ADRESSE DE M. L'ABBÉ SIRE
PRÉSENTAHT A N. T. S. P. LE PAPE PIE IX LA GOLLECmON COMPLÈTE DES TRADUCTIONS BENFERMÉES DAHS LA BIBUO- THÈQUB MONUMENTALE DE LA BULLE € INEFFABILIS > (1867).
Très Saint-Père ,
J'avais le bonheur, en 1862, de dédier à Votre Sainteté, par l'entremise de Mgr de Morlhon, une vaste eollection historique et théologique des documents relatifs à votre acte infaillible du 8 décembre 1854, et recueillis de 1854 à 1860 pour être donnés à la cathédrale insigne de Notre-Dame du Puy.
J'avais en même temps le bonheur d'annoncer à Votre Sainteté qu'il m'était permis de commencer, pour la donner au Vatican, une collection linguistique et artistique non moins considérable des traductions de la bulle Ine/fabilis.
Encouragé par votre bénédiction apostolique et par l'accueil le plus paternel fait à ces deux travaux, je poursuivis avec confiance ce nouveau recueil, et je pus, dès 1865, avec mon supérieur d'alors, M. Caval, en offrir à Votre Béatitude les prémices.
Selon votre désir et avec le secours d!un premier bref, je fus en mesure d'apporter à Rome, pour la fête grandiose du centenaire de saint Pierre, le 29 juin 1867, la plus grande partie de l'œuvre entreprise, et c'est alors que Votre Sainteté, frappée de la splendeur de ces ma-
nuscrits admirablement ornementés, non moins bien reliés, daigna tout d'abord les considérer comme un vrai monument de la définition de foi , puis leur assigner une place au milieu de la salle dite de Tlmmaculée Conception, m'autorisant à leur préparer un beau meuble digne de cette place d'honneur.
Depuis lors, très Saint -Père, fortifié par une nouvelle bénédiction apostolique et par un nouveau bref, je n'ai cessé, vous le savez, d'augmenter le nombre de ces traductions manuscrites , de les embellir et de rendre de plus en plus riches, de plus en plus intéressantes leurs reliures, de façon à avoir un tout bien achevé quand le moment serait venu de vous l'offrir . Ce moment fut retardé, en 1870 et 1871, par les épouvantables malheurs de Paris et de la France , dont le contre-coup ne se fit , hélas ! que trop sentir dans la capitale du monde chrétien. Et il ne fallut rien moins, je l'avoue, que la maternelle bénédiction de Notre-Dame de Lourdes trois fois renouvelée, le 13 août 1873, 1874 et 1873, pour me donner la confiance de commencer et le bonheur de mener à sa fin ce beau meuble ou bibliothèque monumentale, dont l'exécution, par suite des circonstances, était devenue très difficile, sinon impossible.
Mais plus les obstacles à vaincre parurent d'abord insurmontables, plus il m'a été facile, par cette triple bénédiction , de les surmonter et de les changer en moyens de succès. 11 semble vraiment qu'une main invisible, aussi douce que puissante, dirigeait tout l'ensemble comme tous les détails de cette œuvre, non seiJement pour le meuble, auquel chacun se montrait jaloux, à votre exemple, de prendre part, mais encore pour le plus digne achèvement de la collection.
Aussi plusieurs des cinquante derniers volumes, et spécialement celui qui renferme, avec les diverses traductions pyrénéennes, l'hommage de l'heureux pays visité en 1858 par la très sainte Vierge, dépassent-ils en magnificence tous les autres.
J'ai cru devoir leur donner pour couronnement ceux
qui reproduisent la constitution du concile romain sur l'iofiiillibilité papale (1870), le décret pontifical sur saint Joseph prolecteur de l'Iîglise (1870), enGn la direction donnée par le Saint-Siège à tous les chrétiens pour leur consécration personnelle au sacré Cœur (1875), J'ai donc, très Saint-Père. — yirtgl-deux ans après la définition dogmatique du 8 décembre 1 838 , ^- dans la trentième année de votre pontificat , soumis à tant d'épreuves mais plus encore béni de Dieu, a la veille du cinquantième anniversaire de votre consécration èpiscopale, l'inexprimable consolation de vous offrir & peu près complète une œuvre depuis si longtemps commencée, oîi j'ai voulu honorer et faire honorer le plus possible, par tout l'univers, votre parole infaillible relative au mystère le plus cher à Marie.
Puisse ce monument, que je mets à vos pieds comme un gage de ma religion envers ma souveraine maîtresse, la très sainte Mère de Dieu, la très auguste reine du monde, et envers le représentant de son divin Fils, rester inviolable dans un palais si menacé, pour montrer aux âges futurs ce que l'on a su faire dans le nôtre pour la gloire de la Vierge sans tache!
C'est le vœu que fait , très Saint-Père , du plus profond de son cœur, le plus petit mais non le moins dévoué de vos fils, et il l'a confié, le jour de sainte Anne, à Marie, là même où elle est venue nous dire : " Je suis l'Immaculée Conception. >
Marie -Dominique Sire,