CHAPITRE I
l'immaculée conception et la voyante
Bernadette devant la grotte Massabielle. Demande de Tenfant. Réponse de Tapparition : Je suis VImmaculée Conception. Com-
[ Inventaire de la réponse de Marie. — IL Un récit de Louis Veuillot. — IIL Maladie et guérison de M. Henri Lasserre. Sa première visite à Lourdes. La pose de Tlmmaculée Conception. — IV. Réalité et but de Tapparition. Déclaration de Mgr Laurence, évêque de
^ Tarbes. Multiples témoignages. Ordres divers de Marie ponctuellement exécutés. Simples interrogations. Lourdes et la science. Etat de la question. Evolutions de la libre pensée. — V. Bilan des pèlerinages. Annonce des pèlerinages et des récits qui suivent.
Le 25 mars de l'année 1858, le jour de la fête de ^ r Annonciation , dans la matinée, une jeune bergère ^des vallées pyrénéennes était agenouillée devant une >^ roche colossale qui s'élevait à pic sur les bords du
Gave.
W Plusieurs centaines d'hommes et de femmes ,
2 ^ J L'LMMACLLÉE CONCEPTION #
habitant la ville voisine, l'avaient accompagnée, et contemplaient en silence la prière extatique de Tenfant.
On voyait ses lèvres remuer ; on voyait toute sa personne attentive et presque anxieuse , dans la pose de l'interrogation, en face d'un être invisible qu'elle semblait solliciter et dont elle semblait attendre une réponse.
Mais on n'apercevait rien que la roche nue, et on n'entendait rien que le bruit du torrent.
Insensible à tout ce qui l'entourait, la bergère faisait instance auprès de l'être mystérieux , qu'elle seule distinguait, et elle lui demandait naïvement son nom.
L'enfant obéissait à l'ordre du curé de la paroisse , qu'elle avait en grand respect.
« O ma dame, disait- elle, docile à la leçon qu'on lui avait dictée , veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom ? »
L'enfant réitéra trois fois la même question sans obtenir de réponse.
La vision qu'elle interrogeait se contentait de sourire et restait immobile, les mains jointes, calme, sereine et noyée en quelque sorte dans la béatitude d'une gloire infinie.
Vêtue d'une robe blanche retenue par sa ceinture bleue, elle se tenait debout, dans une niche naturelle, ouverte à la base du roc, qui paraissait faite pour l'encadrer.
A la quatrième sollicitation, la vision disjoignit ses mains, les abaissa vers la terre ; puis les relevant vers le ciel comme pour rattacher la terre au ciel et prendre Dieu à témoin de ce qu'elle allait dire, elle
ramena les mains sur sa poitrine, avec le geste sacramentel du prêtre à Tautel, et prononça ces paroles :
« Je suis rimmaculée Conception! »
La scène se passait près de Lourdes , petite ville du département des Hautes-Pyrénées, assise au pied de la montagne.
La bergère s'appelait Bernadette Soubirous.
La vision était la Vierge Marie, mère de Dieu, reine des anges, médiatrice des hommes, qui venait elle-même, quatre ans après la définition \ sceller le décret dogmatique de Pie IX et le montrer par son témoignage ratifié dans le ciel.
Puis, la réponse faite et le nom dévoilé, la vision disparut.
« Je suis rimmaculée Conception! »
L'enfant entendait ces mots pour la première fois : elle ne les comprenait pas , et désireuse de les rapporter dans leur intégrité au pasteur qui Tavait chargée de faire la demande , elle les répétait persévéramment à chaque pas, tout le long du chemin.
« Immaculée Conception ! Immaculée Conception !... » disait-elle, et vint-elle en toute hâte redire à son curé ^ .
« La mère de Notre-Seigneur Jésus-Christ n'avait point dit : « Je suis Marie Immaculée; » elle avait
* Exactement trois ans , trois mois et dix-sept jours.
^ Telles étaient la naïveté, la sincérité, la docilité inconsciente de l'enfant, qu'elle estropiait le mot, prononçant Con-chep-tioriy et qu'il fallut le redresser et lui en expliquer le sens. (Henri Lasserre, Bernadette.)
4 L'JMMACULÉE CONCEPTION
dit : a Je suis rimmaculée Conception, » comme pour marquer le caractère absolu, le caractère en quelque sorte substantiel du divin privilège qu'elle a eu seule, depuis qu^Adam et Eve furent créés de Dieu. C'est comme si elle eût dit non pas : <( Je suis pure, » mais : « Je suis la pureté même ; » non pas : « Je suis vierge, » mais : « Je suis la virginité incarnée et vivante ; » non pas : a Je suis blanche, » mais : « Je suis la blancheur ^ . »
Considérons la réponse à un autre point de vue : « Je suis rimmaculée Conception ! » c'est-à-dire : « Je suis la pureté originelle , la création sans tache , le modèle unique de la conception immaculée. Je suis le dogme nouveau promulgué par le représentant de mon Fils, le dogme nouveau que je viens sanctionner au nom de mon Fils , et que mon Fils octroie à son Eglise comme une source de bénédictions. Je clos à mon tour d'un mot souverain, scellant le décret du pontife, la controverse qui agite depuis près de mille ans l'Eglise de mon Fils. Je personnifie la foi nouvelle ; je la confirme, je la transmets à une enfant et je la propagerai par cette enfant jusqu'aux extrémités du globe, dernier miracle qui s'ajoutera à tant d'autres accomplis par les humbles sous le souffle de mon Fils, afin de bien montrer la force divine derrière la faiblesse humaine.
(( Je me présente sous l'appellation que le monde catholique a proclamée, et je signe l'acte suprême de Pie IX du titre qu'il vient de consacrer, titre destiné à retentir sur la terre jusqu'à la fin des siècles et à vivre éternellement dans le ciel. »
* Henri Lasserre, Notre-Dame de Lourdes. Paris, 4891, p. 191.
N'avons-nous pas le droit, nous tous croyants et champions de Tlmmaculée Conception, de tirer ce commentaire des paroles surprenantes sorties de lèvres invisibles, rapportées par une enfant, lesquelles imprimaient soudainement la marque d'une intervention divine et d'une coïncidence miraculeuse, au jugement doctrinal du successeur de Pierre ^ ?
Le Créateur, apparaissant à Moïse au milieu du buisson ardent, s'était annoncé par cette formule incommensurable :
« Je suis celui qui suis ! »
La sainte Vierge, apparaissant à Bernadette sur les bords du torrent pyrénéen , se révélait à son tour par une parole non moins auguste et dominatrice :
« Je suis l'Immaculée Conception! »
* Le nom dévoilé n'est pas moins extraordinaire que le fait.
Il étonne justement nos ennemis.
Une enfant initiée au mystère, ou parlant sous Tinfluence de gens initiés au mystère, fourbe ou dupe d'elle-même ou des autres, n'aurait point parlé de cette sorte.
Elle eût dit simplement :
« Je suis la Vierge immaculée. »
Ou plutôt elle eût employé la formule ordinaire du catéchisme et de rÉglise :
« Je suis Marie, conçue sans péché. »
Mais énoncer « Tabslraction ello-mêmc , la chose , le dogme » , comme écrit dans son livre de Lourdes l'un de nos adversaires, proclamer par ce qualificatif invraisemblable le mystère tel que le pape, à Rome, venait de le définir théologiquement ; et, par ce moyen , le consacrer, l'affirmer, le faire entendre , l'imposer au monde entier, voilà manifestement un trait qui sortait de la donnée humaine, ne pouvait venir que du ciel et de la personne intéressée à répandre « la chose » à travers tous les peuples.
Le dogme n'était plus « discuté » , ainsi que le prétend faussement l'auteur en scène. Il avait été salué par les croyants avec d'unanimes démonstrations de joie et de respect; il était unanimement accepté : mais il fallait lui donner l'approbation divine et rapprendre à tout l'univers, prodige non moins merveilleux que la déclaration, aujourd'hui réalisé.
6 LIMMACULÉE CONCEPTION
Il n'est pas permis d'oublier celte concordance mystérieuse qui ouvre et ferme Thistoire jusqu'à nous, au moyen d'une double et imposante affirmation, point de départ et conclusion.
Ne pourrait-on pas remonter plus haut et dire que la scène de Lourdes est, à six mille ans de distance, le complément de la scène du paradis terrestre, dans ce sens que la mère du Fils répond à la promesse du Père, en attestant que la femme annoncée pour écraser la tête du serpent est bénie , sans tache , immaculée, complètement libre vis-à-vis du serpent et digne de lui écraser la tête?
L'histoire de l'Immaculée Conception embrasse ainsi dans son cycle l'humanité entière, depuis le paradis terrestre jusqu'à Lourdes ; et comme tout se tient dans l'ordre des desseins divins et dans le développement du christianisme, la parole de Lourdes perpétue, fortifie la parole du paradis terrestre.
Dieu a promis la femme réparatrice à l'heure de la chute.
La femme réparatrice se montre dans tout son éclat à l'heure où l'humanité relevée vient de lui décerner la couronne qui consacre sa gloire ; et les deux extrémités du drame se rencontrent sous une déclaration supra-terrestre, qui les réunit et les achève l'une par l'autre.
C'était la seizième fois que la Vierge Marie se manifestait à Bernadette ; elle avait attendu le moment où des apparitions multiples, accompagnées de miracles éclatants et de controverses passionnées, fixaient sur l'enfant les regards de toute la contrée pour lui faire la
révélation décisive qui, remplissant Tunivers avec un bruit , une vitesse inouïe , allait renforcer et féconder le verbe du pontife.
Nous n'avons point à nous occuper des quinze apparitions qui ont précédé, ni des deux apparitions qui ont suivi Theure solennelle où Marie , descendant du ciel, vint ajouter Tacquiescement de Dieu à Tarrét dogmatique du pape et à la croyance de l'Église.
Une telle entreprise sortirait du sujet et n'est point utile à notre thèse.
Un livre cité plus haut*, livre qui a fait le tour du monde, porté par l'idée qu'il propageait, a servi d'interprète à la Vierge ; il est devenu , on peut le dire , l'intermédiaire du ciel et de la terre, et le moyen que la Vierge a béni pour répandre en tous lieux la bonne nouvelle.
Il faut toutefois rappeler en quelques mots, à l'aide d'un maître*, témoin des premiers jours, l'origine et le fond du pèlerinage.
Le il février 1858, Bernadette Soubirous, âgée de quatorze ans, fille de pauvres gens perdus dans la cité, « très ignorante et n'ayant pas encore fait sa première communion, » était occupée à ramasser du bois mort le long du Gave, en compagnie d'enfants de son âge, devant la grotte Massabielle aujour-
* Notre-Dame de Lourdes, par M. Henri Lasscrre.
* Louis Veuillot dans VUuivers du 28 août 1858. Voir les 3//lariges, tome X, p. 366.
d'hui si célèbre , lorsque se déchaussant pour passer un ruisseau que les autres avaient franchi, elle « entendit tout à coup un bruit, comme d'une bouffée de vent. Elle leva les yeux, ne vit rien, et crut s'être trompée. Le bruit se renouvela ; elle regarda de nouveau : tandis que les arbres d'alentour restaient immobiles, les mêmes branches qui avoisinent la grotte du milieu semblaient agitées par un courant d'air. Presque aussitôt, une dame vêtue de blanc apparut à cette ouverture et fit signe à la jeune fille de venir. Bernadette appela ses compagnes :
« Voyez, voyez, s'écria-t-elle, cette dame à l'entrée de la grotte ! »
« Les enfants regardèrent et crurent que Bernadette se moquait. Elle-même pensa que c'était une illusion, se frotta les yeux et demanda aux autres si vraiment elles ne voyaient rien. Cependant la vision était toujours là, souriant et lui faisant signe de venir. Bernadette n'hésita pas davantage, passa le ruisseau et s'agenouilla devant la grotte, son chapelet à la main. Les autres enfants, fâchées contre elle, vinrent la relever et l'obligèrent à reprendra le chemin de la ville. Le soir, ses parents, remarquant sa préoccupation, voulurent en savoir la cause. Elle leur dit ce qu'elle croyait avoir vu. Ils cherchèrent, mais en vain, à la dépersuader.
« C'était le jeudi. Le dimanche après, dimanche de la Quinquagésime , Bernadette, accompagnée de ses camarades, revint à la grotte. Elle y eut la mênie vision, et encore le jeudi suivant, 18 février. Un attrait irrésistible l'avait ramenée cette troisième fois. Ce jour-là, dit-elle, la dame lui parla, lui recommandant de venir à la grotte chaque matin pendant
quinze jours consécutifs. L'enfant commença dès le matin le pèlerinage. »
Tel est le début de Tévénement qui est en voie de transformer le monde et que nulle puissance ne réussit à comprimer.
En vain les parents de Bernadette, pressés par la police, tentèrent de Tarrèter. L'enfant promit d'obéir, et n'obéit pas : « elle se rendit à la grotte par un chemin détourné, prétendant qu'une force intérieure lui faisait violence. » En vain l'autorité civile et l'autorité religieuse voulurent s'interposer. Rien n'y fit. L'enfant reparut à la grotte ; le peuple la suivit. L'attrait du surnaturel souleva les multitudes. Ni les menaces, ni les offres, ni les promesses n'eurent d'effet sur la voyante. Rien non plus ne la troublait ou ne troublait ses récits. Il était impossible de la surprendre en délit d'erreur ou de contradiction. Si on répétait sa narration « en y introduisant à dessein quelque variante, elle faisait observer que ce n'était pas ce qu'elle avait dit ».
En résumé, Bernadette exécuta jusqu'au bout les commandements de la vision, escortée dans chacun de ses voyages à la grotte d'une foule énorme de curieux surpris, électrisés, calmes néanmoins, et contenus les uns par le respect, les autres par la foi.
La vision se montrait. Bernadette voyait, entendait, répondait quelquefois. Toute sa personne dans ce moment était transfigurée.
(( Bernadette n'avait plus le même visage, dit un des assistants^ reproduit par notre auteur. Une autre
* Le narrateur est M. Estrade , receveur des contributions indirectes, qui a fait plus tard le même récit, avec plus de détails, k M. Henri Lasserre. Voir Notre-Dame de Lourdes^, p. 107.
intelligence s'y peignait ; ses moindres gestes, la manière, par exemple, dont elle faisait le signe de la croix, avaient une noblesse étonnante; enfin c'était une autre personne. Elle ouvrait de grands yeux , insatiables de voir ; elle craignait de baisser la paupière et de perdre de vue la merveille qu'elle contemplait ; elle souriait à cette merveille invisible , et tout cela donnait bien l'idée de l'extase et de la béatitude. Je n'étais pas moins ému que les autres spectateurs. Gomme eux, je retenais mon haleine pour tâcher d'entendre le colloque qui semblait s'être établi entre la vision et l'enfant. Celle-ci écoutait avec l'expression du respect le plus profond ; quelquefois une teinte de tristesse passait sur son visage, mais l'expression habituelle était celle d'une grande joie. J'observai que, dans certains moments, elle ne respirait plus. Durant tout ce temps, elle avait son chapelet à la main , tantôt immobile , tantôt passant irrégulièrement entre ses doigts, ou prenant le mouvement ordinaire, le tout parfaitement en rapport avec la physionomie, qui exprimait tour à tour l'admiration, la prière, la joie. Elle faisait par intervalles ces signes de croix si pieux et si nobles dont je vous ai parlé.
c( Le chapelet terminé, Bernadette se traînait à genoux du point où elle priait jusqu'à l'entrée de la grotte ; c'était une distance de quinze mètres environ. Certaines fois, sur l'ordre qu'elle disait en avoir reçu, elle allait boire une eau qui sort du rocher, à gauche. Après une prière sous le rocher, où elle voyait encore la dame, disait-elle, elle revenait au point de départ et recommençait son chapelet. Sa figure s'illuminait de nouveau et l'on voyait se renou-
vêler la première scène. L'enfant entrait dans cet état, elle en sortait sans secousse, par une transition si bien graduée que le moment précis de la transformation n'était pas aaisissable. Elle se levait et reprenait le chemin de la ville au milieu de la foule. C'était alors une pauvre petite fille en haillons, qui semblait n'avoir pris que la part commune à ce spectacle surprenant. »
Cette eau , que la voyante buvait sur l'ordre reçu le 25 février, dans la neuvième visite , n'était d'abord qu'un « suintement presque imperceptible ». Bernadette dut l'accroître en grattant le sol avec ses doigts, si bien que la première fois a elle ne porta à ses lèvres qu'une sorte de boue ».
Le suintement allait devenir le torrent intarissable, irrésistible , qui , renversant toutes les digues , inonde aujourd'hui l'univers de grâces de toute espèce, et donne pleinement raison à la prophétie que Louis Veuillot formulait, il y a bientôt quarante années, avec sa clairvoyance de grand chrétien : « Ainsi s'établira, si l'Eglise le permet, le pèlerinage de Lourdes, quoi que l'on sache faire pour l'empêcher. »
Ce fut seulement, on s'en souvient, pendant la seizième apparition , que Bernadette , obéissant à son curé, sollicita et apprit de la Dame le nom céleste qui nous intéresse et ramène à notre point de départ.
12 LIMMACULÈE CONCEPTION
Nous est-il permis de consigner ici que nous avons été mêlé de très près à cette glorieuse histoire et que nous en sommes à notre tour un des témoins ?
Ami et confrère de Tauleur de Notre-Dame de Lourdes, nous avons assisté aux origines de son œuvre, et nous pouvons joindre notre voix à toutes celles qui, sous ime forme ou sous une autre, sont venues depuis quarante ans, de tous les coins du globe, donner à Tacte de la Vierge Marie et au lieu choisi par elle un renom incomparable.
Nous avons assisté à toutes les péripéties de la maladie de Henri Lasserre, aux angoisses du commencement et aux joies de la fin.
Eloigné en ce moment de Paris, nous recevions de notre ami des nouvelles fréquentes.
Mesurant l'étendue de nos inquiétudes à la vivacité de notre affection pour lui, Lasserre avait soin de nous tenir au courant des progrès du mal terrible qui le privait peu à peu de l'usage de ses yeux, sans nous dissimuler la peine et le désespoir profonds qui suivaient naturellement la marche croissante de la cécité. Toute lecture, même la lecture des affiches énormes de la rue, finit par lui être interdite. Il ne pouvait plus correspondre avec les siens qu'au moyen d'une plume étrangère.
Et sa vue, tout à fait perdue, revint subitement, comme l'on sait, à la première lotion de l'eau de Lourdes.
Nous possédons dans nos archives la série de ces pièces précieuses, dont nous reçûmes la confirmation dès notre retour à Paris.
C'est nous qui avons attendu et guidé Henri Lasserre à Lourdes, dans sa première visite de reconnaissance.
« A la bonne heure, lui dîmes-nous à sa descente de la diligence qui desservait la zone pyrénéenne, nous étions bien sûr de vous voir arriver !
• « — Avouez, répliqua-t-il en nous embrassant, que je mériterais de vivre éternellement dans les ténèbres si 3e n'étais venu remercier celle qui m'a rendu la lumière du jour ! »
C'est nous qui avons conduit le miraculé à l'abbé Peyramale, à la voyante, à la source, que nous avions vus, interrogés, examinés plus d'une fois; et nous pûmes constater avec plaisir que les récits merveilleux faits par nous, à notre ami, d'impressions déjà anciennes, restaient pour lui au-dessous de la réalité.
Ayant eu, après bien d'autres, l'idée naturelle de demander à Bernadette de reproduire la pose de l'Immaculée Conception, nous remarquâmes que Lasserre, dilettante raffiné, rompu aux choses de l'art, fut comme nous stupéfait et ravi en contemplant l'attitude et l'expression de la voyante, que nul acteur de théâtre, nul modèle d'atelier n'aurait pu rendre de cette façon sûre, avec cette perfection idéale ^
* Parlant de cette pose qui a frappé tant de gens et dont le souvenir est si caractéristique, un témoin oculaire a raconté le trait suivant dans un journal du Midi (La Voix du Peuple y Auch, 9 septembre 4894) :
Officier en garnison au fort de Lourdes , il se dirigea un matin
Nous ne nous doutions pas alors que ce souvenir ; d'esthétique montagnarde nous soutiendrait un jour dans les complications et les difficultés d'un livre sur le même sujet, confié à notre indignité, et qu'il serait pour nous un stimulant, un secours, une lumière. Il nous a aidé à voir la main du Très-Haut, non seulement dans le fait miraculeux qui allait attirer la terre entière à Lourdes, au milieu des plus étonnantes manifestations dont Thistoire moderne fasse mention, mais encore dans toute la série des événements qui l'avaient préparé depuis dix- huit cents ans, événe-^ ments racontés plus haut, que le fait miraculeux avait pour but de clôturer, en employant, comme toujours, le plus faible ouvrier au couronnement de l'œuvre surhumaine.
du mois de septembre 1863 vers la grotte Massabielle. Grâce à son uniforme, il passa par-dessus Tagent qui objectait sa consigne et voulait l'arrêter.
L'officier trouva devant la grotte M. le curé Peyramale, la supérieure de l'hôpital, le sculpteur Fabish et Bernadette.
Le sculpteur montrait la maquette de sa statue aux assistants.
(( Ce n'est point cela! » s'écriait Bernadette, en indiquant les mains de l'apparition jointes dans la maquette.
Malgré tous les raisonnements, l'enfant ne cessa de réclamer qu'après avoir obtenu la rectification qui présente les mains comme elles sont aujourd'hui.
Même réclamation et modification à propos du chapelet qui, d'après la voyante, n'était pas entièrement à sa place et qu'il fallut arranger à son gré.
(( J'ai vu, j'ai entendu, » dit le témoin.
Un rêve, une hallucination, ajoute- t-il, auraient-ils pu graver aussi profondément dans l'œil et dans l'esprit d'une enfant du peuple des détails aussi précis, et lui inspirer l'inébranlable volonté d'y voir conformer la figure?
Auraient -ils pu lui faire imaginer et reproduire avec une justesse inimitable, sans que rien ait jamais pu lasser ou troubler l'innocente artiste , un type d'une beauté inconnue , que nul n'était capable de concevoir et n'a pu exactement représenter?
Nous ne pouvons qu'exposer ici le caractère fondamental d'un thème qu'il nous serait si doux d'explorer en tous sens.
Nous n'essayerons pas davantage d'établir la réalité des apparitions et des paroles sur lesquelles nous nous appuyons, pour donner le dernier trait à notre démonstration .
Proclamer la vérité de l'apparition de Notre-Dame de Lourdes, c'est proclamer la vérité du dogme de l'Immaculée Conception , puisque Notre-Dame de Lourdes n'est venue à Lourdes que pour consacrer le dogme.
La réalité des visions a été reconnue et le culte de Notre-Dame de Lourdes a été autorisé, après une enquête minutieuse faite sous l'œil de l'ennemi, par une ordonnance diocésaine de l'évéque de Tarbes, Mgr Laurence, du 18 juillet 1862.
« Nous jugeons, dit la déclaration épiscopale, que l'immaculée mère de Dieu a réellement apparu, le 11 février et jours suivants, au nombre de dix-huit fois, dans la grotte Massabielle , près de la ville de Lourdes. »
Nous n'avons pas besoin de rappeler que le saintsiège a confirmé plusieurs fois y de diverses manières, ainsi qu'on le verra, le jugement de l'évéque de Tarbes , et proclamé , suivant le mot de Pie IX , « la lumineuse évidence de la récente apparition de la très clémente mère de Dieu » à Lourdes.
1«> l/IMMACLLKE CONCEPTION
L'œuvre apologétique est faite et refaite perpétuellement : elle brave toutes les attaques et repousse toutes les contradictions, si elle ne peut vaincre toutes les résistances. La libre pensée , refusant de se soumettre , est forcée de se démettre devant l'accumulation sans cesse grandissante des preuves qui rendent l'action divine irrécusable.
En fin de compte, Tapparition de Lourdes est attestée par le témoignage de la voyante , par Tenquète et le jugement ecclésiastiques, par Teau qui coule, par Teau qui guérit, par les prodiges sans nombre qui se succèdent au profit des corps et des âmes, par le consentement universel da peuple catholique, par les fondations gigantesques et de toute nature qu'il enfante, par les hommages et les prosternements de Tunivers que la Vierge a désirés, réclamés, dans l'église construite sur son ordre.
<( Allez dire aux prêtres de faire bâtir ici une chapelle . »
«• Je veux qu'il vienne ici du monde. »
(( Je veux qu'on y vienne en procession. »
<( Allez boire de l'eau à la fontaine et vous y laver. »
(( Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! »
Chacun de ces commandements extraordinaires donnés à l'enfant par la vision, en diverses circonstances, a reçu son exécution ponctuelle.
La (( chapelle » a été « bâtie w par les « prêtres » au-dessus de la « fontaine » jaillie spontanément ; et a du monde », le monde entier, ces mots doivent être pris à la lettre, est venu et revient continuellement en (( procession » aux cris de : « Pénitence ! Péni-
tence ! Pénitence ! » ... « boire » et se « laver... à la fontaine » où Tenfarit but et s'est lavée la première , comme à la source d'une nouvelle vie.
Ces formules , qui paraissaient de puériles extravagances, sont en ce moment d'éclatantes vérités.
Une ville nouvelle, unique, idéale, céleste, une ville de marbre et d'or, détachée d'un triptyque, se dresse aujourd'hui en des lieux inconnus ou délaissés naguère, et toutes les fictions de la mythologie sont effacées par la splendide réalité sortie de la bouche ignorante d'une humble pastourelle ^
Réduite à ces simples termes qui composent son essence, la question acquiert une portée singulière, et elle mérite de fixer l'attention des plus revéches.
Est-il vrai qu'une petite fille ait produit par sa parole des résultats qui auraient défié l'effort de tous les hommes ?
Est-il vrai qu'elle ait annoncé la visite de l'Immaculée Conception, demandé l'église, appelé les multitudes, imposé la pénitence, ouvert la fontaine, et qu'elle ait , par l'eau de cette fontaine , à l'ombre de l'Immaculée Conception , réalisé des merveilles qu'aucun siècle païen n'a vues, qu'aucun siècle chrétien n'a surpassées?
Est-il vrai qu'elle ait remporté, au nom de l'Immaculée Conception, des succès invraisemblables, des triomphes sans rivaux?
La chose vaut la peine qu'on y songe, et jamais peut-être la droite de Dieu, menant le monde à l'aide
* Cette ville unique, improvisée en quelque sorte par Tlmmaculée Conception, est devenue une image résumée du monde catholique, à tel point que le plus célèbre romancier de notre fin de siècle en a fait avec Rome et Paris un des pivots de son- œuvre et un des centres spirituels de l'univers.
des instruments les plus chétifs, ne s'est montrée plus clairement.
Si vous refusez à cette petite fille Tassistance divine, vous rendez sa victoire tout à fait inexplicable. Isolée de Dieu, Bernadette prend des proportions absolument surhumaines et tombe, en plein xix' siècle, dans le domaine des légendes : si Dieu ne Ta pas conduite et soutenue, comment cette enfant a-t-elle eu raison de la réserve des uns, de Tironie des autres, de rincrédulité de tous, de la résistance des pouvoirs publics; et comment a-t-elle pu, en dernière analyse, remuer les âmes et dompter Tunivers?
L'énoncé d'un tel contraste suffit à diviniser le poème de Notre-Dame de Lourdes.
Faut-il passer sur un autre terrain et poursuivre nos interrogations?
Est-il vrai qu'on voit à Lourdes chaque année, chaque jour, des faits et des spectacles que la science ne peut imiter, ni expliquer, et qui ne peuvent se produire que par une cause inconnue , tranchons le mot, surnaturelle?
Est-il vrai qu'une prière, accompagnée du contact d'une eau sans vertu curative, provoque non pas seulement des changements d'état morbide, des guérisons de maux invisibles, dues si l'on veut à une secousse morale ou nerveuse , mais des guérisons de lésions visibles et tangibles, des disparitions de plaies, tumeurs et fractures, des reconstitutions de tissus et d'organes, tous effets merveilleux que nulle médication n'opère, que nulle théorie ne justifie*?
* Voir VHistoire médicale de Lourdes, par le docteur Boissarie» Paris, 1891.
Est-il vrai que le miracle, puisqu'il faut Tappeler par son nom, si légèrement nié, dédaigné, repoussé, s'impose à notre siècle par suite des témoignages innombrables de Lourdes, déroute les contradicteurs, accule les matérialistes et les force à se taire ?
Est-il vrai que la foi si longtemps raillée par la science incrédule prend aujourd'hui sa revanche et défie la science incrédule ?
Est-il vrai que la science aux abois fait volte-face devant la multitude des signes nouveaux, et qu'elle se tourne vers le surnaturel dont les champions en titre s'appuient sur la science, pour revenir et ramener à la foi * ?
Si bien que la science incrédule, qui menaçait de détruire la vie morale et Tordre social du monde, est arrêtée, désorientée, obligée de fuir, si elle ne veut pas rendre les armes à Notre-Dame de Lourdes !
Et pour finir par l'objet spécial qui nous occupe, est-il vrai que, quatre ans après la définition du dogme de l'Immaculée Conception, ces deux mots à peine compris de la masse des croyants ont retenti de nouveau subitement dans le monde, qu'ils couvrent aujourd'hui tous les bruits de la terre et produisent un
* Le docteur Boissarie, déjà nommé, président du service médical à Lourdes, a fait en Belgique, notamment dans le mois de mars 1894, deux conférences sur ce thème : Tune à Louvain, devant les professeurs de l'université et un millier de personnes , Tautre à Bruxelles, dans le palais des académies, devant tout le monde apostolique, judiciaire et administratif de la ville, présidé par le nonce.
L'orateur prétendait démontrer le surnaturel par la science.
Il fut, au dire des journaux belges, littéralement acclamé.
« Le docteur Boissarie , ajoutait une gazette de Genève , a entrepris une véritable croisade au cri de : La science le veut !»
Le docteur a parlé avec le même succès à Paris, au cercle du Luxembourg et au séminaire de Saint-Sulpice, devant son Eminence le cardinal Richard.
son que nul ne peut entendre avec indifférence, et qui frappe, trouble, déconcerte, irrite ou réjouit, jusqu'au plus vif des entrailles , tout l'univers pensant ?
Les choses sont arrivées à un tel point que l'on peut dire des faits de Lourdes ce que Ton dit des faits du christianisme primitif, et répéter avec un grand journal anglais et protestant ^ :
« Ou bien les événements de Lourdes sont, suivant l'opinion des catholiques , la preuve permanente de la puissance de la prière , de la réalité , de la fréquence de l'intervention divine sur la terre ; ou bien ils constituent un des cas les plus étonnants d'illusion, de folie et d'imposture qui se soient jamais rencontrés. »
Pour Lourdes comme pour le christianisme, la solution du dilemne est perpétuellement sous les yeux.
Depuis l'ère évangélique, l'histoire de l'Église n'a pas enregistré d'événement plus disproportionné avec les spectacles et les forces terrestres, plus visible-; ment venu du ciel.
La mère de Dieu, la reine des anges, descendant de son trône de gloire pour consacrer un nouveau dogme dont elle est l'objectit et l'imposer à la foi universelle par l'entremise d'une enfant ; la mère de Dieu s'offrant aux hommes et prouvant sa présence par des grâces miraculeuses incessantes, dont les hommes avaient perdu le souvenir : nous ne connaissons pas, depuis la descente du Saint-Esprit sur les apôtres de prodige plus extraordinaire, plus doux, plus fécond.
* Le Pall Mail Gazette, 22 septembre 1892.
Mettons, en regard de la longue série de faits patents , merveilleux , indiscutables qui s'accomplissent journellement à Lourdes, le tableau des évolutions successives et contradictoires de la libre pensée.
Ce contraste apporte au débat, selon l'expression courante , un élément suggestif.
A la première déclaration de Bernadette, certifiant qu'elle a vu une « Dame » dans la niche de la grotte Massabielle et que la Dame lui a parlé, nos adversaires crient à la fourberie :
« Elle ment! elle ment! disent-ils en chœur ; c'est une petite misérable , une drôlesse ! »
Quand les réponses et l'attitude de l'enfant viennent détruire l'accusation et renverser les accusateurs, en montrant l'entière bonne foi de la voyante :
« C'est une visionnaire! s'écrient-ils; une hallucinée , une hystérique , une folle ! »
Quand la flamme du cierge lèche les doigts de Bernadette sans les mordre, aux yeux de tout un peuple, et sans tirer r« hallucinée » de son extase, les mêmes personnages nient et raillent bruyamment.
Quand l'eau , sortant du gravier sec , se met à couler du rocher, par un miracle semblable à celui qui abreuvait les Israélites avec l'eau jaillie de la pierre d'Horeb , ils nient encore imperturbablement ; et quand ils ont bien prouvé par leurs négations, confirmant cette fois un fait public, que l'eau n'a jamais paru sur un sol absolument aride et qu'elle est bien ici le produit d'une action surnaturelle, les esprits forts se retournent avec leur assurance ordinaire :
« Parbleu! répliquent-ils, la belle aff^aire ! quoi
d*étonnant à ce que l'eau coule d'un rocher, à cinq mètres du Gave !
(( — Mais , vous venez de déclarer la chose impos'sible et le fait inconnu de la population ! . . . »
Quand Teau bourbeuse , qu'ils ont peu à peu concédée, est devenue un fleuve limpide parcourant la terre et guérissant subitement les maux de toutes sortes :
a Parbleu! la belle affaire, disent -ils derechef; une eau sortie d'un rocher pyrénéen ! une eau minérale ! Elle guérit : c'est son métier ! Toutes les eaux des Pyrénées guérissent... plus ou moins!... »
En vérité !
Quand les chimistes leur prouvent que cette eau soi-disant minérale et curative n'a pas plus de vertu médicinale que l'eau du Gave d'où elle venait naguère, les libres penseurs nient encore les guérisons comme ils ont nié tour à tour la vision, le torrent et l'extase; ou si les guérisons bravent tout examen, ils les attribuent à la bonne volonté des malades, à leur imagination, aidée d'une vibration complaisante des nerfs.
(( Rien n'est plus simple , dit un auteur h la mode dans un livre remarqué, que le précieux argument qu'ils ont inventé pour expliquer les guérisons opérées par le Christ ou par la Vierge. Ça consiste à frapper l'imagination du malade, à lui suggérer la volonté de guérir, à le persuader qu'il est bien portant, à l'hypnotiser, en quelque sorte, à l'état de veille ; moyennant quoi , les jambes tordues se redressent, les plaies disparaissent, les poumons des phtisiques se bouchent, les cancers deviennent des bobos anodins et les aveugles voient clair ! Et voilà tout ce qu'ils ont trouvé pour nier le surnaturel de
certaines cures! On se demande vraiment pourquoi ils n'usent pas eux-mêmes de cette méthode, puisque c'est si simple ^ . »
Chaque année , la France et le monde viennent en pèlerinages sans fin attester la foi croissante de l'humanité à l'apparition de Lourdes.
Chaque année son souvenir donne lieu aux témoignages les plus touchants, aux spectacles les plus rares.
Le Pèlerinage de salut , qui se tient au mois d'août, est le prototype de ces démonstrations. Bien qu'affecté à la France, il réunit des croyants de tout pays.
La foi, la charité chrétienne s'y déploient sans contrainte et font des riches et des grands les serviteurs, c'est-à-dire les hospitaliers, les brancardiers des pauvres et des petits.
Les malades accourus par milliers n'ont d'autre assistance que celle des amis, des frères souvent inconnus, dont rien ne peut lasser ni rebuter le dévouement.
Les jpieuses et charitables confréries du moyen âge ne montraient pas, envers les souffrants de leur époque, plus de tendre sollicitude que les légions d'hommes et de femmes du monde contemporain, à l'égard des malheureux de Lourdes.
^ Là-Bas, p. 420, par J.-K. Huysmans. Paris, 189b.
24 L'IM>UCULÉE CONCEPTION
Et jamais aucune infraction, aucun scandale ne vient troubler Tordre ni compromettre la décence, dans ces rassemblements énormes, cosmopolites, opérés en dehors de tout contrôle officiel et de toute responsabilité.
Dans certains pèlerinages, des calculs modérés, appuyés par les rapports de la gendarmerie , bon juge en ces matières, élèvent à cent mille laïques, trois ou quatre mille prêtres, trente ou trente-cinq évoques, le nombre des catholiques venus des diverses parties du globe pour saluer, acclamer, prier la Vierge Marie et exalter son immaculée conception.
Le pèlerinage annuel français compte une moyenne de vingt-cinq à trente mille voyageurs.
Loin de se ralentir avec le temps, le mouvement et les chiffres progressent ^
Deux pèlerinages célèbres entre tous, le Pèlerinage national de pénitence des 5 et 6 octobre 1872, con-
* (( Il nous a paru intéressant, dit un journal du sud -ouest, déjà cité, la Voix du Peuple , d'Auch, bien placé pour son enquête, (octobre 1895), de rechercher dans les documents officiels le nombre des personnes qui ont accompli cette année la pieuse excursion. Les foules ont fait leur apparition vers le 20 avril et n'ont cessé d'accourir jusqu'au 20 octobre.
« Elles ont formé cent cinquante -deux caravanes qui comptaient cent cinquante - quatre mille trois cent quatorze pèlerins de tout âge et de toute condition. A leur tête brillaient trois cardinaux, soixante-deux archevêques, évêques, abbés mitres et autres prélats. L'ancien et le nouveau monde les avaient envoyés : la France , la Belgique, la Hollande, l'Irlande, la Suisse, l'Italie, l'Autriche, la Hongrie, Malte, les États-Unis et le Canada.
« On a rédigé cette année cent soixante -neuf procès -verbaux de guérisons , travail sérieux , auquel ont assisté plus de deux cents médecins.
« Nous ne parlons, bien entendu, que des pèlerins organisés. Or le nombre en est bien petit si on le compare à celui des pèlerins isolés qui se comptent tous les jours par centaines. «
sacrée à Tacte expiatoire de la France abattue et le Pèlerinage universel du 2 et 3 juillet 1876, consacré au couronnement de Notre-Dame de Lourdes, ont laissé des souvenirs qui ne s'eflFaceront pas. Ceux qui suivent n'ont pu que reproduire et résumer, avec des proportions moindres , leur gigantesque physionomie. Les manifestations dont il s'agit forment le point culminant du sujet. Entrées dans la trame religieuse moderne, elles font partie de l'histoire de l'Immaculée Conception et doivent servir au récit du dogme.
Quelques traits pris par nous sur le vif, et tirés du journal* qui les publia à leur date, feront renaître la figure de ces témoignages grandioses et contribueront à fortifier le sens du dénouement.
Le premier pèlerinage eut lieu sous le nom de « Manifestation de foi et d'espérance de la France envers Notre-Dame de Lourdes »,
La France était vaincue, humiliée. Elle portait la peine de ses extravagances impies. La main de Dieu s'appesantissait sur le peuple franc, apostat, d'une façon aussi terrible que sur le peuple juif prévaricateur. La prière, la « pénitence » demandée par la Vierge à Bernadette, devenaient nécessaires pour obtenir la rédemption. La France croyante s'était mise en marche, et, rassemblée auprès de la Vierge immaculée, elle se frappait la poitrine avec des élans de repentir dignes d'une éternelle mémoire.
La forme libre et primitive que nous laissons à ces morceaux leur donnera peut-être plus de couleur et de mouvement.
* U Union,
CIIAPIÏUK II
l/iMMACULÉE CONCEPTION ET LE PÈLEniNAGE NATIONAL DE PÉNITENCE