CHAPITRE I
I. La prophétie du paradis terrestre et ses effets présents. — n. Les « inimitiés » de la femme et du serpent; Tamitié de la femme et de Dieu. — III. Conséquences de Tun et Tautre état : innocence originelle et sainteté absolue de la femme ennemie du serpent, amie de Dieu. — IV. Les deux Eres : la différeoce de leur rôle suppose et prouve l'immunité originelle de la seconde. — V. Les deux groupes : parité nécessaire de la Mère et du Fils, qui mènent le groupe opposé au groupe du démon. — VI. Difficultés et discussions philologiques; elles n'ôtent rien au caractère de la Mère ni à Faction pareille de la Mère et du FQs.
« J'établirai des inimitiés entre toi et une femme, entre sa race et la tienne ; elle écrasera ta tête , et tu tâcheras de la mordre au talon, »
Dieu s'entend à écrire Thistoire d'un style qui dépasse singulièrement la manière des écrivains fameux, et, pour surcroît de mérite inimitable, il annonce les temps avant leur réalisation.
Tout le christianisme, c'est-à-dire la révolution religieuse , morale , sociale , la plus extraordinaire de l'humanité, est renfermé dans ces deux lignes, qui révèlent et formulent, d'une façon exacte, ce qui se passe depuis dix-neuf cents ans.
On peut même ajouter que jamais la prophétie, faite il y a six mille ans ' au paradis terrestre, n'a été plus frappante qu'aujourd'hui.
Jamais les « inimitiés entre toi et une femme » , entre la femme et le serpent que l'Eternel anathématise, « entre sa race et la tienne », ne furent plus acharnées.
Jamais Marie n'a mieux écrasé la tête du serpent qu'en ce siècle d'apparitions et de faveurs surnaturelles, où elle entraîne l'univers sur ses traces à la rencontre du serpent ; et jamais les efforts du serpent pour (( la mordre au talon » ne semblèrent plus furieux.
Athées, incrédules, libres penseurs, hérétiques, rebelles de toutes les catégories, rejetons variés et innombrables du serpent, enrégimentés sous le même étendard, sont ligués, et déchaînent contre elle toutes les forces humaines. Rien n'y fait. Le serpent a toujours la tête écrasée par la femme apparue suivant la prophétie; et les fils du serpent tâchent en vain de mordre au talon la femme triomphante'.
* L^auteur s*en lient à la chronologie courante, dont la vérité contestée de notre temps n'a ici qu'une médiocre importance.
* Le serpent existe et joue son rôle traditionnel dans les religions païennes, qui ne sont que des déviations de la vérité primitive.
Typhon , le serpent mythologique , souille de son venin et remplit de maux l'univers. Ilorus, fils de Jupiter et d'Isis, la déesse aux mille noms ((jLvpiuvupLoc ôei), abat Typhon et rend à l'univers la lumière et la paix.
L'Orient, la Grèce, Rome, les trois pôles successifs de l'intelli-
ET LA PROPHÉTIE DU PARADIS TERRESTRE i I
La réalisation continue, Faction indéfinie, l'influence de plus en plus féconde d'une parole si directement
gence et de la grandeur humaines, ont reçu et conservé, plus ou moins défigurée , cette notion de la chute et de la réparation par un être supérieur. Toutes les religions , toutes les théogonies , tous les mythes, de Tlndus au Tibre et au delà, vivent de Tidcc messianique sortie du paradis terrestre, que les Juifs, seuls, aines du genre humain, ont possédée dans sa plénitude et transmise intacte jusqu'au jour où la femme choisie, Tlsis chrétienne. Ta réalisée par son Fils Jésus-Christ.
Toutes les grandes voix des mondes anciens, même les plus lointains et les plus étrangers, profèrent le même cri de douleur et d*espérance.
Confucius parle du Libérateur futur, du Ilédempteur, du Médiateur divin, comme la Sibylle, comme Socrate et Platon, que (^icéron, Virgile, Tacite et Suétone ne font que reproduin*.
En tous lieux le mal vainqueur, représenté par le serpi'nt, doit être terrassé par T Homme céleste que les (jaulois salua i«'nt à leur tour dans la Vierge qui devait Tenfanter : « Virtjini ff,iriiur;f ! »
« Mairi futursB Dei nasciluri! m disaient encorcf non |M;ri'H t\f% forêts celtiques, complétant leur première d<'di'îi<^<' et tradujiwint expressément, selon notre vieil historien (imlH'ri de Soiiffii, Ut souvenir du serpent et Tattente delà Mère future du UU'» \U.iont»tix du serpent.
On a retrouvé la trace de croyanw^ et de prevk^'fjf.'rrK-rit^ id*'ntiques dans les prc^oodeurs des nouveaux moit*i*'%^
Ainsi rhomanité entière tourne autour du Christ «rt '*«: bt Uisutgyn promise que les Juifs avaient h- iin\'.l*rj(' d*r '.o:,;.^'.*.»". «rt U r .v sion de prédire avec une exa^t t jd^ n\.i.*r^i p*r 1*-* éy^-u^-tr^-iJ^^
Rappelons à la mar^^ c*-* r^r.Urh *-M*»fi.u«->.<-i» *-»*•.» O" fjr!.\:. ,#f ,
D est bon de noter, fn fc/rni*r d*r d'r-rr-.^'r Vr:-,.,::.-*;'*-. 'y, *yii »/ ,(. dans nos mosées. le s^rp*-ijt l^r;.'*^-!*..»*? fc'.r u*.:: :.•*- /;*- V-^K^t* - ♦« cl de pièces antiques. IJ nn^p^r »G''1<'MiO'.% *>- ^ 'i.'\y.^ *:.*,% immole comme pr/ar m*rqT;*-r a i* f'..* jt '♦•.m- *-• ^% ;>.^/ v»,v- ';•, sacrifice : et telle était pr* ; <: >-^'.«. :* y^-^^^. ; ... , i*- ^.^, ^,, J . mait, eo înterprétaat d'ai*z.'*'. « v:t .•.*.-. >»-« *-*. • /-x.-,-. *. [, -
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12 L'IMMACULEE œNCEPTION
venue du Ciel, attestent son caractère, son but divin, et la mettent hors d'atteinte.
Nos adversaires ont beau nier et se débattre; la réalité les presse et les accule.
Le merveilleux accomplissement de la première et de la plus saisissante des prédictions est contre eux un témoignage irrésistible ; et leur prodigieux entêtement à la méconnaître, tout en perpétuant son œuvre, augmente sa signification.
Contentons- nous d'indiquer ce trait capital au profit de notre foi et poursuivons notre route.
Nous sommes, on le voit, en plein courant contemporain. L'heure actuelle n'est que la suite et la confirmation de l'heure solennelle écoulée il y a soixante siècles dans un jardin de l'Orient. La menace jetée par Dieu au séducteur, devant notre mère séduite, s'exécute sous nos yeux.
La haine collective de tous les ennemis de la Vierge, unis entre eux par un pacte abominable, dans un temps où sa miséricorde, répondant au décret du saint-siège et à l'adhésion de son peuple, s'exerce de tant de façons miraculeuses, projette une clarté nouvelle sur la vérité que nous exposons et invite à l'approfondir.
En résumé, tout se rapporte à la scène primitive et découle de la prophétie initiale du paradis terrestre. C'est le premier anneau d'une chaîne surnaturelle qui enserre le monde, traverse les âges, soutient la foi et relie la terre au ciel. La prophétie du paradis terrestre est à l'origine de notre religion, de notre existence présente et future, comme elle est à l'origine du dogme que nous allons étudier. Plus l'hu-
inanité marche, plus la parole de l'Esprit - Saint acquiert pour nous de solidité , de force et d'éclat. . L'histoire, dans ses manifestations quotidiennes, se joint à la croyance et à la logique chrétiennes pour la mettre dans tout son jour.
Les lueurs présentes, si vives et si nombreuses, poussent et aident aux explorations futures.
Reprenons le texte sacré mot par mot.
Les quatre acteurs sont en présence : Dieu juge, nos parents coupables , le démon séducteur qui jouit de son triomphe et se glorifle d'avoir renversé Tœuvre divine.
Au milieu du désarroi causé par la vision subite de la rupture et de la catastrophe ; à travers l'isolement, la honte, la douleur, l'obscurité, l'angoisse qui les accablent, et remplacent pour eux l'amour, la joie, la paix, la lumière perdus, nos parents entendent une parole de réconciliation.
Dieu promet le rachat.
Il fait descendre un rayon d'espérance dans Tabime de ténèbres et de désolation.
Il annonce la revanche de l'homme, la défaite du séducteur, qui sera obtenue, comme sa victoire présente , par l'intervention d'une femme , seconde Eve , destinée à réparer le mal venu de la première, en restaurant l'œuvre divine.
(( J'établirai des inimitiés. »
14 L'IMAUCULÉE CONCEPTION
Avant d'aller plus loin , il convient de déterminer le sens du mot (H inimitiés )».
Dans le langage de TÉcriture et de l'Eglise, l'inimitié entre le démon et nous, l'amitié entre Dieu et nous désignent l'état plus ou moins grand de pureté qui éloigne du démon et rapproche de Dieu.
Ces deux termes sont corrélatifs et s'opposent continuellement l'un à l'autre. L'inimitié du démon appelle l'amitié de Dieu, et réciproquement, a Vous serez mes amis, dit le Christ, si vous gardez mes commandements. 2» — a L'ami de ce siècle, déclare l'apôtre saint Jacques, se constitue l'ennemi de Dieu!... B On pourrait multiplier ces citations, qui abondent dans les livres saints. L'amitié de Dieu suit la perfection qui rend semblable à lui. Il en est de. même, en sens contraire, de l'amitié du démon.
L'inimitié du démon amène donc l'état contraire à celui du démon ; quand cette inimitié est éternelle, irréconciliable, quand elle a été prédite dès le commencement et qu'elle ne cesse de se manifester, elle implique un idéal de sainteté, opposé de l'idéal de révolte personnifié dans le démon et qui touche à la sainteté divine.
Le mot seul d' « inimitié » est dans ce cas une garantie de perfection incomparable qui met la femme, dont elle forme Tapanage, au-dessus de toutes les créatures , en dehors de l'orbite du démon , et la rattache à Dieu par une amitié qui dominera la déchéance d'Eve, puisqu'elle doit la relever, et la malice du démon, cause de cette déchéance.
L'inimitié entre Dieu et la première Eve, issue de la chute au profit du démon, se transforme, dit
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