‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie (volume 2)Chapitre 11 sur 21 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LE MYSTÈRE DE i/lMMACULÉE CONCEPTION RÉVÉLÉ DANS NOS LIVRES SAINTS.

Il convient d’examiner si les livres Saints, qui sont la principale base de l’enseignement chrétien et le point d’appui de la tradition écrite, révèlent le mystère de l’immaculée Conception. — Ce mystère a pu être révélé par la tradition seule. — Des auteurs pensent qu’il n’est pas révélé dans l’Ecriture Sainte ; — d’autres, qu’il y est révélé en termes précis. — Nous pensons qu’il y est explicitement et implicitement révélé dans un petit nombre de passages. — Art. i. Des paroles de la Genèse in. 15 : J’établirai des inimitiés entre toi et le serpent... — § i. Sens prophétique de ces paroles.— § n. Du sens qu’Adam et Eve y ont attaché. — § ni. Du sens que nous devons y attacher. — § iv. Les paroles : Elle écrasera ta tête, de quelle manière prouvent- elles l’immaculée Conception ? — § v. Les paroles : J’établirai clés inimitiés , etc. la prouvent explicitement. — Art. ii- La salutation angélique prouve implicitement le privilège de Marie. — § i. Sens des paroles : Vous êtes pleine de grâce ; — § ii. Elles prouvent. — Art. m. Passages des Psaumes et des livres Sapientiaux, entendus dans le sens mystique voulu par le Saint-Esprit. — § i. Du livre du Cantique des cantiques. — Dans le sens mystique l’épouse est l’Eglise et Marie. — Parallèle de l’Eglise et de Marie. — La beauté corporelle indique la sainteté ; — passages remarquables. — § n. Le livre des Proverbes et l’Ecclésiastique. — Parallèle de Marie et du Verbe éternel. — Origine de Marie comparée à celle du Verbe. — § ni. Le livre des Psaumes. — Marie comparée à la Cité de Dieu bâtie sur les montagnes saintes. — § iv. Des types prophétiques et de la typologie Marienne. — Trois classes de types indiqués par le P. Passaglia. — Judith et Esther ligures de Marie. — § v. Des passages de l’Ecriture cités dans le sens approprié ou accomodatice et de leur valeur. — Conclusion. — La sainte Ecriture renferme la révélation explicite et implicite de l’immaculée Conception.

Nous venons de contempler la croyance au mystère de l’immaculée Conception de Marie dans les monu-

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ments de la tradition vivante de l’Eglise, comme une fleur spontanée que le soleil de vérité a fait éclore et épanouir dans le champ du père de famille; il est temps de la contempler comme un beau fruit suspendu à l’arbre de la tradition catholique matérielle, ou pour parler sans figure, comme une vérité contenue dans la tradition écrite, et enseignée constamment par les saints docteurs dans leurs livres, depuis le temps des apôtres jusqu’à nos jours.

Mais comme la tradition écrite est presque toujours fondée sur le texte de nos livres saints, qui sont la première et la principale hase de tout enseignement chrétien, et que la sainte Ecriture jette une vive lumière sur les monuments de la tradition écrite, comme elle en reçoit à son tour une grande clarté, il faut, avant de rechercher les traces de la tradition écrite, peser avecsoin la valeur des preuves que l’on peut tirer de nos livres saints en faveur du mystère de l’immaculée Conception de Marie.

Disons le sans détour, de tous les arguments que les défenseurs de ce privilège ont faitvaloir, ceux qu’ils ont tirés de l’Ecriture sainte ont été traités avec le moins de critique et d’exactitude. Trop souvent on a allégué, sans jugement et pour ainsi dire au hasard, une foule de textes complètement étrangers au sujet, et l’on a rarement songé à préciser le sens littéral ou mystique qui faisait tout le prix des passages que l’on pouvait alléguer à bon droit.

Avec moins de savoir et de talent que la plupart de nos devanciers nous tâcherons d’ètre plus exacts, et plus

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sobres qu’ils ne l’ont été, afin de prévenir, et de guérir au besoin, les préjugés et les incertitudes qu’a pu faire naître parfois, même dans des esprits solides, la négligence extrême avec laquelle les passages de l’Ecriture relatifs à l’immaculée Conception de Marie ont été présentés.

Abordons ce magnifique sujet.

Ce que le Créateur tout-puissant a répandu de grâces et de faveurs célestes dans l’âme de Marie, lorsqu’il la tira du néant, n’a pu être connu que de lui seul, jusqu’à ce qu’il lui plût de le révéler à la terre. L’esprit humain n’arrive point par ses propres lumières jusqu’aux opérations libres et cachées de la bonté divine dans l’œuvre de la création ; il ne peut connaître ces mystères qu’à l’aide de la lumière céleste de la foi, que Dieu lui départit à son gré.

Le mystère de l’immaculée Conception nous serait donc resté inconnu, si Dieu ne l’eût révélé.

Il l’a révélé à son Eglise; S. S. Pie IX l’enseigne formellement, lorsqu’il dit que cette vérité a été reçue de Dieu, et se trouve comprise dans le dépôt de la divine révélation (1). D’ailleurs, la définition que le souverain Pontife vient de prononcer, ne nous permet point d’en douter. L’Eglise ne nous propose jamais à croire, comme dogmes de foi, des vérités qui ne sont pas contenues dans le trésor de ta révélation divine; elle ne peut en définir aucune que Dieu même ne lui a pas enseignée.

(1) « Divinitus accepta et revelationis deposito comprehensa. » Voy. la bulle Ineffabilis, au commencement.

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Mais Dieu révèle la doctrine sainte de plusieurs manières. C’est donc une question agitée autrefois par de savants théologiens, et qui n’est pas inopportune aujourd’hui, que de savoir si le dogme de l’immaculée Conception a été révélé dans les Saintes-Ecritures, ou bien s’il ne nous est connu que par la tradition.

Le savant Pétau, dont les écrits resteront aussi longtemps que la théologie même, pense que nos livres saints ne portent aucun vestige du mystère de l’immaculée Conception. Il n’en admet pas moins le privilège de la sainte Vierge, parce qu’il le voit manifestement révélé dans la croyance vivante de l’Eglise catholique.

Avant et après lui une foule de théologiens ont prétendu que l’immaculée Conception de Marie est révélée dans les Ecritures en termes exprès et de mille manières différentes. A plus de titres et à meilleur droit que les anciens le R. P. Passaglia, qui vient d’explorer avec tant de succès le vaste champ de la tradition catholique, soutient que le privilège de l’immaculée Conception est révélé dans un petit nombre de passages de nos livres saints, en termes clairs et précis.

Sans vouloir nous prononcer sur le degré de clarté qu’on peut attribuer à ces passages, chose qui dépend d’une appréciation personnelle, nous croyons, comme ce savant théologien, que l’Ecriture-Sainte renferme réellement quelques témoignages qui dans le sens littéral, ou dans le sens mystique voulu par l’Esprit-Saint, expriment le privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, et nous attestent une révélation immédiate du mystère.

Les livres saints nous fournissent en outre plusieurs

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témoignages implicites, plus ou moins obscurs, qui deviennent clairs, convaincants, à la lumière de la tradition catholique. Lorsqu’on sonde les profondeurs des Saintes- Ecritures lors que l’on en scrute les secrets, on voit que l’Esprit-Saint a révélé plusieurs fois lemystèrede l’immaculée Conception, sous des expressions générales qui le supposent ou le font soupçonner, mais sa ns employer les formules lumineuses qui le feraient éclater aux yeux. On arrive ainsi àse convaincre que le privilège de l’immaculée Conception de Marie a été souvent présent à la pensée du S. Esprit lorsqu’il dictait nos Saintes-Ecritures; mais qu’il l’a rarement énoncée dans des termes clairs et précis. Néanmoins on est forcé d’avouer en définitive que l’immaculée Conception est révélée dans nos livres saints.

A l’appui de cette opinion, qui est le fruit d’une étude approfondie, nous citerons un fait qui appartient à l’histoire du dogme.

Le projet de Bulle de définition, soumis à l’examen des Evêques réunis à Rome, dans les célèbres assemblées des 20, 21, 23 et 24 novembre 1854, avait été rédigé par les théologiens de la commission instituée par le saint Père, comme si l’Ecriture-Sainte fournissait un grand nombre de témoignages explicites en faveur du mystère de l’immaculée Conception. Le texte portait que« les saintes lettres nous montrent la victoire de Marie sur l’enfer; que l’Ecriture-Sainte nous révèle son immunité de la tache du péché; que les prophètes ont célébré son intégrité originelle (î). »

(I) Mariæ Victoria in sacris Litteris proposita est... Suam a labe peccati intel’immaculée CONCEPT. T. I. 11

l’immaculée conception

Ces expressions parurent outrées aux Evêques, et furent l’objet d’une critique presque générale. On fit remarquer qu’un bon nombre des témoignages cités attestaient beaucoup mieux la pensée de l’Eglise et des Pères qui les avaient employées, que le sens littéral de l’Ecriture dictée par le Saint-Esprit; on ajoutait que la plupart des passages les plus favorables à ce mystère ne l’indiquaient que d’une manière implicite et à l’aide de déductions plus ou moins laborieuses.

Ce sentiment paraît avoir prévalu dans l’esprit du saint Père; car dans la bulle qui contient la définition du mystère, il n insiste pas sur les témoignages de l’Ecriture, comme s’ils formaient un argument à part ; mais il les lie, si je puis parler ainsi, aux témoignages des Pères qui en ont déterminé le sens. 11 dit que les saints docteurs, en exaltant les prérogatives de la Mère de Dieu, ont aperçu dans nos Saintes-Ecritures les traces de son Immaculée Conception, et ont célébré cette prérogative comme une grâce dont l’Esprit-Saint lui-même avait parlé.

Ce procédé s’accorde très-bien avec l’opinion que nous avons adoptée : mais il ne se concilie guère avec l’opinion des théologiens qui pensent ou que le dogme de l’immaculée Conception est renfermé en termes exprès dans une foule de passages des livres saints, ou bien qu’il n’y est pas du tout contenu (i).

Abstraction faite de cette question secondaire, nous

gritatem sacræ Litteræ miris modis aperiunt... Originale»] integritatem propbetæ celebrarunt... Expressions du projet de Bulle.

(1) C’est aussi l’expression de Mgr l’évêque de Modène qui dans la dissertation remarquable qu’il a adressée au saint Père sur ce sujet s’exprime ainsi : « Vero

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tirerons de l’Ecriture-Sainte tout le parti possible en faveur du mystère ; ainsi et le lecteur sera mis à même de juger du degré de clarté qu’elle présente, et de la solidité de notre opinion (i).

Nous n’empruntons que trois arguments au texte de la Sainte-Ecriture.

Le premier est tiré du célèbre passage de la Genèse, oii Dieu promet à nos premiers parents, après leur chute, la venue du Messie, et une grande victoire sur le serpent.

Nous tâcherons de prouver que l’inimitié prédite dans ce passage, entre la femme et le serpent, suppose dans Marie un état de grâce perpétuel.

Le second argument est tiré des paroles de la salutation angélique.

Nous ferons voir que la plénitude des grâces dont Marie a été comblée, comprend le don delà sainteté originelle.

Le troisième argument est emprunté aux livres Sapientiaux et aux Psaumes, où beaucoup de passages, appliqués à Marie dans un sens mystique, voulu par l’Esprit-Saint et compris de l’Eglise, indiquent le privilège de l’immaculée Conception.

Puisse l’Esprit divin, qui nous a légué ces précieux témoignages de sa munificence envers Marie, nous aider à en pénétrer le sens, et à l’expliquer à nos lecteurs!

è clie nella Scritura è conteuuta ( la pia senteza) solo oscur ameute... Ma l’obscurità sparve, e il germe délia pia sentenza sparso per la prima volta da Dio stesso nel Genesi, raccolto e amorosamente coltivato délia santa Chiesa, crebbc e sv. luppossi in arbore maestosa et mise frutti. » Pareri ix. App. 1. p. 46,

(i) Muratori, qui a combattu le privilège de Marie avec beaucoup d’animosité et peu de bonne foi, fait un aveu qu’il importe de consigner ici. Voici ce qu’il

l’immaculée conception

ARTICLE I

Les paroles que Dieu prononça, Gènes. III. 15 : j’établirai des inimitiés

ENTRE TOI ET UNE FEMME, ENTRE TA RACE ET LA SIENNE, etc. prouvent explicitement la sainteté perpétuelle de Marie et son innocence originelle.

Dieu apparut à nos premiers parents après leur chute, pour les juger et pour les consoler.

11 leur arracha d’abord l’aveu de leur crime; puis, s’adressant à l’auteur de tout mal, qui les avait séduits, il lui dit : J'établirai des inimitiés entre toi et une femme; entre ta race et la sienne; elle écrasera ta tête, et tu tâcheras de la mordre au talon (1).

Ce discours fut le pronostic d’une défaite pour le démon et d’une victoire pour nos premiers parents; mais il renferme tant de mystères qu’il est nécessaire de l’expliquer ici en détail. Le sens prophétique qu’il renferme cache, sous l’enveloppe de la lettre, des vérités profondes que l’œil vulgaire n’aperçoit pas à la première vue, et qu’il importe de placer dans un très-grand

écrit : a Non desunt graves conjectura et congrucntiæ ad eam (piam sententiam) persuadendam ; et quamvis explicite non habeatur in Scripturis sacris, neque in SS. Patrum scriptis , implicite tamen contineri posse in eisvidetur. Neque contrariam sententiam explicite habent libri divini. » Muratori, De superstit. vitanda. etc. c. 8. p. 55. ed. 2 Venet. et Mediol. 1742. Ainsi Muratori affirme que l’immaculée Conception paraît être contenue implicitement dans les Ecritures ; et que la doctrine contraire n'y est pas explicitement contenue ! Quel aveu ! —

11 se trompe, lorsqu’il soutient que le privilège de Marie n’est pas contenu dans les écrits des Pères en termes exprès. Nous le prouverons.

(1) C’est ainsi qu’il faut traduire ce passage d’après la vulgate latine.

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jour, si nous voulons arriver, d’un pas sûr, à la conclusion qui est le but de ces recherches.

Du sens prophétique des SS. Ecritures en général, et, en particulier, du sens prophétique de ces paroles: j’établirai des inimitiés, etc.

D’abord, que l’on soit bien convaincu de ce principe, qu’il est de la nature des divines prophéties de paraître d’autant plus obscures qu’elles sont plus anciennes. Comme la plupart concernent des temps très-éloignés de celui où elles ont été inspirées, la divine Providence les a couvertes d’un voile assez épais à leur origine, pour les éclaircir, dans le cours des âges, ou par des prophéties nouvelles qui les développent et les expliquent, ou par la suite des événements qui en préparent l’accomplissement.

De là il arrive qu’une prophétie qui, à son origine, paraît enveloppée d’une obscurité impénétrable, brille de la plus vive clarté dès qu’elle est accomplie. Tout le monde voit alors que, sous des expressions en apparence énigmatiques, Dieu voilait les desseins les plus admirables et les plus immuables de sa bonté ou de sa justice. Restreindre la signification des anciennes prophéties à l’intelligence qu’en ont pu avoir ceux qui les ont entendues prononcer, c’est méconnaître l’économie de la divine Providence dans l’enseignement de la loi, et répudier imprudemment une grande part de l’héritage de vérité que les livres saints nous ont transmis. Il faut admettre que les antiques prophéties ont eu, dès leur

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origine, toute l’étendue que la suite des événements y a fait découvrir plus tard, et que le sens qu’on y attache nécessairement aujourd’hui, y a été renfermé dès l’époque où Dieu les inspira aux prophètes.

Cette règle générale s’applique éminemment à la prophétie dont nous nous occupons.

Il n’en est pas de plus ancienne : elle est la première de toutes ; il n’en est pas non plus qui ait reçu plus d’éclaircissements et de développements dans le cours des âges : toutes les prédictions de l’Ancien Testament qui concernent le Messie et sa sainte Mère, se rattachent à cette première promesse, comme une longue chaîne à son premier anneau. Adam et Eve ne l’ont point comprise aussi bien qu’Abraham, ni Abraham aussi bien que David. Cependant nos premiers parents en ont compris la signification générale : ils y ont puisé un motif d’espérance pour l’avenir, et de gratitude envers Dieu dans le présent. Comme le degré d’intelligence qu’ils en ont acquis sert de base à l’explication que nous en avons aujourd’hui, déterminons avec précision le sens qu’ils y ont attaché, afin de mieux saisir le sens que nous devons y attacher nous-mêmes.

Du sens que nos premiers parents ont attaché à ces paroles prophétiques : j’établirai des inimitiés entre toi et une femme, etc.

Les circonstances pénibles où nos premiers parents se trouvaient après leur chute, les pensées qui troublaient leur esprit, les sentiments qui oppressaient leur

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cœur, nous expliquent l’impression que ces paroles divines ont dû produire dans leur âme.

La révolte dont ils s’étaient rendus coupables envers Dieu, venait de bouleverser leur existence : ils le savaient, ils le sentaient, ils le voyaient. Leur bonheur passé s’était évanoui comme un songe, et l’avenir se présentait à leur esprit sombre et menaçant. Autour d’eux les créatures qui jusqu’alors les avaient invités par leur harmonie et par leur beauté, à louer le Seigneur, semblaient leur reprocher leur folie et leur ingratitude. Les animaux qui autrefois jouaient auprès d’eux, et leur obéissaient comme aux souverains du monde, fuyaient à leur approche, ou les menaçaient de leur colère. Le paradis qui avait été pour eux jusqu’alors un lieu de délices, venait de perdre tous ses charmes, et leur paraissait changé en un séjour de deuil : il n’avait plus d’ombrage assez épais pour cacher leur honte, ni de retraite assez solitaire pour calmer leurs terreurs.

Le contre-coup de la révolte dont ils s’étaient rendus coupables, retentissait jusqu’au fond de leur âme, et leur révélait tout à coup en eux-mêmes une guerre intestine dont ils n’avaient point eu d’idée. Leur nudité les faisait rougir, leur trouble les couvrait de honte. Leur, conscience torturée par le remords, était devenue pour eux un cruel bourreau. Les liens d’amour et de reconnaissance qui les attachaient à Dieu , se trouvaient brisés : d’enfants bien-aimés du Père céleste, ils étaient devenus esclaves du démon. Dieu ne leur apparaissait plus comme un tendre père, mais comme un juge irrité. En qui désormais pouvaient-ils espérer? En perdant la

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grâce du Seigneur n’avaient-ils pas tout perdu? Comment eussent-ils osé, enfants ingrats et rebelles, solliciter les faveurs d’un maître gravement offensé? Pouvaient-ils se réconcilier eux-mêmes avec lui? Où trouver un médiateur dans cette fatale extrémité? Ils en étaient réduits aux larmes, à la honte, au désespoir!

Tandis qu’ils cherchaient partout un médiateur ou du moins un rayon d’espérance, leurs regards ne rencontraient que le serpent infernal, l’artisan de leur malheur, qui restait sous leurs yeux, pour accroître leur supplice. Le démon se réjouissait de leur désastre, et se glorifiait de son triomphe : il venait de jeter dans l’œuvre de Dieu un épouvantable désordre, que Dieu seul pouvait réparer, mais auquel nos premiers parents consternés ne voyaient pas de remède.

Le Seigneur apparut tout à coup. Lorsque ses pas se firent entendre, selon l’expression de l’Ecriture, sur le théâtre de la grande catastrophe, Adam et Eve se voilèrent la figure et prirent la fuite ; mais Dieu les appela en sa présence, avec le serpent, et au moment où ils s’attendaient à entendre prononcer la terrible sentence qu’ils avaient méritée, Dieu s’adressa au serpent en ces termes: J'établirai des inimitiés entre toi et une femme; et entre ta race et la sienne; elle t'écrasera la tête et tu tâcheras de la mordre au talon : c’est-à-dire, en d’autres termes: Tu as séduit, ô serpent, et tu as vaincu la première femme que j’ai créée; eh bien, je t’opposerai une femme plus puissante qu’Eve, qui triomphera de toi. Tu as rompu l’amitié qui existait entre Eve et moi, et tu as conclu avec elle une amitié qui en fait mon ennemie:

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eh bien, je briserai un jour cette fatale amitié, mal héréditaire dans la race d’Adam, et je t’opposerai une femme qui sera toujours ton ennemie, et toujours mon amie. L’inimitié que j’établirai entre elle et toi sera implacable, sans trêve; et son Fils, d’accord avec elle, écrasera ta tête et celle de ta race. Ne pouvant la séduire comme Eve, tu tâcheras de la mordre au talon ; mais tes efforts seront vains : cette femme et son Fils te vaincront, et répareront complètement le mal que tu viens de faire.

Ce langage plein de miséricorde et de bonté, nos premiers parents l’ont compris, et il en est découlé dans leur âme une douce espérance. Trois traits dominaient dans ce tableau ; une femme prodigieuse, suscitée de Dieu avec son fils, pour venger leur malheur; une inimitié mortelle établie entre cette femme et le serpent ; enfin la victoire de cette femme et de son fils sur le serpent, victoire qui devait anéantir celle que le démon avait remportée.

L’espoir d’un futur libérateur venait donc de luire à leurs yeux; un médiateur était trouvé; le mal qui les accablait, n’était plus sans remède; les châtiments que Dieu leur infligeait, devenaient moins accablants; ils attendaient des jours meilleurs. Ils ignoraient l’époque et les circonstances où cette promesse serait accomplie; mais ils ne doutaient point de sa réalité. La miséricorde de Dieu l’emportait, sur sa justice; et l’avenir, tout à l’heure menaçant, apparaissait rayonnant d’espérances.

Voilà ce que nos premiers parents ont compris à cette

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première prophétie; voyons maintenant comment les prophéties postérieures nous l’expliquent ; car elle a été prononcée plus encore pour nous que pour eux.

Du sens que nous devons attacher aujourd'hui à ces paroles du Seigneur : j’établirai des inimitiés entre toi et une femme, etc. et h tout ce discours.

Tout ce qui pouvait paraître douteux ou incertain à nos premiers parents, dans cette prophétie, a été déterminé et expliqué plus tard par FEsprit-Saint.

Ainsi, par exemple, que le démon lui-même ait séduit Adam et Eve, à l’aide du serpent qui était son instrument, c’est un fait que l’Ecriture nous apprend de la manière la plus claire, lorsqu’elle dit dans le livre de la Sagesse, que c'est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde (1). Notre Seigneur nous enseigne la même vérité lorsqu’il assure que le démon a été homicide dès le commencement (2); et saint Jean lorsqu’il nous parle de la chute du serpent antique qui s’appelle le diable et satan (5). Les juifs mêmes d’après les traditions de la synagogue, attribuent la séduction et la chute d’Eve à Sammaël, prince des démons (4).

La femme mystérieuse que Dieu oppose au démon 11’est pas moins connue. C’est la Vierge Mère qui doit

(1) Sap. 11. 24.

(2) Joan. vin. 24.

(3) Apoc. xii. 9. — « Serpens autem significat diabolum. » S. Aug. De yen. contra Manich. 1. h. n. 20. t. i. col. 673.

(4j Voy-Eisenmenger, Entdeecktes Judenthum . t. i. p.822.

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selon la prophétie d’Isaïe, mettre au monde un fils du nom d’Emmanuel, ou de Dieu avec nous ; c’est la Vierge * à qui l’ange Gabriel annonça la naissance d’un fils qui serait appelé le fils du Très-Haut, et dont le royaume n’aurait point de fin; c’est Marie, en un mot, la mère du Messie; la seconde Eve qui est venue réparer tous les maux causés par la première ; celle dont les tilles d’Israël enviaient autrefois le sort et que toutes les générations proclameront désormais bienheureuse. Les SS. Pères n’ont qu’une voix à ce sujet. Nous citerons saint Justin (i), saint Irénée (2), saint Jean Chrysostôme (3), saint Epiphane (4), saint Cyprien (5), saint Augustin (g), et saint Bernard (7).

Tous saluent dans cette femme qui écrasa la tète du serpent, la Mère du Sauveur, la sainte et incomparable Vierge Marie.

(1) S. Justin. Contra Tryplion. n. 100. pag. 196.

(2) S. Irenæus. Adv.heres. 1. v. c. 19. p. 516. « Maria... Serpentis pnulentia devicta... #

(5) S. Joan. Chrysost. Hom. xvii. in Gen. n. 7. t. iv. p. 145.

(4) « Inimicitiam ponant inter te etmulierem... Plane quidem et perfecte accommodai! ad illam (Evam) universim nequeunt ; sedin sanctissima, eximia et singulari stirpe, quæ ab sola Virgine Maria sine ulla viri consueludine propagata est, reipsa et penitus implentur. » S. Epiph. Iîære. s. 78. n. 19. p. 1051. ed. Paris, 1622.

(5) « Hoc semen prædixerat Deus de muliere procedere, quod calcaret caput diaboli. In Genesi, tune Deus dixit ad serpentem : Quia tu hoc fecisti... Ponam inimicitiam inter te et mulierem , etc. » S. Cyprian. Contra Judæos, 1. ii. c. 9. pag. 288.

(6) S. Aug. Sermo i de Adam et Eva et sancta Maria, ap. Mai. Nova Patrum Biblioth. 1. 1. p. 5. 4. etc.

(7) « Deus ad serpentem ait : Inimicitias ponam, etc. Etsi adhuc dubilas quod de Maria non dixerit, audi quid sequitur : Ipsa conteret caput tuum. Cui

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La progéniture de cette femme nous est aussi connue. Les promesses, dit saint Paul, ont été faites à Abraham et à sa semence. L'Ecriture ne élit point : Et à tes semences (à tes fils), comme à plusieurs; mais comme à un seul; et à ta semence , qui est le christ (i). Le fils de la femme est donc un fils unique, un fils promis à Abraham, l’objet de toutes les espérances du peuple de Dieu, le désiré des nations, le Messie.

Ce Fils promis dans le paradis terrestre fut promis de nouveau aux patriarches. Abraham le salua de loin, et désira voir son jour : il apprit que ce fils naîtrait de sa race; Jacob sut qu’il sortirait de la tribu de Juda; Moïse, qu’il serait un grand prophète comme lui ; David, qu’il appartiendrait à sa famille; Isaïe, qu’il serait Dieu, qu’il naîtrait d’une Vierge, qu’il serait immolé pour les péchés de son peuple; Daniel, qu’il apparaîtrait dans soixante dix semaines d’années ; Michée, qu’il verrait le jour à Bethléem. Les prophètes en ont parlé comme l’auraient pu faire des historiens. Voilà le fils de la femme promise dans le paradis terrestre après la chute! Voilà le vainqueur du serpent.

La race du serpent, avec qui la femme et son fils seront en guerre, nous est aussi montrée du doigt. Elle se compose des légions infernales et des suppôts que l’enfer a su se créer en ce monde. Jésus-Christ nous la

hæc servata est Victoria nisi Mariæ? » S. Bernard. Serra. II. super Missus est. n. i. col. 758.

(l)Galat. iii. 16. — « Ipse (Christus) solus ita semen mulieris est, ut non etiam viri semen sit. » Rupert. Tuit. In Genes. 1. iii. c. 19. t. i. p. 48. ed. Venet.1748.

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désigne lorsqu’il dit aux ennemis du royaume de Dieu : Vous avez le démon pour père, et vous voulez accomplir ses désirs (1); et à ses disciples, en désignant la personne de Judas : Il y a parmi vous un démon (2)!

Cette race de vipères, selon l’expression du saint Précurseur, a dressé des pièges au Fils de la femme pendant les trois années de son apostolat; et elle a voulu lui mordre le talon, lorsqu’elle a attaqué son humanité sainte, en excitant le peuple Juif à lui donner la mort. A l’heure où elle croyait lui avoir porté une morsure mortelle, elle a senti que le Fils de la femme lui écrasait la tête (5).

(1) Joan. vin. -44. —a Pater omnium corrupte viventium diabolus designatur » S. Zeno Veron. 1. 11. tract, xiv. n. 4. p. 195. ed. Aug. vind. 1758. — « Sicut corpus Christi quod est Ecclesia, dicilur Christus... eo modo etiam corpus diaboli, cui caput est diabolus, id estipsa impiorum multitudo, maximeque eorum qui a Christo vel de ecclesia, sicut de cœlo decidunt, dicitur diabolus, et in ipsum corpus figurate multa dicuntur, quæ non tam capiti quam corpori, membrisque conveniant. # S. Aug. De Gen. ad litt. 1. xi. n. 51. t. 111. p. 1. col. 286. — « UndeJudæi filii diaboli ’lmitando, non nascendo. »S.Aug. Tract, xtu. in Joan. n. 10. t. ni. col. 580. « Hæretici hostes Ecclesiæ, filii diaboli... Serpentes sunt hæretici, etc.? # Vid. S. Paulin. Aquilej. Contra Felicem. 1. i. c. 2 et 4. p. 99 et 101. ed. Madrisii. Venet. 1757. — « Iniquorum omnium caput diabolus est, et hujus capitis membra sunt omnes iniqni. » S. Gregor. M. Hom xvi in Evang. n. i.

(2) a Ex vobis unus diabolus est. » Joan. vi. 71 .

(5) La tète était le symbole de la nature divine en Jésus-Christ, et les pieds le symbole de la nature humaine. Eusèbe de Cæsarée le rappelle : « Cum duplex sit in Christo natura, altéra capiti humani corporis similis, secundum quam Deus intelligitur ; altéra , quæ pedibus comparatur , quatenus scilicet homincm humanis obnoxium passionibus salutis nostræ causa induit, ita, etc. » Euseb. Uist. eccl. 1. i. c.2. p.4. ed. Cantab. 1720. Méliton, au commencement de sa Clef, dit : « Caput Clirisli Deus... Pedes Domini , liomo assumptus a Verlw. » La métaphore a été transférée aux principaux membres du corps mystique de Jésus- Christ, aux prédicateurs de l’Evangile. Voy. Spicileg. solesm. t. ii. p. 25 et 55.

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Cette race maudite tend aussi des pièges perfides à la femme promise : elle conteste, par la bouche des hérétiques et des impies, ses complices, les grâces et les privilèges dont le Ciel l’a comblée. Mais cette femme dont l’inimitié contre le serpent est toute-puissante, écrase la tète du monstre infernal, en éteignant toutes les erreurs, en confondant toutes les hérésies (1).

Enfin cette inimitié même, qui fait la force et la gloire de la femme promise, nous est dépeinte par l’Esprit saint, comme un état de grâce extraordinaire, accordé à Marie, pour venger la honte et réparer les ravages de l’état de péché où le démon avait entraîné notre première mère Eve.

Lorsque Dieu prononça ces paroles : J’établirai des inimitiés entre toi et une femme, il rétorqua, dit saint Irenée, contre le serpent l’inimitié que le serpent avait établie entre lui et sa créature (2) ; c’est-à-dire, qu’il promit de susciter une femme qui au lieu d’être l’ennemie de Dieu, serait par sa naissance l’ennemie du démon.

L’inimitié du démon et l’amitié de Dieu sont deux choses corrélatives et constamment opposées. Dans le langage de l’Ecriture et de l’Eglise, l’état de grâce est considéré comme une amitié, et même comme une parenté avec Jésus-Christ. Je ne vous appellerai plus mes serviteurs , dit le divin Maître, mais mes amis (5). Vous

(1) Dans notre Iconographie de l'immaculée Conception de la très-sainte

Vierge , pag. 80, nous avons expliqué comment Marie écrase toutes les hérésies.

(2) Contra hœreses, lib. iv. c. 40. n. 3. pag. 707. ed. Massuet 1710.

(3) Joan. xv. 13.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

serez mes amis , dit-il encore, si vous gardez mes commandements (1) ; et par une raison contraire, l’amour du démon et du monde, l’état de péché, est considéré comme une inimitié avec Dieu. O adultères, s’écrie l’apôtre saint Jacques, ne savez-vous pas que l’amitié de ce monde est l’ennemie de Dieu? Quiconque veut être l’ami de ce siècle, se constitue l’ennemi de Dieu (2).

La grande inimitié qui est prédite entre le démon et Marie, suppose donc dans celle-ci un état de grâce extraordinaire, qui l’attache à Dieu par une amitié plus forte que celle dont Eve brisa les liens au moment de la chute; état de grâce qui lui confère une sainteté plus grande que ne furent jamais la culpabilité de la femme séduite, et la malice de son séducteur.

Tel est le sens que nous devons attacher à cette célèbre prophétie. Elle n’en a pas d’autre.

Deux expressions de ce discours ont été invoquées en faveur de l’immaculée Conception de Marie :1a première : Elle écrasera ta tête; la seconde : J’ établirai des inimitiés entre toi et une femme. Examinons l’une et l’autre brièvement, mais avec soin.

Les paroles de Dieu : elle écrasera la tête du serpent, prouvent-elles le privilège de l’immaculée Conception de Marie ?

D’après le texte hébreu et la plupart des versions orientales, ce n’est point la femme promise, mais son

(1) Joan. xiv. 15.

(2) Jacob, iv. 4-7. •— Origène a relevé cette opposition lorsqu’il a dit : « Nemo

l’immaculée conception

Fils qui doit écraser la tête du serpent. On y lit : II (et non pas elle) écrasera la tête du serpent.

Nous n’avons rien à ajouter aux savantes discussions que cette double version a soulevées. Avant nous tout a été dit. Nous ne parlerons donc ni de la construction grammaticale de la phrase, ni de l’enchaînement logique des idées ; nous dirons simplement, qu’à notre avis la leçon du texte hébreu est non seulement authentique, mais encore nécessaire. La promesse que Dieu fait ici à nos premiers parents a pour premier objet le Messie. Toutes les prophéties postérieures qui concernent la rédemption, se rapportent à celle-ci comme à leur première source, comme à leur point de départ. Les Juifs s’entendent à ce sujet avec les chrétiens. On convient que Dieu met ici en évidence le Fils de la femme promise, beaucoup plus que cette femme mystérieuse elle-même ; et que le Fils est le premier et principal objet des promesses de Dieu et des espérances d’Israël. D’ailleurs l’événement fait voir le sens de la promesse. C’est au Fils que l’Esprit saint attribue et la victoire sur le serpent , et la destruction de l’empire du démon.

Parlant du Sauveur : Il a participé , dit saint Paul, à la chair et au sang , c’est-à-dire à notre nature, afin que par sa mort, il détruisît celui qui avait l’empire delà mort, c’est-à-dire le démon (1). Le Fils de Dieu, dit saint Jean,

potest duobus dominis servire, ita nemo potest araicus esse Dec et mammonæ, amicus Christo et serpenti, sed necesse est ut amicitia Christi inimicitias gener et cum serpente, et amicitia serpentis inimicitias pariat cum Christo. » Orig. 7/o?h. xix inJerem. n. 7. t. m. p. 271.

(1) Hebr. ii. l i.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

a apparu sur la terre pour détruire les oeuvres du démon (1). C’est donc lui qui a écrasé la tête du serpent ; et c’est sa victoire que Dieu a annoncée dans le paradis terrestre (2).

Mais, s’il en est ainsi, la Vulgate Latine nous induit en erreur? La sainte Vierge n’a donc pas écrasé la tête du serpent ?

Dieu nous garde de le dire et même de le penser.

En attribuant cette victoire à Marie la version latine est dans le vrai. Par cette leçon ecclésiastique de la plus haute antiquité, elle exprime le sens que la lettre renferme évidemment et que tout le discours indique, plutôt que la lettre même. Dans la pensée de l’Esprit- Saint la Mère du Rédempteur devait prendre une large part à la victoire de son Fils; et écraser, elle aussi, la

(1) I Joan. iii. 8.

(2) C’est aussi la doctrine des Pères. Je citerai S. Justin : « Per liane (Mariam) ille genitus est,.... perquem Deus et serpentem et assimilatos ei angelos hominesque profligat. » S. Justin. Dial, cum Tryph. 11. 100. pag. 196. S. Eplirem dit : a Adorandus puer (Jésus) caput serpentis contudit, cujus ilia (materejus Eva) olim infecta veneno periit. » De naliv. Dni. serra, yiii. t. 11. op. Syr. p. 424. «Et Illius (Virginis) Filius ad extinguendam serpentis actortuosi colubri fugacisque vira ac potentiam... ad liæc inia descendit. » S. Epiphan. Hær. 78. n. 19. p. 1051. ed. Paris. 1622. EtTarasius- Orat. inprœsent. Deip.u Suscipe, Domine, hanc (Virginem) quæ a maledicto in primam parentem Evam immisso nos liberavit, et inimicitiam serpentis suo partu abstulit... » ap. P. Passagl. p. 949. — « Maria divinæ obsequeus voluntati deceptorem anguem ipsa decepit, ac raundo immortalitatem invexit (pro morte quam Eva inserviens serpenti induxerat.) » S Joan. Damasc. Hom. 1. in nativ. Deip. n. 7. t 11. p. 846. « Totura priraum Adam qualis erat antequam a mandato deficeret, a peccato liberum, per viscera misericordiæ, Domine, suscepisti... Atque ita Dei et hominum mediator factus inimicitias solvisti... » S. Joan. Damasc. Hom. 1. in dormit. Deiparæ. t 11.

l’immaculée conception

tête du serpent, mais d’une autre manière que lui. C’est ce que la leçon de la Yulgate nous indique.

Comment Jésus-Christ a-t-il écrasé la tête du serpent? Comment Marie a-t-elle participé à cette victoire?

Le divin Sauveur a écrasé la tète du serpent lorsqu’il a renversé l’empire de satan, cet empire de la mort, fondé dans le paradis terrestre par celui qui fut homicide dès le commencement ; il a encore écrasé la tète du serpent lorsqu’il fonda l’empire nouveau et plus puissant de son Eglise et de sa grâce, empire sans limites et sans fin; lorsqu’il éclaira de la lumière admirable de son évangile les peuples assis à l’ombre de la mort; lorsqu’il abolit le culte des idoles, et procura au vrai Dieu des millions d’adorateurs en esprit et en vérité; lorsqu’il fit fleurir des vertus célestes dans le monde, et chassa par la présence du signe de la croix tous les prestiges de l’enfer. Ce triomphe du Fils de Dieu, qui brisa la puissance du démon et affranchit le genre humain du plus dur esclavage, voilà ce que Dieu annonça et promit dans le Paradis terrestre, lorsque parlant au serpent il dit du fils de la femme: Et il t’écrasera la tête.

Marie aussi a écrasé la tête du serpent, d’abord, en mettant au monde celui qui devait jeter dehors le prince des ténèbres (1), et fonder sur la terre le royaume de Dieu; ensuite, en recevant de Dieu des grâces prodigieuses, inouïes, qui suspendaient pour elle les lois de la justice divine, arrêtaient ses anathèmes et faisaient de

(1) Joan. xii. 31. — « Per hanc (Mariam) ille genitus est, per quem Deus serpeutem eique assimilatos angelos et horaines profligat. d S. Justin. Dial, cum Tryph. il. 100. pag. 196. ed. Maran. 1742.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Marie une créature à part, supérieure aux hommes et aux anges; enfin, en arrachant au démon une foule de ses sujets et de ses esclaves par sa protection constante et par sa toute-puissante intercession. Oui, dit le pieux et savant abbé Rupert, c'est cette Vierge qui écrase encore tous les jours la tête du serpent, si non par des actes éclatants, au moins par le pouvoir qu elle exerce (1).

Telle est la victoire de Marie; telle est la victoire de son Fils. Peut-on en déduire, pour la sainte Vierge, le privilège de son Immaculée Conception?

Le nombre des écrivains qui ont allégué ces paroles de la Genèse : Il écrasera la tête, comme une preuve directe du privilège de Marie, est assez considérable; mais j’avoue, pour ma part, que la conséquence qu’ils en tirent ne me paraît guère concluante. Ils pensent que la tête du serpent signifie ici le péché originel, et que Marie a écrasé la tête du serpent en échappant au venin de sa morsure, en ne contractant pas le péché héréditaire. Cette métaphore me paraît un peu forcée. Quelques Pères, il est vrai, ont appelé le péché originel la tête du serpent (2); mais, si cette figure est tolérable, lorsqu’on la présente isolée dans un discours populaire, pour faire allusion à cette vérité incontestable que le péché originel est la source principale, presqu’unique, des maux dont la malice de

(1) « Hæc enim (Virgo) etsi non semper actu, semper taraen potestatequadam conterit caput illius (serpentis). » Rupert. Tuit. De trinit. et oper. ejus , in Genes. 1. in. c.20. p. 49. t. 1. ed. Venet. 1748. et CanisiusDe B. M. V. 1. v. c. 9.

(2) Voy. Plazza, Causa Imm. Concept, p. 85. ed. Panorm. 1757. Plazza cite mal à propos pour cette opinion saint Grégoire de Nysse. Rupert rappelle cette interprétation entre deux autres, en forme de conjecture.

l’immaculée conception

l’enfer nous inonde, elle ne me parait plus exacte lorsqu’on la considère comme exprimant l’action que Marie a exercée sur le serpent.

Ici, nous venons de le voir, la tête du serpent signifie proprement la puissance, l’empire, l’action générale du démon dans le monde, et les œuvres par lesquelles il combat l’influence et l’action du divin Sauveur. Jésus- Christ écrase sa tête par la suite des triomphes qu’il remporte sur lui, et par les immenses bienfaits qu’il procure au genre humain. Or la victoire que Marie remporte sur le serpent, en lui écrasant la tête, ne diffère de celle de Jésus-Christ ni par son but, ni par ses effets, ni par ses moyens, mais seulement par la manière dont elle est obtenue. Elle ne consiste donc point dans un seul avantage personnel, tel que le privilège de l’immaculée Conception, mais dans une longue série de victoires qui représentent une foule de grâces, de faveurs célestes dont les effets affluent jusqu’à nous, et s’étendent au genre humain tout entier.

Cependant comme le privilège de l’immaculée Conception est une victoire immense remportée sur le démon en ce sens que, pour la première fois, depuis la chute, l’enfer a senti qu’une main invisible refoulait sa puissance dans une fille d’Adam; et comme cette victoire a été le signal de toutes celles que Marie a remportées plus tard, il faut admettre que l’immaculée Conception de la Mère de Dieu fait partie de cette série de triomphes que l’Esprit-Saint a annoncées, lorsqu’il a dit que Marie écraserait la tête du serpent.

Ces paroles: Elle écrasera ta tête, n’expriment donc

pas le privilège de l’immaculée Conception d 'une manière adéquate et à l’exclusion de toute autre grâce ; mais elles comprennent le privilège comme l’une des victoires que la Mère de Dieu devait remporter sur le serpent, pour venger l’affront que le démon avait fait à Dieu et à nos premiers parents dans le Paradis terrestre. Elles renferment donc une révélation implicite et indirecte du mystère.

Ces paroles : j’établirai des inimitiés entre toi et une femme, nous révèlent explicitement le privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Deux points sont maintenant hors de contestation : le premier, que la femme promise dans cette prophétie est la sainte Vierge, Mère de Dieu; le second, que les inimitiés prédites entre elle et le serpent constituent pour elle un état de grâce extraordinaire.

S’il était prouvé maintenant que ces inimitiés avec le serpent ont été perpétuelles et absolues en Marie, le privilège de son Immaculée Conception serait révélé ici en termes formels.

Le savant abbé Rupert l’a reconnu. Persuadé qu’une inimitié parfaite avec le serpent constitue un état de grâce perpétuel, il affirme que Notre Seigneur seul a nourri des inimitiés parfaites avec le serpent, et que tous les autres hommes ont lié avec lui une coupable amitié.

L’abbé Rupert compte parmi le petit nombre d’écrivains qui ontcontestéle privilège de Marie, avant que la

controverse eût été soulevée par saint Bernard . ses paroles n’en sont que plus remarquables.

« Qui de nous, qui sommes nés de l’homme et de la femme, s’écrie-t-il, peut se glorifier d’avoir eu des inimitiés parfaites ( inimicitias intégras) avec ce séducteur? N’avons-nous pas tous été plutôt les ennemis de Dieu, avant que nous fussions réconciliés avec lui par le fils unique de cette femme unique? Nous sommes donc devenus aujourd'hui les fils et les amis de Dieu par sa grâce, et cest ainsi que nous avons contracté des inimitiés avec le serpent. Par nous-mêmes et par nos premiers parents, nous avons été les associés et les complices de sa rébellion, et nous ne parvenons pas même toujours maintenant à repousser avec une fidélité parfaite ses caresses adultères (1). »

Il est évident que si cette femme unique a contracté

(1) « Quis omnium nostrum, quicumque viri pariter et mulieris commixtum semen sumus, inimicitias cum isto deceptore intégras se habere gloriabitur ? Nonne omnes Dei potius inimici fuimus, nisi quia per hoc unicum unius mulieris semen reconciliati sumus ? Ergo secundum illius quidem gratiam, nunc filii vel amici Dei sumus, et cum illo draconc inimicitias habemus. Secundum nos ipsos autem , vel secundum primos parentes socii et consentanei rebellionis ejus fuimus, et necdum perfecta lide adulterinas ejus blanditias respuimus. » Rupert. UeTrinit. et op. ej. in Genes. 1. m. c. 19. 1. 1. p. -18. — Un savant théologien, qui a acquis d’immenses mérites dans son immense travail sur l’immaculée Conception, paraît avoir méconnu cette vérité, (p. 821.) Il raisonne ainsi : « Cette inimitié est personnelle à Marie de telle sorte, qu’elle n’est commune sous aucun rapport aux autres hommes. « Cette proposition ne nous semble pas exacte. Comme l’amitié de Marie avec Dieu est commune à tous les fidèles, dans un degré inférieur, ainsi son inimitié avec le serpent, leur est commune aussi dans un moindre degré. L’inimitié delà sainte Vierge avec le serpent lui est particulière a cause de son étendue, de son intensité et de sa durée relative : elle lui

avec le serpent des inimitiés parfaites, comme son Fils unique, elle n’a jamais été l’ennemie de Dieu, mais elle en a toujours été l’amie ; en d’autres termes, elle a été pleine de grâces dès le premier instant de sa création.

Eh bien, quoique les inimitiés prédites entre la femme et le serpent ne soient pas appelées, en termes exprès, parfaites et perpétuelles, tout dans cette prophétie indique qu’elles le sont.

Ces inimitiés sont solennelles, extraordinaires, indéfinies. Dieu n’indique aucune limite à leur étendue ni à leurs effets. Lorsqu’on les considère dans la pensée divine, la première idée que l’on en conçoit est que ces inimitiés sont perpétuelles. C’est là le premier sens qui se présente à l’esprit, le sens naturel, qui frappe et qui s’impose. Saint Jean Chrysostôme, dans la paraphrase qu’il en a faite à l’usage du peuple, fa saisi tout d’abord. 11 met dans la bouche de Dieu ces paroles remarquables :« Pour me venger de toi, ô séducteur, je t’opposerai une femme qui sera ton ennemie perpétuelle, irréconciliable, ainsi que son Fils qui sera ton adversaire perpétuel (1). »

L’importance que Dieu attribue à ces inimitiés fait

est commune avec nous par sa substance et ses principaux effets. Non seulement l’inimitié de Marie avec le serpent est commune a tous les enfants de Dieu, mais sa victoire sur le serpent l’est aussi. Saint Clément, disciple de saint Pierre, dans sa première lettre aux vierges, que M. le professeur Beelen, mon ancien collègue et ami, vient de publier avec une exactitude et une érudition dignes de sa grande réputation, exhorte toutes les vierges à vaincre le serpent : Vince draconem , dit-il, vince leonem , vince serpentent, vince salariant, per Jesum Christian. S. Clem. De Virginilate. ep. i. c. 5. p. 25. Lov. 1850.

(1) Hom. xxvii in Genes. t. iv. pag. 145.

naître la même idée. 11 les place en première ligne dans la prophétie mystérieuse par laquelle il règle les destinées et fixe le sort du genre humain. Tandis qu’il garde le silence sur une foule de desseins de sa miséricorde, qui furent accomplis plus tard, il parle avec une certaine emphase et comme de l’une de ses œuvres principales, de la sanctification de cette femme prodigieuse, destinée à devenir la Mère du Sauveur. Cette sanctification est donc une chose bien remarquable, bien extraordinaire ; elle sort donc des règles communes, elle élève donc la Mère ‘du Messie de beaucoup au-dessus du reste des hommes, elle constitue donc un miracle de la grâce, elle est donc parfaite et perpétuelle. Voilà le sens que suggère la première lecture de cette prophétie, et la manière dont Dieu parle de la sanctification de la Mère de son Fils (i).

Si maintenant nous scrutons le sens même de la prophétie cette explication devient plus évidente encore.

(1) « L’écrivain cité plus haut , raisonne ainsi (p. 825); Dieu estl’auteur unique de cette inimitié, comme satan fut l’auteur unique de l’amitié d’Eve avecle serpent. Il dit : Ponam, 0£(jW... Or l’inimitié dont Dieu est l’auteur unique ne peut être que l’inimitié originelle. » Cet argument ne nous parait pas très-concluant. Dieu est l’auteur unique de beaucoup de grâces qui ne sont pas originelles, par exemple delà vocation à la foi, de la première justification. Tout ce qu’il fait seul n’est pas originel dans le sujet dans lequel il opère. La majeure ne paraît pas non plus au-dessus de toute contestation. Dieu n’est pas l’auteur unique des choses que l’Ecriture lui attribue simplement. La parole ponam n’indique pas par elle-même que Dieu ait agi seul, ou par un intermédiaire, ou avec un instrument. Ce sont plutôt les circonstances qui l'indiquent. Du reste le savant auteur est si riche en arguments de tout genre que la faiblesse de celui-ci ne porte aucun dommage â sa thèse.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Nous voyons d’abord que Dieu dépeint ces inimitiés de la femme avec le serpent, comme un événement destiné à réparer la chute de nos premiers parents, en substituant cette inimitié de la femme promise envers le démon, à l’inimitié qu’Eve, la femme tombée, venait de contracter envers son Créateur. A l’amitié qu’Eve avait eue pour lui dès l’instant de sa création, il substitue l’amitié de Marie, la seconde Eve; à l’inimitié de la première Eve pour lui, il substitue l’inimitié de la seconde Eve pour le serpent. C’est ce que saint Irénée exprime lorsqu’il dit que Dieu a rétorqué les inimitiés d’Eve contre le serpent qui les avait fait naître.

Cette prophétie a donc pour premier but de prédire des inimitiés implacables entre la femme et le serpent; inimitiés qui supposent une amitié inaltérable de la femme promise avec Dieu.

Si l’on admet une interruption quelconque, ou dans cette amitié de la femme avec Dieu, ou dans son inimitié envers le serpent, la prophétie n’a plus de sens ni de but, ou plutôt elle présente un sens contradictoire à la pensée du Seigneur.

Le péché originel constitue sans contredit une inimitié avec Dieu et une amitié avec le démon, nous l’avons prouvé. Donc si Marie a contracté pendant un seul instant la faute originelle, à ce même instant elle a été l’ennemie de Dieu et l’amie du serpent ; d’où il s’ensuit, que Dieu au lieu de dire au démon : J’établirai clés inimitiés entre loi et la femme , aurait dû s’exprimer ainsi : J’ établirai des inimitiés entre la Femme et Moi, entre la Femme et son Fils ; ce qui est diamétra-

l’immaculée CONCEPT. T. I.

lement opposé à sa pensée et au but de la prophétie.

Il y a plus : de l’aveu de tous, Dieu annonce ici une femme unique, qui triomphera du serpent d’une manière tout à fait unique. Mais si Marie a jamais contracté le péché originel, son triomphe n’est plus unique : il est tout à fait semblable au triomphe de toutes les autres Hiles d’Adam, qui, après avoir contracté l’amitié du serpent par le péché originel, entrent en inimitié avec lui, en entrant en amitié avec Dieu par la grâce. Dès-lors Dieu ne désigne plus une femme unique, extraordinaire; il ne prédit plus une victoire unique, prodigieuse : il indique une femme quelconque, justifiée après avoir été pécheresse. Oserait-on soutenir que tel est le sens de cette prophétie ?

Remarquons encore que ces inimitiés de la femme envers le serpent se présentent ici comme une vengeance que Dieu exerce sur le serpent, comme une victoire qu’il remporte sur lui.

Mais cette vengeance est illusoire, si elle échoue dans son premier et principal instrument ; cette victoire est imaginaire, si la femme destinée à vaincre le démon commence par lui être soumise. Dans cette hypothèse Dieu ne triomphe pas dans cette femme chargée de combattre pour lui : il essuie en elle une honteuse défaite; au lieu de triompher par elle du serpent, il est vaincu en elle par le serpent. L’affront qu’il avait essuyé dans la première Eve, il l’essuie encore dans la seconde ; loin d’effacer la première injure qu’il avait reçue du serpent, il en subit une nouvelle. Les inimitiés qui devaient triompher du serpent, ont tourné d’abord contre le Créateur!

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Est-ce là le sens de cette prophétie ?

Ce n’est pas tout encore : les inimitiés du démon envers Marie sont évidemment perpétuelles. Quatre mille ans avant sa naissance, Marie lui a été montrée comme une ennemie implacable qui lui écraserait un jour la tête. Dès qu’elle apparut, je ne dis pas à ses yeux, mais à son esprit, mais à sa pensée, elle se montra à lui comme un objet de crainte et d’horreur ; il y avait quarante siècles qu’il la détestait, lorsqu’elle fut conçue ; et l’on s’imaginerait qu’à ce moment il l’ait aimée ? Non jamais le démon n’a aimé Marie, il a toujours été son ennemi.

Ces inimitiés sont réciproques : si le démon n’a jamais aimé Marie, Marie n’a jamais aimé le démon ; si le démon a toujours abhorré Marie comme son ennemie, Marie a toujours abhorré le démon comme son ennemi. Ces inimitiés ont donc été de part et d’autre perpétuelles, absolues.

Et comment ne l’eussent-elles point été ? Marie a été l’ennemie du serpent, par sa nature et par sa destinée. Cette inimitié est le trait caractéristique qui la distingue de toutes les autres femmes. Toute l’idée de la Mère du Messie se résume dans cette notion elle fut l’ennemie du serpent. Cette inimitié implacable constitue son état naturel, sa condition réelle, son caractère réel, le but de sa création. Mais l’état naturel, la condition réelle, le caractère réel d’une personne, les qualités, les sentiments qui lui sont essentiels, ne varient pas, ne changent jamais : ils sont perpétuels. L’inimitié de Marie envers le serpent est donc en quelque sorte identifiée à sa nature, elle correspond à tous les instants de son existence.

l’immaculée conception

L’inimitié irréconciliable de Marie envers le serpent a été en général le but de sa création, comme elle a été en particulier le but de sa maternité divine. Lorsqu’on pèse les termes de la prophétie, on dirait que Marie n’est devenue mère que pour faire de son Fils l’instrument de ses inimitiés envers le démon, et l’associé de ses victoires.

Son inimitié personnelle est la première de toutes les inimitiés prédites qui triomphent du démon; elle est le commencement de toutes les victoires qu’elle doit remporter dans la suite avec son Fils. Supposez en Marie un seul instant d’amitié avec le serpent, et vous méconnaissez complètement les destinées de la Mèreet duFils. Les inimitiés qui ont valu à Marie les dernières victoires de sa vie, ont dû lui valoir un premier triomphe au moment de sa création; l’ennemie par excellence de l’enfer, n’a pas pu commencer son existence par une amitié avec le serpent. La honte de sa défaite eut rejailli sur le Messie son Fils, dont elle devait inaugurer les triomphes. Sa maternité y mettait donc un obstacle absolu.

N’oublions pas non plus que ces inimitiés sont, dans la seconde Eve, une réparation des amitiés que la première avait contractées avec le serpent, en cédant à ses séductions ; n’oublions pas que cette réparation a du égaler en Marie le dommage que la désobéissance avait causé en Eve: l’infidélité de celle-ci avait entraîné pour elle le péché actuel et pour sa postérité le péché originel; afin de réparer ce double mal, il fallait que la seconde Eve triomphât tout à la fois du péché originel et du péché actuel. Evidemment, sa qualité de réparatrice et d’instrument de la réparation, a dû exclure de sa personne

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

tous les effets de la chute, et la faire jouir de tous les avantages de l’innocence primitive. Lorsque nos premiers parents ont entendu annoncer cette réparatrice, ils ont naturellement pensé à l’état dont ils venaient de déchoir ; ils ont cru que cette femme qui leur était promise, commencerait comme eux et finirait autrement qu’eux. Adam l’a vue en esprit, comme Eve parut à ses yeux quand Dieu la lui présenta pour être son aide dans la vie et dans la propagation du genre humain, œuvre immaculée de Dieu, belle de la grâce céleste, ravissante d’innocence. Eve l’a vue en esprit, comme elle se vit elle-même à son éveil à la vie, le cœur plein, vivifié, heureux de l’amour de Dieu ; dont le regard de la pensée et de l’amour avait rencontré Dieu, avant de connaître l’homme; dont la volonté s’était attachée à Dieu avant tout autre amour, et s’était plu à ne reconnaître que lui pour maître. Comparant avec amertume, avec douleur, la splendeur de leur état perdu avec la honte de leur état présent, la première pensée qui leur est venue, à la promesse de cette réparation, a été sans aucun doute le retour à l’état d’innocence. Jamais Marie n’aurait bien réparé le dommage de l’amitié qu’Eve avait contractée avec le serpent, si elle avait dû commencer par la contracter elle-même : le désordre auquel elle devait remédier, la honte qu’elle devait effacer, n’auraient pas cessés mais continués en elle. Au fond il n’y aurait point eu de réparation parfaite; les maux dont la crainte accablait nos premiers parents, n’auraient point eu de compensation apparente pour eux.

Le serpent lui-même n’eût pas été profondément af-

l’immaculée conception

fecté de la menace que Dieu prononçait contre lui, s’il eût eu l’espoir de vaincre d’abord celle qui devait plus tard triompher de lui. Il me semble que Dieu ne l’a menacé du triomphe de cette femme que pour l’humilier doublement, et comme ange déchu et comme séducteur des premiers hommes.

Satan, assis au plus haut des cieux, avait refusé d’adorer l’humanité sainte du Verbe incarné; son orgueil s’était révolté à la pensée de se soumettre, lui créature spirituelle, intellectuelle, si sublime, à l’humanité, créature terrestre et charnelle, quoique divinisée en quelque sorte par son union avec la divinité : eh bien, Dieu lui annonce qu’une créature toute terrestre, une femme, une fille d’Eve l’écrasera de sa supériorité, et remportera sur lui un grand et éclatant triomphe. C’est peu que le Dieu incarné l’écrase de sa puissance : qui est semblable à Dieu? personne ne peut résister à sa volonté! Mais qu’une simple femme, qu’une fille de cet homme déchu le domine de sa supériorité native, et le foule aux pieds par les droits de sa création, voilà l’expiation complète du crime qu’il a commis au plus haut des cieux, en s’écriant : Je n'obéirai pas ! Non serviam ! Voilà une défaite plus grande que la victoire qu’il venait lui-même de remporter.

Les anges fidèles étaient restés aux pieds du trône de Dieu, purs, sans tache, sans infidélité aucune : il fallait que sur la terre aussi, outre le Fils de Dieu incarné, il y eût une créature qui n’eût jamais subi le joug et la honte du péché, ni l’amitié du rébelle; afin qu’il vît que son empire ne s’étendait pas sur toutes les créatures raisonnables, mais qu’il s’arrêtait là où la main de Dieu avait

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tracé ses limites. Si Marie avait contracté le péché originel, le démon eût dominé, un instant, sur toutes les créatures raisonnables. Dieu ne l’a pas voulu : il a élevé sa sainte Mère ici-bas, à la hauteur des anges restés fidèles dans le ciel; et c’est ainsi que les inimitiés de Marie envers le serpent ont imprimé le cachet de la honte et de l’opprobre au démon, et qu’elles ont vraiment atteint les proportions de l’amitié qu’Eve avait contractée avec lui.

Je n’ajouterai plus qu’une seule réflexion, qui est à mon avis aussi concluante que les précédentes.

En méditant cette remarquable prophétie, on s’aperçoit bientôt qu’elle dessine deux groupes distincts, dont l’un se compose de la femme promise, et de son Fils ; l’autre de Satan et de sa race (1).

Les personnages de chaque groupe forment un tout indivisible, parfaitement uni sous tous les rapports. La femme promise constitue un être moral avec son Fils; le serpent avec ses suppôts en constitue un autre. Dans chaque groupe il y a une telle identité d’origine, de pensées, de sentiments, d’action et de destinée, que les personnes qui les composent, semblent au fond se confondre, s’identifier pour atteindre le but commun de leur existence.

Dans le second groupe la haine de Dieu, le désir de

(1) Cet argument a été proposé, si je ne me trompe, pour la première fois par M. l’abbé Bigaro, prêtre de Venise, dans une excellente dissertation sur cette prophétie, publiée en 1850, et insérée dans les Pareride'vescovi. t. vii. p. lxxxi. Le père Passaglia l’a développé avec son éloquence ordinaire, dans son second volume, sect. v. page 812 et seq.

l’immaculée conception

perdre les hommes, l’esprit de mensonge et tous les sentiments mauvais sont communs à Satan et à sa race. 11 n’y a parmi les démons et leurs suppôts aucune différence ni d’attributs, ni de qualités, ni de volonté. Tout est semblable en eux, je dirai même, commun, identique.

Dans le premier groupe même conformité d’origine, dépensées, de sentiments, de destinée : même amour parfait pour Dieu, même charité envers les hommes, même attachement à la vérité, même inimitié à l’égard du serpent, même victoire à remporter sur lui. La Mère du Messie a été assimilée à son Fils sous tous les rapports ; l’Eglise catholique enseigne par la bouche des SS. Pères que Marie a possédé, par un effet de la grâce, tous les dons, tous les privilèges que son divin Fils possédait par les droits de sa nature. Cette parfaite identité des personnages de chaque groupe est certaine, indubitable.

Un second fait non moins sensible, c’est que chaque groupe est tout aussi opposé à l’autre, que les personnages de chacun sont unis entre eux. Ces groupes représentent, chacun à part, un ordre de choses contraire. Le premier représente l’ordre de la vérité, de la vertu, du bien, de la sainteté, de l’obéissance, de la réparation ; le second représente l’ordre du mensonge, du vice, du mal, du péché, de la rébellion, de la destruction. Il y a donc entre ces deux groupes contradiction radicale, opposition essentielle.

Eh bien, ces deux faits fournissent deux arguments solides en faveur de l’immaculée Conception delà Mère de Dieu.

D’abord la parfaite identité de pensées, de sentiments,

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

d’action et de mission qui existe entre le Messie et sa sainte Mère, suppose que les inimitiés de Marie envers le serpent égalent, sous tous les rapports, les inimitiés de son Fils envers le serpent; et même que ces inimitiés sont identiques dans le Fils et dans la Mère. Or il est évident que les inimitiés du Fils sont parfaites et perpétuelles non-seulement à cause du souverain domaine que celui-ci exerce sur toutes les créatures, et qu’il doit faire peser sur un rebelle incorrigible, mais encore à cause de la mission réparatrice dont il est investi, et qui l’oblige à combattre tous les obstacles qui la contrarient; et aussi parce qu’il est Dieu, et que comme tel il déteste nécessairement le péché.

La perpétuité de ses inimitiés envers le serpent n’est donc pas en lui accidentelle, ni fortuite, mais substantielle, mais essentielle.

Marie a donc aussi conçu contre le serpent des inimitiés parfaites, perpétuelles, puisqu’elles doivent être identiquement les mêmes que chez son Fils. Si elle ne les a pas conçues aux mêmes titres que lui, elle les a conçues au moins comme participant à tous ses sentiments, et comme identifiée avec lui pour la grande œuvre de la rédemption des hommes.

A cet égard aucun doute ne paraît possible ; car la prophétie de la Genèse exprime plus directement l’inimitié de la femme promise que l’inimitié de son Fils avec le serpent. J’établirai des inimitiés , dit le Seigneur, entre toi et une femme , et entre ta race et la sienne. Elle place l’inimitié de la femme envers le serpent au premier rang; et l’inimitié du Filsde la femme envers la race du serpent

l’immaculée conception

au second rang; et elle ne dit rien de l’inimitié du Fils de la femme envers le serpent lui-même : comme si l’inimitié de la femme était ici la chose principale, et celle du Fils la chose secondaire.

Il est certain que le Fils de la femme porte au serpent une inimitié aussi parfaite qu’à sa race, et que la femme promise nourrit des inimitiés aussi vives envers la race du serpent qu’envers le serpent lui-même ; mais les termes de la prophétie n’en ont pas moins ce caractère remarquable qu’ils expriment plus directement l’inimitié de Marie que celle de Jésus envers le démon. Que conclure de ce fait? C’est le chef de la race, c’est Satan, qui a triomphé d’Eve; c’estla femme promise qui triomphera du chef de la race, de Satan. Elle le vaincra la première, et elle triomphera avec son Fils de la race du serpent. Voilà la série des victoires que la prophétie de la Genèse annonce; voilà l’ordre des triomphes que Dieu promet à Marie. Les inimitiés de la femme promise envers le serpent précèdent, dévancent celles de son Fils : qui oserait dire dès lors qu’elles ne les égalent pas, qu’elles ne sont pas parfaites et perpétuelles?

Le second argument résulte de l’opposition des deux groupes.

La femme promise appartient si essentiellement au premier groupe, qu’elle ne peut d’aucune manière appartenir au second. Par cela même qu’elle est identifiée à l’ordre de la vérité et de la sainteté, elle n’a rien de commun avec l’ordre du mensonge et du péché ; elle en est totalement exclue par le fait même de la destinée pour laquelle elle a été créée. Elle est inséparable de son

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Fils, qui sous aucun rapport, ne peut participer au groupe du mal ; elle ne peut donc pas elle-même y participer de quelque manière que ce soit.

Si jamais la Mère du Messie avait appartenu à la race du serpent par le péché, à l’origine, l’ordre de la sainteté eût été confondu avec l’ordre du péché, les deux groupes n’eussent plus été contraires ; le groupe de la réparation eût appartenu, à certains égards, au groupe de la ruine ; les desseins de la Providence eussent été bouleversés, et le Messie lui-même eût été atteint par le déshonneur et l’opprobre de sa Mère.

La prophétie de la Genèse me paraît maintenant placée dans tout son jour. Les esprits les plus difficiles seront satisfaits, j’espère, de la clarté dans laquelle elle vient de se présenter à nous. Nous terminerons cet article par une réflexion générale de la plus grande portée.

La manière dont le Saint-Esprit a révélé le privilège de l’immaculée Conception nous conduit forcément à cette conclusion, que Vidée de la Mère du Messie, dans la pensée de Dieu, comme dans celle de l’Eglise, est une idée d’innocence et de sainteté. Ce caractère distinctif et personnel de la Mère de Dieu domine non-seulement la tradition catholique, comme nous le verrons plus loin, mais encore toute la révélation chrétienne.

Ainsi, lorsque Dieu à l’origine du monde annonça la Mère du Messie, il la décrivit comme une femme remarquable par son inimitié avec le démon, c’est-à-dire par sa sainteté parfaite ; et lorsque l’Ange Gabriel vint à son tour annoncer la venue du Sauveur, ce fut encore la plénitude des grâces, c’est-à-dire la sainteté parfaite, qu’il

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salua et célébra en elle. Dans les prophéties de l’Ancien comme du Nouveau Testament, Marie n’est connue que par sa sainteté parfaite. La seule idée que Dieu semble vouloir nous en donner, c’est l’idée d’une créature qui, dès son origine, a été l’objet de toutes ses complaisances, et qui, du premier au dernier moment de son existence, a été comblée de grâces, afin de s’élever en vertu, en perfection, en innocence, en sainteté au-dessus de tous les êtres créés.

Nous venons de voir que la prophétie de la Genèse ne peut s’entendre raisonnablement que du grand privilège de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu ; consultons maintenant les livres du Nouveau Testament.

ARTICLE II

La plénitude de grâces que l'ange Gabriel proclame en Marie , dans la salutation angélique, nous révèle implicitement l'immaculée Conception de la très-sainte Vierge.

Les saints Evangiles qui racontent avec les moindres détails les circonstances de la Conception et de la Nativité du saint Précurseur, ne nous apprennent rien de la Conception et de la Naissance de la Mère de Dieu.

La raison de cette différence est tout entière, à mon avis, dans la différence de leur mission.

Saint Jean-Baptiste fut chargé d’une mission publique et éclatante : il précédait le Messie dont il annonçait la venue ; il montrait du doigt l’Agneau de Dieu, qui enleva les péchés du monde. Ce ministère devait être signalé à l’attention des fidèles, et justifié par des miracles où le

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doigt de Dieu se montrât clairement. L’Esprit-Saint a donc voulu qu’un récit circonstancié de la Conception miraculeuse et de la naissance extraordinaire du saint Précurseur devînt le sceau, la preuve d’une mission tout extérieure, toute publique.

La mission de la sainte Vierge, au contraire, était secrète et pour ainsi dire confidentielle jusqu’à sa mort. Marie était destinée à demeurer avecJésus durant sa vie cachée, à coopérer par ses vertus et ses prières au ministère spirituel de son divin Fils, et à concourir sans bruit, par sa résignation, par sa patience, à l’œuvre de la Rédemption. Pour expliquer et justifier cette mission, toute spirituelle et sans éclat aux yeux des hommes, il suffisait de mettre en relief dans Marie l’état de grâce et de sainteté où Dieu l’avait élevée afin de la rendre digne de ce ministère : or c’est précisément ce que l’Esprit-Saint a fait dans l’histoire évangélique.

Le trait le plus saillant de la vie de Marie est sans contredit le message céleste qu’elle reçut au jour de l’Annonciation ; jour où un ange de Dieu la salua au nom de la très-sainte Trinité, et la proclama pleine de grâces.

Lorsque fange Gabriel vint lui annoncer que le Verbe de Dieu s’incarnerait dans son sein, il lui dit : Je vous salue, ô vous qui êtes pleine de grâces ; le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes. Par ces paroles il révéla au monde tout ce que le Seigneur avait fait et décrété pour sanctifier Marie ; et jeta comme un trait de lumière sur toute l’existence de la Mère deDieu; car cette plénitude de grâces à laquelle il n’assigne ni commencement ni fin, s’étend nécessairement à toute la vie de

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Marie, et nous explique les desseins miséricordieux que Dieu avait conçus tout à la fois sur son origine, sur sa vie, sur sa mort et sur son triomphe dans le ciel. C’est pour ce motif, que l’Esprit-Saint a voulu que cette circonstance de l’histoire de Marie fût consignée de préférence à toute autre, dans nos livres saints ; elle était vraiment nécessaire ; mais elle suffisait pour déterminer le caractère de la mission de la bienheureuse Vierge.

Au fond, ces mots pleine de grâces renferment toute l’histoire des libéralités divines envers Marie; ils sont la base de la tradition catholique tout entière, en ce qui concerne la sainteté et les vertus de la Mère de Dieu.

Chose bien digne de remarque, c’est toujours par une bouche céleste que la sainteté de Marie est proclamée sur la terre. Dieu prononça lui-même dans le paradis terrestre, ces célèbres paroles : J’établirai des inimitiés entre toi et une femme; et il chargea un des princes les plus élevés de la cour céleste, de dire à Marie : Je vous salue, ô vous qui êtes pleine de grâces. Ce fut dans un oracle qui fixait les destinées du genre humain sur la terre, que la sainteté de Marie fut proclamée comme son caractère propre, dès le commencement du monde; et ce fut dans un oracle de même nature, qu’elle fut proclamée par l’ange Gabriel, au milieu des temps; comme si Dieu avait voulu nous montrer, même par ces circonstances, que toutes les grâces accordées à Marie se rattachent à la grande œuvre de la Rédemption, et que la Mère de Dieu n’a été élevée si haut en sainteté et en vertus, qu’afin de coopérer plus efficacement à notre bonheur.

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Du sens des paroles de la salutation angélique.

Les SS. Pères ont très-bien compris la portée des paroles de l’ange Gabriel. Ils sont entrés dans une espèce d’extase, lorsqu’ils ont essayé de mesurer la hauteur, la profondeur et la largeur de cette plénitude de grâces que l’envoyé céleste admirait en Marie. Les éloges dont ils comblent la Mère de Dieu, ne sont guère que des commentaires chaleureux de la salutation angélique. Quand ils entreprennent l’énumération des prérogatives de la sainte Vierge, ils empruntent presque toujours les paroles de l’ange Gabriel, et se bornent à les développer. Ainsi au lieu de dire : Je vous salue , ô vous qui êtes pleine de grâces ; ils disent : Je vous salue, ô vous qui êtes immaculée; ô vous qui êtes sans tache; ô vous, qui êtes la sainteté même; ô vous, qui êtes ornée de toutes les vertus; ô vous, qui faites envie aux anges; ô vous, qui êtes la reine des prédestinés! et ainsi de suite, sans tarir jamais dans l’énumération des dons célestes que renferme la plénitude de grâces proclamée par l’ange Gabriel en Marie. S. Ephrem(i), S. Epiphane, S. Cyrille d’Alexandrie, André de Crète, S. Jean Damascène, S. Germain de Constantinople, et une foule d’autres

(1)S. Ephrem passim. S. Théodore Studite, dans son homélie sur la nativité de la sainte Vierge, publiée sous le nom de saint Jean Damascène, par Lequien t. ii. p. 849, répète soixante fois, Je vous salue, avec un éloge différent delà sanite Vierge, voy. n.7. pag. 853. Dans le mss grec du Vatican, n. 455, elle porte ce titre : S. P. N. Tlieodori , novi confessons in nativ. Deiparce. ubi sexaginta Ave. Le même auteur a douze Ave dans son homélie In dormitionem Deiparœ , ap. Mai, Nova patrum bibl. t. v. part. n. p. 58-60.

saints Pères et de pieux écrivains de l’antiquité, saluent ainsi la bienheureuse Vierge Marie, et font l’histoire de ses grandeurs spirituelles en développant les paroles de la salutation angélique.

Nous verrons plus loin, lorsque nous exposerons les monuments de la croyance de l’Eglise, que la tradition catholique, qui nous enseigne la sainteté admirable et incomparable de Marie, repose tout entière sur ces paroles : Je vous salue , ô vous qui êtes pleine de grâces!

Guidés par leur instinct hostile à la Mère de Dieu, dont ils abhorraient le culte, les premiers réformateurs se sont efforcés d’obscurcir le sens de cette salutation céleste, afin d’arracher à Marie ce témoignage éclatant de son immense perfection. Les uns prétendaient qu’eu égard au texte grec de l’Evangile, l’ange Gabriel n’avait pas appelé Marie pleine de grâces, mais gracieuse, aimable, agréable, comblée de grâces extérieures, telles que la modestie, la prudence et la douceur; les autres soutenaient que le messager céleste ne louait pas en Marie les grâces qu’elle avait déjà reçues, mais celles que Dieu voulait lui accorder à l’avenir. Le père Canisius, après avoir cité, en partie, ces interprétations violentes ou ridicules, ajoute que le corps d’Hippolyte, traîné par des chevaux fougeux, a été lacéré en moins de pièces, que ne l’ont été les paroles de la salutation angélique, par les premiers réformateurs.

En présence de la tradition catholique que nous expliquerons bientôt, toutes ces subtilités grammaticales s’évanouissent; elles ne paraissent pas moins futiles lorsqu’on les examine sur le terrain de la philologie.

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Les Pères de l’Eglise latine qui ont traduit du texte grec les paroles de la salutation angélique, ou qui se sont servis de traductions faites à différentes époques, dans différents pays, ont constamment lu : Je vous salue, o vous qui êtes pleine de grâces (i). Cet accord, à une époque où le grec comptait encore parmi les langues vivantes, fournit un argument philologique irréfutable. Il est impossible de soutenir que cette traduction soit l’effet du hasard ou d’une erreur commune. Une pareille unanimité est un signe certain de la vérité.

Pour imprimer le dernier sceau de la vérité à cette interprétation antique, la divine Providence a permis qu’un savant philologue protestant la confirmât de nos jours par une suite de preuves aussi frappantes que judicieuses. S’attachant avec rigueur au sens grammatical des mots, après avoir repoussé comme erronées les traductions nouvelles des protestants : « L’ancienne traduction, gratia plena, dit le savant Valckenaer, est de beaucoup la meilleure. Que d’autres cherchent à quelles expressions hébraïques S. Luc a fait allusion : il nous suffit de peser la valeur du mot grec. De XàPiî,yâ?tTc;, vient le verbe Xaptrou, qui signifie combler quelqu’un de grâce. De là le participe >C6jraptTû)[JLÊVVî qui signifie comblée ou pleine de grâce.... C’est dans ce sens que saint Paul a dit : Dieu (i* apirwaev nous a comblés de grâce dans

son Fils bien-aimé (Ephes. I. 6.). S. Luc n’emploie point ici un mot nouveau. L’Ecclésiastique l’a employé avant lui (xviii. 17.). A défaut d’autres exemples, la forme

(1) Maldonat, Tolet, et d’autres savants interprètes ont constaté ce fait.

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grammaticale du verbe suffit pour en déterminer le sens: car tous les verbes qui se terminent en <fo» signifient abondance, plénitude. C’est ainsi que Aip-atow, signifie couvrir de sang, 0aup.ar ou, remplir de stupeur, ir.oiïôa, écraser sous la cendre... Argus qui selon les poètes était tout couvert d’yeux, est appelé tO|X[^aTCOp,£VGÇ (l). ))

Ainsi le sens grammatical, rigoureux, de l’Evangile nous oblige à croire que la sainte Vierge a été remplie de grâces, à peu près comme Argus, selon la fable, a été couvert d’yeux, c’est-à-dire que les grâces de Dieu font environnée et pénétrée de toutes parts, au point de constituer son caractère distinctif et son attribut essentiel.

La démonstration est décisive et complète.

La suite de la salutation angélique la confirme, en nous indiquant les rapports que cette plénitude de grâces a établis entre Marie et Dieu, entre Marie et les autres hommes.

L’ange dit d’abord : Le Seigneur est avec vous ; c’est-àdire, comme l’explique saint Augustin : Le Seigneur qui est déjà avec vous, par son amour et par sa grâce, sera bientôt avec vous, par son Incarnation (2). Il vous a déjà communiqué ses trésors; maintenant il va se donner luimême à vous. Vous avez reçu l’abondance de ses faveurs célestes; vous recevrez maintenant en vous sa personne.

S. Gabriel ajoute aussitôt: Vous êtes bénie entre toutes les femmes; et sainte Elisabeth, inspirée de Dieu, com-

(1) Valckenaer, dans ses scholies sur saint Luc, cité en note par le R. P. Passaglia. 1. 11. p. 1093.

(2) « Dominas tecum. Jain tecum est, qui erit in te. s S. Aug. Serm. ccxci. 11. A. t. v. col. 1167. ed. Maur.

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plète ce discours, en disant : Et le fruit de vos entrailles est béni.

Par ces paroles l’Esprit-Saint signifie que Marie a été bénie comme son Fils, c’est-à-dire d’une bénédiction parfaite, absolue. La mère et l’enfant ont participé à la même bénédiction, c’est-à-dire que Marie a été l’objet des bénédictions de Dieu et des bénédictions des hommes, et qu’elle a été aussi la source ou du moins le canal des bénédictions que Dieu a répandues sur le genre humain.

Marie a été l’objet des bénédictions divines, parce que Dieu l’a comblée de grâces et de faveurs sans bornes.

Elle a été l’objet des bénédictions des hommes, parce que les patriarches et les prophètes l’ont appelée de leurs vœux, et que les filles d’Israël, de siècle en siècle, ont ambitionné sa dignité et son sort.

Elle a été la source et l’instrument des bénédictions que Dieu a répandues sur la terre, parce qu’elle nous a donné notre divin Sauveur, l’auteur de toute bénédiction.

Marie est donc vraiment la Vierge bénie entre toutes les femmes; et ces bénédictions ne sont que la suite de la plénitude de grâces qu’elle a reçue, et de la société intime quelle a contractée avec Dieu même.

Ce sens si beau et si remarquable, que nous venons de découvrir dans la salutation angélique, nous est suggéré par la sainte Vierge elle-même. Le cantique d’actions de grâces qu’elle chanta après avoir reçu la salutation de sainte Elisabeth, sa cousine, est un commentaire magnifique et une espèce de paraphrase du discours de saint Gabriel.

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Mon âme, s’écria-t-elle alors dans un saint enthousiasme, proclame la grandeur et la munificence du Seigneur, car mon esprit a tressailli de joie , dans le Dieu, mon Sauveur; parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante, voici que toutes les générations m' appelleront bienheureuse ; car ce Dieu tout-puissant, qui est la sainteté même, a fait en moi de grandes choses.

La sainte Vierge semble dire : c’est en sa qualité de Tout-Puissant, que Dieu a fait de grandes choses en moi, c’est à l’aide de sa toute-puissance qu’il m’a comblée de grâces ; c’est en sa qualité de Dieu très-saint, c’est en répandant la sainteté dans mon âme, qu’il a opéré ces prodiges.

L’ange avait dit: Je vous salue! Marie répond à Dieu : Mon âme proclame votre grandeur et votre munificence. Elle salue Dieu à son tour.

L’ange avait dit : Vous êtes pleine de grâces. Marie répond : Celui qui est tout-puissant et qui est infiniment saint, a fait en moi de grandes choses. Elle célèbre la sainteté et la bonté de Dieu.

Le cantique d’actions de grâces de Marie est donc un écho fidèle de la salutation angélique.

Les grandes choses que Dieu a opérées dans sa servante, qu’on le remarque bien, ne sont pas des dons temporels, extérieurs, sensibles. Aux yeux des hommes tout était bassesse en Marie. Quoique née de la famille de David, elle était méprisée du monde et vivait dans rabaissement. La pauvreté de son époux, le dénûment de sa famille, la naissance de son fils dans une étable, prouvent bien que Dieu n’avait rien fait de grand pour

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elle dans l’ordre temporel. Ces grandes choses dont Marie remercie le Seigneur, sont les dons de sa grâce, les miracles de sainteté qu’il a opérés dans l’âme de sa servante.

La maternité divine vint mettre le comble à ces miracles, en élevant Marie à la dignité de reine du ciel. C’est ce que la sainte Vierge déclare lorsqu’elle poursuit en disant : Il a précipité les puissants de leur trône, et il a exalté jusqu à une dignité sublime ceux qui étaient humbles. Et c’est ainsi qu’il a accompli les promesses qu’il avait faites à Abraham, car la Vierge termine en disant : Comme il Va promis à Abraham et à ses enfants.

Lorsqu’on suit le raisonnement de la sainte Vierge dans cet épanchement de sa reconnaissance, on voit clairement qu’elle embrasse d’un coup d’œil toute la suite des prophéties, depuis la promesse que Dieu fit à nos premiers parents dans le paradis terrestre, jusqu’à l’annonce de la naissance du Messie que lui fit l’ange Gabriel ; et qu’elle est remplie d’admiration et de reconnaissance à la vue des miracles de grâces que Dieu a opérés en elle, pour accomplir les desseins de sa miséricorde sur le genre humain.

Son cantique d’actions de grâces n’est donc qu’un magnifique commentaire des anciennes prophéties, mais surtout de la salutation angélique.

Nous avons à examiner maintenant si cette plénitude de grâce et ces prodiges de la bonté divine envers Marie, nous révèlent son Immaculée Conception.

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ïl.

L’Immaculée Conception de Marie est révélée implicitement dans la plénitude de grâces que l’ange Gabriel proclame en elle.

La plénitude de grâces que l’ange Gabriel salue en Marie, est une plénitude unique.

Jamais, dit Origène, et après lui saint Ambroise, une créature n’a été saluée dans ces termes.

Cette plénitude est prodigieuse.

Marie l’explique lorsqu’elle dit dans son cantique d’actions de grâces : Celui qui est tout-puissant a fait en moi de grandes choses.

Cette plénitude, d’après les saints Pères, nous le verrons, est perpétuelle. On ne peut lui assigner ni commencement ni fin. Elle embrasse toute l’existence de Marie.

Cette plénitude, d’après les termes de l’Evangile, est au moins indéfinie.

Dès-lors de quel droit la restreindre, ou en limiter la durée ?

De ce que Marie est appelée simplement Vierge , dans nos livres saints, l’Eglise infère que Marie a été toujours Vierge. Si l’Esprit-Saint la déclare pleine de grâces , simplement mais dans un sens indéfini, qui oserait dire qu’elle n’a pas toujours été pleine de grâces ?

Puisque cette plénitude est indéfinie, je n’hésite point à poser en principe qu’ELLE renferme toutes les grâces qu’on n’est pas obligé de dénier a la mère de dieu.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Le seul motif que l’on puisse alléguer pour dénier à Marie la sainteté originelle, est l’empire de la loi commune, la loi du péché. Or nous verrons que Marie n’a été soumise à cette loi sous aucun rapport. Ce motif ne subsiste donc pas, et dans la plénitude de grâces accordée à Marie, il faut comprendre la sainteté originelle.

L’histoire de l’Eglise atteste que personne n’a pu excepter une seule grâce, une seule faveur céleste, de cette plénitude de grâces, sans tomber dans l’erreur; personne n’a essayé d’y poser des limites, sans subir une condamnation.

Ceux qui en ont excepté la maternité divine, ont été condamnés, frappés d’anathème.

Ceux qui en ont excepté l’immunité de tout péché actuel, ont été condamnés à leur tour.

Ceux qui en ont excepté la virginité perpétuelle, ont aussi subi une condamnation.

Ceux qui ont nié la puissante intercession de Marie, ont subi le même sort.

Enfin ceux qui en ont excepté la sainteté originelle que nous tâchons d’établir ici, indépendamment des jugements de l’Eglise, viennent aussi d’être condamnés. Qu’on nous cite une seule grâce que l’Eglise ait permis de contester à la sainte Vierge, et nous avouerons que la plénitude de grâces que l’ange Gabriel a saluée en Marie, a des limites. Mais si l’on ne peut en citer une seule, que l’on avoue donc que cette plénitude comprend la sainteté originelle et par conséquent l’immaculée Conception.

Une chose nous paraît ici hors de doute, c’est que

cette plénitude comprend au moins les grâces essentielles à la Mère de Dieu, celles que la Providence n’a pu lui refuser sans une espèce d'inconséquence qui eût troublé tousses desseins, dérangé tous ses plans. Or telle est la grâce de la sainteté originelle qui était nécessaire à la Mère de Dieu, beaucoup moins pour lui procurer un degré plus élevé de vertu, de sainteté ou de gloire, que pour la préserver d’une horrible souillure, du honteux esclavage de Satan (i).

Je le demande, peut-on appeler sérieusement une plénitude de grâces, cet ensemble de faveurs célestes qui ne suppose pas la sainteté originelle ? qui admet comme point de départ et comme première base, la souillure du péché originel? Non vraiment, Marie n’aurait point reçu une plénitude de grâces réelle, si elle avait été conçue dans l’état de péché mortel.

Comment supposer que Dieu ait compris dans cette plénitude, des grâces dont Marie à la rigueur aurait pu se passer, telles que l’exemption de la douleur dans l’enfantement, et qu’il en ait exclu la grâce qui soustrayait sa Mère pour toujours au joug de l’enfer ?

« Je ne nie point, dit un pieux auteur, que, comme fille d’Adam, Marie n’ait mérité d’ètre souillée comme tous les autres : cependant je ne lis pas dans l’Ecriture quelle fut fille d’Adam, mais qu’elle fut Mère de Dieu; mère dont naquit Jésus, qui est appelé le Christ . Je lis qu’elle fut remplie de grâces : Je vous salue, pleine de

(I) Nous donnerons à cette réflexion capitale tout le développement nécessaire dans le xie chapitre.

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grâces. Je lis qu’elle était associée à Dieu : Le Seigneur est avec vous. Je lis qu’elle fut bénie d’une bénédiction pure et simple : Vous êtes bénie entre les femmes. Je lis qu’elle doit être glorifiée par toutes les générations des hommes : Et voici que toutes les générations me proclameront heureuse. Je lis enfin que celui qui est puissant a fait en elle de grandes choses. Et lorsque je compare à ces dons le péché originel, la tache, la culpabilité, la concupiscence, la peine éternelle, la colère et la haine de Dieu, ma langue a horreur de dire que cette Mère de Dieu a contracté même pendant un seul instant, la tache du péché originel (1). »

Enfin cette plénitude de grâces comprend évidemment toutes les grâces que Dieu a accordées à sa Mère ; or la tradition catholique, qui contient la parole de Dieu non écrite, atteste, comme nous le verrons, que Marie a reçu la grâce de la sainteté originelle : cette plénitude de grâce comprend donc la sainteté originelle, c’est-à-dire le privilège de l’immaculée Conception.

Il est donc vrai de dire que la salutation angélique renferme la révélation de ce mystère, et que la parole de Dieu écrite nous l’atteste ici d’une manière implicite.

(1) Gornel. Mussus, Comin. in Ep. ad Rom. cité par le père Bigoni, In Iode de Maria SS. senza macchia concetta dissert, paregijrica. 2e ed. Veneria 1849. pag. 76.

l’immaculée CONCEPT. T. I.

l’immaculée conception

ARTICLE III

Quelques passages des livres Sapientiaux et des Psaumes , pris dans un sens mystique voulu par V Esprit-Saint, nous révèlent le mystère de l'immaculée Conception de la très-sainte Vierge.

Nos livres saints, outre le sens littéral, simple ou figuré, qu’ils présentent partout, contiennent aussi, dans beaucoup de passages, un sens mystique, symbolique ou typique, par lequel le Saint-Esprit a manifesté sa pensée.

Le sens mystique de l’Ecriture-Sainte est celui que le Saint-Esprit attache, ou bien au sens littéral, pris dans un sens double, ou bien aux personnes, aux événements, ou aux choses qu’il a choisis comme figures, symboles ou types de sa pensée.

Ainsi ces paroles de Moïse, conservées dans l’Exode : Vous nebriserez aucun de ses os, signifient dans le sens littéral, que les Israélites ne pouvaient briser aucun os de l’agneau pascal; dans le sens mystique, entendu par l’Esprit-Saint, elles signifient qu’aucun os de notre Seigneur ne devait être brisé, pendant sa passion.

En fait de personnages, Isaac, Joseph, David entre autres, sont des figures ou des types de Jésus-Christ : ce que l’Ecriture raconte d’eux dans le sens littéral, est souvent très-vrai du Messie dans le sens mystique.

En fait d’événements et de choses, le passage de la mer rouge et l’arche de Noé, sont des symboles du baptême.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

De l’aveu de tout le monde le sens mystique n’existe point partout dans nos livres saints; il faut donc le reconnaître à certains signes, avant de l’alléguer.

On reconnaît de trois manières le sens mystique voulu par le Saint-Esprit. D’abord par le témoignage de l’Ecriture-Sainte elle-même; ensuite par la tradition catholique ou la parole de Dieu non écrite; enfin, par l’observation des événements, par l’analogie des faits, par l’enchaînement des vérités.

L’Ecriture-Sainte indique elle-même le sens mystique de beaucoup de passages et de récits de l’ancien Testament. Ainsi le divin Maître nous apprend que le serpent d’airain, élevé dans le désert, dont la vue guérissait les Israélites des morsures des serpents vénimeux, était une image du Sauveur élevé sur la croix pour guérir nos âmes des morsures du dragon infernal. L’Evangile déclare que les bourreaux du Sauveur, en ne brisant pas les os de la divine victime sur la croix, ont accompli la prophétie de l’Exode : Vous ne briserez aucun de ses os.

Si la parole de Dieu écrite nous révèle la pensée de l’Esprit-Saint dans certains passages de nos Ecritures, la parole de Dieu non écrite, peut nous la révéler avec la même certitude.

Ainsi lorsque la tradition catholique nous donne l’assurance que tel ou tel passage de nos livres saints a telle ou telle signification mystique, ou lorsque l’Eglise, qui est l’interprète infaillible de la parole de Dieu, nous le déclare, ce fait est indubitable pour nous.

Nous ne disons pas que l’Eglise catholique reconnaît

un sens mystique, partout où elle propose un sens différent du sens littéral propre ou figuré; car souvent dans ses offices et ses prières publiques, elle emploie, à la grande édification des fidèles, les paroles de l’Ecriture- Sainte dans un sens approprié ou arbitraire, que l’Esprit-Saint n’a pas eu en vue lorsqu’il a dicté ces paroles, et qui empruntent, dans ces circonstances, toute leur signification aux intentions de l’Eglise. Mais nous soutenons que l’on peut reconnaître le sens mystique de certains passages de l’Ecriture, par le témoignage de la tradition catholique.

11 nous paraît possible aussi de découvrir un sens mystique, voulu de l’Esprit-Saint, à l’aide de recherches, de comparaisons, de rapprochements qui font apercevoir la pensée divine. Mais la certitude de l’existence du sens mystique, dans ce cas, ne dépasse point la valeur des preuves que l’on apporte pour le constater.

Puisque nous écrivons pour les catholiques, il est fort inutile de démontrer l’existence du sens mystique de l’Ecriture; les protestants seuls l’ont nié avec la dernière témérité. Au fond le sens mystique est un moyen facile, naturel, populaire de manifester les vérités divines. Les prophéties dont aucun chrétien ne conteste l’existence, présentent souvent un sens plus sublime, plus obscur, plus difficile à saisir et à comprendre, que le sens des figures et des types sous lesquels Dieu nous présente ses doctrines. L’Esprit-Saint a donc pu y recourir pour nous enseigner la vérité.

Il est évidentque le sensmystique de l’Ecriture-Sainte, lorsqu’il est constaté par l’Ecriture elle-même ou par la

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tradition catholique, a la même autorité que le sens littéral; il exprime alors la pensée du Saint-Esprit, il contient une vérité divine (i).

Après ces préliminaires qui étaient nécessaires à un grand nombre de nos lecteurs (2), voyons si le Cantique des Cantiques, le livre des Proverbes, le livre de l’Ecclésiastique et les Psaumes, nous révèlent,, dans leur sens mystique indubitable, le mystère de l’immaculée Conception de la très-sainte Yierge Marie.

Le livre du Cantique des Cantiques, nous révèle, dans son sens mystique, le mystère de l’immaculée Conception de Marie.

Il y a deux manières d’entendre le livre du Cantique des Cantiques.

Beaucoup d’écrivains de mérite, dont Bossuet a suivi

(1) Le R. P. Passaglia paraît supposer, en plusieurs endroits de son savant ouvrage, que les livres sapientiaux et les psaumes ne peuvent être entendus de l’immaculée Conception, que dans un sens approprié et accomodatice. Si telle est sa pensée, il nous semble qu’il est resté au-dessous de la vérité dans ces passages. Voy. p.659, 2002 et 2003.

(2) Les passages que les défenseurs de l’immaculée Conception ont empruntés aux livres sapientiaux ont été cités très-souvent sans discernement, avec les passages que l’on croyait pouvoir alléguer dans le sens littéral. C’est cette absence de critique, et cette étrange confusion qui ont persuadé à beaucoup de personnes d’esprit, que l’Ecriture sainte ne renfermait aucune preuve du mystère. Les preuves futiles ou nulles ôtaient toute force et tout prestige aux preuves solides, et les annullaient. Il était donc nécessaire de faire voir ici par quels liens sensibles les arguments tirés du sens mystique de l’Ecriture, se rattachent a la révélation divine, et nous manifestent la vérité.

l’immaculée conception

les traces et partagé les idées, pensent que le roi Salomon a décrit dans ce livre l’affection qu’il portait à la lille de Pharaon, une de ses épouses les plus aimées, et les noces qu’il célébra avec elle. Ce serait là, d’après eux, le sens littéral, auquel l’Esprit-Saint aurait attaché le sens mystique qui nous dépeint l’amour de Dieu envers l’Eglise son épouse.

Cette opinion ne nous paraît ni solide ni probable.

La seconde manière d’entendre le Cantique des Cantiques, qui nous semble la seule vraie, consiste à n’y voir qu’un seul sens mystique, qui résulte du sens littéral figuré ou qui s’identifie avec lui. A nos yeux ce texte sacré n’est qu’une métaphore continue, une allégorie perpétuelle, où le sens matériel des paroles s’efface devant les vérités mystiques qu’il exprime.

C’est aussi la pensée des saints Pères.

Tout ce livre, dit Origène, n'est formé que de discours mystiques (1). Non-seulement Eusèbe, Origène , Cyprien, dit Théodoret, pour ne point parler des écrivains plus voisins des apôtres, mais les docteurs qui ont brillé plus tard dans les églises, tels que le grand Basile, les deux Grégoire , Diodoî'e et Jean Chrysostôme, en un mot, tous ceux qui ont écrit après eux, s’accordent à dire que le sens de ce livre est spirituel (2).

(1) « Quæ singula suo ordine scriptura hæc continet, totumque corpus ejus mysticis formatur eloquiis. » Origen. Prol. in Cantic. t. ni. p. 26.

(2) « Non solum Eusebius, Origenes, Cyprianus et his antiquiores apostolisque propinquiores, ver uni etiain qui post in ecclesiis excelluerunt, magnus ille Basilius et Gregorius uterque, Diodorus et Joannes (Chrysostomus), et denique, ut paucis rem complectens consulam brevitati, quipostea fuere, librum hune omnes

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Le savant Lowht tâche de prouver, indépendamment de l’autorité des anciens, par la nature même de la poésie hébraïque, qu’on ne peut entendre le Cantique des Cantiques que dans un sens allégorique. « La poésie des Hébreux, dit-il, ne se compose que de paraboles, de proverbes, de comparaisons et d’allégories. Le Cantique des Cantiques est un poème hébreu, écrit dans un but moral ; il perdrait le caractère des poésies hébraïques, si on l’entendait dans un sens matériel (1). »

La plupart des interprètes modernes sont d’accord silice point.

Quelle que soit l’opinion que l’on se forme sur la question de savoir si nos livres saints renferment des passages qui ont plus d’un sens littéral proprement dit, nous croyons qu’on ne peut nier sans témérité, que certains passages de l’Ecriture présentent deux ou trois significations bien distinctes dans le sens mystique.

Quant aux événements typiques la chose est incontestable.

Le déluge, par exemple, figure l’Eglise par l’arche de Noé, dans laquelle le genre humain fut sauvé d’une destruction générale (2) ; il figure le baptême, par les eaux qui élevèrent l’arche au-dessus des abîmes, et sauvèrent Noé et sa famille (5) ; il figure la fin du monde, par la

spiritualera esse censuerunt. » Theodoret. InCantic. Cant. prol. t. i. op. ed. Sirm. p. 985.

(1) Lowht, De sacra poesi Hebrœorum. lect. 30 et 31. ed. Michaelis. t. ii. pag. 602 et seq.

(2) I Petr. ni. 20.

(3> « In qua (area) pauci, idest octo animæ salvæ factæ sunt per aquain. Quod et nos nunc similis formæ salvos facit baptisma. » I Petr. iii. 20, 21.

l’immaculée conception

punition des méchants (i). Voilà un seul type qui présente trois significations mystiques bien distinctes et voulues par le Saint-Esprit.

Le livre des Cantiques a évidemment aussi un triple sens: il explique d’abord les rapports spirituels qui existent entre Dieu et son Église ; puis, dans certaines parties, il révèle les rapports spirituels qui existent entre Jésus- Christ ou l’Esprit-Saint et la Mère de Dieu; enfin il exprime les rapports de l’âme fidèle avec l’auteur de la grâce. Il y a donc dans ce livre trois sens mystiques rééls et distincts que le Saint-Esprit a entendus, et qui nous révèlent sa pensée. Comme nous ne pouvons nous prévaloir du second sens qui concerne Marie, sans l’avoir distingué du premier et du troisième, nous les constaterons tous les trois.

Les anciens rabbins n’ont vu dans le Cantique qu’une image des noces spirituelles du Seigneur avec la Synagogue, ou l’Eglise de l’ancien Testament.

La coutume de dépeindre l’amour de Dieu envers les hommes sous l’image de l’amour conjugal, était générale dans l’antiquité, même chez les peuples païens. Dans les livres des Indiens, qui remontent au temps de David et de Salomon, on en trouve de nombreux exemples. Ce symbole paraissait si juste aux anciens, qu’ils l’avaient appliqué aux rapports des souverains, qui représentent la divinité sur la terre, avec leurs sujets. Les rois orientaux donnaient des noms féminins aux villes de leurs

(1) « Et sicut factum est in diebus Noe, ita eritet in diebus Filii hominis. » Luc. xvn. 26. Matt. xxiv.37. II. Petr. ii. 5.

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royaumes, et ils se considéraient, dans le langage officiel, comme les époux de ces cités (1).

Chez les Juifs où le gouvernement était théocratique, le même langage était usité. On en a une preuve sensible dans les métaphores sous lesquelles les écrivains sacrés dépeignent l’offense de Dieu, souverain roi de la nation. Toute faute, tout péché commis contre les commandements de Dieu est appelé par eux une fornication ou un adultère. L’idolâtrie surtout s’appelait de ce dernier nom, parce qu’elle brisait complètement l’alliance de Dieu avec son peuple; et les Israélites infidèles étaient constamment dépeints sous l’image d’une femme de mauvaise vie (2).

Quoique ces métaphores n’aient pas un sens aussi rigoureux sous le Nouveau Testament que sous l’Ancien, ce langage symbolique nous est resté, et perce à chaque instant dans nos discours. La société des saints, le peuple fidèle, l’Eglise, le peuple de Dieu en un mot, est représenté dans l’Evangile sous l’image d’un festin de noces, où Dieu apparaît tantôt comme l’époux, tantôt comme le père de famille. S. Paul appelle l’Eglise en propres termes l’épouse que Dieu s’est unie par des

(1) Voy. Kistemacker, Cant. Cant. illust. ex liierogl. Orientalium. 12° Monasterii 1818. C’est un des plus ingénieux commentaires qui aient été écrits sur le Cantique des Cantiques. Je l’appelle commentaire parce qu’il explique tout le livre en fixant la méthode a l’aide de laquelle il faut l’interpréter.

(2) « Quomodo facta est meretrix civitas ? »Isaï. i. 21 . « Sub omni ligno frondoso tu prosternebaris meretrix. » Jerem. ii. 20. « Fornicata es in filiis Assyriorum... et multiplicasti fornicationem tuam in terra Cbanaan... Fabricasti lupanar tuum. in capite omnis vise, et excelsum tuum fecisti in omni platea.. Facta es... quasi millier adultéra... etc. » Ezech. xvi. 28 et seq.

l’immaculée conception

épousailles saintes, et pour laquelle il a versé son sang, afin de la purifier et de l’orner. L’Apôtre assure même que cette union mystique de Dieu avec son Eglise, est l’image de l’union qui doit exister entre les époux chrétiens (t). Chaque fois que les fidèles sont appelés les enfants de Dieu, ou les frères de Jésus-Christ, la même allégorie se reproduit; car ces expressions représentent toujours l’Eglise comme l’épouse de Dieu et comme notre mère.

Les SS. Pères, les écrivains ecclésiastiques qui ont interprété le livre des Cantiques pendant les dix premiers siècles de l’Eglise, et la plupart de ceux qui ont écrit sur ce sujet dans ces derniers temps, ont reconnu dans cette allégorie les rapports spirituels qui existent entre Dieu et son Eglise.

Ce sentiment est général ; les interprètes qui ont proposé d’autres explications ont supposé celle-là et personne, dans l’Eglise, ne l’a jamais niée.

Le second sens du livre des Cantiques présente l’Esprit-Saint ou notre Seigneur Jésus-Christ, comme l’époux, et la sainte Vierge Marie, comme l’épouse (2).

Ce sens est généralement admis et presqu’aussi com-

(1) Eplies. v. 25, 27, 32. — Les anciens docteurs en ont fait la remarque. « Cliristum sponsum intellige, Ecclesiam sponsam sine macula et ruga, de qua scriptum est (Ephes. v. 27.) : Utexhïberet sibi gloriosam ecclesiam , etc. » Origen. Hom. i. in Cant. t. ni. op. p. 12. ed. 1740. — « Constat autem Verbi sponsam esse animam, id est Christi Ecclesiam...» S. Cyril. Alex, in Cant. ap. Mai Bibl. nov. PP. t. u. p. 461. — « De ecclesia dicitur in Canticis Canticorum : Horlus conclusus, forts signatus. » S. Aug. Degen. contra Manich. l.n.n. 20. 1. 1. col. 673.

(2) « Audi , (ilia, et vide, et inclina auremtuam, etc. Quæ quidem etsi aperte ad Ecclesiam referantur e gentibus convocatam, haudægre tamen intelligi de ilia

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mun que le premier. Un grand nombre d’intreprètes ont entendu le Cantique d’un bout à l’autre des prérogatives de la sainte Vierge ; et il en est peu, de ceux que j’ai pu voir, qui n’aient appliqué à Marie au moins quelques passages principaux.

Psellus, Honoré d’Autun, Alain de Lille, Rupert, le cardinal Hailgrin, Denis le Chartreux et d’autres écrivains posent en principe que l’épouse du Cantique est la sainte Mère de Dieu (1). « Quoique ce Cantique d’amour, dit Honoré d’Autun, s’applique spécialement et spirituellement à l’Eglise, cependant il se rapporte très-spécialement et d’une manière très-spirituelle à la glorieuse Vierge Marie (2). » *

Dès les premiers siècles cette doctrine était reçue. Saint Ambroise, expliquant le septième chapitre du Cantique où l’Esprit-Saint décrit les beautés de l’épouse, s’écrie

possunt, quæ tota toti Ecclesiæ sponso per œconomiæ (Incarnationis) miraculum teniplum effecta est. « Andréas Creten. Hom. in nativ. Deip. ap. Combef. Anctar. p. 1307. — P. Passaglia. n. 1307. p. 1333, cite onze auteurs grecs et latins, depuis S. Ephrem jusqu’à Hildebert du Mans, qui reconnaissent la parfaite ressemblance et les rapports delà sainte Vierge avec l’Eglise. N. 815. p. 11 A. le P. Passaglia cite un beau passage de Gerhous, qui confirme la même doctrine d’une manière remarquable. Voy. Pez, Thés, noviss. anecd. t. i. part. ji. p. 206. — Cornel. a Lap. In Cant. iv. 7 : « Beata Virgo, ait Ambrosius, est mater, imo et avia Ecclesiæ, quia eum peperit qui caput et parens est Ecclesiæ. »

(1) Voy. entre autres le R. P. Passaglia. p. 521. — Nous ne citerons qu’Honoré d’Autun : « Gloriosa Virgo Maria typum Ecclesiæ gerit. Ideo cuncta quæ de Ecclesia scribuntur, de ipsa etiam satis congrue leguntur. » Honor. Augustod. in Sigillo. B. M. in Bibl. PP.Lugd. t. xx. p. 1217.

(2) « Cum canticum amoris, scilicet epithalamium Salomonis specialiter et spiritualiter ad Ecclesiam referatur, tamen specialissime et spiritualissime ad gloriosam Virginem reducitur. » Honor. Augustod. Sigillum Mariæ.

l’immaculée conception

tout à coup : Que de belles choses sont prédites ici de Marie , sous la figure de l’Eglise (1) ! Et dans ses commentaires sur saint Luc, toujours sous l’empire de la même pensée, il dit que Marie est le type ou la figure de l’Eglise, et il énumère aussitôt les traits de ressemblance qui existent entre l’Eglise et la Mère de Dieu : « Marie, dit-il, a été épouse, mais Vierge ; l’Eglise est immaculée, mais mariée. L’Eglise Vierge nous conçoit de l’Esprit- Saint, et nous enfante, encore Vierge, sans gémissement (2), » comme Marie a conçu et enfanté le Sauveur. Ainsi, d’après saint Ambroise, l’Eglise a été le type de Marie, parce que les choses dites de l’Eglise contenaient les prophéties relatives à Marie"; et Marie a été le type de l’Eglise, parce qu’on voit accomplir mystiquement dans l’Eglise, ce qui est arrivé matériellement à Marie.

Dans ces derniers temps personne n’a mieux exprimé cette doctrine que le célèbre Dricdo, théologien de l’université de Louvain, dont nous citerons les belles paroles.

« Il faut remarquer, écrit ce grand docteur, que tout ce qui est dit dans l’Ecriture de la magnificence, de l’éclat, de la beauté et de la sainteté de l’Eglise, s’applique avec raison dans toutes les églises de l’univers, à la glorieuse Vierge, parce qu’elle est de tous les membres de l’Eglise catholique le membre le plus saint, auquel Dieu a conféré

(1 ) « Quara pulchra etiam ilia quæ in figura Ecclesiæ de Maria prophetata sunt ! » S. Ambros. Deinst. Virg. c.xiv. n. 89. t. 1. op. col. 268. Il applique à la sainte Vierge ces paroles du cliap. yii du Cantique : Moduli femorum tuorum similes iorquïbus , etc.

(2) « Didïcimus seriem veritatis... discamus et mysterium. Bene desponsata (Maria) sed Virgo ; quia est, Ecclesiæ Igpus , quæ est innnaculata sed nupta. Cou-

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autant de grâces réunies qu’il en a accordées aux autres membres par parties. C’est pour ce motif que, d’après un rite antique, nous chantons en l’honneur de Notre Dame les passages de l’Ecriture qui dans leur sens naturel doivent être entendus de l’Eglise de Jésus-Christ. On ne doit pas nier que le Saint-Esprit ait parlé de la Mère du Sauveur, lorsqu’il a parlé de l’arche de la sanctification, du tabernacle de Dieu, de la maison ou de la cité de Dieu. Il y a plus : dans tout l’univers on chante, à l’honneur de Marie, ce qui est dit dans les Psaumes, les Proverbes et l’Écclésiastique, de la Sagesse éternelle de Dieu le Père, c’est-à-dire de Jésus son Fils. Et en effet les choses qui sont propres à Jésus-Christ deviennent communes d’abord à l’Eglise, par une certaine participation, et ensuite à Marie, la glorieuse Vierge, qui a été établie la Mère et la Reine de l’Eglise (2). »

La ressemblance de la mère et de la fille est si frappante, les rapports de Marie et de l’Eglise sont si naturels, que l’Esprit-Saint 11’a pas pu les séparer dans sa pensée, ni exprimer les prérogatives de l’une, sans rappeler les prérogatives de l’autre. N’est-il pas vrai que l’Eglise est l’épouse du Saint-Esprit qui la féconde par la grâce, et l’orne de vertus célestes ; et que Marie, elle aussi, est l’épouse du Saint-Esprit qui l’ombragea, selon l’expression de l’Ecriture, et forma le Fils de Dieu dans son sein ?

cepit nos virgo de Spiritu ; parit nos virgo sine gemitu...» S. Ambres. In Luc. 1. n. n. 7. 1. 1. col. 128i.

(I) Driedo.De regul. et dogm. S. Script. 1 m. tract. 11. c. i. De tropologicis locutionïbus, pag. 126 verso 1. 1, op. Lovanii 1536.

l’immaculée conception

L’Eglise est la mère spirituelle des fidèles qu’elle engendre à Dieu par le baptême ; Marie est la mère des fidèles par son amour et sa puissante intercession (1).

L’Eglise est la dispensatrice des sacrements sur la terre, et Marie la dispensatrice des grâces dans le ciel.

L’Egliserégnera, un jour, glorieuse dansle ciel comme le corps glorieux de Jésus-Christ ; Marie y règne déjà comme sa Mère.

Ainsi la parfaite ressemblance de prérogatives, d’attributs, de destinée, identifient en quelque sorte l’idée de l’Eglise et celle de la Mère de Dieu: est-il étonnant dès-lors que l’Esprit-Saint ait voulu exprimer, par les mêmes paroles, les qualités et les prérogatives de l’une et de l’autre ?

A cette ressemblance naturelle qui a été comprise dans tous les temps, ajoutez l’autorité des Pères, la tradition catholique, le sentiment des docteurs modernes, l’usage de l’Eglise, jusque dans les offices, et vous ne pourrez plus douter que l’Esprit-Saint n’ait voulu exprimer positivement, dans le livre des Cantiques, les principales prérogatives de la Mère de Dieu (2).

(1) « Maria spiritualité!' mater membrorum Christi, quia cooperta est charitate ut fideles in Ecclesia nascerentur. » S. Aug. De virginitate , c. 6. n. 6. t. \i. col. 545. C’est la pensée de saint Augustin.

(2) « Ex hoc Cantico Ecclesia, Patres ac præsertimS. Ainbrosium eo in argument copiosissimum secuta, multa transtulit in Mariant, ut illud : Quæ est ista quæ ascendit innixa super dilectum? Et illud : Tota pulchra es, etc, aliaque innumerabilia, quæ sublimioribus animis convenientia, eo magis Mariæ congruunt, non tantum accommodatione piased etiamad litteram : quo inter sublimissimas acperfectissimas animas sublimissimaipsa et perfectissima est. » Bossuet Comm. in Cant. ad fmem. t. i. p. 252 et 255. ed. 1846.

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Le troisième sens de ce livre, sur lequel nous n’avons point à nous étendre maintenant, considère Dieu comme l’époux, et l’âme fidèle comme l’épouse. L’âme fidèle a plus d’une ressemblance avec l’Eglise. La ville de Jérusalem, d’après la doctrine sainte, est l’image du ciel, l’image de l’Eglise militante sur la terre, et l’image de lame fidèle où Dieu choisit sa demeure et habite par sa grâce. Les pieux auteurs qui ont écrit sur la contemplation et sur la vie ascétique ou mystique, ont emprunté leurs principes les plus solides au livre des Cantiques. Mais nous ne pouvons nous appesantir sur ce sujet. Il est temps de chercher les passages du Cantique des Cantiques, qui, entendus de la sainte Vierge dans le sens voulu par l’Esprit-Saint , nous révèlent d’une manière claire et certaine la prérogative de l’immaculée Conception.

La plus légère attention sulfit pour voir que les qualités corporelles, décrites dans ce livre, rappellent autant de qualités spirituelles de l’épouse mystique, et que la beauté de ses formes, qui est vantée de tant de manières et avec tant de détails, n’est que l’image de la pureté, de l’innocence et de la sainteté de son âme (i).

(I) La nature de l’allégorie suivie dans le Cantique, ne permet aucun doute a cet égard; et l’autorité de l’Eglise confirme au besoin cette assertion. A la fête de la Pureté de Marie , célébrée le troisième dimanche d’octobre, ce sont les passages relatifs à la beauté de l’épouse qui dominent dans l’office : et pour citer un trait frappant, après avoir chanté aux Laudes le verset du Psaume xiv qui n’est qu’un résumé du Cantique : Servez-vous de votre beauté et de votre éclat comme d'un arc, etc., l’Eglise, comme pour achever sa pensée, commence immédiatement l’antienne du Benedictus par ces mots : O sainte et immaculée virginité ,

l’immaculée conception

Cette remarque faite, il est évident que le Cantique ne traite pour ainsi dire point d’autre sujet que la sainteté parfaite et sans tache de Marie ; et qu’il dépeint cette sainteté sous des traits tels qu’elle comprend nécessairement la sainteté originelle.

Dès le premier chapitre la sainteté del’épouse est parfaitement assimilée à la sainteté de l’époux. Celui-ci s’écrie : O que tu es belle, ô mon amie! O que tu es belle! et l’épouse répond aussitôt: O que tues beau, ômon bienaimé, que tu es couvert de charmes (1) !

La beauté spirituelle de l’époux est parfaite, perpétuelle ; celle de l’épouse, qui lui est assimilée, comment ne le serait-elle pas ?

Au second chapitre, lepoux assure que son amie brille au milieu des femmes d’Israël, comme un lis brille au milieu des épines (2).

L’Epouse ressemble donc au lis, symbole de la pureté; et elle 11e perd rien de sa blancheur au milieu des épines du péché.

C’est ainsi que l’on doit entendre ce passage.

Au chapitre III, l’époux s’écrie à la vue de l’épouse: Quelle est celle qui s'avance du désert comme une fumée qui s'élève des parfums de myrrhe , d'encens, et de toutes sortes de poudres de senteur (3) ?

par quels louanges pourrais-je le célébrer assez ? La beauté de l’épouse est donc tout entière dans sa pureté sans tache, et dans sa parfaite sainteté.

(1) Cant. 1. 14-15.

(2j Cant. 11. 2.

(3) Cant. in. G. La même pensée est exprimée au chap. vin. v. 5 : Quelle est celle qui s' avance du désert, remplie de délices, appuyée sur son bien- aimé ? Ces

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Cette première apparition de l’épouse dans le désert de ce monde, indique son origine, sa Conception; et ces parfums dont elle n’est que la fumée, l’émanation, sont les grâces divines qui l’ont formée.

Au chapitre IY, l’époux décrit en détail les beautés de l’épouse, puis il s’écrie : Vous êtes toute belle, ô mon amie, et il n'y a point de tache en vous (i)/

Ce passage est frappant: d’une part il affirme une sainteté parfaite : Vous êtes toute belle; et d’autre part il nie dans l’épouse toute tache du péché : Il n'y a point de tache en vous. Il est impossible de trouver des termes plus exacts, plus justes, plus convenables, pour exprimer la sainteté perpétuelle et parfaite de Marie. Aussi tous les défenseurs de l’immaculée Conception s’en sont-ils prévalus.

Au VI chapitre, l’époux s’écrie : Vous êtes belle, ô mon amie, suave, pleine de charmes comme Jérusalem (2! /

Il compare la sainteté de Marie à celle de Jérusalem, de la ville sainte par excellence ; et aussitôt il élève la sainteté de l’épouse au-dessus de la sainteté de toutes les autres âmes qui lui sont chères.

Il y a, dit-il, soixante reines et quatre-vingt femmes de second rang: et le nombre des jeunes filles est infini; mais une seule est ma colombe et ma parfaite amie; elle est unique pour sa mère et préférée par celle qui lui a donné la

délices sont évidemment les faveurs célestes, les grâces divines, dont l’épouse est ornée lorsqu’elle apparaît dans le désert de ce monde, et par lesquelles elle est agréable à son époux.

(1) Cant. iv. 7.

(2) Cant. vi. 5.

l’immaculée conception

vie. Les filles l’ont vue et elles Vont proclamée bienheureuse; les reines et les femmes de second rang Vont vue et Vont comblée d'éloges (1).

Les jeunes filles représentent ici les âmes qui commencent à s’engager dans les voies de la perfection ; les femmes de second rang représentent les âmes qui ont déjà fait quelques progrès dans la vertu, les reines représentent les âmes parfaites. L’épouse les surpasse toutes en amour pour son divin époux, et en amour de son divin époux pour elle. Elle est unique en sainteté et n’a point d’égale. Sa sainteté est si éclatante que les âmes les plus privilégiées la proclament bienheureuse et la comblent d’éloges.

N’est-ce pas là un caractère frappant de la sainteté indéfinie, perpétuelle et parfaite? Et ces dernières paroles ne paraissent-elles point vérifiées pour Marie dans le cantique d’action de grâces, où elle dit d elle-même: Et voici que toutes les générations me proclameront bienheureuse !

Enfin l’époux attribue à l’épouse une sainteté originelle, lorsqu’il la compare à l’aurore qui brille en naissant, aux astres qui ne sont que lumière dès leur lever. Quelle est celle, dit-il, qui s'avance comme l’aurore, (pii s'élève belle comme la lune, brillante comme le soleil (é) ?

L’interprétation du sens mystique de l’Ecriture, on le voit, ne suit point la marche sévère et timide de l’interprétation du sens littéral; elle a les allures plus libres ,

(1) Gant. vi. 7. 8.

(2) Cant. vi. 9.

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plus dégagées; elle s’attache moins aux mots qu’aux choses ; elle poursuit surtout la pensée du divin auteur de l’Ecriture. Cette marche différente ne l’empêche point d’arriver à des conclusions certaines ; elle n’ôte rien à l’autorité des témoignages dont cette méthode a déterminé le sens.

Nous faisons cette remarque pour prévenir les hésitations de certains esprits trop attachés peut-être à la méthode purement philologique, qui ne sort point des verbes et des substantifs, des adverbes et des conjonctions, des particules et des virgules, c’est-à-dire qui s’attache à une interprétation uniquement grammaticale. Les hérétiques, qui ont étrangement abusé de cette méthode, ont toujours repoussé la méthode dogmatique des saints Pères, qui ne s’efforçaient de percer l’écorce de la lettre que pour arriver à la moelle de l’esprit. L’hétérodoxie aurait sans doute lieu de se réjouir, si les interprètes catholiques s’habituaient à expliquer les livres saints absolument comme les philologues interprètent les auteurs profanes. La tradition catholique et l’enseignement de l’Eglise sont les vrais flambeaux de nos livres saints, et ceux qui ne les tiennent pas à la main, lorsqu’ils scrutent les Ecritures, s’exposent à errer très-souvent, en dépit de toutes les subtilités grammaticales.

Quoi qu’il en soit, les anciens interprètes sont unani-

(2) Le R. P. Passaglia a réuni les explications des SS. Pères sur le Cantique

dans la iv section de son grand ouvrage, t. n. pag. 517. et seq. Il en a formé une espèce de chaîne, qui s’étend à toutes les prérogatives de Marie-

l’immaculée conception

mes à contempler dans la personne de l’épouse du Cantique, d’abord l’Eglise, ensuite la bienheureuse Vierge Marie, enfin l’âme fidèle. Dans la beauté du corps de lepouse ils n’aperçoivent qu’un symbole de sa sainteté ; dans ses attraits, ils admirent ses vertus et les dons célestes dont elle a été comblée; dans la perfection et la perpétuité de ses qualités naturelles, ils considèrent la perfection et la perpétuité de sa pureté et de son innocence toute célestes.

L’unanimité avec laquelle les saints Pères proposent cette interprétation, fait loi dans les écoles catholiques. Elle constate le sens de l’Eglise, et par conséquent celui du Saint-Esprit. Nous avons donc le droit d’en conclure que la sainteté parfaite, perpétuelle, originelle de la Sainte Vierge est révélée dans le Cantique des Cantiques, et que le Saint-Esprit a voulu nous faire connaître par ce livre le mystère de l’immaculée Conception.

L’Immaculée Conception de la sainte Vierge est révélée dans les livres des Proverbes et de l’Ecclésiastique entendus dans le sens mystique.

L’argument que nous fournit le Cantique des Cantiques en faveur de l’immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie est basé sur la ressemblance parfaite, sur les rapports intimes qui existent entre les prérogatives et les destinées de la Mère de Dieu et celles de l’Eglise de Dieu.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

L’argument que nous puisons dans les livres des Proverbes et de l’Ecclésiastique, est fondé sur l’association, l’assimilation et, si je puisparler ainsi, sur l’identification que l’Ecriture et la tradition nous révèlent entre la Mère du Sauveur et son Fils, entre Marie et le Verbe. Il y a entre ces deux personnes une telle ressemblance, une telle conformité de qualités, d’attributs, de destinées, que l’Esprit-Saint n’a pu parler de l’une sans parler de l’autre. Et cette parfaite association, assimilation, identification apparaît aussi clairement dans la pensée de Dieu et dans les décrets éternels de la divine Providence, que dans l’accomplissement même des mystères.

Nous les voyons d’abord dans la pensée de Dieu, à l’aide des divines prophéties. Chaque fois que le Seigneur a manifesté avec éclat l’intention d’envoyer un Sauveur à la terre, il a fait mention de la femme fameuse qui lui donnerait le jour. Je citerai les deux prophéties les plus célèbres de toutes.

Après la chute de nos premiers parents Dieu leur promit un libérateur; aussitôt la femme qui devait les délivrer de la servitude du démon leur fut mise sous les yeux. Marie apparaît ici avec son Fils pour vaincre le serpent, et ne forme avec lui qu’un seul groupe, un seul être moral, dont les qualités, la mission et les attributs, sont communs aux deux personnes qui le composent. Marie y paraît associée à son Fils comme ennemie du serpent, assimilée à son Fils comme triomphatrice du serpent, identifiée à son Fils comme co-rédemptrice du genre humain. Cette première prophétie est donc fort claire à cet égard.

l’immaculée conception

Dans la célèbre prophétie d’Isaïe il est dit : Une Vierge concevra et elle enfantera un fils, qui sera appelé Emmanuel (i).... Un petit enfant nous est né et un fils nous a été donné. Il portera sur son épaule le signe de sa principauté , il sera appelé l'admirable, le conseiller, Dieu, le fort, le père du siècle futur, le prince de la paix, etc. (2). Ici encore la Mère du Messie figure au premier plan, à côté de son Fils. Elle est annoncée et promise comme lui; elle apparaît comme l’instrument de la rédemption et l’objet des espérances d’Israël.

Même association dans l’ordre d’exécution. Partout où tigure Jésus, là figure Marie. A Bethléem, en Egypte, à Nazareth, au temple, sur le Calvaire, au ciel, Marie est unie à Jésus pour participer à ses joies, à ses douleurs, à ses triomphes. Quel est le mystère joyeux, douloureux, glorieux où Marie n’intervienne point pour sa part? On peut dire que dans l’accomplissement des grands mystères de la rédemption, elle n’est jamais séparée de son fils.

Cette parfaite identité de qualités et de destinées, éclate plus encore dans les circonstances qui concernent l’origine de Marie et de son Fils, que dans les autres circonstances de leur vie, tant dans l’ordre des pensées divines, que dans l’ordre de leur exécution.

N’est-il pas vrai que le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu a été décidé dans les conseils de la sagesse divine de toute éternité? N’est-il pas certain que le Verbe éternel a voulu se faire homme pour le salut du

(1) Isaïe, vu. U.

(2) Isaïe, ix. 6.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

monde, depuis qu’il procède de son père, c’est-à-dire de toute éternité? Et conçoit-on que Dieu ait décrété l’incarnation de son Fils, sans décréter la création de sa mère, et toutes les grâces dont il voulait l’orner? Dans les desseins de la divine Providence, la création de Marie remonte aussi haut que la procession du Verbe : elle lui est, si je puis parler ainsi, contemporaine. Il y a . corrélation nécessaire entre l’incarnation du Verbe et la sainteté de la Mère dont il a reçu la nature humaine. Marie, dans la pensée de Dieu, est inséparable de l’homme-Dieu. Quand le Verbe naissait de sa substance, Marie naissait dans son esprit et dans sa volonté; l’origine du Verbe était donc la même que celle de Marie, avec cette différence que le Verbe naissait de toute éternité comme Fils de Dieu, et que Marie ne devait naître que dans le temps, au milieu des siècles, comme fille de l’homme. Mais quant à la loi qui décrétait l’Incarnation du Verbe, Marie y figurait à côté de son Fils.

Elle y figurait, non point comme les autres créatures figurent dans la volonté divine qui a résolu de les créer, mais comme se rattachant à la personne divine du Verbe, pour l’accomplissement des plus grands mystères de la grâce, comme servant à la manifestation immédiate et personnelle de la divinité sur la terre. Les autres créatures ont pu être décrétées et formées indépendamment des mystères de la procession éternelle du Verbe et de

son Incarnation ; mais Marie n’a pu l’être : son origine

et son existence sont inséparables de l’origine et de l’incarnation du Verbe.

Dans l’exécution du mystère de l’Incarnation nous

l’immaculée conception

voyons encore Marie, assimilée quant à son origine au Verbe incarné.

Ce mystère a été préparé pendant quatre mille ans, à commencer par la promesse faite à nos parents déchus dans le paradis terrestre. « Ni l’art ni la nature, dit Bossuet, ni Dieu même ne produisent pas tout à coup leurs grands ouvrages ; ils ne s’avancent que pas à pas. On crayonne avant que de peindre, on dessine avant que de bâtir, et les chefs-d’œuvre sont précédés par des coups d’essai... Dieu observe la même conduite ; et il nous le fait paraître principalement dans le mystère de l’Incarnation ; c’est le miracle de sa sagesse, c’est le grand effort de sa puissance ; c’est son œuvre par excellence, et son prophète l’appelle ainsi : Domine, opus tuum. Mais encore qu’il ne doive paraître qu’au milieu des temps, il n’a pas laissé de le commencer dès l’origine du monde. Et la loi de nature, et la loi écrite, et les cérémonies et les sacrifices, et le sacerdoce et les prophéties n’étaient qu’une ébauche de Jésus-Christ, Chris ti rudimenta, disait un ancien ; et il n’est venu à ce grand ouvrage que par un appareil infini d’images et de figures qui lui ont servi de préparatifs. Mais le temps étant arrivé, l’heure du mystère étant proche, il médite quelque chose de plus excellent ; il forme la bienheureuse Marie pour nous représenter plus au naturel Jésus-Christ qu’il devait envoyer bientôt, et il en rassemble tous les plus beaux traits en celle qu’il destinait pour être sa Mère (t). »

(l) Bossuet. Premier sermon pour le jour de la nativité de ta sainte Vierge. t. iv. p. 137. éd. 1846.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Ainsi la création de Marie figure parmi les préparations immédiates de l’Incarnation du Verbe; elle appartient à cette suite d’essais de la puissance de Dieu, qui étaient comme autant d’incarnations commencées du Fils de Dieu. Son origine et celle de son Fils sur la terre s’identifient de nouveau pour l’accomplissement des mystères décrétés de toute éternité, et préparés depuis quatre mille ans en ce monde.

Le grand écrivain que nous venons de citer pousse plus loin cette magnifique comparaison.

Il rappelle la belle méditation de Tertullien qui, contemplant la manière dont Dieu créa le premier homme, se demande pourquoi le Seigneur donna tant de soin à cet ouvrage. Il admire, dit Bossuet, cette application de l’esprit de Dieu sur une matière si méprisable ; et ne pouvant s’imaginer qu’il fallût employer tant d’art ni tant d’industrie à ramasser de la poussière et à remuer de la boue, il conclut que Dieu regardait plus loin et qu’il visait à quelqu’œuvre plus considérable ; et cette œuvre c’était Jésus-Christ. Dans cette boue qu’il façonne, dit Tertullien, il pense à nous donner une vive image de son Fils qui doit se faire homme. Quodcumque limus exprimebatur, Christus cogitabatur homo futurus.

« S’il en est ainsi, mes Frères, poursuit le grand Bossuet, que dès l’origine du monde, Dieu en créant le premier Adam pensât à tracer en lui le second ; si c’est en vue du Sauveur Jésus qu’il forme notre premier père avec tant de soin, parce que son Fils en devait sortir après une si longue suite de siècles et de générations interposées ; aujourd’hui que je vois naître l’heureuse

l’immaculée conception

'Marie qui le doit porter dans ses entrailles, n ai-je pas plus raison de conclure que Dieu e?i créant ce divin entant avait sa pensée en Jésus-Christ, et qu’il ne travaillait que pour lui, Christus cogitabatur ? Ainsi ne vous étonnez pas, chrétiens, ni s’il l’a formée avec tant de soin, ni s’il l’a fait naître avec tant de grâce: c’est qu’il ne l’a formée qu’en vue du Sauveur. Pour la rendre digne de son Fils, il la tire sur son Fils lui-même, et devant nous donner bientôt son Verbe incarné, il nous fait déjà paraître aujourd’hui, en la Nativité de Marie, un Jésus-Christ ébauché, si je puis parlerde la sorte, un Jésus-Christ commencé par une expression vive et naturelle de ses perfections infinies : Christus cogitabatur liomo futurus (i). »

Voilà bien l’origine de Marie, non-seulement assimilée mais identifiée à celle de son Fils sur la terre. Dès-lors est-il étonnant qu’elle soit assimilée à l’origine de son Fils dans le sein de Dieu ?

L’Incarnation du Verbe dans le sein de Marie est considérée par les saints Pères, comme une nouvelle procession divine, comme une nouvelle naissance du Verbe, qui sort du sein de son père céleste pour naître dans le sein de sa mère terrestre. La création de Marie assimilée à la création de l’humanité du Verbe, remonte donc naturellement jusqu’à la procession éternelle du Verbe, à la naissance de la sagesse éternelle.

On comprend maintenant avec quelle justesse l’Esprit- Saint a pu parler de l’origine de Marie lorsqu’il révélait l’origine éternelle du Verbe, et à combien de titres l’E-

(t) Bossuet. 1. c. p. 138.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

glise a pu appliquer à Marie les paroles de l’Ecriture, qui concernent la naissance éternelle de la divine sagesse. Il n’y a plus d’obscurité dans ces paroles entendues de la Conception de la Mère de Dieu :

Le Seigneur ma possédée au commencement de ses voies. Avant qu’il créât aucune chose, j’étais. J’ai été établie dès l’éternité, et dès le commencement, avant que la terre fût créée. Les abîmes n’étaient point encore, lorsque]' étais déjà conçue ; les fontaines n’étaient point encore sorties de la terre, la pesante masse des montagnes n'était pas encore formée; j'étais enfantée avant les collines (1).

Je suis sortie de la bouche du Très-Haut comme sa première née, avant toute créature... J'ai fait en sorte qu'une lumière indéfectible brillât dans le ciel... Celui qui m'a créée a habité dans mon tabernacle... J'ai été créée dès le commencement et avant les siècles, et je ne cesserai point d'être dans la suite des âges... J'ai été ainsi affermie dans Sion; j'ai trouvé mon repos dans la cité sainte... Je suis la mère du bel amour... En moi se trouve toute grâce de la voie et delà vérité (2).

Si Marie a été acquise à Dieu dès sa première origine, dès sa création, elle a été possédée par lui en ce sens, qu’elle fut dès-lors sa fille par la grâce. Eve en donnant le jour à Enoch disait: J'ai possédé ou acquis un homme ,

(1) Prov. viii. L’épitre de la messe de la Nativité de Marie, l’épltre de la messe de sa Conception dans le missel romain, l’offertoire de la messe de la Présentation, et de la Conception dans le missel Mozambique, sont empruntés au chapitre vm du livre des Proverbes. Voy. le P. Passaglia, p. 639 et 640.

(2) Eccli. xxiv. 5. 6. 12. 14. 15. 24. 25.

l’immaculée conception

un Fils, par la grâce de Dieu (i). Marie en parlant de sa création dit : Le Seigneur ma possédée au commencement de ses voies, avant qu'il fit quelque chose. Quoi de plus saisissant que ce langage?

Marie est présentée ici comme la première des créatures. Soit que l’on considère cette primauté dans l’ordre des temps , soit qu’on la considère dans l’ordre de la dignité, on arrive à cette conclusion que Marie a été agréable à Dieu dès son origine. Si elle estlapremière dans l’ordre des temps, aucune créature n’a existé avant elle ; aucune n’a pu la séparer de son Créateur. Si elle est la première et la plus parfaite dans l’ordre de la dignité, elle surpasse donc en grâce les saints et les anges : ce qui suppose en elle une sainteté parfaite, une origine sainte, une création angélique. L’Ecriture entend souvent par primogéniture une supériorité de mérites, plutôt qu’une supériorité d’âge. Cette primogéniture suppose en Marie une supériorité en quelque sorte éternelle et toute céleste, qui l’assimile au Fils de Dieu (2).

Si Dieu a possédé cette sainte créature au commence-

(1) Genes. iv. l.

(2) Rhaban Maur fait ressortir cette vérité dans son commentaire sur l’Ecclésiastique : « Primogeuitus non tempore dicitur solum, sed et pro honoratione fréquenter, eo quod primogenitus dicitur veraciter illorum qui post ilium geniti fuerunt. Hujusergonoministranslatione, hoc est primogeniti, sæpeutitur Scriptura honoris causa; ut est illud quod ad David dicitur : Ego primogenitum ponam ilium , excelsum prce regibus terrœ (Ps. lxxxviii.); et alibi scriptum est : Filius meus primogenitus Israël (Exod. iv.), hoc est honorabilis mihi. Nam erant et alibi ante Israël, qui filiorum Dei nuncupatione digni fuerant habiti, de quibus Moyses dicit : Videntes filii Dei filias hominum , quod essent pulchrœ, etc. Sic et in hoc loco quo dixerat Apostolus de Christo, quod esset primogenitus

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

ment de ses voies, elle lui a donc toujours appartenu; car avant les voies de Dieu il n’y avait rien. Il est donc impossible de trouver en remontant le cours des âges, un seul instant où Marie n’ait pas appartenu à Dieu. La grâce correspond donc en Marie à tous les instants de son existence.

Ainsi ces paroles, entendues dans le sens mystique voulu par le Saint-Esprit, nous révèlent fort clairement le mystère de la sainteté originelle de Marie.

L’emploi que l’Eglise catholique en fait, ajoute un nouveau poids à cette conclusion. Si l’origine de la Mère de Dieu est comparée par elle, à l’origine du Verbe dans le sein de son père, c’est évidemment pour nous faire entendre que Marie a été sainte, absolument comme si Dieu l’avait créée dans son propre sein ; qu’elle est sainte comme le Verbe éternel dans le sein de son Père, autant qu’une créature peut l’être.

totius creaturæ, hoc est super omnem creaturam honorabilis, si quidem dixisset absolute primogenitus, honorabilem tantum diceret. Nam quia adjecit : Omnis creaturæ, ilium désignât qui ab omni honoratur creatura. » Rhaban. Maur. Comm. inEccli.l. v. c. 15. t. m. p. 924. ed. Migne. PatrolA. cix. — S. Thomas de Villeneuve dit, dans un sens approprié, que Marie a été créée au commencement des temps, en ce sens qu’elle rappelle la création primitive ; qu’elle a été douée de toutes les grâces accordées à Adam et à Eve à l’origine du monde : « Quomodo ab initio creata fuit Virgo ? Solutio : Non dicit ab initio temporis, sed modi conditionem. Non quod ab initio fuerit creata, sed quod secuta sit modum et conditionem creaturarum primo et ab initio creatarum. Quia scilicet sine defectu et peccato. Creati sunt enim Angeli et homo in gratia. De Angelo dicitur Lucifero : In deliciis paradisi Dei fuisti (Ezech. xxvm. 13). De homine dicitur: Creavit Dominus hominem rectum. Sicut ergo Angélus et Adam in gratia formati sunt, ita Virgo in gratia concepta est. » S. Thomas a Villanova. Conc. m. de. Concept. B. V. p. 150.

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La comparaison ne peut avoir un autre sens. Il est évident que la Conception de la Mère de Dieu ne ressemble pas sous tous les rapports à la naissance du Verbe dans le sein de son Père. Marie n’existe point en personne de toute éternité ; elle n’a point une nature intime; elle n’est 'pas consubstantielle à Dieu : son corps a été conçu comme celui des autres hommes ; les lois de la nature n’ont pas été suspendues pour elle, comme pour son divin Fils. C’est selon l’âme et selon la grâce seulement que l’origine de Marie a pu être assimilée à l’origine du Verbe éternel, et cela sous deux rapports principaux: en premier lieu, parce qu’elle a été prédestinée de toute éternité avec le mystère de l’Incarnation; en second lieu, parce qu’elle a été toute en Dieu c’est-à-dire parfaitement sainte. Telle est sans aucun doute la pensée de l’Eglise, lorsqu’elle applique, dans ses chants liturgiques, les paroles du livre des Proverbes et celles du livre de l’Ecclésiastique à la Conception de la Mère de Dieu.

Si l’Eglise n’avaitpas cru la Conception deMarielnnnaculée, elle n’aurait jamais pu la comparer à la Conception du Verbe dans le sein de son Père. En assimilant une Conception souillée par le péché à la Conception pure et ineffable du Fils de Dieu au sein de la divinité, l’Eglise aurait fait injure à Dieu même, et commis une espèce de blasphème: ce qui est tout à fait impossible. Elle a donc compris que l’Esprit-Saint assimilait luimême l’origine de Marie sur la terre, à celle du Fils de Dieu dans le ciel : et par l’usage qu’elle a fait des paroles mystérieuses du livre des Proverbes et du livre de l’Ec-

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clésiastique, elle nous a fourni tout à la fois une interprétation authentique du sens mystique de ces livres saints, et un monument remarquable de sa croyance.

L’Eglise catholique a appliqué ces passages de l’Ecriture à Marie, dans tous les temps et dans tous les pays, avec un ensemble, avec un accord qui indique que la première source de son enseignement est la doctrine même des apôtres. Les saints Pères ont toujours considéré le huitième chapitre du livre des Proverbes comme une histoire mystique des prérogatives de la sainte Vierge, et ils l’ont interprété dans ce sens (i). Nous avons dû, pour ne pas sortir des limites de notre cadre, relever seulement les expressions relatives à l’origine de la Mère de Dieu. On a vu qu’elles sont frappantes, décisives.

L’Immaculée Conception de la sainte Vierge est révélée dans le livre des Psaumes, entendu dans un sens mystique.

Le sens mystique que nous présente le livre des Psaumes, est fondé sur un troisième attribut de la Mère de Dieu, sur l’analogie qui existe entre elle et la Cité de Dieu.

De tout temps l’Eglise a entendu de la sainte Vierge, ce que l’Esprit-Saint a dit, par la bouche de David, dans

(1) Le P. Passaglia a recueilli une foule d’explications des SS. Docteurs, n. 715, p. 638 et seq.

l’immaculée conception

le sens mystique de la ville de Jérusalem, l’habitation chérie, la demeure sainte du Seigneur (1).

Rien de plus magnifique que les éloges que le prophète royal prodigue à la cité de Dieu : Jérusalem a été choisie de Dieu même pour lui servir de demeure; elle a été bâtie sur les montagnes saintes, afin de devenir l’habitation du Très-Haut; elle a été fondée des mains de Dieu qui voulait y bâtir son temple, y construire son sanctuaire; elle est devenue le tabernacle du Seigneur, et l’objet de toutes ses complaisances.

D’après la tradition catholique qui remonte aux premiers temps de l’Eglise, ce langage s’applique, dans le sens mystique voulu par l’Esprit-Saint et en toute rigueur, à la Mère de Dieu. 11 exprime avec la dernière exactitude les rapports qui existent entre le Seigneur et l’incomparable Vierge Marie. Elle aussi a été choisie de Dieu, comme une demeure de prédilection; elle aussi a une base sainte, une origine bénie; elle aussi a été créée de Dieu même pour devenir son temple, son sanctuaire et son tabernacle ; elle aussi a été constamment l’objet de toutes ses complaisances.

Au milieu d’une foule de passages que nous pourrions alléguer ici, nous en choisirons trois qui nous révèlent de la manière la plus sensible, pour ne pas dire la plus éclatante, l’origine sainte de la cité de Dieu, réelle et mystique.

(1) « Deus ea te donavit gratia, ut sua esses civitas intelligibilis, teque vocavit Dominus virtutum incivitatem suam. » Modestus Hierosol. Homil. in dormit. Deip. p. 47. Romæ 1760. — Voyez d’autres passages dans l’ouvrage du P. Passaglia n. 519, pag. 455 et s.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

Un fleuve, dit David, réjouit la cité de Dieu par l'abondance de ses eaux... Le Très-Haut a sanctifié lui-même son tabernacle... Dieu est au milieu d'elle, il la protège dès le grand matin (1).

Dans le sens littéral, le prophète dit: Des flots de population rempliront de joie la ville de Jérusalem, où Dieu a consacré et sanctifié lui-même sa demeure, qu’il protège dès l’origine contre ses ennemis.

Dans le sens mystique, appliqué à la sainte Vierge, car ces mots s’appliquent aussi à l’Eglise, le prophète royal dit : Le Fils de Dieu, comme un fleuve impétueux de gmces, remplit de joie sa Mère; l’ange Gabriel a dit à celle-ci , selon le texte grec : Piéjouis-toi, ô toi qui es pleine de grâces. Le Très-Haut a sanctifié lui-même la bienheureuse Vierge, qu’il a choisie pour sa demeure ; il reste au milieu d’elle ; il est avec elle, comme dit le messager céleste ; et c’est pourquoi il l’a protégée dès le matin, c’est-à-dire dès son origine, de la tache du péché.

Une sanctification extraordinaire, accordée à une créature, pour en faire la digne demeure de Dieu, est sans contredit une sanctification parfaite.

Une sanctification qui commence dès le matin, c’est-àdire dès la création, est sans contredit originelle.

Le mystère de l’immaculée Conception est donc exprimé ici en termes fort clairs.

Parlant de la cité sainte, le prophète royal dit encore : Ses fondements sont posés sur les montagnes saintes ; le

(1) Psalm. xly. 5.

l’immaculée conception

Seigneur aime les portes de Sion plus que toutes les tentes de Jacob. On a dit de vous des choses glorieuses, ô cité de Dieu. Ne dira-t-on pas à Sion : un homme et d’autres hommes sont nés dans elle ; et le Très-Haut Va fondée luimême (i).

Dans le sens littéral Dieu prédit ici la fécondité future de Jérusalem, où accourront un jour tous les peuples de la terre.

Dans le sens allégorique voulu par le Saint-Esprit et entendu de l’Eglise, ces paroles signifient :

Les fondements de la cité de Dieu sont posés sur les montagnes saintes ; la Mère de Dieu a été sainte dès son origine. Dieu a aimé sa Mère au-dessus de toutes les créatures : et, comme son amour est la mesure de ses grâces, il l’a comblée de faveurs qui arrachent des cris d’admiration aux anges et aux hommes. On dira des merveilles de sa sainteté, et toutes les générations la proclameront bienheureuse, parce qu’elle est l’œuvre du Tout-Puissant. L’homme par excellence, celui qui s’appelait le Fils de l’homme, naîtra d’elle, selon la nature humaine, et il lui procurera par sa grâce une famille spirituelle innombrable.

Voilà le sens traditionnel de ces magnifiques paroles.

Trois points méritent la plus grande attention et nous fournissent une preuve certaine du mystère de l’immaculée Conception : d’abord, les fondements de la cité de Dieu sont saints ; ensuite Dieu lui a témoigné un grand amour, principe d’une grande sainteté ; enfin Dieu l’a

(i)Psal. lxxxvi. I.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

sanctifiée parce que son Fils devait habiter en elle. De là il résulte évidemment que Marie, la cité mystique, a été douée d’une sainteté originelle, et parfaite.

Le prophète David dit encore : Levez-vous, Seigneur, pour entrer dans votre repos, vous et l'arche où éclate votre sainteté... Le Seigneur a choisi Sion ; il l'a choisie pour sa demeure : c'est là pour toujours, il l'a dit, le lieu de mon repos . C' est là que j'habiterai, parce que je l'ai choisi (i).

Dans le sens littéral, le prophète se réjouit d’avoir trouvé un lieu où il puisse poser l’arche d’alliance, et il invite le Seigneur à habiter désormais Jérusalem, à côté de cette arche qu’il a sanctifiée lui-même; et le Seigneur accepte cette invitation.

Dans le sens allégorique, Marie est appelée l’arche de sainteté, parce que Dieu a opéré en elle tous les miracles de sa grâce, afin d’habiter en elle. Les saints Pères qui ont comparé Marie à l’arche deNoé, parce qu’elle a sauvé le genre humain d’une destruction complète, l’ont comparée aussi à l’arche d’alliance, qui était le signe de la réconciliation et de l’amitié de Dieu envers son peuple ; elle était de plus le trésor où l’on avait déposé les objets les plus saints que Dieu eût donnés à son Eglise, tels que les tables de la loi et la verge de Moïse ; notions qui s’appliquent toutes à la Mère de Dieu.

En choisissant cette arche de sainteté pour le lieu de son repos ; en la protégeant de siècle en siècle, c’est-àdire toujours, Dieu l’a évidemment ornée d’une sainteté parfaite et perpétuelle, que rien au monde n’a pu altérer.

(1) Psal. cxxxi 8.

l’immaculée conception

Marie a donc toujours été sainte, la grâce a habité en elle dès son origine.

L’on voit maintenant tout le parti que l’on peut tirer d’une foule d’autres passages des Psaumes, tels que ceuxci : La sainteté , Seigneur, doit être l’ornement de votre maison, dans toute la suite des siècles (i).

J'ai connu votre amour à ce trait, que vous n’avez poin t permis que mon ennemi se réjouisse à mon sujet.

Vous m'avez prise sous votre protection à cause de mon innocence ; vous m'avez établie et affermie pour toujours devant vous (2). Je suis connue un olivier, toujours vert, qui porte du fruit dans la maison du Seigneur (5).

Les anciens docteurs ont toujours entendu ces passages, dans le sens mystique, des prérogatives de la sainte Vierge, et il est aisé, chacun Je voit, de les entendre d’une sainteté parfaite et perpétuelle.

Des types prophétiques qui révèlent l’immaculée Conception de la sainte Vierge, — Typologie marienne.

Dieu n’a pas seulement révélé la doctrine sainte par les discours qu’il inspira aux prophètes, mais aussi par les événements symboliques qu’il a ménagés à diverses

(1) Psal. xcn. 7. « Donium tuam decet sanctitudo in longitudinem dierum. »

(2) Psal. xl. 12. 15. « ln hoc cognovi quoniam voluisti me, quoniam non gaudebit inimicus meus super me. Me autem propter innocentiam suscepisti ; et confirmasti nie in conspectu tuo in æternum. »

(5) Psal. li. 8. « Ego autem sicut oliva fructifera in donio Domini. »

DE LA SAINTE VIERGE MARIS

époques ou par les personnages mystérieux qu’il a mis en action.

L’existence des figures symboliques et des types prophétiques est de la plus grande évidence; les saints Pères y ont eu recours dès l’origine pour expliquer les vérités de la foi.

« L’Ecriture-Sainte, dit saint Grégoire-le-Grand, surpasse, même par la manière dont elle s’exprime, toutes les sciences et toutes les doctrines humaines. Par un seul et même discours elle raconte une histoire et révèle un mystère ; elle sait si bien rappeler le passé, qu’elle prédit en même temps l’avenir. Sans changer l’ordre de ses paroles, à l’aide desmêmes mots, elledéerit ce qui fut autrefois, et ce qui se fera plus tard (1). »

Ces prophéties en action s’appellent types.

« Qu’est-ce qu’un type ? dit Junilius au Y0 siècle. C’est une figure ; c’est la manifestation de choses inconnues, ou passées ou futures, par des actions. Les figures de l’Ancien Testament se rapportent au Nouveau ; et celles du Nouveau concernent le bonheur de la vie future : c’est ainsi que toutes choses se dirigent d’ellesmêmes vers l’espérance du siècle à venir (2). »

(1) « Scriptura scientias omnes et doctrinas, ipso etiam loquutionis suæ more transcendit; quia uno eodemque sermone,dum narrat textuni, prodit mysterium ; et sic scit præteritadicere, lit eo ipso noverit futura prædicare; et, non immutato dicendi ordine, eisdem ipsis sermonibus novit et ante acta describere et agenda nunciare. » S. Greg. M. Moral. 1. xx. n. 1. col. 635.

(2) « Quidest typus? Quam nos liguram dicimus si ve formam. Quid est ergo? Præsentiuin aut præteritarum aut futurarum rerum ignotarum per opéra manifestatio... VeterisTestamenti figuræ ad Novum intentione respiciunt: Novum auteni futuræ vitæ beatitudinem repromittit, et sic omniaad futuri sæculi spem ex

l’immaculée conception

La théologie symbolique est aussi ancienne que l’Eglise ; et l’usage des types se perd dans la nuit des temps.

On connaît le goût des Orientaux pour l’allégorie. L’emploi des paraboles et des comparaisons est très-fréquent dans l’Evangile : les discours de Notre Seigneur, à ce qu’on assure, en renferment plus de quatre cent cinquante bien distinctes (1).

La discipline du secret en fit conserver l’usage dans les premiers siècles de l’Eglise; les murs des catacombes en sont couverts. Les écrits des saints Pères en abondent. La théorie des symboles chrétiens formait dès l’origine la base de l’interprétation biblique. Au milieu du second siècle, Méliton, évêque de Sardes, écrivit sa Clef de l’exégèse chrétienne, qui fut le point de départ de la théologie symbolique et les prémices des écrits que les âges suivants ont produit sur cet intéressant sujet. Nous en devons la publication récente à un savant religieux bénédictin qui, en la mettant au jour avec un choix de commentateurs, a rendu un immense service à la science et a bien mérité de l’Eglise (2). Il est à souhaiter que ces

ipsa intentione currunt. » Junil. De part. cliv. leg. 1. n. c. 16. 17. Gallandt. xii. col. 88. — On reconnaît les types prophétiques de la même manière que le sens mystique voulu par l’Esprit-Saint.

fl) Spicileg. Solesm. t. m. præf. p. x. Paris. 1855-

(2) C’est dans le deuxième et le troisième volume du Spicilegium solesmense que Dom Pitra a publié la Clef de Méliton avec les auteurs inédits qui l’ont commentée. Cette publication élargit l’horison de la théologie, et lui ouvre un vaste champ de recherches. Elle prouve aussi qu’on aurait tort de croire que les subtilités aristotéliques faisaient le fond des études au moyen-âge. La bonne théologie y était cultivée avec ardeur.

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études, autrefois si florissantes, mais aujourd’hui presqu’oubliées, renaissent au milieu du grand mouvement chrétien qui se fait sentir de toutes parts.

Quoi qu’il en soit, les prérogatives de Marie touchent par trop de côtés aux grands mystères de la foi, pour qu’elles n’aient point occupé une place considérable dans ce grand corps de doctrine symbolique. Ce qu’on appelle aujourd’hui la typologie marienne , n’a pas été inconnu aux anciens.

Les Pères latins et les Pères grecs ont constamment employé, lorsqu’ils célébraient les privilèges et les grandeurs de Marie, des figures et des comparaisons empruntées à l’Ecriture: ils ne les inventaient point, mais ils les découvraient dans la tradition de l’Eglise. Quand on lit ces écrits dont le Père Passaglia a donné l’analyse fidèle, on est convaincu qu’il y avait, dans le langage de l’Eglise catholique, une foule de figures, de symboles et de types consacrés par l’usage, et reçus des anciens, comme l’expression de la croyance des premiers siècles (1). Cet ensemble de figures, de symboles et de types constitue ce qu’on appelle la typologie marienne.

Le savant écrivain que nous venons de citer, le Père Passaglia, afin d’établir un certain ordre dans cette multitude de figures prophétiques qu’il énumère, les a réduites à trois classes principales, d'après la nature de leurs sujets.

La première catégorie de types se compose de ceux

(1) P. Passaglia, De 1mm. Deip. Conceptu comment. Sect. ni. n. 451 et seq. p. 363 et s.

l’immaculée conception

que l’Eglise a empruntés à tout ce qu’il y a de beau, d’éclatant, de majestueux dans la nature, tel que le soleil, la lune, les étoiles, ou les astres en général ; ou bien à tout ce qui excite l’admiration dans les usages de la vie, tels que le trône royal, le sceptre et le diadème.

La seconde classe de types est empruntée aux objets les plus saints et les plus vénérés du culte hébraïque, tels que le temple, le tabernacle, l’autel, l’urne, le candélabre, la verge sacerdotale d’Aaron, les tables du Testament et le Saint des saints.

La troisième classe enfin est prise des choses consacrées par la bénédiction divine avant la chute de nos premiers parents, tels que le paradis terrestre, la terre vierge dont le corps d’Adam fut formé avant la malédiction divine, et l’arbre de vie.

Le savant écrivain a reproduit ces types dans les termes dont les anciens se sont servis, et quoique tous ne concernent pas la sainteté originelle de Marie, mais d’autres grâces, d’autres prérogatives, il s’est efforcé, avec plus ou moins de succès, de tirer de tous, sans exception, cette conclusion générale, que Marie a été sainte dès le moment de sa création.

Le nombre des types qui révèlent la sainteté originelle de Marie est du reste assez considérable.

Ceux qui ont été empruntés au soleil, toujours lumineux ; à l’aurore qui brille dès qu’elle existe ; au Saint des saints, dont aucun profane ne pouvait approcher; à la terre vierge dont fut tiré le corps du premier Adam ; au paradis dont le serpent fut exclu ; et d’autres encore, non moins clairs ni moins frappants, fournissent une

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preuve très-convaincante du mystère de l’immaculée Conception, mystère qui a été révélé ainsi dans un bon nombre de types prophétiques dont l’Esprit-Saint a montré le sens à l’Eglise.

Mais comme nous nous proposons de citer quelques témoignages des saints Pères relatifs à ces types, dans le chapitre suivant où nous donnerons une idée des monuments écrits de la tradition, nous nous bornons à indiquer ici ce vaste sujet, qui a été traité avec prolixité par le savant théologien que nous venons de citer, et que tout le monde consultera avec profit.

Je dirai seulement quelques mots d’une quatrième classe de types prophétiques, celle qui se compose des personnages mystérieux, images ou figures de la Mère de Dieu.

Pour bien saisir la liaison qui existe entre les héroïnes de l’Ancien Testament, types de Marie, et Marie elle-même, il faut se rappeler deux faits importants : le premier, que les Juifs ont toujours considéré les délivrances partielles que Dieu leur accorda dans le cours des siècles, comme des images ou types de la grande délivrance qu’ils espéraient du Messie ; le second, que les délivrances les plus célèbres dont ils aient gardé le souvenir, depuis leur sortie d’Egypte et la conquête de la terre promise, ont été opérées par trois femmes illustres, véritables types de la Vierge Marie.

Je ne m’arrêterai pas à la première délivrance qui a été opérée, au temps des Juges, par Jahel. Cette héroïne perça d’un clou la tête de Sizara, général du roi Jabin, oppresseur d’Israël, qu’elle trouva endormi dans sa

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tente (1), et délivra ainsi son peuple d’une affreuse servitude ; mais dans l’histoire assez courte qui nous reste de cette femme célèbre, on ne découvre aucun trait qui prédise en Marie, son anti-type, une sainteté perpétuelle. Il est donc inutile de s’y arrêter.

La seconde délivrance fut opérée par Judith, qui, en tranchant la tête à Holopherne, délivra sa patrie des armées du roi Nabuchodonosor. Tout le monde connaît cette histoire ; mais tout le monde n’y a peut-être pas observé les circonstances qui présagent la sainteté de Marie dont Judith était la figure.

Cette pieuse veuve était d’une vertu et d’une sainteté remarquables. L’Ecriture les a célébrées.

C’est par sa rare beauté que Judith triompha d’Holoferne ; mais la beauté du corps, dans le sens mystique de nos livres saints, représente la beauté de l’âme ou la sainteté.

C’est par sa sainteté unique que Marie triompha d’abord de Satan.

Dieu ne permit point, dit l’Ecriture, que sa servante Judith fût souillée, quoiqu’elle fût exposée au péché lorsqu’elle entra dans la tente d’Holopherne.

Dieu ne permit point non plus que Marie fût souillée de la tache originelle, quoiqu’elle y fût exposée, en sa qualité de fille d’Adam, lorsqu’elle entra dans ce monde, où le prince des ténèbres régnait.

Judith trancha la tète à l’ennemi du peuple de Dieu.

Marie écrasa la tête du serpent, l’ennemi du genre humain.

(1) Judic. iv. 21.

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Contemplant ce type de la Mère de Dieu, saint Grégoire-le-Grand n’hésite point à dire qu’Holoferne représentait le serpent, et Judith la femme promise dans la Genèse ; il aperçoit dans cette image, en quelque sorte intermédiaire, produite au milieu des temps, une double lumière, à savoir un reflet de la première prophétie quelle confirme, et un reflet sur l’accomplissement futur de cette prophétie, qui a été vérifiée en Marie et en son divin Fils.

Ce qui nous importe surtout dans ce type, ce sont les circonstances qui indiquent en Marie une sainteté parfaite, par laquelle elle triompha de l’enfer.

Le type de la pieuse Esther est peut-être plus frappant encore sous ce rapport.

Cette sainte reine fut remarquable aussi par sa beauté, image de la sainteté ; elle fut l’objet de la prédilection du roi son époux.

Ainsi Marie fut remarquable par la plénitude de grâces dont elle fut comblée, et par l’amour de l’Esprit-Saint qui en fit aussi un objet de prédilection.

Esther fut élevéeau-dessus de tous les sujets d’Assyrie; Marie fut élevée de même au-dessus de toutes les créatures.

Estherest substituée à Yasthi la première épouse d’Assuérus, qui fut répudiée à cause de ses fautes ; Marie est substituée à Eve dont elle doit réparer le crime.

Assuérus avait porté une sentence de mort contre ceux qui approcheraient de son trône sans y être appelés ; mais il suspendit cette loi générale en faveur d’Esther qui n’en ressentit aucune suite.

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Dieu avait porté une sentence de mort contre tous les enfants d’Adam qui entreraient dans le monde ; mais il suspendit cette loi en faveur de Marie qui n’en ressentit point les effets.

Jamais Esther ne déplut à Assuérus; jamais Marie ne déplut à Dieu.

La plupart des analogies frappantes qui existent entre ces deux libératrices du peuple de Dieu, tendent à montrer dans Marie une pureté et une sainteté parfaites, et même une innocence perpétuelle.

Les saints Pères ont traité ce sujet avec une complaisance marquée (1). Le cadre que nous nous sommes tracé ne nous permet point de nous y arrêter plus longtemps.

De la valeur des passages de l’Ecriture cités dans le sens approprié, que l’on appelle accomodatice.

L’usage d’employer les paroles de l’Ecriture-Sainte, pour exprimer des vérités que l’Esprit-Saint n’a point eues en vue dans ces paroles, est aussi ancien que l’Eglise. Cet usage est utile et légitime. Saint Bernard en prend hautement la défense, lorsqu’il dit que les termes de l’Ecriture s’enrichissent ainsi d’un supplément de vérité, et revêtent une nouvelle splendeur, comme Judith devint

(1) Voy. le P. Passaglia, De 1mm. Deip. Conc. du n. 1067 au n. 1070, pag. 1018 et seq. Cet argument est supérieurement présenté par le P. Passaglia en cinq ou six pages substantielles.

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plus belle, lorsque Dieu lui-même ajouta un nouvel éclat à sa beauté.

Le pieux cardinal Thomasius appelle ce sens approprié le sens chrétien de l’Ecriture (1), sans doute parce qu’il est puisé dans la foi chrétienne, plutôt que dans la lettre de nos livres saints.

Il est certain que les vérités de la foi se gravent plus facilement dans la mémoire des fidèles, lorsqu’elles sont attachées à des paroles et à des phrases de la Sainte-Ecriture généralement connues.

Ceux qui rejettent tout sens approprié, ont tort à nos yeux, et blâment indirectement l’Eglise, ce qu’un catholique ne doit jamais faire.

La seule chose à éviter dans l’emploi de ces interprétations arbitraires, c’est de les assimiler aux interprétations rigoureuses du sens littéral ou mystique, et d’en tirer des conséquences qui n’en découlent point. Le sens approprié n’est point celui que l’Esprit-Saint a attaché à ces paroles, lorsqu’elles ont été prononcées ou écrites ; mais celui qu’un simple fidèle ou un docteur y ont attaché de leur autorité privée. On ne peut donc jamais alléguer ce sens comme une preuve de la révélation divine, ou comme un témoignage de l’Esprit-Saint ; c’est tout simplement l’expression de l’auteur qui l’a employé (2).

(1) Antonelli, dans sa préface aux commentaires de saint Athanase sur les Psaumes, cite ces paroles du pieux Thomasius d’après la préface que ce cardinal a mise à son édition du Psautier où je ne les ai point trouvées. Du reste les paroles de Thomasius sont générales, et concernent aussi les sens mystiques voulus par le Saint-Esprit.

(2) Ainsi lorsque le savant père Biancheri, dans la dissertation remarquable

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L’emploi du sens approprié de l’Ecriture-Sainte, dans les écrits des Pères, a cependant ce côté utile, qu’il nous enseigne la croyance des fidèles d’autrefois, et acquiert ainsi la valeur d’un monument traditionnel.

Nous faisons cette remarque afin que dans l’étude des anciens auteurs on ne néglige point les passages où ils citent l’Ecriture-Sainte, en faveur de la croyance à l’immaculée Conception de Marie, dans un sens arbitraire et approprié. Il faut que l’on sache que si ces témoignages n’indiquent point dans leur sens littéral la doctrine enseignée par le Saint-Esprit, ils révèlent au moins la doctrine que l’Eglise professait à l’époque où ils furent cités.

Nous-mêmes nous n’avons voulu employer le texte de nos livres saints que dans leur sens littéral et mystique, le seul qui fournisse une preuve directe de la révélation divine, et l’on a vu que ce genre de preuve est fort solide et fort convainquant, dans le sujet qui nous occupe.

La prophétie du troisième chapitre de la Genèse, et la salutation angélique entendues dans leur sens littéral certain, incontestable, fournissent, l’une une preuve de la révélation explicite, l’autre une preuve de la révélation implicite du mystère de l’immaculée Conception de la

qu’il a offerte au saint Père, peu de mois avant la définition dogmatique de l’immaculée Conception, assure qu’un grand nombre de témoignages de l’Ecriture entendus dans un sens approprié, attestent une vérité de foi dans leur ensemble, quoiqu’isolés ils ne la prouvent point, il cède à une véritable illusion, car milia passages cités ainsi n’attestent pas mieux qu’un seul, le sens de la révélation : tous expriment la pensée de l’homme, aucun n’exprime celle que l’Esprit- Saint a voulu manifester par ces paroles. Pareri de'vescovi. t. v. p. 238.

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MèredeDieu. Les passages des livres Sapientiaux et des Psaumes, que nous avons expliqués dansleur sens mystique voulu par l’Esprit-Saint et compris de l’Eglise, nous ont fourni une autre preuve solide de ce dogme de foi. Pour quiconque a suivi nos discussions, il doit être démontré, à notre avis, que l’immaculée Conception de la sainte Vierge est révélée explicitement et implicitement dans nos livres saints, et que, par conséquent, de ce chef aussi, elle a pu être définie par l’Eglise comme dogme de la foi.

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