XXII AVERTISSEMENT
le Charivari la queue? Selon ces grands théologiens qui n'avaient pas assez d'arguments et de sarcasmes contre le nouveau dogme, il s'agissait de la conception active de la sainte Vierge et de l'immunité octroyée à Marie enfantant par l'opération du Saint-Esprit.
En d'autres termes, d'après leiu* opinion, la Vierg'e n'était pas conçue sans péché; mais elle avait conçu sans péché!
Dans leur profonde ignorance, ils mêlaient les deux mystères et confondaient délibérément l'Immaculée Conception avec l'Incarnation.
Malgré les progrès miraculeux du dogme et l'ascension continue de la croyance, on n'oserait pas soutenir que beaucoup de nos adversaires ne soient encore au même degré d'information et de science. Quelques chrétiens peut-être ne se trouveraient pas mieux instruits ^
L'ignorance et l'erreur revêtent les formes les plus inattendues. Quelques-uns font remonter le principe de l'immunité à saint Joachim et à sainte Anne , et admettent chez les parents une suspension des lois de la nature en faveur de leur fille *.
C'est contre cette ignorance désolante que l'on doit réagir, et la foi surgira en même temps que la lumière.
Comme tous ceux qui étudient la question sans parti pris, l'auteur est sorti plus croyant et plus fort de son travail. Les prodiges de foi, de science, de raison, d*éru-
^ Un écrivain catholique a fait la même confusion, fréquente » paraît-il, des deux côtés, et il a dit dans un grand ouvrage historique, au sujet de la duchesse d'Angoulême : c< On aurait été presque surpris qu'elle pût avoir des enfants, à moins d'admettre en sa faveur un nouveau miracle de Tlmmaculée Conception. » L*impression fâcheuse qui sort de cette phrase se répand sur tout le livre. {Henri de France, par H. de Pêne, p. 5. Paris, 1885.)
N'a-t-on pas entendu un amiral, porteur d'un nom illustre, célébrer dans une harangue la Vierge immatriculée?
* Voir VInstruction pastorale de M^ Vévêque d'Orléans sur Vimmaculée conception de la très sainte Vierge, p. 3. Paris, 1855.
AVERTISSEMENT XXHI
dition qu'il a rencontrés et longuement admirés sur sa route, formant en cette matière autant que dans les autres le sceau vainqueur de la vérité chrétienne, ont entièrement dissipé les ombres que Tair ambiant aurait pu répandre ou laisser dans son esprit.
n serait heureux s*il pouvait communiquer aux autres une part des rayons qui Téclairent; il aurait rempli sa tâche dès ici-bas, et trouvé sa meilleure récompense, s'il pouvait vaincre l'aveuglement de quelques-uns, l'hostilité de quelques autres, amener ou ramener des âmes au culte de la Vierge et au respect de son divin privilège.
En la fête de rimmaculée Conception , 8 décembre 1897.
DUBOSC DE Pesquu)oux
INTRODU
Il y a deux femmes au paradis terrestre :
Eve , la pécheresse ;
Marie y la rédemptrice.
L'une en réalité ;
L'autre en perspective.
Eve , par qui la tache vient ;
Marie , par qui la tache s'en va.
Eve , qui laisse le démon envahir le genre humain et défaire l'œuvre de Dieu ;
Marie , qui , par son Fils , délivre le genre humain de l'esclavage du démon et refait l'œuvre de Dieu.
L'une est le contraire et Tantidote de Fautre.
La seconde guérit le mal issu de la première.
Ces deux femmes sont le centre et la raison de tout.
Elles vont former , par les deux Adam, une double humanité , occuper l'histoire entière.
Tout va sortir d'elles et revenir à elles.
Pour restaurer Tœuvre divine et laver la tacte originelle qui souille le genre humain , Marie doit remplir une condition indispensable.
Elle doit être exempte de la tache et posséder une perfection unique.
« 0 Marie conçue sans péché! »
Dans cette formule simple, courte, précise, TEglise^ selon son habitude, résume et fixe la vérité.
Voilà l'essence du dogme que notre siècle a vu promulguer, que tous les siècles orthodoxes avaient entrevu, attendu, désiré.
Qu'est-ce donc que l'Immaculée Conception?
Le lecteur peut déjà répondre.
Toutefois l'opinion sur ce point capital est sujette, même chez les chrétiens, à tant de défaillances, d'erreurs et de contradictions, qu'il faut dès le début la guider et l'instruire.
L'Écriture nous apprend que les anges furent créés et vivent dans un état de pureté, de justice parfaite.
Elle nous apprend qu'Adam et Eve , au sortir des mains de Dieu, se trouvaient et vécurent quelque temps semblables aux anges, dans un état de grâce inaltéré.
La souillure ne les toucha, pour ternir après eux tous leurs descendants , que par suite de leur désobéissance.
La Mère de Dieu pouvait-elle être moins favorisée que les anges et que nos premiers parents ?
La Reine du ciel et de la terre pouvait- elle être moins pure que les premiers habitants du ciel et de la terre ?
La femme, victorieuse du démon , pouvait-elle être un seul instant soumise au démon?
Présenter la question dans ces termes généraux, c'est à coup sûr la résoudre.
L'Immaculée Conception de la Mère de Dieu est Tinsigne prérogative, le privilège unique, en vertu duquel la bienheureuse Vierge Marie fut exceptée de la déchéance humaine, préservée du péché originel, et créée absolument sainte.
Le péché originel est à la base de notre vie comme à la base de notre foi.
« Qui nous engendre nous tue, dit Bossuet avec sa terrible et grandiose familiarité. Nous recevons en même temps et de la même racine, et la vie du corps, et la mort de Fâme ^ »
C'est pour rendre la vie à l'âme, morte de la faute d'Adam, que Dieu est venu parmi nous.
La chute du premier homme, ayant amené la déchéance de tous les hommes, a fait la nécessité ou l'opportunité du relèvement , fruit de l'Incarnation et de la Rédemption.
Entraînés dans la chute à raison de la solidarité , nous jouissons des bénéfices de la réparation en vertu de la réversibilité.
* Bossuet, Premier sermon pour la fête de la Conception de la sainte Vierge.
Coupables par TefiFet d'une loi, nous devenons innocents par le contre -coup d'une loi analogue.
« Le péché est entré dans le monde par un seul homme, écrit TApôtre, et tous les hommes ont péché dans un seul ^ :»
La rédemption est également entrée dans le monde par un seul , et tous les hommes sont rachetés dans lin seul.
Le péché du premier homme avait corrompu toute sa descendance et Tavait condamnée à un sort misérable qui Téloignait de Dieu en la livrant au démon.
Il n'a fallu rien moins que l'intervention même du Fils de Dieu devenu Fils de l'homme, et son sacrifice volontaire pour apaiser la colère du Très -Haut, le rapprocher de l'homme, affranchir l'homme de la servitude du démon, et le ramener à ses hautes destinées .
Telles sont les données élémentaires de la foi chrétienne, que Ton doit rappeler si l'on veut bien faire comprendre le pourquoi du mystère que nous considérons.
Entrons dans le vif du sujet.
L'Homme -Dieu venant chasser le péché ne pouvait cohabiter avec le péché qu'il avait la mission de détruire.
^ Épitre aux Romains, v, 12.
c II a pris toutes nos infirmités, écrit T Apôtre, hormis le péché ' . }»
L'Homme -Dieu ne pouvait être en aucune façon souillé de l'iniquité qu'il venait purger.
Il ne pouvait subir le joug du démon qu'il venait abattre ou dominer.
Par le fait seul de sa maternité , la Mère de Dieu 86 trouvait forcément, pour ainsi dire, dans les mêmes conditions, en d'autres termes, à l'abri du péché.
Sa coopération à l'œuvre divine la rendait participante de la divine impeccabilité de son Fils.
La femme élue de toute éternité , qui allait donner à la terre une vie nouvelle, une beauté inconnue, devait être dégagée de toute imperfection.
La pureté parfaite du. Sauveur ne pouvait dériver que de la pureté parfaite.
La chair et le sang destinés à la nourriture de Thumanité ne pouvaient sortir d'une chair et d'un sang infectés.
Au miracle de sa venue par une vierge, le Fils de Dieu ajoutait légitimement le miracle de sa venue par une vierge immaculée.
« Virgo concipiet, » a dit le grand voyant de l'ancienne loi, éclairé d'un rayon de TEsprit-Saint.
« Virffini pariturœK' «
« Jam redit et Virgo^... » ont dit les païens, éclairés d'un reste de lumière et conservant à travers les siècles, comme l'écho du ciel et de la terre, la parole
* Epître aux Hébreux, iv, 15.
' Inscription dédicatoire gravée sur la statue de la Vierge de Chartres.
' Virgil., Églog.y iv.
6 INTRODUCnOxV
prodigieuse d'Isaïe, qui fait de la Vierge attendue la mère du « grand ordre , magnus or do » et la génératrice de la (( nouvelle humanité, nova progenies^, »
« Virgo immaculata! » disent les chrétiens, éclairés de la pleine lumière et dociles au verbe infaillible du chef de la nouvelle alliance.
Merveilleuse et logique gradation , que le fait de la maternité divine suppose et détermine.
La Vierge qui conçoit, se dérobant à la loi qui pèse sur l'humanité, se dérobe également à la condamnation prononcée contre Thumanité.
Le miracle de la conception active entraîne et nécessite le miracle de la conception passive, et les deux se complètent Tun par Tautre.
C'est pourquoi la Vierge mère a paru dans ce monde et elle trône dans l'autre, rayonnante de toutes les perfections surnaturelles , indispensables non seulement à sd mission , mais encore au triomphe de sa royauté, à Féclat de son diadème.
Jésus-Christ échappant à la tache originelle, par sa divinité, sa Mère l'évite pareillement, grâce au contact de la nature divine de son Fils.
Afin de rendre sa Mère digne de lui, Jésus-Christ l'a mise dans un cadre irréprochable d'harmonie, et en quelque sorte à son niveau.
Son amour filial était intéressé, non moins que son prestige divin, à la gloire surhumaine de la femme destinée à devenir sa Mère, pour devenir l'instrument de la réconciliation du ciel et de la terre.
Médiatrice entre Dieu et les hommes, la créature choisie pour rattacher les hommes à Dieu devait
« Virgil., Églog., iv.
présenter un modèle achevé de vertu, de beauté, d'innocence , que les hommes pussent contempler et suivre.
La femme qui, en donnant son Fils au monde, infusait au monde une sève nouvelle capable de lui imprimer un mouvement céleste, devait ignorer les misères qui avaient flétri ce monde , et former comme un ensemble des dons miraculeux qui allaient découler de son Fils et rajeunir le monde.
Elle devait planer au-dessus de la création, afin de remplir sa mission d'intermédiaire entre Dieu et la création.
La sainteté originelle était manifestement la première condition de sa destinée unique et de la destinée supérieure qu'elle apportait à tous.
Devenant la porte du ciel , la Vierge mère ne pouvait montrer aux hommes une figure atteinte de l'horrible plaie qui empêchait les hommes d'entrer au ciel, et qui provoquait le secours du médecin divin , appelé à la cicatriser.
D'un autre côté Dieu , revenant sur la terre pour en reprendre possession, ne pouvait y rentrer que par une porte immaculée.
Deux personnages d'une éminente sainteté, célèbres par les faveurs divines dont ils furent comblés : Jean -Baptiste et Jérémie, ont joui jusqu'à un certain point du privilège insigne accordé, dans sa plénitude, à la Vierge Marie.
Jean - Baptiste , écrit saint Luc, fut rempli de TEsprit-Saint dès les entrailles de sa mère ; c'està-dire, d'après les commentateurs, il fut purifié de la tache originelle dans le sein de sa mère, et naquit en état de grâce.
Jérémie, suivant une tradition fondée sur l'Écriture, a été l'objet de la même exemption.
« Je vous ai sanctifié \ dit le Seigneur, avant que vous fussiez sorti du sein de votre mère. »
Mais cette sanctification anticipée et spéciale suppose l'existence, non l'absence de la tache, dont l'un et Tautre prophète sont lavés après leur conception , et dont seule la Vierge Marie est préservée « dès le premier instant de sa conception *. »
« Jean -Baptiste et Jérémie, dit Bossuet, ont été sanctifiés dans le sein maternel, l'un parce qu'il devait être le prophète, et l'autre le précurseur du Fils de Dieu : n'accorderez-vous rien davantage à Marie , qui devait être sa mère ? »
Qu'ajouter ou que répondre à cet argument péremptoire, qui reflète la croyance et la sagesse de toutes les générations chrétiennes ?
On comprend maintenant la signification et la raison des grandes paroles qui retentissent d'un bout à l'autre de l'univers, répétées par tous les croyants : l'Immaculée Conception de la Vierge Marie, mère DE Dieu,
* D'après quelques docteurs, le terme sanctifié , mal traduit de l'hébreu, doit être remplacé par le terme choisi y séparé y qui marque la place suréminente donnée par le Seigneur au prophète en le séparant de son peuple. Nous laissons au mot en litige l'interprétation commune.
' Bulle Ineffabilis,