‹ L'Immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge MarieChapitre 49 sur 64 · SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES

Qui ne connaît, qui n’admire, qui n’aime le grand et saint évêque de Genève? Eh bien, lui aussi était un des zélés défenseurs de rimmaculée Conception. Dans le second livre de son Traité de V amour de Dieu , il écrit :

« Dieu destina pour sa saincte Mère une faveur digne de l’amour d'un fils, qui estant tout sage, tout puissant, et tout bon, se devoit préparer une mère à son gré ; et partant il voulut que sa rédemption lui fut appliquée par manière de remède préservatif, afin que le péché, qui s’écouloit de génération en génération, ne parvint point à elle ; de sorte qu’elle fut rachetée si excelîem-

(i) a Hæe (Virgo) est itaque Rubus ille Moysis, qui ardebat et non consumebatur. Ardebat hæc, nam more reliquorum ab Adamo descendentium, ex semine virili et ardore concupiscentiæ fuit concepta ; verum incombusta, ac a communi peccati originalis incendio remansit illæsa. d S. Ludov. Pertrand. Serra . de. purissima Concept'wne B. Yirginis. ap. P- Nierenberg. in Operibus parthenich , pag. 205. ed. Lugd. 1659. et apud Plazza, p. 89.

ment, qu’encore que par après le torrent de l’iniquité originelle vint rouler ses ondes infortunées sur la Conception de cette sacrée Dame, avec autant d’impétuosité, comme il eut fait sur celle des autres filles d’Adam ; si est-ce qu’estant arrivé là il ne passa point outre, ains s’arresta court, comme fist anciennement le Jordain, du temps de Josué, et pour le mesme respect; car ce fleuve retint son cours en révérence du passage de l’Arche de l’Alliance, et le péché originel retira ses eaux, révérant et redoutant la présence du vrai Tabernacle de l’éternelle Alliance (1). «

Je termine ici la longue série des témoins de la tradition catholique, relative à l’immaculée Conception, et je me borne à rappeler que tous les saints canonisés par l’Eglise, depuis que la controverse a été soulevée, à l’exception d’un seul , ont professé ouvertement la croyance au privilège de Marie. Saint Antonin, archevêque de Florence, qui l’a nié, appartenait à l’ordre de saint Dominique dont il a subi l’influence; et il s’est opposé plutôt en théologien, qu’en simple fidèle professant sa foi, à une croyance librement discutée de son temps. Tous les autres bienheureux placés sur nos autels par l’Eglise, et surtout saint Ignace de Loyola, saint François Xavier, sainte Térèse, saint Alphonse de Liguori, ont professé hautement et propagé parmi les fidèles, et la croyance à l’immaculée Conception et la

(I)S. François de Sales. Traité de l'amour de Dieu. 1. il ch. 6. œuv- 1. i. col 5i2. Paris 1665. — Nous avons vu que saint François de Sales avait fondé une confrérie de l’immaculée Conception à Annecy.

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dévotion la plus tendre envers la Vierge Immaculée (i).

La tradition explicite et directe de l’immaculée Conception existe donc dans l’Eglise depuis l’origine, et elle est venue jusqu’à nous en se fortifiant et en s’éclaircissant de jour en jour.

ARTICLE v.

De l'importance et de l'autorité décisive de la tradition explicite que nous venons d'exposer en faveur de l'immaculée Conception de Marie.

Je ne pense point que quelqu’un s’imagine encore, après avoir lu ce chapitre, que la tradition catholique relative au privilège de l’immaculée Conception de Marie ou n’existe pas, ou ne soit pas constante, ou ne soit pas décisive.

Les écrivains qui ont assuré, jusques dans ces derniers temps, que la tradition catholique en laveur de l’immaculée Conception n’existe pas, ne se trouve nulle part, ne s’attendaient guère sans doute à voir dérouler, sous leurs yeux, la longue chaîne de témoignages explicites que nous venons d’y étaler. Le nombre en est aussi considérable, que le sens en est clair et convainquant.

Ce nombre serait plus considérable encore, si la dent envieuse du temps et les malheurs publics n’en avaient dévoré beaucoup. Combien d’écrits importants de nos plus célèbres docteurs, de saint Atbanase, de saint Jean

(1) Gravois, De ortu et progr. festi, etc. Summarii , p. 90, donne un catalogue des saints, des bienheureux et des vénérables serviteurs de Dieu qui ont professé et propagé la pieuse croyance.

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l’immaculée conception

Ghrysostôme, de saint Augustin, de saint Jérôme, et d’autres écrivains du premier ordre, nous manquent aujourd’hui? Est-il étonnant après cela que le cours des années ait enseveli, dans une nuit éternelle, les livres d’une foule de docteurs du second et du troisième ordre? Si tous les monuments de l’antique tradition étaient parvenus jusqu’à nous, le nombre des témoignages que nous venons de citer, serait peut-être doublé.

Quoi qu’il en soit, la divine Providence a été admirable en nous conservant des traces frappantes de la croyance antique au mystère, même chez les nations chrétiennes qui ont éprouvé les plus grands désastres. Plusieurs églises orientales, telles que l’église d’Arménie, n’ont sauvé du naufrage qu’un petit nombre de livres anciens, et cependant la croyance à l’immaculée Conception y est exprimée en termes formels. Les chrétiens d’Arabie et d’Egypte ont vu périr tous leurs écrits ; le Seigneur a permis que leur plus cruel persécuteur, l’imposteur Mahomet, fit mention dans le Coran de leur crovance à l’immaculée Conception, de préférence à tout autre dogme.

La chaîne de la tradition que nous avons formée est donc certainement satisfaisante ; elle suffit pour convaincre les esprits les plus prévenus; il est beaucoup de dogmes incontestés qui ne sont pas consignés dans les monuments de la tradition écrite d’une manière aussi complète ni aussi éclatante : tout le monde en conviendra. Mais ces témoignages acquièrent une force nouvelle, lorsqu’on les rapproche des monuments liturgiques, des actes des Conciles, des institutions ecclésiasti-

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ques, dont nous avons fait retentir, dans les chapitres précédents, l’éclatant témoignage. Alors toute lacune apparente est comblée; la chaîne est suivie et complète; il n’y a plus d’interruption dans les témoignages, depuis le temps des Apôtres jusqu’à nos jours : il y a accord, concert, unanimité.

D’ailleurs ici l’on compte moins les témoins qu’on ne pèse les témoignages. Dans tous les âges les témoins de la tradition catholique sont les témoins et non pas les créateurs de la doctrine qu’ils enseignent ; ils apprennent aux autres ce qu’ils ont eux-mêmes appris del’Eglise. Si plusieurs d’entre eux consignent dans leurs livres les vérités qui leur ont été enseignées de vive voix, il en est une foule qui les ont apprises et enseignées sans les écrire, sans les consigner dans leurs livres ; de sorte que la lacune que Ton croit apercevoir, à certaines époques, dans la chaîne des témoignages écrits de la tradition, n’existe pas dans la tradition elle-même. Celle-ci est complète, continue.

Les témoignages des saints Pères des églises orientales brillent par les magnifiques métaphores dont ils sont ornés. Loin de perdre pour ce motif en force et en autorité, ils acquièrent à nos yeux une nouvelle valeur. Il fallait que la croyance à la sainteté originelle et perpétuelle de Marie fût très-bien connue du peuple fidèle, pour que celui-ci comprit le sens dogmatique de ces figures et de ces images. La croyance à l’immaculée Conception était certainement commune et populaire parmi les auditeurs des saints Pères, lorsqu’ils l’exprimaient sous ces brillantes images que nous avons admirées. Ce langage

l’immaculée conception

figuré fournit donc une preuve nouvelle de la clarté et de la généralité de la croyance que les discours des saints Pères supposent dans leurs auditeurs.

La tradition que nous venons d’expliquer non-seulement est satisfaisante pour les esprits les plus prévenus ; mais j’ose dire qu’elle est encore décisive pour tout le monde.

A la tête des témoins de cette tradition la divine Providence a placé les deux plus célèbres docteurs de l’Eglise, saint Augustin et saint Jean Chrvsostôme : l’un conduit le choeur des saints docteurs de l’Eglise d’occident , et l’autre préside au chœur non moins vénérable des saints docteurs de l’Eglise d’orient.

La tradition des deux églises a marché de pair, parallèlement, sans se confondre : elle équivaut à une tradition double et indépendante l’une de l’autre.

Il est certain que les Pères de l’église grecque n’ont eu aucune connaissance de l’enseignement des Pères de l’Eglise latine touchant la sainte origine de Marie ; il faut bien le croire puisqu’on n’en trouve aucune trace. D’autre part il est bien certain que les saints docteurs de l’Eglise latine n’ont eu, jusqu’à ces derniers temps, aucune connaissance de la tradition de l’église grecque sur le même sujet. Saint Bernard écrivait en 1140, que l'ancienne tradition ri enseigne pas la croyance à l’immaculée Conception. Le pieux Richard de Saint Laurent écrivait en 1220, que les anciens Pères ont écrit peu de chose sur les mystères de la sainte Vierge (î). Le célèbre Pétau

(1) « Dicit B. Virgo : Qui edunt me adhuc esurient (Eccli. xxiv), quia qui

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lui-même n’avait point découvert les écrits remarquables que commençaient à publier, vers la fin de sa vie, le père Combefis, le pieux Hyppolite Maracci et d’autres savants éditeurs. Ce n’est guère que depuis le milieu du XVII0 siècle que la tradition de l'église grecque a été connue en occident et qu’elle a été observée et discutée avec soin. À cette époque les défenseurs du privilège de Marie ont commencé à consulter, outre les écrits des Pères, le texte des livres liturgiques et des prières des églises orientales. C’est là qu’ils ont découvert tout à coup un immense foyer de lumière. Avant cette époque les deux traditions restaient isolées et séparées; maintenant que nous les voyons unies comme deux branches se rattachant à un même tronc, nous v découvrons une double preuve de l’origine apostolique de la tradition qui atteste le dogme défini.

Enfin une dernière circonstance donne à cette tradition une autorité décisive, c’est l’absence de toute contestation, de toute polémique, de toute controverse à ce

ejus dulcedinem semel gustaverint, adhuc plus deea desiderant experiri. Inde est quod pauca de ea dicta surit a sanctis , et fortasse in hoc ei moremgerentibus,ut, etsi eis multa revelata essent, de ea tamen pauca dicerent et absconderent eara, quæ semper desideravit latere et abscondi. » Richardus a St Laurentio, De laudtbus B. M. V. libri xti. 1. i. c. 2. p. 15. ed. Duac. 1625. On composerait une grande bibliothèque des écrits des saints Pères des premiers âges sur les gloires et les mérites de la sainte Vierge; mais bien longtemps ces trésors restèrent enfouis. Tout le monde en connaissait une partie ; mais personne n’embrassait cet ensemble d’éloges d’un seul coup d’œil. Les monuments de la tradition qui s’accordent si merveilleusement, aujourd’hui qu’on les rapproche, nous montrent de la manière la plus évidente que la divine Providence les a elle-même conservés jusqu'à nos jours.

l’immaculée conception, etc.

sujet dans les églises orientales (1). Une doctrine de cette importance, qui touche à tous les mystères de la foi, à rincarnation du Fils de Dieu, à la Rédemption des hommes, n’aurait pu être enseignée pendant quinze siècles sans contestation dans une église où l’hérésie a battu successivement en brèche tous les principaux dogmes de sa foi, si elle n’avait été basée sur l’enseignement des Apôtres et appuyée sur la croyance commune.

La tradition explicite, directe de l’immaculée Conception existe donc complète, constante, magnifique; elle est décisive, elle suffisait à elle seule pour autoriser le jugement définitif de l’Eglise.

(1) Jamais les Grecs, qui n’ignoraient pas l’existence de la croyance k l’immaculée Conception en Occident, quoiqu’ils connussent peu les écrits des Pères latins, n’ont élevé la moindre contestation a ce sujet. Tandis qu’ils cherchaient querelle a l’église catholique pour des points de discipline insignifiants, tels que l’usage de se raser la barbe, ils n’ont jamais articulé le moindre reproche a propos de l’immaculée Conception de la Mère de Dieu. Après avoir indiqué le beau témoignage de Germain II, Patriarche de Constantinople, cité par nous un peu plus haut, le R. P. Ant. Ballerini fait aussi cette judicieuse remarque: « Conditio juniorisGermani quieum incassum ceciderunt Gregorii IX curæ ad Græcos, unicæ verse Ecclesiæ reconciliandos impensæ, adhuc majus ejusdem testimonio robur addit. Nam cum utrique dissidentium parti communem eam doctrinam comperiamus, neque ulla ea de re quæstio mota sit in collationibus inter Gregorii IX legatos et græcos episcopos, Germano duce coactos, instituas, plane conficitur ejusmodi doctrinam græco ipso schismate antiquiorem esse, eoque etiam oborto pacifice utrohique obtinuisse. » Sylloge tnonum. t. il p. 289.

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