Au Psaume XVIII il est dit : Il a placé son tabernacle dans le soleil. Cela veut dire : Dieu a placé son corps dans le soleil, c’est-à-dire dans la bienheureuse Vierge, qui na subi aucune obscurité du péché (3). »
On entend ici la froide raison proclamer la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu, avec moins de vivacité peut-être, mais avec non moins de conviction et d’énergie que dans les écrits des Pères de l’Eglise grecque. Pour tous, Marie a atteint la plus haute pureté possible ; et en fait de sainteté, elle n’est inférieure qu’à son Fils, qu’à Dieu.
En proclamant cette sainteté prodigieuse de la Mère de Dieu, les saints docteurs ont donc suivi le courant de la tradition, l’enseignement public de l’Eglise, la croyance générale des fidèles; et lorsqu’il leur est arrivé de céder aux théories de l’école et à certains principes spéculatifs, ils ont résisté au courant, ils se sont isolés, ils ont paru se contredire eux-mêmes. Le bon sens vulgaire a toujours compris qu’une créature comblée d’un déluge de faveurs célestes , qu’une Vierge proclamée pleine de grâces, qu’un être doué d’une sainteté toute divine, n’a pu être
(1) iii. p. q. 27. a 4.
(2) S. Thom. Aquin, in Psal. cxvin. Beati immaculatiinvia.
(3) Id. in Psal xvm. — Voy. le P. Passaglia. pag. 1266. et le card. Sfondrati, Innocentiavindicala,\ës> premiers chapitres.
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privé de la première et de la plus nécessaire de toutes les grâces, de celle de la sainteté originelle.
Il est avéré maintenant, que les adversaires et les partisans du grand privilège de la Mère de Dieu, ont toujours été d’accord sur les points de doctrine que nous venons de rappeler, et par conséquent, que les uns et les autres ont reconnu en Marie une sainteté parfaite et indéfinie, qui suppose évidemment en elle la prérogative de finimaeulée Conception.
ARTICLE IV
Conséquences légitimes de la tradition perpétuelle et universelle de la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu. Conclusion.
Nous venons de constater qu’il existe, dans l’Eglise catholique, une tradition perpétuelle et universelle de la croyance à la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu.
Cette tradition se rattache à l’enseignement des apôtres qui l’ont reçue de l’Esprit-Saint, et qui l’ont expliquée à la lumière des anciennes prophéties et des mystères accomplis sous leurs yeux. Toutes les églises du monde l’ont possédée dans les siècles passés, et la possèdent encore aujourd’hui. L’église grecque, l’église syrienne, l’église arménienne, l’église eophte, l’église abyssinienne enseignent et croient, comme l’église latine, que la Mère de Dieu est un miracle de la grâce, qu’en elle tout est prodige, tout est merveille. Son origine surtout
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
est considérée comme extraordinaire, inouïe, semblable, sous plusieurs rapports, à l’origine mystérieuse de la Sagesse éternelle dans le sein de Dieu. La sainteté de la Mère de Dieu, est aussi, pour toutes ces églises, une sainteté unique, ineffable, qui place Marie non-seulement au-dessus des autres élus de la terre, mais aussi au-dessus des anges du ciel. Ni les patriarches, ni les prophètes, ni les apôtres, ni les martyrs, ni les confesseurs, ni les vierges, ni les Chérubins ni les Séraphins n’atteignent en pureté, en innocence, en sainteté la Mère de Dieu ; celle-ci les surpasse tous de beaucoup, et n’est réellement inférieure qu’à Dieu qui l’a créée.
Sur tous ces points il y a eu accord parfait dans tous les siècles et dans toutes les églises du monde. Lorsque naquit la controverse relative au privilège de l’immaculée Conception, jamais la moindre dispute ne s’éleva au sujet de la sainteté parfaite de Marie. Ceux qui contestaient le privilège, étaient les premiers à la proclamer et à l’exalter aux yeux des fidèles. Dans sa lettre aux chanoines de Lyon, saint Bernard, avant de condamner la fête de l’immaculée Conception, fait un éloge magnifique des prérogatives de la Mère de Dieu et en particulier de son immense sainteté.
Tout le monde était d’accord aussi sur ce point, (pie la sentence de condamnation prononcée contre la postérité d’Adam après sa chute, a été suspendue en faveur de Marie, dans la plupart de ses effets. Ainsi, d’après la croyance commune, Marie n’avait jamais senti les mouvements déréglés de la concupiscence; jamais elle n’était tombée, comme le reste des hommes, par une
l’immaculée conception
suite de notre fragilité naturelle, dans le péché mortel ou véniel ; elle n’avait point, comme les autres femmes, conçu dans la volupté ni enfanté dans la douleur; elle n’avait point subi la corruption du tombeau : sous tous ces rapports Marie avait été soustraite à la loi commune; aucun doute n’était permis à cet égard.
Lorsque la controverse relative au privilège de l’immaculée Conception surgit, il s’agissait donc moins de savoir si Dieu avait fait une exception à la loi commune en faveur de sa Mère, chose que tout le monde croyait, que de savoir s’il avait mis des bornes à cette faveur, s’il avait fait une exception à l’exception qui était évidente et incontestée.
Les défenseurs de l’immaculée Conception soutenaient que l’exception était générale; les adversaires prétendaient qu’elle était restreinte. Les premiers étaient en possession du principe commun; c’était donc aux seconds à prouver leur thèse. Mais les arguments leur faisaient complètement défaut : ils en étaient réduits à alléguer les passages de l’Ecriture et des saints Pères qui prouvent l’universalité de la sentence de condamnation, prononcée contre les enfants d’Adam; passages qui, de leur aveu, quant au cinq sixièmes de leur signification, ne s’appliquaient point à Marie comme au reste des hommes ; ils tombaient donc, par la force des choses, dans un cercle vicieux dont aucun effort humain ne pouvait les faire sortir, et ils prêtaient pitoyablement le flanc à leurs adversaires. Ceux-ci soutenaient avec raison qu’une sainteté aussi parfaite que celle dont la Mère de Dieu, de l’aveu de tous, avait été douée, était
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
incompatible avec la souillure du péché originel, et que Dieu, dont les oeuvres sont parfaites, n’avait jamais fait une exception à l’exception si glorieuse dont il avait gratifié sa Mère.
La logique et le bon sens étaient, dès le principe, du côté des défenseurs de l’immaculée Conception ; l’inconséquence ou le sophisme était au fond la seule ressource des adversaires de ce mystère, dès qu’ils admettaient, comme ils ont toujours admis, la croyance à la sainteté parfaite, indéfinie de la Mère de Dieu. La position respective des partis, que nous venons d’esquisser, explique les revers et les succès des uns et des autres dès l’origine de la lutte. Du moment qu’ils s’étaient placés suite terrain de la tradition générale, qui renfermait et qui faisait clairement pressentir le dogme de l’immaculée Conception, les défenseurs du privilège devaient marcher à la victoire, et les adversaires à la défaite. Les contestations, les disputes ne pouvaient servir qu’à dégager de la vérité générale dont elle était enveloppée, cette vérité particulière que Marie avait été conçue sans péché. Depuis des siècles les saints Pères et les grands docteurs de l’Eglise avaient reconnu et professé cette vérité, mais leurs écrits n’étaient point connus en Occident où la controverse s’agitait; ce fut la force des choses, l’empire de la logique, l’évidence des faits qui, sous l’influence du Saint- Esprit, finirent par réunir tous les esprits dans la croyance commune au mystère de l’immaculée Conception.
On peut se rendre compte maintenant et de la grande valeur de la tradition générale de la sainteté indéfinie
l’immaculée conception, etc.
de la Mère de Dieu, et de la confiance qu’elle a inspirée aux défenseurs de l’immaculée Conception. On comprend les défaites successives des adversaires du privilège, et la marche séculaire de la controverse.
On voit que cette tradition générale constitue un argument à part et frappant en faveur du mystère, surtout aujourd’hui qu’on en mesure la force et la portée, non plus à l’aide du raisonnement et par voie de conséquence, mais à l’aide de la tradition vivante et du jugement formel de l’Eglise, qui en fixe le sens.
Personne ne peut douter aujourd’hui de ce fait, que la sainteté indéfinie de Marie comprend l’exemption de la souillure originelle, et que le privilège de l’immaculée Conception est une grâce à laquelle les fidèles de tous les temps et de toutes les églises ont cru, au moins d’une foi implicite, jusqu’au jour où la révélation divine a été éclaircie par la controverse, et définie par la sentence dogmatique du Saint Siège.
Comme cette tradition générale de la sainteté indéfinie de Marie a suffi pour attester l’exemption, accordée à la Mère de Dieu, de la tache de tout péché actuel ; elle suffisait bien pour attester l’exemption de la tache du péché originel (i) ; mais quelque nombreuses et animées qu’aient été les controverses dont elle fut l’objet, elle apparaît aujourd’hui comme un oracle qui nous dit : La Mère de Dieu a vraiment été conçue sans péché.
(1) C’est la réflexion fort juste du P. Plazza, Causa. Imm. Concept, p. 1 15. ed. Panorni.