CATHOLIQUE
' Letti-e de Me' Langénicux à Pie IX au sujet de Téglise du Rosaire il Lourdes.
Voir encore les dernières pages de rboraélie de Mp" Pie, à l'occasion des fêtes du coaronnement de la Vierge à Lourdes, reproduite aux pièces justificatives.
Voir le bref du Pie IX aux évéques réunis à Lourdes , également l'eproduit aux pièces justificatiTes.
Voir enfin, dans la même série de documents, la lettre pastorale do Mer Pecci, (i pour la consécration de son diocèse de Pérouse ù la très sainte et immaculée Vierge Marie ».
Nous publions à la suite de noire texte, dans Tordre du récit, un certain nombre d'appendices et de pièces justificatives qui se rattachent directement au sujet et fortifient la démonstration.
L'indication de la page du texte correspondante à chaque appendice guidera le lecteur et rendra la liaison facile.
UN COMMENTAIRE DE M^n GAY
JE SUIS l'immaculée conception !
(Voir pages 3 et 4.)
Au sujet de la parole insondable de la Vierge à Bernadette , sur laquelle on a beaucoup disserté , et que nous avons envisagée purement au point de vue historique, nous donnons ici le commentaire d'un docteur éminent * qui la considère à un point de vue théologique digne de frapper tous les esprits chrétiens.
J'ajouterai pourtant quelque chose, et puis-je vous taire quoi que ce soit de ce que j'entrevois des grandeurs de ma mère qui est votre mère? Toute créature , vous le savez, est une conception de Dieu : conception éternelle comme Dieu même, bien qu'essentiellement libre. Cette conception intérieure et purement idéale, Taction naturelle et surnaturelle de Dieu, l'activité et la liberté des créatures la réalisent dans le temps et au dehors. Nous n'existons que parce que Dieu nous pense, et nous ne
* MiT'' Gay, évêque d'Anthédon : Conférences aux mères chrétiennes, tome II, pages 460-463; 1877.
vivons devant lui, de maniJrre à compter pour lui, que quund notre existence se déroule conformément à sa pensée. Autant d'hommes parus au cours des ûges, autant de conceptions divines en train d'être réalisées. Quoique étant le fruit d'un seul esprit et très unies déjà les unes aux autres par ce lien radical, ces conceptions particulières sont cependant, en fait, les faces multiples et les aspects variés dune conception plus haute, plus générale, embrassant même, dons sa très sublime unité, l'universalité de ces pensées divines où tontes les créatures ont leur principe et leur appui. Cette conception unique qui résume tout, qui comprend tout, qui domine tout, c'est Jésus, le Verbe fait chair, exemplaire et chef (saint Paul l'enseigne) de la création tout entière.
Mais il a plu à Dieu qu'une reine, comme l'Ecriture le dit, « siégeât à la droite de ce Roi. » Cette reine, c'est la sainte Vierge. Parce qu'elle siège à la droite du Christ, elle partage sa principauté, et par 1& même aussi son universalité. Elle n'a rien qu'à cause du Christ et par le Christ, dont elle dérive et n'est que le reflet; mais, cela posé et réservé, elle possède tout ce qui se peut posséder du Christ et lui est assortie de tout point. De sorte que , par cette union assez parfaite pour qu'on la , doive nommer unité, Marie se trouve être elle aussi la | conception unique et universelle de la libre intelligence j de Dieu. C'est là sa destinée , sa vocation , la vérité idéale ' de son être, la théorie divine de sa vie. Or telle a été , dans cette Vierge l'abondance comme infinie de la grâce, et la parfaite et invariable fidélité avec laquelle elle y a j répondu , que , non seulement dans son origine , mais ] dans tout le cours de sa vie soit extérieure soit inté- ' rieure, elle n'a fait que s'ajuster aux desseins de Dieu sur elle, accomplir ses vouloirs, réaliser ses pensées. Elle a été sans cesse, sans relâche, sans imperfection, elle a été totalement et purement tout ce que Dieu voulait qu'elle i fût, et par suite la conception même de Dieu apparue '■ dans le monde : conception immaculée, conception qui est à Dieu un pur témoignage et une pure gloire; une
telle gloire , en vérité , en tant qu'elle est inséparablement unie à Jésus -Christ de qui elle procède et reçoit tout, qu'elle est toute la gloire extérieure du Père.
Plusieurs se sont étonnés qu'en apparaissant de nos jours à une enfant des Pyrénées, Marie lui ait dit : <r Je suis rimmaculée Conception. j> Cette locution, en effet, semble étrange. La Vierge eût dit : Je suis T Immaculée, ou bien : Je suis celle qui a été conçue sans péché; je suis la Vierge de l'Immaculée Conception, c'était le langage ordinaire, et tout le monde aurait compris. Mais pourquoi dire : « Je suis Tlmmaculée Conception, > comme si elle n'était pas seulement le sujet du mystère^ mais le mystère lui-même , et que sa grâce et sa personne fussent comme identifiées? Des doctes sont venus, affirmant que c'est là un hébraïsme, et essayant de nous faire trouver simple que Marie, en parlant notre langue, gardât, même dans la gloire, les façons de dire propres à l'idiome de sa patrie terrestre. Sans doute, absolument parlant, il en peut être ainsi. Pour nous, nous osons croire que cette parole cache un sens plus profond, et que, partant de cette première grâce, qui est la base et comme le germe de toutes les autres que Dieu lui a faites, et qui Tont élevée au-dessus de tout ce qui n'est pas lui, la douce Vierge de Lourdes a voulu par là signifier le déploiement entier et la consom-mation parfaite de sa grâce initiale, et se montrer à nous comme la conception universelle de Dieu totalement accomplie dans une pure créature.
N'est-ce pas d'ailleurs ce que nous trouvons explicitement écrit dans ces passages célèbres des livres sapientiaux que l'Eglise, dans ses saints offices, approprie à la Mère de Dieu? a Moi, je suis sortie de la bouche du Très- Haut, née et posée dans son esprit avant toute créature, conçue dès le principe, et comme telle présente à Dieu dans l'œuvre de sa création. Le dessein qui fait que j'existe a précédé les siècles, et jusqu'au siècle futur, qui est le retour à l'éternité, je ne cesserai ni d'être, ni d'agir devant Dieu et pour Dieu. Seule, j'ai fait le tour entier du ciel, comme embrassant tout ce qu'il renferme et le
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pouvant contenir; seule, j'ai pénétré jusqu'au fond de l'abîme, scrutant ses profondeurs et les illuminant; seule, j'ai marclié d'un pas ferme sur les tlots mouvants de b mer, dominant ses agitations et libre de ses vicissitudes. J'ai eu ia primauté sur tous; enlin je possède en moi toutu la grôce de la voie et de la vérité, la grâce élémentaire et progressive de tous ceux qui travaillent encore, hi grâce plénière et consommée de ceux qui déjà reposent en Dieu. » Je suis donc toute belle, moi que Dieu aime: je suis toute belle parce qu'il m'aime; plus belle que tous parce qu'il daigne m'aimer plus que tous; il n'v a point de tache en moi. Je suis Marie; je suis la Vierge; je suis l'Immaculée; u je suis l'Immaculée Conception. »