DE NOTRE-DAME DE LOURDES
Quelques lecteurs seront peut-être bien aises de trouver, dans une sorte de mémorial ou tableau synoptique, le précis des traits saillants, dates, circonstances et paroles qui forment la trame des dix- huit apparitions de la Vierge à Bernadette et qui viennent de provoquer de si magnifiques commentaires.
Perdus à travers la masse ou coupés par le récit des autres faits, ces traits originels, source des événements prodigieux qui sont en train de régénérer le monde , ne peuvent que gagner à être présentés séparément dans leur mouvante unité et dans leur immuable relief.
La vision rapide des phases fondamentales de l'histoire de Notre-Dame de Lourdes achèvera des indications générales ou forcément sommaires, disséminées dans notre ouvrage, comblera quelques lacunes eau-
séo« par la marche de Tidée mère , et pourra servir iitilemcnl de rappel et de guide.
Marie qui remplit la création, en promesse ou en réalité , depuis le Paradis terrestre jusqu'à nous , annoncée par le ïrès-IIauA, prédite expressément par Isaïe, attendue par tous les peuples, voit aujourd'hui sa gloire, prophétisée par elle-même, prendre à Lourdes un rayonnement tel qu'on ne saurait assez considérer ni honorer le centre divin d'où il émane.
Le siècle justement appelé de la Vierge, qui a vu Tapparition de la médaille miraculeuse, les apparitions de la Salette et de Pontmain, pour finir sur la procession des miraculés du vingt -cinquième pèlerinage national, tire principalement sa force des manifeslations intermédiaires, dont nous offrons, dans un dernier appendice, comme en une plaque monumentale, la suite commémorative.
Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX proclamait dans la basilique de Saint-Pierre de Home, à la grande joie de l'univers catholique, le dogme de l'Imniaculce Conception de la Vierge Marie, mère de Dieu.
Trois ans, trois mois et dix-sept jours après, on voyait commencer et se dérouler à Lourdes toute une série d'apparitions et de révélations surnaturelles qui confirmaient la parole du ponlife représentant du Christ et sanctionnaient la vérité promulguée.
Première apparition de ia Vierge a Bernadette dans la niche DE LA GROTTE Massabielle. — 11 février 1858, jeudi gras, au milieu d'une froide journée.
La Vierge ne dit pas une parole. Elle se contente de faire le signe de la croix et de montrer à la voyante comment on doit le faire. Bernadette fort émue se contente à son tour de dire le chapelet, ce qu'elle répétera à toutes les apparitions, docile aux indications de la Vierge.
Deuxième apparition. — 14 février, dimanche de la Quinquagésime, vers onze heures du matin, au sortir de la grand'messe.
L'enfant craintive s'était pourvue d'eau bénite; dès qu'elle revoit la dame mystérieuse , elle l'asperge en disant :
« Si vous venez de la part de Dieu , approchez î »
La dame sourit en s'inclinant et s'approche sur le bord de la niche.
Troisième apparition. — 18 février, jeudi à la pointe du jour, après la première messe.
L'enfant cette fois apporte du papier, une plume et de l'encre. Elle tient en outre un cierge béni qu'on allume et qui commence les illuminations futures. La voyante se dresse sur ses pieds et, tendant les bras vers la vision , elle dit :
w Madame, si vous avez quelque chose à me communiquer, voudriez -vous avoir la bonté d'écrire qui vous êtes et ce que vous désirez? »
L'apparition sourit et répond :
« Ce que j'ai à vous dire, je n'ai pas besoin de l'écrire. Faitesmoi seulement la grâce de venir ici pendant quinze jours.
— Je vous le promets I dit l'enfant.
— Et moi, je vous promets de vous rendre heureuse, non point dans ce monde , mais dans l'autre ! »
Et comme la voyante demande à l'apparition si deux amies qui l'accompagnent peuvent revenir avec elle :
« Oui , elles peuvent revenir avec vous , réplique la Vierge : elles et d'autres encore ; je désire voir ici du monde. »
La Vierge ne donne encore aucun ordre. Elle attend d'avoir soumis la voyante à certaines épreuves avant de lui révéler les desseins miséricordieux qui vont renouveler la face de la terre.
Quatrième apparition. — 19 février^ vendredi premier jour de la quinzaine.
Nulle parole, nul incident particulier. Selon les désirs de l'apparition, une centaine de personnes ont suivi la voyante et assistent à l'extase.
CiNQuiKMK APPARITION-. — 20 février, samedi de très bonne lioiire.
La foule des témoins a considérablement augmenté et se retire vivement impressionnée par l'attitude et la prière de Tenfant , qui n'a pas reçu de communication.
SixiKMK APPARITION. — H] févricr, premier dimanche de Carême, en présence d'une foule plus nombreuse.
L'enfant à j^enoux fait quelques pas dans la grotte afin d'apercevoir la vision qui, s'étant déplacée, se montrait par l'ouverture intérieure de la niche. Trouvant une expression de tristesse sur la ligure et dans le regard de la Vierge , l'enfant dit :
« Qu'avez -vous? que faut- il faire?
— Prier pour les pécheurs, » réplique la Vierge disparaissant.
Septième apparition. — '23 février, mardi.
I^es révélations continuent. La Vierge appelle la voyante par son nom.
« Bernadette!
— Me voici.
— J'ai à vous dire, pour vous seule et concernant vous seule, une chose secrète. Me promettez -vous de ne jamais la répéter à personne au monde?
— Je vous le pronielsl
— I^t maintenant, nui lille, allez dire aux prêtres que je veux qu'on élève ici une chapelle ! »
IIliiik-mi-: Ai'i'AKiTioN. - '24 lévrier, mercredi.
Obéissant au curé de la paroisse instruit des volontés de l'apparition, BemadeUe répète la formule qu'on lui a dictée :
« M. le curé vous demande de donner quelque preuve, par exemple de faire lleurir le rosier qui est sous vos pieds , parce que ma parole ne suflit pas aux prêtres et qu'ils ne veulent pas s'en rapporter à moi. »
L'apparition sourit d'abord; puis, recommandant à nouveau de prier pour les pécheurs et ordonnant à Bernadette d'avancer jusqu'au fond de la «;rotte, elle crie trois fois :
(( Pénitence I pénitence I pénitence I »
Et l'enfant, se traînant sur ses «genoux, répète ces paroles de la Vierf;e; après quoi elle reçoit un deuxième secret, personnel comme Tautre.
NEUvn'iMi: APPARITION. — '2i> lévrier, jeudi vers se})t heures du matin, devant une multitude innombrable.
La Vierge coniie à Bernadette un troisième secret en réclamant la même discrétion.
« Je veux vous confier poup vous seule et concernant vous seule un dernier secret, que pas plus que les deux autres vous ne révélerez à personne au monde !... Et maintenant, ajoute Tapparition après quelques moments de silence, allez boire et vous laver à cette fontaine et manger Therbe qui pousse à côté. »
Comme Bernadette, ne voyant pas de fontaine, se dirigeait vers le Gave :
« N'allez point là, reprend la Vierge. Je n'ai point dit de boire au Gave : allez à la fontaine, elle est ici. »
Et d'un geste souverain commandant à la nature , elle montrait à Tenfant le bord de la grotte rocailleuse que Tenfant, sur son ordre, avait franchi la veille à genoux. Bernadette obéit toujours agenouillée. Elle se baisse, creuse la terre de ses doigts et fait surgir Teau merveilleuse , qui , montant goutte à goutte , remplit Torifice de la grandeur d'un verre formé par la voyante et s'échappe vers le Gave en un*mince filet absorbé par le sol , pour devenir bientôt la source inépuisable qui va purifier, retremper, rajeunir l'humanité. Malgré sa répugnance qui l'arrête trois fois, Bernadette finit par boire et se laver à l'eau bourbeuse, après quoi la Vierge satisfaite disparaît.
Dixième, onzième, douzième apparition. — 27 février, 28 février, l*' mars, samedi, dimanche et lundi.
Ces trois apparitions ont lieu sans paroles de la Vierge et sans autre trait que l'émotion du public grandissant dans d'incroyables proportions.
Treizième apparition. — 2 mars, mardi.
La Vierge réitère sa demande d'une chapelle et témoigne le désir qu'on y vienne en procession.
Quatorzième apparition. — 3 mars, mercredi, sous la surveillance de la police : sans incidents particuliers.
Quinzième apparition. — 4 mars, jeudi, dernier jour de la quinzainCy devant des foules recueillies, qui suivent à genoux la prière de l'enfant.
La Vierge enjoint une seconde fois à Bernadette d'aller boire et se laver à la fontaine incessamment accrue et de manger de l'herbe.
Elle réclame derechef la chapelle et des processions , s'abstenant de répondre à la voyante qui lui demandait timidement son nom.
Seizième apparition. — 25 mars, jour de la fête de l'Annonciation.
C'est le point culminant et l'heure décisive de notre histoire.
ikï APPENDICES
La journée vive et claire favorise le concours des multitudes. Plusieurs miraculés , guéris déjà par Teau de la source, sont au premier rang des témoins. La lueur- divine qui dans chaque apparition a précédé et suivi la venue de la Vierge, Tenveloppanl de rayons célestes, projette aujourd'hui un nouvel éclat, (lette fois, la voyante, plus heureuse qu'au dernier jour de la quinzaine y va obtenir la réponse à son interrogation.
« madame, dit- elle à quatre reprises différentes d'après le commandement du curé, veuillez avoir la bonté de me dire qui vous êtes et quel est votre nom? »
A la quatrième demande, la Vierge sépare ses mains qu'elle tenait jointes et les abaisse vers la terre dans l'attitude consacrée par la médaille miraculeuse; puis les relevant vers le ciel, elle les ramène sur sa poitrine et répond :
u JE SUIS L'IMMACULÉE GONGEPTIOxN l »
Dix-septième apparition. — 5 avril, lundi de Pâques *.
Cette apparition , la dernière à laquelle le peuple put s'associer, est devenue célèbre par le miracle du cierge qui, flambant entre les doigts de la voyante, ne lui causa aucun émoi, tandis qu'approché de sa main après l'extase, il la fit reculer et pousser un cri de douleur :
u Ah ! vous me brûlez ! »
l)i\-m;iTii:Mi: apparition. — 10 juillet et jour de la fête du ^lout-Carinel, vers huit heures du soir.
Une haiTière, établie par ordre du préfet et du maire, empêchant (rarriver à la <4;Totle, la scène eut lieu dans la prairie, de l'autre côté du Gave. Trois personnes seulement accompagnaient Hernadelte. L'a})pariti()n sourit à reniant une dernière fois. Ce fut l'adieu suprême de la \'icrge à Bernadette, et comme la récompense de la fidélité que la voyante avait mise à remplir sa mission.
^ M. Henri Lassorre et les rédacteurs des Annales de Notrc- I)<une de Lourdes, (jui nous oui guidé dans cette revue rétrospective, no sont pas d'accord sur la date de cette apparition. L'un la met au \j avril, les autres au 7 avril, sans (jue personne apporte à raj)pui de son opinion une déclaration formelle de la voyante. Tenant d'abord pour la première date, les Pères de la grotte ont adopté plus tard la seconde avec Tapprobation de Tévèque, Mb'r Jourdan, malgré les protestations de M. Lasserre, qui se réclame de pièces ofiicielles.
Les historiens jugent aussi diversement les deux journées des 'l'Z et 20 février, où Bernadette, exacte au rendez-vous de la grotte, ne vit pas l'apparition.
Reproduites deux fois à Lourdes sur le marbre, au-dessus de la fontaine miraculeuse et dans la première chapelle de la basilique , à gauche , les paroles divines que nous venons de transcrire, si pleines de leçons et d'encouragements, sont destinées à traverser les âges, pour la gloire de la Vierge et le sfilut du peuple croyante
* Toutes ces paroles de Marie, furent dites dans la langue romane ou d'oc, usitée des deux côtés des Pyrénées et seule connue de la voyante; tandis que par un trait semblable de condescendance maternelle digne de remarque, Marie, dans les autres apparitions du siècle, avait pris ou devait prendre le langage apj)roprié aux personnes et aux lieux : c'est-A-dire le français à Paris , de vivo voix et autour de la médaille miraculeuse, le patois des Alpes à la Salette, le français à Pontmain.
/^ fH^rier 4898, quarantième anniversaire de la première apparition de la Vierge h Bernadette.
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