‹ L'Immaculée Conception: histoire d'un dogmeChapitre 33 sur 78 · LIMMAGCLÉE CONGBPnOK · texte numérisé non relu

LIMMAGCLÉE CONGBPnOK

dix-' sept malades quittèrent leur civière et parurent guéris aux regards émerveillés de cincpiante mille personnes.

Les miracles ont continué jusqu'à huit heures du soir et atteint le chiffire de quarante et un.

Cinquante mille personnes , il faut le répéter, ont vu, trois heures durant, des hommes, des femmes, étendus sur des lits d'agonie que plusieurs n'avaient pas quittés depuis des mois et des années, retrouver l'usage des membres, de la parole, des yeux, des oreilles, des poumons, de l'estomac, reirouTer subitement la vie, sans autre souvenir de leurs tortures que la joie et la reconnaissance d'en être débarrassés par un être divin.

Si le miracle dans le sens strict du mot, autrement dit l'intervention d'une force surhumaine, maîtresse victorieuse de la nature , si le miracle n'est pas là, assez visible, assez éclatant pour obliger tous les yeux à s'ouvrir, tous les fronts à se courber, nou& demandons où il est et ce qu'il faut pour dompter k révolte des sens et l'orgueil de l'esprit.

Jamais le mot concis de Joseph de Maistre n'a reçu une signification plus exacte :

« Le miracle est un eftet produit par une cause divine ou surhumaine qui suspend ou contredit une cause ordinaire. »

Il est certain que tous ces miraculés venus à Lourdes sur des lits ou des brancards étaient plus ou moins gravement malades à leur arrivée. Les dossiers qu'ils ont produits, les certificats des médecins le prouvent assez. Il n'est pas moins certain qu'en un moment, sans aide visible ni secours extérieur, contre les prévisions, les règles ordinaires, contre les pronostics

des docteurs, ces malades ont été guéris et les lits, les brancards qui les avaient portés, sont revenus vides.

Les médecins , les publicistes , croyants ou incroyants, ont vu et fait le reste. Tous ont publiquement témoigné que les phénomènes constatés par eux étaient opposés à la marche régulière des choses, à rinverse des lois de la nature.

Nous ne prétendons pas que ces phénomènes surnaturels incontestables égalent les grands miracles de l'Evangile, les morts ressuscites, Teau changée en vin, les pains multipliés, la mer apaisée; mais les Actes des Apôtres et l'histoire de TEglise n'offrent rien, ce nous semble, de plus merveilleux que la série de prodiges opérés par « l'Immaculée Conception » , aux yeux de tout un peuple, dans la mémorable journée du 23 août 1897, une des plus décisives à coup sûr de l'histoire de Lourdes.

Terminons par une nouvelle déclaration du FigarOy observateur impartial, médiocrement dévot, et par conséquent bon juge : il va renchérir sur nous en commentant à son tour la soirée du 23 août.

« Le fait est que, dans la soirée d'hier, après la promenade du saint sacrement, quarante -quatre malades se sont déclarés guéris. Dans ma peur de paraître ridicule à beaucoup de nos lecteurs, je n'ai pas voulu en parler tout de suite. J'ai tenu à laisser passer la nuit et à en voir aujourd'hui quelques-uns.

« Les sceptiques diront ce qu'ils voudront : on vit ici au milieu du surnaturel. Une enfant, que son certificat déclare aveugle de naissance, a vu hier la statue de la Vierge et marche aujourd'hui en voyante. On s'est

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contenté de lui frotter les yeux avec l'eau de.la source. Peu à peu, ils se sont ouverts. Hier, les paupières ■ étaient closes : aujourd'hui, le globe bleu de Tœil se fixe sur les gens et les choses. S'il y a un grand coupable, c'est le médecin qui a fait un faux certificat. Qu'on demande son nom et son adresse au bureau des constatations et qu'on le poursuive. »

Le Gaulois donne la réplique au Figaro en termes non moins vifs :

« C'est fini. Les pèlerins se dispersent. Les trains partent emmenant les miraculés radieux , les malades en voie de guérison, les infirmes consolés par la sainte espérance; et je ne crains pas de le dire, tous ceux qui ont pris part au jubilé du pèlerinage national en garderont l'impérissable souvenir, et leur foi en la Vierge de Lourdes n'aura pas dorénavant plus de mérite que la foi de saint Thomas. »

A Paris, le Gaulois interroge et laisse parler une des privilégiées :

« Moi qui depuis quatre ans ne pouvais plus remuer un doigt, j'ai pu écrire de Lourdes une lettre à mon mari pour lui raconter ma miraculeuse guérison.

(( Vous m'avez vu vous-même quitter la gare dans une voiture qui vient de me conduire ici, sans que j'aie ressenti la moindre douleur de la brutalité des cahots.

«Enfin je nepuisrépéter qu'une chose : je suis guérie, et je le dois à la Vierge, qui a exaucé nos prières ^ »

^ Le total des guérisons surnaiureUes obtenues et vérifiées durant le cours du vingt- cinquième pèlerinage national que nous avons décrit s'élève au chiffre de soixante -sept, toutes également inexplicables avec les données de la science humaine.

Une vingtaine d'autres cas ont été constatés depuis le retour à Paris; et comme toujours les enfants apportent une foule de témoignages naïfs et désintéressés.

Le miracle du nombre s'ajoute au miracle du fait. Il semble d'au-

Que dire, à la fin, de ce consentement universel, auquel les plus légers, les plus mondains veulent joindre leur voix, et qui se traduit de tous côtés par des démonstrations si touchantes! N'est-ce rien, et devons-nous reléguer son témoignage au rang des caprices inconscients, des fluctuations irraisonnées-, irraisonnables, de masses affolées? Mais comme il apparaît à toutes les époques, fidèle à la même croyance, avec des traits plus ou moins saisissants, nous sommes forcés de reconnaître et de saluer en lui une manifestation spontanée, incoercible, qui devient ici une preuve nouvelle autant qu'un signe irrécusable de l'âme des générations.

Quel effet nouveau le consentement universel , soutien du surnaturel, ne va-t-il pas tirer du spectacle inconnu jusqu'à ce jour d'une cohorte de miraculés assistant, parmi des multitudes, à la résurrection d'autres miraculés et leur tendant les bras * !

tant plus frappant, qu'on est loin de connaître toute la vérité. Beaucoup de personnes guéries , dit le Journal de Lourdes, organe officiel des pèlerinages, publié par les RR. PP. de l'Immaculée Conception, dont nous reproduisons les chiffres, éprouvent une répugnance invincible à se présenter au bureau des constatations. * Le bureau des constatations , auquel nous^renvoyons le lecteur pour plus ample informé , et qui publie régulièrement ses travaux , est un des lieux les plus célèbres , les plus curieux , les plus fréquentés du monde entier. D'illustres personnages s'y donnent rendez-vous ou s'y rencontrent journellement. Les Américains, très dévots à rimmaculée Conception et à Notre-Dame de Lourdes, qu'ils célèbrent chez eux par des fondations multipliées, y affluent comme les Européens. Au moment des grands pèlerinages, et surtout à l'époque du pèlerinage national, on trouve au bureau des constatations une nuée de médecins et de journalistes de contrées et d'opinions diverses. Amis et ennemis peuvent faire leur enquête sur les sujets qu'on amène à chaque instant, contrôler les résultats, exposer leur sentiment. Il y a là toutes les conditions et tous les caractères de sincérité et d'authenticité que l'on peut désirer. Les

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En reconnaissance des faveurs prodiguées par la Vierge pendant Tinçômparable jubilé qu'il venait de célébrer, le pèlerinage national, de ret<^ur à Paris , alla rendre grâces à l'église Notre -Dame -des -Victoires, métropole vénérée de Tlmmaculée Conception.

Dans un beau discours de clôture, le R. P. Emmanuel Bailly, procureur général des Augustins de r Assomption, digne assesseur du R. P. Picard, montra le sens divin du « jubilé inoubliable » qui « a été une révélation plus décisive du surnaturel à la France incrédule, une révélation plus complète de la France catholique à elle-même, une révélation plus éclatante de la puissance divine ».

déclarations qui en sortent ont, par conséquent, une valeur coasidérable, que le temps sanctionne d'ordinaire.

Au sujet des phénomènes innombrables de Lourdes, on a osé parler des convulsionnaires de Saint -Médard et des religieuses de Loudun.

Ni à Saint -Médard, ni à Loudun, sans mentionner d'autres dissemblances capitales, on ne voyait des plaies ou des tumeurs disparaître, des afifections cancéreuses guéries instantanément, des yeux ou des oreilles s'ouvrir, ni des membres tordus se redresser, ou des chairs se refaire. Saint -Médard et Loudun n'ont duré qu'un moment. Lourdes dure depuis quarante années, grandit chaque jour, et ses miraculés remplissent l'univers, montrant en tous lieux l'équilibre de leur corps restauré.

L'imagination , la suggestion , comme on dit aujourd'hui , a si peu de part dans l'ensemble des guérisons , qu'on a vu des malades délivrés de leurs maux sans y songer et même en intercédant pour d'autres.

Lire à ce propos La guérison de sœur Lazare, publiée dans la Vérité du 2 septembre 1897.

Consignons sous forme de remarque générale que les mots « miracles » et « miraculés » maintes fois appliqués dans ce livre aux faits extraordinaires dont il parle n'ont qu'une signification historique et un sens littéraire. Il n'entre pas dans notre esprit de vouloir leur donner une importance canonique, réservée à l'examen et à la décision de la seule Église romaine.

« Il y aura dans les derniers jours une montagne préparée. Elle sera élevée au-dessus des cieux. Les peuples y viendront en grand nombre et ils diront : Venez et montons sur le sommet de cette montagne! »

Cette parole d'Isaïe annonçant l'Eglise, qui sert de répons à la deuxième leçon du nocturne de Toffice de Notre-Dame de Lourdes, peut s'appliquer pareillement au pèlerinage de l'Immaculée Conception. Elle dévoile ici, comme ailleurs, l'action de l'Esprit-Saint, qui trace d'avance son œuvre de salut en caractères éblouissants.

Rayonnante à Lourdes, la montagne entrevue par le prophète il y a trois mille années est aujourd'hui visible pour nous, et restera visible pour toutes les générations.

Nous ayons commencé le deuxième Tolume de cet ouvrage par Tapologie du fait de Lourdes : nous le finissons par le rappel du même événement mirar culeux et par un dernier salut aux lieux qui en furent témoins.

Lourdes est le point central où l'histoire de Tlmmaculée Conception tend et aboutit.

On peut ajouter que le christianisme dogmatique se résume également à Lourdes. L'Immaculée Conception suppose et entraîne le péché originel, la Trinité, l'Incarnation, la Rédemption ; de telle sorte que Lourdes, qui réveille ces vérités fondamentales dans les âmes, devient pour ainsi dire un cénacle nouveau, d'où sort de nouveau le christianisme, et où le monde entier vient, dans une procession sans fin, s'instruire et s'édifier.

Lourdes offre d'autre part une représentation vivante de Thistoire chrétienne et une image anticipée de la patrie céleste.

Jésus, élevé de terre, sur la montagne voisine delà grotte, attire tout à lui, du haut de son calvaire, suivant sa prédiction.

Il attire au tribunal de la miséricorde les pécheurs qui veulent obtenir le pardon de leurs fautes; il attire à la table sainte les âmes purifiées qui veulent se nourrir de sa chair, s'abreuver de son sang ; il attire sur ses pas, dans la marche triomphale du saint sacrement, un peuple enthousiaste et semble dire comme jadis aux enfants d'Israël : « Venez à moi et je vous soulagerai ! » et le peuple répond : « Hosanna au Fils de David I »

La Vierge apparaît à son tour sous la triple effigie de son auguste personnalité : vierge immaculée dans la grotte, mère et co- rédemptrice dans la crypte, reine triomphante dans la basilique.

Les anges, les saints surgissent aux côtés de Jésus, de Marie, et chaque peuple, chaque pèlerin retrouve, sur les autels de Lourdes, son patron ou son guide.

L'archange saint Michel se dresse, debout sur un socle, la lance au poing, à la frontière du royaume de Marie , et il tient terrassé sous son pied le serpent vaincu, incapable d'en disputer l'entrée.

Tous les siècles catholiques rapprochent leurs héros. Voici sainte Anne et saint Joachim dans la basilique, saint Joseph dans la basilique et à la crypte, saint Jean -Baptiste dans la basilique, saint Pierre dans la basilique et à la crypte, avec sa statue de bronze comme à Rome, saint Jean l'Evangéliste à la basilique et à la crypte, sainte Madeleine dans la grotte des Espélugues, que domine le chemin de la croix.

Le moyen âge arrive à son rang et démontre, par un choix de ses élus, la continuation de la grâce et de l'œuvre divines.

Saint Dominique, saint Simon Stock, serviteurs favoris de la Vierge, gratifiés du rosaire et du scapulaire, symbolisent cette double donation, l'un dans la basilique et sur le fronton de l'église du Rosaire, l'autre dans la basilique.

Saint François d'Assise , saint Antoine de Padoue , saint Bernard , saint Bertrand de Comminges arrêtent ailleurs le visiteur et sollicitent sa prière.

L'âge moderne est figuré par saint François Xavier, sainte Germaine Cousin , saint Vincent de Paul , saint Benoît Labre.

Ainsi que les dogmes de la foi, les personnages ctlèbres i>ar lenr foi et lenr dévotion à Marie sont rassemblés à Lourdes, et composent la cour mystique de la Vierge immaculée.

Les verrières de la basilique ont une signification plus précise. Elles déroulent, par l'image peinte, l'histoire de Tlmmaculée Conception, que nous avons essayé de raconter au moyen de la parole écrite.

Dix -neuf grands vitraux de la nef prennent le dogme au Paradis terrestre et le mènent, pendant six mille ans, jusqu'à sa proclamation, en 1854.

Vingt-trois vitrao:s des chapelles latérales et absidales recommencent l'historique à Loui'des : ils débutent par la première apparition de la Viciée à Bernadette, pour se terminer au couronnement de l'Immaculée Conception, en 1876.

De cette façon Lourdes, en ressuscitant -le passé, vivifie le présent et- promet un avenir plus heureux encore. Dans ces lieux bénis, où se concentre notre religion, les grâces coulent avec la même abondance que l'eau de la fontaine miraculeuse : elles coulent sous forme de prodiges de toutes sortes, guérisons des corps, conversions des âmes, aussi extraordinaires les unes que les autres.-

Considéré à ce point de vue, Lourdes prend une physionomie dont la grandeur égale ou dépasse toutes les grandeurs de l'histoire. Sous la protection de

Marie , la ville où Marie a daigné descendre , la ville de rimmaculée Conception semble une seconde Jérusalem des apôtres, qui, favorisée par le successeur de Pierre, renouvelle le monde chrétien.

Les points de rapprochement sont multiples.

Comme dans la Jérusalem des apôtres, la prière est ininterrompue à Lourdes. Tous les jours de Tannée, à toutes les heures du jour et de la nuit, des groupes plus ou moins nombreux invoquent la mère commune et confient à sa sollicitude leurs demandes, leurs voeux, leurs projets, leurs espérances : tout ce qui fait l'objet des désirs et le but de l'activité humaine est incessamment rappelé , dans la ville de Lourdes, à la bienveillante attention de la Vierge sans tache.

Dans la Jérusalem des apôtres , l'Eglise au berceau se rassemblait et priait pour la délivrance de Pierre, son chef, prisonnier de l'ennemi.

Réunie à Lourdes de tous les points du globe , une fraction de l'Eglise, parvenue à sa maturité, prie encore pour la délivrance de son chef, prisonnier de l'ennemi.

Toujours faible et vaincu en apparence, souvent captif, le chef de l'Eglise demeure en réalité toujours vainqueur et il attire tout à lui, semblable à son maître Jésus- Christ.

Comme dans la Jérusalem des apôtres , le miracle , récompense de la prière, est ininterrompu à Lourdes.

Chose inouïe! les médecins appliqués, près des piscines, à constater scientifiquement la résurrection merveilleuse des corps, sont aussi occupés que les

confessenps appliqués à la résurrection des âmes. El tel est le nombre de ces guérisons surnaturelles, qu'il a fallu leur consacrer des annales périodiques où elles sont, nous l'avons dit, l'elevées et classées soigneusement.

Quant aux guérisons d'une autre sorte, elles reslenl le secret de Dieu et de ses ministres.

Comme dans la Jérusalem des apôtres, la prédication ininlerrompne à Lourdes stimule la prière, provoque le miracle.

Témoins de la vie et de la mort du Clirist, obéissant à l'ordre du Christ, les douze apôtres partirent du premier cénacle pour aller dans tout le monde enseigner toutes les nations '.

Toutes les nations enseignées viennent à Lourdes démontrer raccomplisaemenl de cet ordre surhumain ; et leurs mandataires, successeurs des apôtres, l'exécutent à leur tour dans d'étonnantes proportions. Us viennent des extrémités du monde, des iles les plus lointaines, des continents les plus cachés de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique, de l'Amérique et de rOcéanie. Chaque peuple envoie ses représentants, cardinaux, évêques, prêtres, religieux, missionnaires de tout genre, multipliés à l'inHnî; et chaque nouvel apôtre, évangélisant dans les églises ou montant dans la chaire voisine de la grotte, en plein air, sous la voûte du ciel, répète sans changer un mot l'enseignement de Pierre et le Credo qui suivit sur la place de Jérusalem la résurrection du Sauveur ; il annonce le

' Eunles in mundum universui» prsdicale evangelium omni creutarm. S, Marc, ch. Jivi, v. 15. — Docele omneu gentei. S. Matthieu, fh. ixviii, V. 19. ^ Er'Uii mUii lestes aaquead uUimum lerr^. Actes (les Apôlres, ch. i, v. 8.

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même Jésus crucifié, le même Dieu ressuscité, la même Vierge mère, sainte et médiatrice, les mêmes mystères de sacrifice et d'amour qui auraient succombé dès le premier jour sous les attaques et les risées, s'ils n'avaient eu un point d'appui divin.

Comme à Jérusalem, les auditeurs appartiennent à tous les peuples de la terre : la doctrine arrive aux oreilles de toutes les nations qui sont sous le ciel, ex omni natione qui sub cœlo est^\ toutes entendent, avec la glorification du Fils, une louange nouvelle de la Mère immaculée ; et si le miracle des langues ne se produit plus sur les lèvres des prédicateurs, un miracle aussi grand lui succède et fait servir, par une prodigieuse interversion , toutes les langues de la terre à la publication de la même éternelle vérité.

Comme dans la Jérusalem des apôtres, sous l'effet de cette parole entraînante , le respect humain , qui a fait reculer tant d'âmes en ce siècle, a honte de lui-même. Chaque pèlerin le foule aux pieds, et n'a plus d'autre souci que de plaire à Dieu et d'invoquer Marie. On voit des groupes entiers s'agenouiller, les bras étendus, réciter tout haut des prières, se mêler aux chants et aux gémissements, et reproduire le spectacle que nos églises et nos cités offraient jadis aux grands jours de foi et de pénitence publique.

Confondus au milieu des gens simples et humbles, les plus hauts, les plus glorieux personnages donnent l'exemple de la ferveur et de l'adoration.

Comme dans la Jérusalem des apôtres, « la mul-

^ Actes des Apôtres, chap. ii et siiiv.

lilmle de ceux qui croieiiL n'a qu'un cœur et tine

âme '. '■>

Ainsi la foi de tous se réveille, l'espérance s'affer- I mil, la charité s'enflamme : toutes les vertus chré- ! tiennes a'exerceut, se fortifient l'une par l'autre pour concourir à l'édification universelle.

Cliacun relate ce qui se fait cliez lui, ce qu'il apprit sur son cliemin ; et ces informations , venues de tous les horizons, ajoutent â la constance, au zèle des auditeurs, en les initiant aux triomphes d'une religion qui couvre et gugne l'univers.

Le contrecoup n'est pas moins sûr.

Comme les païens de Jérusalem convertis par les apôtres préparaient les voies du Seigneur en rapportant dans leur pays d'Europe, d'Asie, d'Afrique ce qu'ils avaient vu et entendu ; de mi}me les pèlerins de Lourdes, convertis ou raffermis par ce qu'ils ont vu et entendu , propagent le feu sacré dans les pays où ils retournent.

Chaque malade guéri, chaque voyageur réconforté garde avec lui le parfum de Lourdes qui retrempe ou purifie son voisinage.

Ainsi la ville sainte de Marie ne soulage pas seulement les souffrances physiques et morales; elle ranime et répand au loin la sève du christianisme. Du nouveau cénacle comme de l'ancien , de Lourdes comme de Jérusalem sort, il faut le répéter, un christianisme rajeuni qui rajeunit toutes choses et qui a son foyer dans le cœur immaculé de la mère des chrétiens.

# * Actes des Apôtres, chap. iv, 32.

Autre signe divin !

Le pèlerinage de Lourdes, loin d'éteindre ou d'effacer les autres pèlerinages anciens ou récents par son éclat exceptionnel , les a tous restaurés ; et tous , bénéficiant du triomphe de Lourdes , contribuent à la résurrection .

L'œuvre de Lourdes complète de la sorte les bienfaits de Marie dans l'Église catholique, et elles les couronne par une action de plus en plus féconde.

On va à Lourdes avec plaisir ; on y séjourne avec bonheur ; on s'en éloigne avec tristesse ; on y revient avec joie ; et le souvenir vous en reste comme d'une vision du paradis.

Ce que les anciens juifs disaient de leur Jérusalem, les chrétiens héritiers des juifs peuvent le redire de Lourdes , et le chant du psalmiste ne s'appliquait pas mieux à l'une qu'à l'autre :

« Oh I la bonne nouvelle qui nous a tous remplis de joie : nous allons à la cité sainte ;

« Et voilà que nos pieds foulent déjà les parvis sacrés !

« C'est la ville entourée de collines et de montagnes ; .

« La paix du Seigneur ne cesse d'y régner.

« Combien de choses glorieuses ont déjà été dites d'elle!... »

I pèlerio de Jérusalem purlail ainsi en foulanl « lee parvis sacrés » .

■■' Et quand il s'èloigiiail on l'entendait s'exclainei : c Heureux ceux qui ont In leur demeure tous lea , JOOTB de leur vie !

« Ils jouissent des véritables biens ; : « Que ma main droite se dessèche si jamais je l'oublie ; , « Que ma langue reste îminobile t^i je ne me sou- ■ TÎeils partout de toi' ! »

A trois mille ans de distance, le même souffle d'en haut suscite les mêmes explosions, et la « cité sainte » moderne renouvelle les prodiges figuratifs de la première '. .* -4

Gardienne vigilante, Bdèle écho des communications célestes, la liturgie a mis dans la bouche de la Vierge des paroles qui achèvent le sens des précédentes :

« Ma puissance est établie à Jérusalem sur la montagne de Sion. J'ai trouvé ma joie et mon repos dans la cité sainte, j'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur chérit et honore... Venez à moi, vous tous qui en avez au cœur le désir I Mon esprit est plus doux que le miel. Celui qui m'écoute ne sera pas confondu. Celui qui agit par moi ne péchera pas. Celui qui me glorifie aura la vie éternelle. La mémoire de mon nom ne saurait périr '. ><

Les croyants du monde entier donnent incessamment à ces textes bibliques une consécration solennelle.

' Livre des Psaumes.

* Voir dans les Annales les discours d'adieu.

^ Livre de l'Ecclésiastique, chap. ixix.

CONCLUSION 32ii

Les trains démesurés de pèlerins, malades ou bien portants, qui traversent périodiquement la France, l'Europe, le globe, au chant des hymnes, le chapelet à la main, répondent à Tappel de la Vierge : ils forment un tableau inconnu de nos pères qu'aucun contemporain n'aurait osé rêver. Ils sont la revanche du siècle dernier, la garantie du siècle prochain. Ils sèment le surnaturel sur leur route, et régénèrent la terre au bruit des acclamations qui montent vers rimmaculée Conception*.

Jamais l'assistance maternelle de la Vierge, traditionnellement célébrée par les Pères, les docteurs et les saints, n'a brillé comme à la suite de sa venue à Lourdes; et jamais l'amour enthousiaste des chrétiens n'a mieux réalisé la prophétie du Magnificat où la mère de Dieu annonce sa gloire éternelle à travers les générations.

La foi, l'apostolat, les miracles des premiers jours n'avaient pas une telle envergure : ils n'allaient pas à la vapeur comme les nôtres, et ne touchaient pas en un clin d'œil d'un bout du monde à l'autre.

C'est pourquoi l'on peut dire que les manifestations dé Lourdes dominent les temps modernes et sont un des faits les plus considérables de l'humanité depuis mille ans et plus. Lourdes animé par Marie est en

* L'affluence des pèlerins belges notamment est si considérable, que le gouvernement du roi Léopold V^^ a voulu nommer un représentant officiel à Lourdes, afin de pourvoir aux besoins de ses nationaux. Le choix s'est porté sur un catholique notable, M. Emile Christophle, chef brancardier de l'hospitalité de Notre-Dame de Lourdes, qui a obtenu l'agrément de Tadministration française.

Voilà donc la ville de l'Immaculée Conception érigée en métropole reconnue par un gouvernement étranger. D'autres gouvernements seront forcés d'imiter cet exemple.

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voie de tranHlnnuer TuFiivcrEi. Le eiècle de l'Immaculée Conception se révélant à Lourdes est devenu le siècle d'une renaissance qu'on ne saurait trop considérer.

Appendice logique de l'histoire de l'Immaculée Conception développée dans le présent ouvrage, l'hifrtoire de la renaissance catholique, œuvre de llmmaculée Conception, uous sollicite désormais. Elle fera l'objet d'un dernier travail consacré aux opérations miséricordieuses de la A'ierge k notre époque.

Nous entrerons ainsi dans le cadre et l'esprit de la bulle Inejfabilis , qui a prédit ce qui se passe et nous a toujours guidé. Interprète <i des espérances conçues par les saints à l'occasion de celle proclamation dogmatique )) ' elle se termine par un cri de confiance et d'espoir que uous voulons reprendre et montrer vérifié journellement, dans un prochain livre, sous ce titre : I'Imm-^culée Conception et la renaissance

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