L’IMMACULÉE CONCEPT. T. II
l’immaculée conception
Théodore Studite, Pierre d’Argos, George de Nicomédie, Photius, Nicétas de Paphlagonie, Jean Géomètre, Léon le Sage, empereur, Jacques le moine, Isidore de Thessalonique, Germain II de Constantinople, Matthieu Catacuzène, et Emmanuel Paléologue. — Art. iv. Témoignages explicites des saints Pères de l’Eglise latine. — • Saint Augustin; autorité de son double témoignage. — Saint Ambroise, Prudence, saint Pierre Chrysologue, Sedulius, saint Maxime de Turin, Anonyme du VIIe siècle, Paul diacre, Paschase Ratbert, Fulbert de Chartres, Ugo de Summo avec réserve, saint Pierre Damien, l’abbé Oger, Adam de saint Victor, l’auteur des sermons sur le Salve Regina , l’auteur de la Couronne de la sainte Vierge, l’auteur du Traité sur V Immaculée Conception attribué à saint Anselme. — Réponse détaillée de Pierre Comestor a saint Bernard. — Après le commencement de la controverse, saint Pierre Paschase martyr en Espagne, Taulere, Raymond Jourdain, Henri de Hassia, saint Vincent Ferrier, saint Laurent Justinien, Jean Trithème, saint Thomas de Villeneuve, saint Louis Bertrand, saint François de Sales, saint Alphonse de Liguori. — Art. v. Autorité décisive de la tradition explicite. — Nombre des témoignages; leur valeur, surtout lorsqu’on les met en rapport avec la tradition vivante, avec le culte, etc. — La chaîne est parfaite depuis les temps apostoliques. — Les deux plus célèbres docteurs de l’Eglise, saint Augustin et saint Jean Chrysostûme marchent il la tète. — La tradition de l’Orient est distincte de celle de l’Occident. — Preuve double de l’origine apostolique. — L’église schismatique n’a jamais élevé un doute sur la vérité de l’immaculée Conception. — La tradition explicite est décisive ; elle suffisait seule pour autoriser la définition dogmatique.
Comme la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu dérive de la tradition vivante qui nous atteste la même vérité, ainsi la tradition spéciale et directe du mystère de l’immaculée Conception de Marie dérive de la tradition générale de sa sainteté indéfinie; ou plutôt ces trois traditions, distinctes dans leur forme, ne sont en réalité que trois manifestations différentes de l’enseignement primitif de l’Eglise et de la croyance perpétuelle du peuple de Dieu, qui se sont déroulées dans le cours des siècles, afin de jeter un plus vif éclat sur le privilège de la Mère de Dieu.
La tradition vivante est sans contredit la première
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dans l’ordre des temps; la tradition générale de la sainteté indéfinie de la sainte Vierge l’a suivie, et la tradition spéciale de l’immaculée Conception est venue en dernier lieu. C’est ainsi du reste que la tradition écrite d'une foule de dogmes s’est manifestée : cette marche est dans la nature des choses. Il est une foule de vérités révélées qui ont été écrites pour la première fois au second, au quatrième, au huitième siècle et plus tard, et dont la certitude ne peut faire l’objet d’un doute. A en juger par les monuments écrits qui nous restent, la tradition explicite de l’immaculée Conception commença à poindre, dans les écrits des saints Pères des églises d’Orient, vers le milieu du IVe siècle, et en Occident à la tin du IVe siècle ou au commencement du Ve. Cette antiquité est sans doute fort respectable ; mais assurément elle n’est pas nécessaire. Certaines personnes ont remarqué, dans ces derniers temps, avec un sentiment de douleur et de surprise, que les deux premiers siècles de notre ère ne fournissent aucun monument écrit de la crovance au mystère de l’immaculée Conception de
JL
Marie : comme si de pareils monuments étaient indispensables pour constater la tradition primitive. C’était tout à la fois une erreur et une illusion. Une erreur, parce que nous avons au moins un monument du second siècle, dans les actes authentiques du martyre de saint André, dont le témoignage a été accepté et répété aux siècles suivants; une illusion, parce qu’au fond la chose n’est pas nécessaire. Que de vérités dogmatiques dont les deux premiers siècles ne fournissent aucune trace écrite, et qui cependant sont admises incontestablement
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par l’Eglise catholique, et même quelquefois par les sectes chrétiennes séparées! Si Ton rejetait du symbole et de l’enseignement de la foi toutes les doctrines dont les deux premiers siècles ne fournissent aucune preuve écrite, il faudrait refaire ce symbole et proclamer une nouvelle réforme. Le lien qui unit nos croyances à l’enseignement des Apôtres se trouve donc, en tout cas, dans la tradition vivante de l’Eglise, et pour ce qui concerne le mystère de l’immaculée Conception, dans la tradition générale de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu, tradition qui équivaut, pour les premiers temps, à une tradition implicite de ce grand privilège.
La tradition spéciale, immédiate et directe, qui remonte à une très-haute antiquité, sans avoir plus d’autorité que la tradition vivante et que la tradition implicite générale, a cependant quelque chose de plus frappant et de plus concluant aux yeux du commun des fidèles. On est saisi de surprise et de joie lorsqu’on entend énoncer, en termes clairs et précis, par des saints Pères des premiers temps, une vérité que certains auteurs graves ont repoussée jusqu’à notre âge, parce qu’elle leur paraissait sans racines dans le passé, sans appui dans la tradition. Il existe des documents récents et solennels où des personnes haut placées dans l’Eglise disent que la tradition de 1 Immaculée Conception de Marie n’existe point, qu’on n’en trouve aucun monument sérieux. Cette assertion qui a dû tomber devant les faits développés dans les chapitres qui précèdent, s’évanouira complètement en face des témoignages éclatants qui vont suivre.
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Une autre remarque est nécessaire encore avant d’aborder ce sujet.
La tradition spéciale, qui était renfermée dans la tradition générale implicite, n’a pu se dégager de la croyance générale et prendre un corps dans les écrits des saints Pères, sans la connivence au moins tacite de l’Eglise. Je l’ai déjà fait remarquer, la croyance à l’immaculée Conception de Marie était une hérésie du moment qu’elle n’était point un dogme; l’Eglise n’approuve et ne tolère point l’hérésie : elle la dénonce, la combat et la condamne. Le silence dont elle a couvert d’abord l’enseignement du privilège de Marie, la bienveillance dont elle l’a favorisé plus tard, le jugement par lequel elle l’a consacré de nos jours, impriment à la tradition explicite de l’immaculée Conception un cachet de vérité qu’aucun catholique ne peut méconnaître.
Si la tradition explicite ne s’est produite qu’au IV* et au Ve siècle; si elle n’a pris un corps qu’au XIIIe; si elle n'est devenue évidente qu’au XVIe ou au XVIIe; c'est qu’elle a suivi la marche naturelle et pris les accroissements successifs que la divine Providence lui avait marqués. Aux premiers siècles aucune controverse n’a été soulevée au sujet de la pureté parfaite et de la sainteté indéfinie de la Mère de Dieu. Les saints Pères étaient plutôt obligés de réfuter les hérétiques qui faisaient de Marie une divinité. Ils avaient à défendre aussi la virginité corporelle de la Mère de Dieu qui était vivement attaquée; mais l’occasion d’expliquer la sainteté de son origine ne s’est jamais présentée. Ce ne fut qu’au commencement du Ve siècle que le cours de la controverse
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les amena sur ce terrain. Les Pélagiens se faisaient alors une arme de la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu, contre funiversalité du péché originel ; ils soutenaient que Marie n’a jamais été enfant de colère, ni esclave du démon ; et dans leur aveugle manie, ils transformaient ce privilège unique en loi commune: ils prétendaient que tous les hommes naissaient, comme Marie, dans l’innocence et dans la sainteté.
Ce fut à ce moment que la divine Providence fit ressortir clairement la sainteté perpétuelle de Marie, professée jusqu’alors, d’une manière obscure, par tous ceux qui croyaient à sa sainteté indéfinie. Les hérétiques qui abusaient de la croyance au privilège de Marie pour battre en brèche le dogme du péché originel, forcèrent les docteurs catholiques à admettre ce privilège, et à consacrer ainsi de commun accord, en faveur de la Mère du Sauveur, une exception que Dieu n’avait étendue à aucune autre créature. C’est ainsi que la tradition formelle, explicite del’ImmaculéeConception de Marie se forma, et fut constituée, si je puis parler ainsi, à côté de la tradition formelle, explicite du péché originel; c’est ainsi que la croyance à la sainteté originelle de Marie marcha de pair, et comme sur une ligne parallèle, avec la croyance à l’universalité du péché originel pour le reste des hommes. Au moment où la foi au péché originel mieux défini semblait menacer l’exception consacrée en faveur de Marie, les collisions même de la controverse firent jaillir de la dispute une lumière nouvelle sur l’origine sainte de Marie, et la rendirent indubitable. Ce faisceau de clarté alla en grandissant avec l’âge ; et comme dans son
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dernier degré, il exigea une définition dogmatique, ainsi, dès ses premières lueurs, il en écarta les obstacles et rendit cette définition possible.
En Orient la tradition explicite s'est formée spontanément, sans cause extérieure apparente; elle a été plus éclatante dans les églises de ces contrées qu'en Occident. Les témoins de l’église grecque, où jamais aucune controverse na été soulevée au sujet de la sainteté originelle de Marie , ont conservé jusqu’à ces derniers temps leur simple qualité de témoins. La passion, le désir de vaincre dans une lutte animée, n’ont jamais fait fléchir leur jugement. En Occident les docteurs qui ont pris part à la lutte, et qui s’y sont passionnés, ont pu subir l'influence des pensées humaines, et sont devenus en quelque sorte, à une certaine époque, parties au lieu de témoins dans ce grand procès. Cependant je citerai quelques saints personnages qui ont professé la croyance à l'immaculée Conception, comme une croyance révélée, après que la controverse eut été soulevée : leur sainteté sera le gage de leur sincérité, et leur langage même prouvera qu’ils ont parlé plutôt comme témoins de la foi de l’Eglise, que comme champions d'une lutte théologique.
Enfin, je crois devoir avertir le lecteur qu’en recueillant les témoignages qui attestent la croyance explicite à flmmaculée Conception dans les temps anciens, j ai moins cherché le nombre que la qualité. J’ai écarté rigoureusement, sans pitié, les témoignages incertains ou douteux. De bons auteurs ont invoqué, jusqu a nos jours, des témoignages magnifiques en appa-
rence, mais en réalité sans valeur; ils ont produit des passages apocryphes, controuvés, altérés, pris dans un sens auquel l’auteur n’avait jamais songé, ou qui était directement contraire à sa pensée. J’ai écarté avec le plus grand soin ces preuves de mauvais aloi ; et je me suis borné à réunir les témoignages qui m’ont parus évidents, incontestables, pris dans le sens de leurs auteurs, ayant une signification si claire qu’elle ne semble pouvoir donner lieu à aucune contestation raisonnable.
Afin que la preuve acquière toute sa force, je rappellerai d’abord les doctrines et les raisonnements des Pères qui supposent si évidemment le privilège de l'immaculée Conception, que leurs pensées et leurs paroles sont pour ainsi dire transparentes. Ensuite, je réunirai sous un seul coup d’œil les témoignages des églises orientales, puis ceux de l’église grecque, enfin ceux de l’église latine. La conclusion à tirer de ces documents en découlera d’elle-mème.
ARTICLE I
Points de doctrine et raisonnements des saints Pères qui indiquent et supposent , d'une manière sensible et évidente, la croyance à l'immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie.
Quand on compare entre elles la tradition générale de la sainteté parfaite et indéfinie de la Mère de Dieu, et la tradition générale du péché originel, le plus simple rap-
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prochement suffit pour conduire à cette conclusion inévitable, que Marie n’a point contracté le péché originel, comme le reste des hommes.
Il n’est point une seule figure, une seule métaphore, une seule comparaison, sous laquelle les anciens ont dépeint le péché originel, qu’ils n’aient ouvertement niée à l’égard de Marie. Tout ce qui constitue pour les enfants d’Adam une origine coupable, tout ce qui indique une conception souillée, est écarté de la Mère de Dieu, avec un soin et une constance qui prouvent, que l’idée delà sainte Vierge et celle du péché originel sont incompatibles dans la croyance de l’Eglise.
Un simple aperçu du langage dont les Pères se sont servis pour dépeindre le triste héritage de notre premier père, et pour exprimer la parfaite pureté et la sublime sainteté de Marie, suffit pour porter cette vérité à la dernière évidence.
De tout temps l’Eglise a considéré la souillure originelle comme un péché. Saint Paul l’a appelée ainsi ; et depuis que la controverse pélagiennea été soulevée, c’està-dire depuis le commencement du Ve siècle, cette tache héréditaire n’a pas eu d’autre nom dans l’Eglise.
Eh bien, tandis que la souillure originelle s’appelait un péché proprement dit, un péché mortel, qui sépare de Dieu et qui dégrade Famé, il n’y avait qu’une seule voix dans l’Eglise pour déclarer que jamais le péché n’a atteint la Mère de Dieu (1) ; que Marie n’était point
(1) Marie est étrangère a la classe des pécheurs, ap. Passaglia. p. 1266 et 1281 . Voy. ici t. i. p. 569 et s.
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pécheresse et ne compte point parmi les pécheurs. Quelle est la conséquence inévitable de ces deux faits : La souillure originelle est un pêché ; et Marie n'a jamais été souillée d'aucun péché , sinon que la Mère de Dieu a été préservée du péché originel ?
De tout temps on a appelé le péché originel une souillure spirituelle, une tache de Famé : de tout temps aussi on a salué Marie comme la Vierge sans souillure, sans tache, comme la Vierge vraiment immaculée (i).
Les Pères appellent le péché originel une contagion : et ils répètent à tout propos que Marie a toujours été intacte, que jamais la moindre corruption n’a pu l’atteindre.
Dans les écrits des anciens, le péché originel est représenté comme une laideur spirituelle, comme une horrible difformité de notre âme, qui a effacé en nous la ressemblance surnaturelle avec Dieu, imprimée par la grâce à notre premier père. Dans ces mêmes livres, on lit à chaque page que la Mère de Dieu a eu la beauté spirituelle en partage, qu’elle est belle par nature, et que FEsprit- Saint lui a adressé dès son origine ces paroles du Cantique des Cantiques : Vous êtes toute belle, ô mon amie, et il n'y a point de tache en vous !
Par le péché originel, selon les saints Pères, nous avons perdu l’image de Dieu qui était en nous: et d’après eux Marie a toujours été semblable à Dieu ; elle a été faite à son image ; elle en a été la représentation sainte et Fidèle ; elle a toujours porté en elle Limage et le portrait de son Fils.
({) Voyeî le chapitre précédent, t. i. page 369.
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Le péché originel est en nous, d’après l’Eglise, lin état
d’inimitié avec Dieu ; et Marie a été constamment l’amie de Dieu.
Nous naissons tous enfants de colère ; Marie est née enfant de Dieu, fille de Dieu, la seule enfant de Dieu.
La faute originelle nous a précipités dans l’esclave du démon, dans la captivité de l’enfer, elle nous a privés de la liberté sainte des enfants de Dieu. Marie a toujours été saluée, par les saints Pères, comme la fille du Prince, comme la souveraine des hommes et des anges, comme la reine des deux, comme la première des créatures à qui personne ne commande, si ce n’est Dieu même.
La faute originelle est dépeinte par l’Eglise comme une maladie et un état de langueur quinte à notre âme sa vigueur et sa force, et qui la rend stérile dans le bien. Marie au contraire nous est constamment présentée, dans les anciennes prières de l’Eglise et dans les homélies des saints Pères, comme une olive toujours verte, comme un arbre toujours fécond, comme une plante dont rien au monde n’arrête la vigueur.
Les saints docteurs enseignent avec saint Paul que nous sommes tous morts en Adam ; que la mort est entrée dans le monde, parle péché; que nous naissons tous enétat de mort; maisquand ils parlent de la sainte Vierge, ils l’appellent la tille de la vie (1).
(1) « Quomodo tu ais hominem esse eximium Christum, et non reipsa Deum verum, et ab omni creatura cum Pâtre et Spiritu Sancto adoratum, qui incarnatus est ex S. Virgine etDeipara Maria? Multæ reperiuntur matres; una autem et solaviRGO filia vitæ genuit Verbum vivens, et per se subsistens, increatum
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Par le péché originel les enfants d’Adam sont devenus une niasse corrompue qui fermente dans l’iniquité, et qui répand de génération en génération le vice de l’origine antique, après avoir infecté la première création. Marie, d’après les Pères, a été l’objet d’une nouvelle création, semblable à celle qui précéda la chute de notre premier père. Jamais elle n’a fermenté dans l’iniquité commune : elle est un pain azyme, pur, sans ferment, un véritable pain de vie.
Par le péché originel toute la race d’Adam a été exilée du Paradis, et exclue du royaume des cieux; ni le paradis de la terre, ni celui du ciel n’a pu être son partage, jusqu’à ce que le Sauveur lui eût restitué ses droits. Marie ne partage point le sort commun : elle est elle-même un paradis plus saint que l’Eden où Adam et Eve furent créés ; elle est un paradis spirituel, divin, où Dieu même a choisi et préparé sa demeure ; elle est un ciel animé où réside et règne celui que la terre et les deux ne peuvent contenir.
Que l’on parcoure ainsi tous les monuments de la tradition et on ne rencontrera pas une seule notion du péché originel, de ses effets, de ses suites, que les saints Pères n’aient constamment écartés de la notion de la Mère de Dieu, et qu’ils n’aient niée formellement à son égard. Cette opposition habituelle entre le péché originel et l’idée de la Mère de Dieu, que l’on remarque dans le langage de l’Eglise et de ses anciens docteurs, existait sans
et creatorem. » S. Dionys. Alexand. Epist. ad Paul. Samosat. op. p. 21 J. ed. Romæ 1790.
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aucun doute dans sa croyance et dans son enseignement oral, et il constitue, dans son expression générale, un témoignage explicite en faveur de la préservation du péché originel accordée à Marie. Ï1 est possible, et même probable, que peu de fidèles aient compris la portée de ce témoignage formel et permanent ; mais son existence matérielle n’en est pas moins certaine, ni sa valeur dogmatique moins imposante. La moindre réflexion suffisait pour en saisir la portée: aussi ne puis-je douter que les saints Pères qui ont proclamé l'innocence originelle de Marie, ne se soient appuyés dès l’origine sur ce témoignage frappant. La conclusion à tirer de ce langage, la conséquence qui découle du rapprochement de ces doctrines, sont si naturelles, si faciles à déduire et à saisir, qu'il y a lieu de s’étonner qu’elles aient frappé si tard un grand nombre d’esprits.
La manière dont les anciens Pères ont décrit la sainteté parfaite de la Mère de Dieu, n’était guère moins significative que la manière dont ils dépeignaient le péché originel.
Quand ils enseignent par exemple, que Marie est un temple que Dieu s’est bâti lui-même et dont les fondements sont saints (1) ; que le corps du second Adam, Jésus-Christ, a dù être formé, comme le corps du premier Adam, d’une terre immaculée qui n’avait jamais été maudite (2) ; que l’arche du Nouveau Testament destinée à en contenir l’auteur , devait être construite de bois
(1) Voy. ici t 1. page 584, 485 etc.
(2) Voy. ici 1. 1. page 5G9, 588.
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incorruptible (1) ; que Marie a été vierge dans son âme connue dans son corps (2) ; qu’elle été bénie des pieds à la tête (0) ; et qu’elle a été toujours bénie (4) ; que sa sainteté dépasse celle des anges qui n’ont jamais contracté la moindre souillure (5) : il est facile de comprendre qu’ils attribuent à la Mère de Dieu une sainteté qui exclut le péché originel. La chose paraît si claire, si évidente que toutes ces doctrines n’auraient vraiment pas de sens raisonnable, si on les entendait autrement. Ces principes équivalent donc en réalité à des témoignages explicites de la croyance à l'immaculée Conception, et ils méritent de compter parmi les monuments de la tradition spéciale et directe du mystère.
Mais écoutons les témoignages spéciaux des églises et des saints docteurs : leurs voix forment ici un concert admirable.
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Témoignages explicites des Églises Orientales.
Les églises de Syrie et d’Arménie, quoi qu’unies par des liens nombreux à l’église grecque, avaient néanmoins une vie propre qui leur permet de rendre à la vérité un témoignage distinct de celui de cette dernière.
(1) Voy. plus loin page 55.
(2) Voy. ici t. 1. p. 415, 416. 420.
(5) Voy. S. Dionys. Alex, op p. 278.
(4) Voy. ici t. n. p. 21.
(5) Voy. ici t. i. p. 591 et s.
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Cette circonstance nous engagea présenter ce témoignage à part.
C est surtout dans leurs prières liturgiques et dans leurs hymnes sacrés que les églises de Syrie et d’Arménie ont manifesté leur vie propre. Saint Ephrem pour la première, et Grégoire deNareghpour la seconde, ont composé des cantiques sacrés qui ont été chantés dans tous les âges et qui le sont encore de nos jours. Par une disposition de la divine Providence, qu’on ne peut assez admirer, ces auteurs célèbres ont rendu hommage à l'immaculée Conception, en termes si clairs, si précis, qu’ils ne laissent planer aucun doute sur leur pensée.
Ecoutons, d’abord,