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ALLOCUTION DE M«^ FREPPEL

EN l'honneur de NOTRE-DAME DE LOURDES

Nous avons eu soin de mentionner que Msfr Freppel devait assister et parler, en 1892, à l'inauguration des fêtes de Toffice consacré aux apparitions de Notre-Dame de Lourdes. Malheureusement la maladie, qui déjà condamnait au repos Tillustre évêque d'Angers et allait peu après l'emporter, ne lui permit pas de réaliser ce projet et d'ajouter un retentissant hommage à la gloire de Tlmmaculée Conception.

Mais Mgr Freppel , venu auparavant en pèlerin à la grotte Massabielle, avait prononcé^ le 5 juillet 1891, dans la basilique, en présence d'un brillant auditoire, une allocution marquée au coin de son génie et de sa foi profonde.

Nos lecteurs ne nous pardonneraient pas de les priver de ce morceau d'éloquence chrétienne, qui résume admirablement tout ce qu'on peut dire de Lourdes.

Mes Frères,

Je m'étais bien promis de ne pas prendre la parole pendant mon séjour à Lourdes, et de me renfermer dans une admiration silencieuse et muette, afin de conserver à ma visite le caractère d'un pèlerinage purement per-

sonnel et privé. Mais commeat me taire uomplèten sur les merveilles dont nous sommes ici témoins et ne pas traduire du moins en deux mots l'impression qu'elles produisent sur mon âme subjuguée et ravie?

Cotte impression est celle du surnaturel venant s'aflirnier en plein xix" siècle, en face du monde entier, sous une forme la plus éclatante et la moins contestable de toutes. Ce si&cle avait dit par la bouche de ses incrédules les plus fameus : Le surnaturel est impossible, le surnaturel n'existe pas; nous n'avons à nous occuper que de ce que nous pouvons voir, sentir, toucher, palper; le reste est indifférent. Et voilà qu'il a suffi de quelques paroles répétées par une pauvre enfant, ne sachant même ni lire ni écrire, pour mettre en émoi l'univers entier, pour appeler les foules des quatre points cardinaux dans ce coin perdu des Pyrénées et les placer eu face du plus étonnant des prodiges. Car c'est le fait de cette émotion, je devrais dire de cette commotion universelle, qui donne aux événements de Lourdes leur signification k part, leur caractère exceptionnel et unique. Lourdes , c'est la protestation de Dieu et de l'humanité chrétienne contre la grande hérésie de notre époque, qui est le naturalisme. Sans doute, c'est déjà une merveille que d'avoir fait sortir de teiTe et en si peu de temps ces temples magnifiques où l'on ne sait ce qu'il faut admirer davantage, de la grandeur et de l'unité du plan , de la correction des lignes, de la pureté des formes, de la grâce et de l'harmonie des contours, depuis les nefs qui plongent dans les profondeurs du sol jusqu'à cette flèche élégante et hardie qui semble vouloir porter jusqu'au ciel les hommages de la terre. Tout cela est, certes, de nature à faire réfléchir les plus prévenus ou les plus indifférents, surtout quand on mesure la distance qui sépare l'effet de la cause. Mais ce qui me frappe bien davantage , ce qui se dégage de ces grandes choses comme un fait moral d'une portée immense , c'est le monde entier venant prier à Lourdes, y proclamer sa foi en Dieu et dans le Christ Sauveur des hommes , sa confiance en la bienheureuse

Vierge Marie, y faire appel à la puissance et à la bonté divines, et opposer à la grande erreur de notre temps la plus éloquente et la plus splendide de toutes les manifestations. Voilà le miracle permanent de Lourdes, tel qu'il est venu se placer, indéniable et indiscutable , au milieu de Thistoire moderne.

Je vous laisse sur cette pensée, mes très chers Frères. Mais si le surnaturel se manifeste à Lourdes îivec un éclat incomparable, il faut que chaque pèlerin en ressente rimpression salutaire en fortifiant dans son ame la vie de la foi, la vie de la grâce, par la prière et par la réception des divins sacrements, (^est ainsi (jue Ton se prépare à la vie de la gloire , qui doit être le terme de nos destinées. Car, quoi que nous fassions, mes très chers Frères, pour retenir cette figure du monde ([ui passe, tout nous fuit, tout nous échappe, tout glisse entre nos mains. Nos années s'écoulent comme ces Ilots du Gave , qui passent sans cesse devant la grotte de Massabielle. Seuls nos mérites et nos bonnes œuvres demeurent pour Féternité bienheureuse qui en sera le couronnement. Ainsi soit-il.

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