SAINT PIERRE PASCHASE, MARTYR, VERS LAN
Saint Pierre Paschase, né à Valence, occupa le siège épiscopal de Jaën en Castille. Après une cruelle prison, il fut martyrisé pour la foi par les Maures, le 6
décembre 1300. Il était de l’ordre de Notre Dame de la
Merci pour la Rédemption des captifs. Clément X permit le 28 juin 1673, à l’ordre de Notre Dame de la Merci, de réciter l’office et de célébrer la messe de saint Pierre Paschase, comme pontife et martyr.
Pendant sa captivité le bienheureux composa une réfutation du Coran, et une défense de la foi catholique contre les attaques des mahométans et des juifs. Nous y lisons les lignes suivantes :
« Il faut savoir et croire que la sainte Vierge, par une grâce spéciale de Dieu, est celle dont parlent les Proverbes de Salomon, et qui a été élue Mère de Dieu avant toute création. Elle a donc été dans la grâce de Dieu en tout temps... Dieu a voulu la préserver du péché originel qui est mortel, et de tout autre deshonneur; et il a opéré cela par une grâce spéciale, parce que celui qui est le plus beau des enfants des hommes, devait prendre chair d’elle... Si Marie avait été souillée de la tache du péché originel, il faudrait avouer qu’elle a .été en un temps sujette à la colère de Dieu : ce qui ne peut être dit ni cru... Dieu a fait pour elle, comme pour les trois enfants de Babylone qui avaient été jetés dans une fournaise ardente... il l’a préservée de toute tache originelle, mortelle et vénielle. C’est pourquoi PEcriture dit
1)E LA SAINTE VIERGE MARIE
d’elle : « Vous êtes , ô mon amie , entre les filles des hommes comme un lis entre les épines; et: Vous êtes toute belle , ô mon amie , et il ny a point de tache en vous (1). «
TAULÈIIE, VERS LAN 1550.
Jean Tanière, religieux dominicain de Strasbourg, florissait vers l’année 1336; il mourut en 1379. 11 écrivit un grand nombre d’ouvrages mystiques en allemand ; et s’acquit dès son vivant la réputation d’un homme versé dans les voies de Dieu. Chose rare pour les écrivains de son époque, ses écrits sont encore estimés aujourd’hui, et ils sont lus par les pieux fidèles (2),
(1) « Oportet intelligere et credere, et hoc per specialem gratiam, quod hæc præfata Virgo est ea, de qua Proverbia Salomonis loquuntur, quod ante omnera creationem fuit electa, ut Dei mater esset. Ergo prædicta Virgo fuit omni tempore in gratia Dei... Et voluit reservare ab originali peccato, quod mortale erat, et ab omni alia deturpationis injuria. Et hoc per speciaiem gratiam operatus est Deus, tanquam qui ab ea carnem assumpturus erat, qui decorus et speciosus forma præ filiis hominum futurus erat... Si Virgo Maria labem originalis maculæ attraxit, dicendum esset, quod aliquo tempore fuit in ira Dei, quod nec dici imo nec credi debet... Et hoc fecit Deus... sicut fecit in tribus pueris, qui in fornacem ignis missi sunt comburendi... Quanto ergo magis Virgo Maria, per Deum electa, quæ conceptura et paritura erat tilium ejus, fuit per Deum ab omni macula tara originali quam mortali et veniali præservata? Propter hoc itaque ait Scriptura : Sicut lilium inter spinas, sic arnica mea inter filias. Et alia Scriptura dicit: Tola pulchra es , arnica mea , et macula non est in te. » S. PetrusPaschas. Opus contra Mahom. et Judœos, lit. xxm. n. 71. pag. 561. oper. ed. Madrit. 1676.
(2) Une nouvelle traduction des sermons de Taulère vient de paraître d Paris, en 1856. Le père Echard indique les nombreuses traductions des œuvres de Taulère écrites en allemand, Script, ord. Prædic. 1. 1. p. 679.
Bossuet, reconnut en Taulère un des mystiques les plus solides et les plus corrects (1).
Voici en quels termes Jean Taulère professe la croyance à l’immaculée Conception, dans l’opuscule qu’il a intitulé Les dix aveuglements :
« En ce qui concerne la beauté spirituelle de la sainte Vierge, il faut tenir pour certain qu’elle a été élue et aimée de Dieu dès le commencement et avant tous les siècles au-dessus de toutes les créatures, afin de devenir un jour la Mère de Dieu, la Reine des deux, la Porte du paradis, la Souveraine du monde, la Mère de la grâce, la Mère de la miséricorde; et qu’à l’époque fixée par le divin ouvrier elle a été créée souverainement noble, digne et belle, et préservée de tout péché et de toute tache aussi bien originelle qu’actuelle, comme il convenait à la Mère de Dieu; au point que le très-saint Esprit, à qui l’admiration n’est point naturelle, a cependant admiré, par la bouche des anges et des hommes, sa beauté et la magnificence des grâces, des vertus et dons que Dieu lui avait accordés, en disant dans le livre des Cantiques: Que vous êtes belle , ômon amie, que vous êtes belle! et encore: Vous êtes toute belle , ô mon amie , et il ny a point de taehe en vous. Aussi Dieu qui est admirable dans ses saints, s’est-il montré prodigieux dans sa Mère si aimable et si aimée. Jamais il n’a fait, jamais il ne fera une créature qui puisse lui être comparée en dignité, en beauté, en noblesse, en toute majesté et
(t) Bossuet, Instruction sur les états d’oraison, liv. i. t. ix, des œuvres, pag. 88. Paris 18-*G.
DE LA SAINTE VIERGE MARIE
gloire; car elle brille d’une pureté, d’une sainteté et d’une perfection si grandes, qu’elle surpasse de beaucoup toute pureté angélique, et qu’on ne peut même imaginer une pureté aussi grande, au-dessous de la sainteté de Dieu. Dans sa toute-puissance, sa sagesse et sa bonté, Dieu l’a préservée, ennoblie et élevée, par un insigne miracle qui dépasse les lois de la nature et la condition de l’homme, tant en sa Conception que dans le reste de sa vie, dans sa mort et dans sa glorification ; de telle sorte que jamais elle n’a contracté la moindre souillure du péché. Et quoique de notre temps quelques personnes trop peu éclairées d’en haut aient révoqué en doute la pureté de sa Conception, cependant l’Eglise romaine, c’est-à-dire catholique, qui ne peut se tromper, l’enseigne et la professe assez clairement par cela même qu’elle a adopté et qu’elle célèbre solennellement la fête de la Conception de la sainte Vierge. Car certainement elle n’agirait pas ainsi, si elle n’était pas certaine que la Conception de la Mère de Dieu a été préservée de toute contagion du péché et qu’elle a été vraiment sainte. L’Eglise ne connaît pas les fêtes profanes. Marie a donc été toute belle et déifiée dans son corps et dans ses sens très-saints; elle a été transformée en Dieu dans son âme, dans sa mémoire, dans son intelligence, dans sa volonté, dans toutes les forces et toutes les affections de son âme, et cela à un degré tel qu’une beauté, une félicité, une perfection plus grandes ne peuvent être ni désirées ni imaginées par aucune créature (1). »
(1) Joan. Tauler. De decem cœcitatibus. cæc. iy. pag. cxxxv. ed. fol. Colon. 1548.
l’immaculée conception
Voilà avec quelle conviction parlait de la sainteté indéfinie et du privilège de Marie, au milieu du XIVe siècle, un des plus célèbres enfants de l’ordre de saint Dominique.