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ET IMMACULÉE VIERGE MARIE

La lettre pastorale qu'on va lire, publiée sur la demande de Pie IX par Mor Pecci , archevêqueévêque de Pérouse, dans le but de consacrer son diocèse « à la très sainte et immaculée Vierge Marie », forme un magnifique pendant à la bulle Ineffabilis. L'une suit et confirme Fautre,- tout en justifiant nombre d'assertions exposées dans cet ouvrage.

L'histoire de l'Eglise, il faut le répéter, ne présente pas d'exemple plus instructif que l'accord de

S7a APPENDICES

ces deux grands ponlifes, s'enllanimant l'un raude, et niellant successivement leur sceau sur la même vérité divine et le même mystère adorable.

JOACHIM PFXCI

Tout le monde Je reconnaît, N. T. C. F., les maux qui aiïligent le peuple chrétien vont s'aggravant de plus en plus; les pièges tendus ù votre foi sont de plus en plus nombreux, et toujours plus implacables et plus violents les coups portés à Tintégrité et à la pureté des mœurs. De l'avis de tous , il n'y a plus de remède efHcace , de salut à espérer qu'en une inter\'ention particulière de la Providence divine. De là vient que, dans toute l'Eglise, on multiplie les prières, on a recours à des exercices pieux, dans le but d'obtenir du Ciel cette faveur signalée ; et c'est pourquoi tous les pasteurs du troupeau de Jésus- Christ sont animés d'un saint désir de procurer aux brebis confiées à leurs soins une protection puissante et un refuge assuré.

Une année s'est déjà écoulée depuis que nous avons consacré notre ville et notre diocèse tout entier au sacré Cœur de Jésus; nous nous réjouissons k cette pensée, car ce divin Cœur est le rocher inébranlable défiant tout assaut, la terre du refuge sur laquelle s'efforcent en vain de faire irruption la fureur et la ruse des assaillants. Or, comme Dieu a voulu , dans un dessein de sa sagesse , que la (glorieuse Marie toujours vierge fût associée à Jésus- Christ dans l'œuvre de la rédemption , ainsi c'est par une disposition divine que les mérites de Jésujs-Christ sont appliqués aux hommes par l'intercession de cette même Vierge. Voilà pourquoi elle est la dépositaire des trésors de la grâce céleste, et ses mains sont chargées de nous les départir. Persuadé de cette vérité, nous avons cherché en toutes circonstances à augmenter la dévotion de notre peuple envers la sainte Vierge, afin d'attirer sur

notre ville et sur notre diocèse sa protection et ses faveurs. Mais, à présent que nos besoins se font plus pressants, il est nécessaire que la miséricorde de la Mère de Dieu s'emploie d'autant plus à nous consoler et à nous venir en aide. Et nous nous réjouissons que la Providence nous ait fourni une occasion très opportune d'honorer la Vierge immaculée en lui consacrant solennellement notre ville et notre diocèse le jour même de la fête de l'Immaculée Conception.

Il est bon que vous le sachiez pour votre consolation spirituelle, N. T. C. F., lorsque au mois de février dernier nous nous sommes rendu à Rome pour vénérer le tombeau des Apôtres et témoigner notre soumission , notre filial respect à l'auguste pontife, nous l'avons supplié, eu égard à la dévotion spéciale et au culte très ancien qu'on rend à l'Immaculée Conception de la sainte Vierge dans ce pays, de daigner nous accorder le privilège que cette fête fût désormais toujours précédée d'une vigile , et élevée au rit de première classe dans la ville et le diocèse de Pérouse. Sa Sainteté a accueilli notre prière avec bienveillance , et dans un rescrit apostolique en date, du 13 mars 1873, il nous a accordé la faveur sollicitée à condition que nous consacrerions la ville et le diocèse à Marie, invoquée sous le titre de l'Immaculée Conception. Heureux de remplir une condition très agréable à notre cœur, nous venons aujourd'hui vous annoncer que nous accomplirons ce grand acte religieux le 8 décembre prochain , et vous communiquer en même temps les dispositions concernant les cérémonies et les fêtes qui seront célébrées à cette occasion.

Il n'est certainement pas nécessaire de recourir à de vives exhortations pour vous stimuler à rendre à Marie immaculée un hommage auquel la piété de votre cœur et votre dévotion à son égard vous portent tout naturellement. Notre âme éprouve une grande consolation à se souvenir avec quels transports d'amour, avec quelle pompe, avec quelle solennité religieuse on célébra , dans cette

ville et dans ce diocèse , pendant une année presque tout entière, Tlmmaculée Conception de Marie, aussitôt que Toracle infaillible du Vatican eut proposé ce dogme à la foi de tous les catholiques. Nous n'ignorons pas que cette dévotion n'est pas d'origine récente parmi vous , mais que vous Tavez reçue en héritage de vos pères. Ceux-ci, en effet, depuis Tépoque la plus reculée, rendirent à l'Immaculée Conception Thommage de leur culte et de leur vénération, et nous avons dans notre ville plusieurs images très anciennes de la sainte Vierge, invoquée et honorée sous ce titre.

Mais, pour exciter encore davantage votre piété filiale à son égard, laissez-nous d'abord vous rappeler, N. T. CF., que la consécration à laquelle nous vous invitons est un acte qui vous ennoblit et vous honore. En effet, en vous consacrant à la Vierge immaculée, vous dirigez toutes les pensées de votre esprit , les sentiments de votre cœur, les œuvres de vos mains vers la plus excellente des créatures; vers celle qui, dès le premier instant de son existence, a été l'objet de toutes les complaisances et de toutes les préférences de Dieu ; vers celle qui surpasse toutes les créatures par sa sainteté, par sa dignité, par sa puissance. A d'autres la satisfaction de consacrer leur cœur à de viles affections qui les dégradent et les rendent abominables aux veux du ciel. Pour vous, votre gloire sera de vous consacrer à cette Vierge bénie, à laquelle le Fils de Dieu n'a pas dédaigné de se soumettre en s' incarnant dans son sein. Quelques hommes tiennent à honneur d'appartenir à des personnages illustres par leur noblesse, remarquables par leur puissance, mais c'est un honneur bien plus digne d'envie d'appartenir à Marie, la reine du ciel et de la terre, à Marie que sa conception immaculée, sa maternité divine et les autres prérogatives dont elle est ornée élèvent à la plus sublime dignité.

D'ailleurs, c'est un devoir pour des fils dévoués de se consacrer à elle, à cause de sa double qualité de mère et co- rédemptrice du genre humain. Et, en effet, à qui

les enfants appartiennent-ils plus spécialement, sinon à leur mère? Qui a plus de, droits sur les esclaves rendus à la liberté que celui-là même qui les a rachetés? Et Marie est vraiment la mère de tous les fidèles, car le Rédempteur mourant les lui donna pour fils dans la personne du disciple bien -aimé, et elle les reçut sur son cœur avec la plus tendre sollicitude. Ce n'est pas tout : elle a vraiment concouru à solder le prix du rachat de rhumanité, en donnant son consentement à la passion et à la mort de son Fils unique, et c'est ainsi que les hommes ont été délivrés de l'esclavage et rendus à la liberté. Par conséquent, si tous les disciples du Christ appartiennent à ce double titre à la sainte Vierge, l'amour filial, la reconnaissance leur fait un devoir de reconnaître les droits qu'elle a sur eux , en se consacrant à son service et à son culte. Et ils j sont d'autant plus obligés que beaucoup de fils dénaturés oublient de nos jours l'amour immense de cette tendre Mère, et ont l'audace de s'insurger contre elle, d'en méconnaître les prérogatives, de la couvrir d'outrages, de mutiler ses images et d'attaquer son culte.

Arrêtons un instant notre attention sur les fruits salutaires , les heureux résultats que produira , nous en avons l'assurance, la consécration du diocèse à Marie immaculée. Deux motifs font naître de nos jours de grandes craintes et causent de douloureuses angoisses au sein de la chrétienté : la guerre cruelle qu'on fait à l'Eglise catholique, dans son chef et dans ses membres, et le courroux de la justice divine, sans cesse provoqué par les iniquités de toute sorte et sans nombre qui outragent chaque jour la majesté du Très-Haut.

La protection de la Vierge immaculée , que l'acte solennel de notre consécration va attirer sur nous, calme grandement ces craintes. Les malheurs qui aflligent le peuple chrétien , l'individu , la famille , la société , ont tous pour origine la jalousie de Satan; sa haine ne peut souffrir de Voir l'humanité favorisée de Dieu, au point d'être appelée à occuper les trônes laissés vides par la chute des anges rebelles. La guerre qui nous est faite revêt toutes

les formes : UntAt c'est la violence ouverte, taijtôt c'est la perfidie et la ruse ; maintenant on cherche h corrompre la foi, tout à l'heure on s'eiforceia de porter atteinte à k pureté des mœurs; mais c'est toujours le même ennemi qin est l'auteur de tout le mal, c'est toujours le même but qu'il poursuit : la ruine éternelle des âmes rachetées par ie sang de Jésus-Christ. Et dans celte guerre, qu'aujourd'hui tant de fureur excite, ni la violence féroce, ni la ruse perfide ne font défaut; on n'épargne pas la foi, on ne respecte pas la morale, tout est battu en brèche, tout est ruiné par la base. Les auteurs immédiats d'un combat si acharné sont sans doute des hommes corrompus et pervers; divers motifs les poussent à poursuivre, avec une rage féroce, l'œuvre de destruction et de ruine; mais un seul esprit les anime et les dirige, c'est l'esprit de Satan, qui se sert d'eux comme d'autant d'instruments pour arriver à ses tina.

Oc, ponr Téprimer la r^e d'un enoemi si torriUe, quelle puissance la Providence nons ofifre-t-elle? Quel est le bras destiné à briser son orgueil? La sainte Écriture nous l'indique en termes précis , dans ce passage où elle raconte que Dieu maudit ainsi le serpent infernal qui, par ses suggestions , venait d'entraîner la première femme dans une désobéissance fatale : J'établirai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta race et sa race, elle t'écrasera la tête <. 11 n'y a pas de doute, de même que dans le serpent maudit de Dieu nous devons reconnaître le démon, et dans sa race tous les méchants qui l'imitent, de même dans la femme prédestinée il faut voir, avec tous les Pères, la Bgure de la Vierge Marie, et dans sa race Jésus-Christ notre Rédempteur. Ainsi, dans les paroles que Dieu prononça , au moment solennel oii il préparait ses plans miséricordieux pour la rédemption de l'humanité déchue , on voit se manifester clairement les desseins de la sagesse divine ; elle a voulu que, dans la lutte

incessante du bien et du mal, de Jésus et de Satan, Marie, unie à son Fils unique, intervînt en faveur des fidèles, et obtînt une victoire complète sur l'ennemi du genre humain. Et, en effet, qui donc mieux que Marie, demande saint Bernard , pouvait remporter une semblable victoire?

La très sainte Vierge ne tarda guère à triompher de son ennemi. Dès le premier instant de sa conception , elle commença à le mettre en fuite; car dès ce moment, par la vertu des mérites futurs du Rédempteur, elle fut préservée de la faute héréditaire et revêtue de la justice originelle. Prédestinée dans les desseins de Dieu à combattre avec son Fils la puissance de Lucifer et à la détruire, elle ne pouvait en aucune manière, même dès le premier instant, tomber sous sa tyrannie; car autrement elle eût été non son ennemie , mais pendant un certain temps son esclave, et le démon aurait pu se vanter de l'avoir une fois dominée et vaincue. Mais Dieu ne l'a pas voulu; la voix infaillible de l'Eglise nous en a donné l'assurance, il y a aujourd'hui vingt ans, en proclamant solennellement , par la bouche du pontife romain , en face du monde catholique tout entier, l'Immaculée Conception de Marie. Ce fut là un triomphe merveilleux, dont aucune autre créature n'a pu se glorifier jamais. De tous les enfants d'Adam, Marie est la seule sur laquelle l'enfer ne peut prétendre aucun droit; elle est le lis au milieu des épines, la colombe d'une blancheur éblouissante dont aucune tache n'a jamais terni la pureté.

Ce premier triomphe, cette brillante victoire de la sainte Vierge sur l'ennemi , devait être le principe et le gage de beaucoup d'autres que TEglise allait remporter sur l'enfer dans le cours des siècles. Comment pourrait- il en être autrement? Si Dieu a donné à Marie la puissance de triompher du démon dès le premier instant de son existence, lie pourrait -elle plus le mettre en déroute après que toutes les faveurs du Ciel ont été répandues sur elle sans mesura, et depuis qu'elle est devenue la reine de tout l'univers créé? Sa puissance n'a fait que s'accroître.

et c'est pourquoi, dès que le dogme de rimmaculée Goneeption de la sainte Vierge a été défini, il s'est produit aussitôt parmi les fidèles une persuasion unanime que Marie allait faire cesser la guerre cruelle que Ton &it à l'Église, et toutes les espérances chrétiennes reposent aujourd'hui sur la protection de la Vierge immaculée.

Pour tous ces motifs, il est manifeste que le seul fait de glorifier un privilège si signalé doit tourner à la honte de Satan, en lui rappelant une série d'humiliantes défaites*, d'autre part il n'est pas moins évident que rien ne saurait être plus agréable à Marie que de lui rappeler ses gloires les plus magnifiques et de l'inviter, par nos prières, à porter secours à ses enfants dévoués, à les protéger contre la rage de l'enfer et contre le courroux de Dieu. Or est-il ime manière plus excellente d'exalter la gloire de la Viei^ immaculée que de lui consacrer spécialement, par im acte solennel, un peuple, tout entier de fidèles? Par cette consécration, nous professerons solennellement, à la face de tout l'univers, notre croyance en un dogme très consolant, nous témoignerons une vive confiance à l'égard de celle qui est notre sauvegarde et notre refuge, nous manifesterons enfin un ardent amour pour cette Vierge, au service de laquelle vont se vouer des milliers de cœurs chrétiens.

Et comment donc, après une offrande si agréable, Marie pourrait-elle refuser de répandre largement ses faveurs sur notre diocèse, au milieu des épreuves que lui causent, d'une part, la haine de l'enfer, et de l'autre la justice divine irritée? Oui, grâce au secours de notre souveraine immaculée, cette foi pure, vive, active, qu'elle conserva toujours intacte dans son cœur, ne tardera pas, nous en avons la certitude, à refleurir au milieu de notre troupeau; grâce à Marie toujours Immaculée, on verra renaître dans les individus, dans les familles, dans la société, la pureté des mœurs et l'honnêteté de la vie. Elle fera descendre les plus douces consolations dans le cœur du pontife persécuté qui, en la proclamant conçue sans péché, a donné comme une nouvelle splendeur à sa gloire; elle

comblera les vœux ardents du cœur magnanime de Pie IX en donnant à l'Église toujours attaquée la paix, la liberté, le triomphe. Son intercession toute -puissante auprès de Dieu, qui dès le premier instant de son existence Ta comblée de ses prédilections et de ses faveurs, arrachera des mains de la justice divine irritée les redoutables fléaux qui nous menacent, ou du moins, si Dieu nous frappe, elle fera tourner ces châtiments à notre avantage et à notre salut.

Et notre confiance s'accroît encore à la pensée que cet acte de consécration coïncidera avec l'exposition du saint Anneau y que nous avons le bonheur de possédera C'est là un gage assuré de la prédilection de Marie pour notre ville : on peut le dire, Pérouse, par sa foi, par son amour, grâce à cet anneau, lui fut, pour ainsi dire, unie en mariage, et mérita d'être appelée à bon droit la cité de Marie. Les annales de la patrie en font foi, et vous pouvez vous-mêmes en rendre témoignage : toutes les fois que, dans des circonstances difficiles, vous avez invoqué la Vierge en vous prosternant devant cette relique vénérée , vous avez obtenu d'elle des secours prodigieux ; grâce à elle, la foi et la piété se sont conservées parmi vous, la peste a cessé, les tremblements de terre ne vous ont causé aucun dommage, la fécondité a été donnée à vos campagnes, les fureurs de la guerre se sont apaisées. Or maintenant que vous allez, par un nouveau lien, vous rattacher à Marie en vous consacrant à elle , et en faisant le serment solennel de lui demeurer toujours fidèles, vous

* Pérouse, en efTet, se glorifie de posséder Tanneau de mariage de la sainte Vierge. Il fut donné à la cathédrale en i472 par le frère \Yinther, de Mayence, mineur conventuel, qui, dit-on, l'avait dérobé à l'église des Franciscains de Chiusi. Il est depuis ce temps l'objet d'une grande vénération dans une chapelle de la cathédrale que Mff"^ Pecci, pendant son épiscopat, a fait décorer d'un très beau vitrail.

(Note de l'abbé Lury, chapelain de Saint -Louis -des -Français, dans son introduction aux œuvres pastorales de Son Ëminence le cardinal archevêque de Pérouse, 1888.)

la verrez , dans les malheurs actuels (vous ne pouvez en douter), incliner sur vous ses regards bienveillanis et oxivrir ses mains miséricordieuses pour vous combler de ses faveurs.

C'est pourquoi, afin que cette consécration à la sainte Vierge produise les fruits salutaires que nous en attecdons, il est nécessaire que chacpje fidèle s'unisse de toute son finie à notre acte et le ratiflc dans son cœur. La consécration que nous allons faire à Marie ne serait qu'une cérémonie inutile, nous en sommes intimement convaincu, si cliacun de vous n'y prenait part, d'un cœur généreux et sincère; aussi nous ne saurions trop vous exhorter à lui faire une olîrande de \'ous-mémes entière et irrévocable. Entière, car offrir à Marie un cceur dans lequel le monde et le démon auraient leur part, ce serait outrager la dignité et l'excellence de celle qui surpasse toute autre créature au ciel et sur la terre. Irrévocable, puisque c'est une profanation que d'employer à des usages vulgaires ce qui a été une fois'consacré au Seigneur,

Mais ne l'oubliez pas, N. T. C. F., les liens plus étroits qui , par suite de cette consécration , vont vous rattacher à Marie , vous imposeront k tous l'obligation de profiter des enseignements salutaires que renferme un dogme si consolant. Et d'abord si, d'une part, l'Immaculée Conception de Marie fait le plus grand honneur à notre race, qui possède en elle une femme revêtue d'ime pureté incomparable et de la plus sublime dignité, d'autre part elle nous rappelle à quelle misérable condition la nature humaine avait été réduite par le péché originel. En effet, dépouillée des dons de la grâce, obscurcie dans son intelligence, affaiblie dans sa volonté, déchirée par les révoltes de la concupiscence, la nature humaine se trouvait à ce point corrompue jusqu'en ses racines les plus profondes , qu'il fut nécessaire de recourir à un privilège sans exemple pour qu'une créature humaine fût conçue dans la justice originelle. Et ce privilège fut uniquement accordé en vue des mérites futurs du Rédemp-

teur, qui avait résolu de prendre la forme humaine dans le sein de cette créature privilégiée. Ah! comme ils sont à plaindre ces insensés, si nombreux de nos jours, qui, se complaisant en eux-mêmes et s'enorgueillissant de Texcellence de leur nature, mettent en elle toute leur confiance , et , dans leur monstrueuse ingratitude , méconnaissent et repoussent le bienfait sublime de la rédemption !

Pour vous, N. T. C. F., persuadés que la nature humaine, dans Tétat de déchéance où elle se trouve, tire toute sa vraie noblesse et sa véritable grandeur des mérites du Dieu fait homme, venu en ce monde afin de nous racheter par sa passion et par sa mort , fermez Toreille aux malignes insinuations de ceux qui voudraient bannir la foi, supprimer la rédemption, pour leur substituer les aberrations de leur propre raison. Gardez -vous d'imiter leur conduite, ne faites point un tel outrage à l'auteur de la grâce, qui peut seul vous affranchir des misères de la nature; et aimez TEglise, puisque c'est à elle que le Christ a voulu confier la mission de continuer jusqu'à la consommation des siècles l'œuvre de la rédemption.

Que le dogme de l'Immaculée Conception vous apprenne aussi quel inestimable trésor est la grâce de Dieu : c'est la grâce qui rendit la sainte Vierge si agréable à Dieu, dans le premier instant de son existence, et si digne de recevoir l'hommage de toutes les créatures. C'est la grâce que Dieu souhaite de voir, avant tout, dans une âme; aussi ne chercha-t-il pas à combler de trésors et de grandeurs terrestres celle qui devait être sa Mère, mais il voulut épuiser sa puissance, sa sagesse et son amour, afin que la splendeur de la grâce et de la sainteté ne lui fît pas défaut un seul instant. Instruits par ces lumineux enseignements, apprenez, N. T. C. F., à garder avec le plus grand soin cette perle si précieuse de la grâce divine ; préférez-la à tous les trésors d'ici-bas, qui deviennent vils auprès d'elle; préservez surtout notre cœur du vice impur, en opposition manifeste avec l'intégrité originelle de Marie , à laquelle vous allez vous consacrer. Dans ces

conditions, la glorieuse Vierge vous acceptera comme ses enfants; elle couvrira de sa protection la ville et le diocèse tout entier; grâce à elle, le pasteur et le troupeau, délivrés des dangers de cette terre d'exil, se trouveront réunis dans la patrie pour exalter les miséricordes de Dieu et les bienfaits signalés de leur aimable Mère.

JoAcmM, card.-évéque.

Pérouse, 20 novembre 1873.

Suivent le dispositif pour Tacte de consécration de la ville et du diocèse de Pérouse, Tindult apostolique accordé à ce sujet, et la formule de consécration déterminée comme il suit :

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