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EN L'HONNEUR DE L'IMMACULÉE CONCEPTION

Un grand poète va se joindre maintenant aux papes, aux évêques , aux théologiens , et rendre hommage à la Vierge sans tache.

Désireux d'apporter sa pierre au Monument de la définition et son hymne à la gloire de Notre-Dame de Lourdes, Frédéric Mistral composa en provençal, sur la demande de M. Tabbé Sire, une pièce de vers intitulée : -ri V Immaculée Conception, qu'il a traduite récemment et envoyée au R. P. Nicolas, supérieur des oblats de Marie immaculée.

Nous en donnons, dans les deux langues, les premières et les dernières strophes où la source miraculeuse tient sa place.

bello Vierge Inmaculado Que dins lis astre enmantelado Tènes d'à ment lou mounge e nosti van trafé ,

G douço rèino de la Franco

Qu'em' un regard de benurauço Pos abouca l'infer et si rire trufet,

Di man indigno dou felibre

Recebe en grâci aqueste libre Ounte li gènt de Franco an estampa sa fe I

Sus chasque piue, sus chasco cimo Nosto nacioun crestianissimo

T'a dreissa de capello a ras di nivoulun; Touti li flour de si mountagno, De la Prouvenço à la Bretagne

Te hrulon soun encens; e tout soun aucelun

Te canto li set alegresso Qu'a Betelen i'aviés apresso , Quand bressaves loun fîéu agouloupa de lum.

Oh ! laus à tu , Maire dou Verbe I Ansin abaisses li superbe ,

Knaussant li pichoun a ti ped blanquinèu...

K sus li roco benesido Que pèr autar te siès chausido

A la pouncho dis Aup, au front di Pirenèu, Tan lèu prounouncies tis ouracle Tan lèu se mostron li miracle,

E ta fond rend la vido i malaut mourtinèu !

A rèire tu, sciènci proufano,

Kmé ta croie que s'afano A «,^nra li poudé dou mèstre ounnipoutènt

K t'afourdisses proun maduro

Pèn mestreja la j^rand naturo, A rèire I au founs di cor uno autro voues s'entend

Que, subre-naturalo, crido :

Avau la sciènci es desflourido, Amount au sen de Dieu la sciènci en flour se tèn î

Santo Mario, fais nous lume!

Que nosto raço noun s'embrume Dins l'embriagamen, dins lou fum e l'ourguei

De la matèri ! zou I estrasso De ti lusour la niue ne^rasso Que sus lou mounde entié lou mau escampo vuei

Emé toun lieu qu'as sus ta faudo lùica saunons, Maire, esbrihaudo Touti li maufatan que semenon lou jueiî

Mistral

O belle Vierg^e immaculée — qui, emmantelée dans les astres, — veilles sur notre monde et nos vaines ajjfitations, — ô douce reine de la France — qui d'un regard béatifique — peux confondre l'enfer et ses sarcasmes , — des mains indignes du félibre — reçois bienveillante ce livre — où les peuples de France ont imprimé leur foi !

Sur chaque puy, sur chaque cime — notre nation très chrétienne — t'éleva tes chapelles au ras des nues; — toutes les fleurs de ses montagnes , — de la Provence à la Bretagne , — te brûlent leur encens; et tous ses oisillons — te chantent les Sept Allégresses — qu'à Bethléhem tu leur as apprises, — quand tu berçais ton fils enveloppé de lumière.

Louange à toi , Mère du Verbe ! — Tu abaisses ainsi les superbes, — élevant les petits jusques à tes pieds blancs... — et sur les montagnes bénies — que tu Ves choisies pour autels,

— à la pointe des Alpes, au front des Pyrénées, — aussitôt prononcés tes oracles , — aussitôt les miracles se montrent — et ta source aux malades moribonds rend la vie !

Arrière, toi, science profane, — dont la présomption s'évertue — à ravir les pouvoirs du Maître tout-puissant — et qui t'affirmes assez mûre — pour imposer ton joug à la grande nature , — arrière ! au fond des cœurs une autre voix s'entend

— qui, surnaturelle, nous crie : « Là -bas la science est défleurie, — là -haut au sein de Dieu la science en fleur réside!

Sainte Marie, éclaircynous ! — Que notre race ne s'enténèbre pas — dans les ivresses , la fumée et l'orgueil — de la matière ! oui, déchire — de ta splendeur la nuit obscure — qu'aujourd'hui sur le monde entier le mal répand; — avec ton fils qui saigne encore sur ton giron , éblouis , ô Mère , — tous les malfaiteurs qui sèment l'ivraie I

8 décembre 1880.

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