‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 35 sur 64 · PASCHASE RATBERT, VERS LAN · texte numérisé non relu

PASCHASE RATBERT, VERS LAN

Ce pieux écrivain, versé dans l’étude des livres saints

et nourri de la lecture des Pères, fut une des lumières de son temps. Esprit élevé et subtil, il discuta, d’après ses propres lumières et celles de la tradition, une foule de questions soulevées à son époque et soumises à son jugement. Parmi ces controverses, il rencontra un sujet qui se rattachait indirectement à celui que nous traitons en ces pages.

Un écrivain avait soutenu que Marie n’a été délivrée de la malédiction commune, en sa qualité d’enfant d'Eve et de femme, qu’à l'heure où l’ange Gabriel la salua comme bénie entre toutes les femmes, et où le Saint- Esprit l’ombragea de sa grâce. Cet écrivain avait cru que cette sanctification extraordinaire qui mit le comble à toutes les autres, était la première de toutes.

Paschase Ratbert repousse cette opinion, et il dis¬

tingue dans la Mère de Dieu trois sanctifications successives: celle qui eut lien au moment de l’incarnation du Fils de Dieu; celle dont Marie fut comblée dans le sein de sa mère, et celle que Dieu lui accorda au moment

de sa création.

C’est dans cet ordre d’idées que Paschase Ratbert s'exprime ainsi :

«D’ailleurs comment la sainte Vierge n’aurait-elle pas été sans péché originel, elle que l’Esprit-Saint rempiis-

l’iMMACULÉE CONCEPT. T. II. 5

l’immaculée conception

Nait, elle dont l’Eglise catholique tout entière proclame la glorieuse naissance heureuse et fortunée? Il est bien certain que si sa naissance n’avait pas été heureuse et glorieuse, tout le monde n’en ferait pas la fête partout. Maintenant qu’on l’honore si solennellement, il est prouvé par l’autorité de l’Eglise, qu’au moment de naître elle n’était souillée d’aucune faute, et qu'elle ne contracta pas même le péché originel, étant sanctifiée dans le sein de sa mère. Ainsi quoique le jour de la naissance de Jérémie et de Job soit déclaré maudit dans l’Ecriture (Jérém. xx. 14. Job. ni. 3.), cependant le jour où V heureuse naissance de Marie a commencé , est déclaré heureux, et est devenu à juste titre l’objet d’un culte religieux (î). »

Paschase Ratbert, à l’exemple de saint Augustin, appelle la conception une naissance commencée. Il rapporte à la naissance de Marie toutes les circonstances qui la concernent, depuis le moment où elle fut créée jusqu’à celui où sa mère la mit au jour.

Il dit que la naissance de Marie, dans son ensemble, c’est-à-dire depuis sa première origine jusqu’à son com-

(1) « Alias autem quomodo Spiritu Sto cam replente non sine original! peecato fuit, cujus etiam nativitas gioriosa catliolica in omni Ecclesia Christi ab omnibus felix et beata prædicatur? Enim vero si non beata esset et gioriosa, nequaquam ejus festivitas celebraretur ubique ab omnibus. Sed quia tam solemniter colitur, constat ex auctoritateEcclesiæ, quod nullis, quando nata est, subjacuit delictis, impie contraxit in utero sanctificata originale pecoatum : unde, etsi Jeremiæ dies atque Job (Jerem. xx. 14. Job m. 5.) maledicta pronunciatur, dies, iuquam, nativitatis eorum, diestamen, quando inchoata est felix Mariœ nativitas , beata pronunciatur et colitur religiose satis. » Paschas. Ratbert. De partu Virginis. inter PP. Toletanos, t. i. p. 298. ad calcem op. S. lldet'onsi.

DE LA SAINTE VIERGE MARIE

plément, fut heureuse et glorieuse, et que c’est pour ce motif que l’Eglise en célèbre la fête.

Il déclare que Marie fut sanctifiée dans le sein de sa mère, en ce sens qu’elle n’y contracta pas le péché originel. Au fond l’immaculée Conception de Marie n’est qu’une sanctification originelle dans le sein de sa mère.

Enfin il assure que la naissance commencée, c’est-àdire la Conception de Marie, ne fut point maudite comme celle de Job, qui maudit sa première conception ; ni comme celle de Jérémie qui fut sanctifié, après sa conception, dans le sein de sa mère ; mais qu’elle fut toujours bénie.

Quoi de plus clair et de plus décisif !

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